Audition de Tom Hayden devant le House Committee on Un-American Activities concernant “l’implication subversive” dans les troubles à la Convention Démocrate de Chicago (décembre 1968)
Source : http://historymatters.gmu.edu/d/6464.html
“We Are Living in a State of Anarchy”: Radical Assessments and Agendas in the Year 1968
HAYDEN PIECE A CONVICTION NO. 2
A: Personnel de la National Mobilization : Organisateurs de Chicago
Non destiné à la circulation ou à la publication
De : Rennie Davis, Tom Hayden.
DISCUSSION SUR L’ENJEU DE LA CONVENTION DEMOCRATE
Le contexte
La société américaine est détruite par son gouvernement non représentatif. Les politiciens qui contrôlent la Maison Blanche et le Congrès ne répondent pas aux besoins sociaux évidents et aux clameurs de millions de gens. La démocratie est réduite au pauvre évènement de gens attroupés autour des urnes tous les quatre ans pour voter pour des candidats qui n’offrent aucun choix sérieux..
Nos impôts, notre sang et notre honneur national
sont
déversés dans la guerre sans espoir du Vietnam,
alors
que la violence dans nos villes démontrent la profondeur
réelle de nos problèmes domestiques non
résolus.
Confrontés à une demande mondiale en faveur des
droits
humains, s’étendant du Vietnam
jusqu’à nos bas
quartiers, les politiciens américains au sommet ne semblent
uniquement capables que de répondre avec une violence
négative
et auto destructrice. Mais la violence de la répression ne
résout rien. Les problèmes ne peuvent pas
être
escamotés ou bombardés.
En 1960 et en 1964
surtout, les électeurs américains ont soutenu la
paix
au Vietnam et la réforme social à la maison.
Depuis des
professeurs les plus émérites, des figures
religieuses,
des artistes jusqu’ à certains
généraux et
hommes d’affaire, tous ont protesté contre la
guerre; les
dirigeants des deux partis au Sénat ont critiqué
le
Président; les sondages d’opinion montrent une
large
minorité opposée aux combats; presque tous les
alliés
de l’Amérique ont manifesté leur
opposition;
l’opinion publique mondiale condamne les Etats-Unis au
Vietnam
comme agresseur. Cependant les faiseurs de guerre continue
l’escalade. Leur domination sur la politique
s‘amplifie.
Depuis
un siècle la société
américaine
revendique l’égalité raciale. Mais en
1968 une guerre
des races est de fait en cours. Bien que des rebellions ouvertes se
déclenchent presque tous les quatre ans, aucune
réponse
économique ou sociale n’a
été mise en place.
La seule réponse du gouvernement a été
de
réprimer violemment les rebellions et de laisser intactes
les
conditions abominables. Des logements, des écoles et des
boulots pourris sont le lot quotidien des américains noirs.
Rien, que ce soit le dur travail dans les champs de coton,
l’action
politique, l’organisation syndicale ou les manifestations non
violentes, n’a transformé les promesses
américaines
en réalité.
Les problèmes du Vietnam et
du racisme affectent tous les américains. La paix et
l’honneur
futur de notre pays dépendent du succès de la
résolution de ces deux problèmes. La haine et les
divisions créées prendront des
générations
pour disparaître. L’Amérique est en
train de devenir
un lieu insécurisant et moche où vivre.
Le pays
manque à tous ses engagement de résoudre la
question du
racisme et n’est pas en mesure de le faire à cause
de ses
préoccupations au Vietnam. Parce que notre imagination
sociale
est flétrie par ces investissements dans la violence, notre
vie dans son ensemble, se dégrade de maintes
façons.
Nos viles sont invivables. La télévision est
sinistrée.
Les besoins de santé ne sont pas satisfaits. Les
problèmes
mentaux sont laissés sans soins.
Les partis
politiques, notamment le Parti Démocrate au pouvoir, sont
impuissants à remplir leur fonction qui consiste
à
résoudre les problèmes sociaux de
façon
pacifique. Le Parti Démocrate est tributaire des exigences
des
racistes du Sud qui contrôlent des position clés
anciennes gagnées par des générations
de
négriers. Ces politiciens ne sont pas seulement racistes.
Ils
sont vieux et déconnectés des
évolutions dans le
monde et notre pays. Ils croient en l’usage de la force pour
maintenir le statu quo. Les Démocrates du Nord, bien
qu‘apparemment plus libéraux et flexibles que
leurs alliés
du Sud, tendent à apparaître comme corrompus. Leur
pouvoir repose sur des machines urbaines qui ont
échoué
à résoudre les problèmes de leur
électorat
en grande partie noir et issu des classes ouvrières. Les
élections dans le Noirs ont tendance à devenir
des
questions de personnes, ou des batailles entre groupes ethniques
rivaux, ou des compétitions dans lesquelles les candidats
surenchérissent sur les promesses des autres. Rien ne
change,
sinon les visages.
Au dessus et derrière cette
structure politicienne inutile et mesquine se sont
érigées
d’énormes bureaucraties avec un pouvoir immense de
vie et de
mort sur les américains. Cela comprend les militaires qui
contrôlent les trois quart de l’argent des
impôts et un
pourcentage équivalent des budgets de la recherche et du
développement ; et de grosses corporations qui font leur
fortune au milieu du sordide urbain et de la pauvreté
planétaire. Quand ces géants ne peuvent pas
influencer
les politiciens, ils les achètent simplement et quand ils ne
peuvent pas les acheter, ils les menacent de leur retirer leurs
soutiens de toutes sortes.
Face à cette situation
montent une résistance et une révolte.
L’été
1968 verra le plus grand rassemblement de dissidents jamais vu dans
ce pays. La colère est maintenant massive contre la police
et
les rats, la guerre du Vietnam et la conscription et ne peut pas
être
calmée avec des “ méthodes
policières
meilleures.” Cet été donnera le jour
à un
mouvement plus déterminé et puissant en faveur du
changement. En même temps, les mesures du systèmes
face
aux crises intérieures et étrangères
se
durciront et le processus démocratique se fermera
vraisemblablement sur lui-même, imperméable
à
toute alternative viable. L’axe du Parti
Démocrate—les
noirs, les travailleurs, les
intellectuels,—acquièreront un
sentiment nouveau de sous représentativité.
Nixon, et
non pas Rockefeller, sortira candidat à
l’élection
présidentielle de la Convention républicaine. Et
Johnson, et non McCarthy ou Kennedy, deviendra l’
“alternative”
pour les libéraux . Pour la partie des Démocrates
qui
veulent un mot sur l’escalade de la guerre, les
impôts élevés
et la pauvreté urbaine, le “choix”
apparaîtra
désespéré. Beaucoup, pour la
première
fois prendront conscience que dans la démarche et les
combines
du processus démocratique, la minorité ne compte
pas.
On attend d’elle qu’elle participe à la
politique comme
elle va au cinéma Son choix se limite aux stars
qu’il
déteste le moins. Cet été, des
millions de
Démocrates anxieux se demanderont, et maintenant ?
La
stratégie des mouvements noirs et pacifistes à ce
moment là pourra aider à répondre
à cette
question. Nous pouvons soit prendre l’initiative en posant
les
fondations d’une nouvelle force politique aux Etats-Unis, ou
être
conduits à l’isolement vis à vis des
américains
moyens. Ce que nous faisons maintenant, la manière dont nous
préparons le pays à la Convention et la
manière
dont nous répondons à cette Convention pourrait
bien
faire pencher la balance en faveur de l’enterrement du Parti
démocrate ou des conditions pour Johnson d’acheter
le
mouvement.
Une proposition
Une confrontation massive avec notre gouvernement—le Parti Démocrate— a été organisée alors qu’il tiendra sa convention à Chicago cet été . Etant donné la perspective d’une stratégie de droite, ce défi pourrait aider à transformer la politique du pays. Depuis le New Deal, la force électorale du Parti Démocrate repose sur le soutien de gens conscients politiquement dans les syndicats, les communautés noires et les corporations. Actuellement, une grande partie de cette base s’opposent à sa politique. En même temps, ses dirigeants sont déterminés à maintenir le statu quo. Tout laisse à penser que ce conflit d’intérêt va éclater à la Convention Nationale Démocrate en Août à Chicago. Notre tâche doit être de préparer le pays à faire face à cette crise politique en renforçant et en soutenant un mouvement et une force populaires que ne pourront pas ignorer les politiciens et auxquelles ils ne pourront pas résister.
Cette proposition suggère plusieurs
moyens pour
construire une action de masse à Chicago sur plusieurs mois
;
pour utiliser la manifestation de Chicago afin de dramatiser aux yeux
du monde le grand nombre de gens qui ne se sentent pas
représentés,
et de fait qui ont ignorés et utilisés, par la
politique de notre gouvernement dans la crise du Vietnam et en
matière de racisme, et de dénoncer la farce
qu’est
devenue la démocratie; pour rendre public l’enjeu
de la
Convention Démocrate de telle façon que
l’Amérique
et le monde entier soient capable de voir et de juger qui de Lyndon
Johnson ou des manifestants sont les plus représentatifs de
la
tradition démocratique et de la justice sociale
américaines.
Cette proposition se divise en trois temps principaux
.
Premièrement, du 21 au 30 avril, les jours
printaniers de résistance. Là où cela
est
possible les mouvements noirs et pacifistes devraient se focaliser
sur le Parti Démocrate. La méthode
anti-démocratique
de choix des candidats—par l’argent ou le
“piston”—serait
rendue publique et dénoncée. Les noms des
financeurs
Démocrates qui profitent de la guerre et du racisme seraient
révélés et leur petite vie confortable
perturbée. Les maires à la tête des
municipalités
démocrates seraient choisis pour être les
destinataires
des livrets militaires renvoyés. L’effigie des
gouverneurs
soutenant Johnson, la guerre et la répression serait
brûlée.
Les revendications du mouvement adressées à la
Convention Nationale Démocrate seraient largement
diffusées
et expliquées. Chaque fois que nécessaire, les
positions de Dodd, Jackson et Symington seraient contestées.
Les liens de Englehard (1) avec Johnson seraient attaqués .
Les compagnies du Texas qui profitent du Vietnam seraient
énumérées,
etc.
Deuxièmement, l’été serait
une
période intense d’organisation, de formation et de
manifestations. En même temps que des comités
locaux de
coordination planifieraient l’attaque de la Convention
Démocrate,
ils mettraient en place des programmes de recrutement et
d’entraînement pour des
organisateurs—l’objectif serait
de plusieurs milliers—qui créeraient des
organisations de
résistance à la conscription dans les
collèges,
organiseraient des actions pour corrompre les
délégués,
parleraient avec les professeurs, les médecins, les
vétérans
et les bénéficiaires de l’aide sociale,
afin de fixer
un jour précis d’opposition à la
Convention,
rassembleraient des renseignements sur les
délégués
qui seront perpétuellement interpellés durant
tout leur
séjour à Chicago, dialogueraient avec des
centaines de
syndicats locaux au sujet de la guerre et du racisme, mettraient en
place des pressions dans le ghetto pour le retrait des locaux du
Parti Démocrate et institueraient des tribunaux de crimes de
guerre locaux pour dénoncer les démocrates qui
fabriquent des mines anti- personnelles, des gaz toxiques et autres
armes bannies par les accords internationaux.
Troisièmement,
l’été devrait se couronner par une
semaine de
manifestations, d’agitation et de marches lors de la
Convention
Nationale Démocrate, obstruant les rues de Chicago de gens
demandant la paix, la justice et la participation aux affaires du
pays. Ce serait la période où le mouvement rende
publique une série de revendications, nombreuses mais
concrètes—dans lesquelles une vaste
majorité pourrait
se reconnaître, mais auxquelles le Parti Démocrate
s’est
révélé incapable de satisfaire.
Le
mouvement ne doit pas faire le jeu de Johnson en essayant
d’empêcher
la Convention de se réunir, une attitude que peu
d’américains
accepteraient et comprendraient.. L’action devrait
plutôt se
bâtir tout au long de la semaine, les revendications et les
moyens d’actions croissant chaque jour, préparant
une
confrontation de masse au moment de la nomination de Johnson.
L’organisation et les actions initiales devraient compter de
50 000
à 100 000 personnes. La marche funéraire finale
[sic]
de la Convention Démocrate, commençant avec le
dépouillement du dernier bulletin, serait forte
d’un demi –
million de personnes—demandant une alternative sur les
questions de
la paix et de la justice; des citoyens qui sont venus pour
“faire
fonctionner le processus démocratique” en bloquant
les
délégués dans le International
Ampetheatre [sic]
(2) jusqu’à ce qu’une telle alternative
soit proposée
au peuple américain.
Une action bien planifiée
d’information précéderait les derniers
jours de la
manifestation.; par exemple, des auditions de programmes alternatifs,
des questions à l’intérieur comme
à
l’extérieur de la Convention, un lobby continuel
auprès
de chaque délégué, des manifestations
dans les
rues, des conférences de presse quotidiennes, et des actions
qui rendraient publiques des griefs et des revendications
concrètes..
Une audition populaire recevrait le témoignage de Garrison
(3)
sur l’assassinat de Kennedy ; de Satre [sic] sur les
crimes de
guerre US au Vietnam et de Carmaichael [sic] sur les causes des
émeutes. Face aux médias, nos auditions devraient
être
capables d’entrer en compétition avec les
séances de
la Convention Démocrate.
Des manifestations
quotidiennes seraient organisées de façon
à ce
qu’elles ne deviennent pas un agglomérat informe
de forces
en compétition pour une couverture
télévisée.
Il faut une stratégie pour permettre aux manifestations de
clarifier les revendications et ne pas embrouiller l’opinion.
Peut-être en associant à chaque journée
de la
Convention une revendication majeure des mouvements noirs et
pacifistes. Un planning de manifestations serait organisé:
un
jour pour l’éducation, un pour la
pauvreté, un pour
la conscription, etc. Chaque jour serait utilisé pour
dramatiser une revendication unique. Chaque jour, dans tout Chicago,
des actions se focaliseraient sur une question commune.
Par
exemple, le 26 août, une coalition d’organisations
contre la
pauvreté pourrait encercler l’hôtel
Conrad Hilton pour
réveiller les délégués avec
la demande de
20 billions $ pour y mettre fin. Toute la journée, des
conférences de presse, des manifestations et des vigiles
dramatiseraient cette revendication. Le soir, des blancs, des noirs,
des hispaniques pauvres de Chicago pourraient marcher sur les troupes
protégeant la Convention pour inviter les
délégués
à passer la nuit avec eux dans le ghetto
plutôt
qu’au Conrad Hilton ou au Palmer House. Alors que le monde
entier
regarde, l’invitation est accueillie à coup de
matraques,
avec brutalité et arrestations, puisque
l’injonction
présidentielle contre toutes manifestations pendant la
Convention a été violée. Le jour
suivant, le 27
août, des actions se centreront sur la conscription
organisées
par une coalition d’étudiants radicaux Les actions
seraient
légèrement plus militantes que la veille avec des
jeunes embrochant leurs papiers militaires sur les baïonnettes
des soldats, ou les brûlant sur la pelouse du maire Daley qui
se trouve derrière le International Ampetheatre [sic].
Un
ciblage quotidien des revendications nationales clarifierait non
seulement les demandes aux yeux de l’opinion publique mais
permettrait aussi une diversité des formes de protestations,
de militance et de rhétorique. Une telle
diversité est
possible, souhaitable même, si il y a accord sur la
stratégie
générale :permettre aux forces qui
représentent
actuellement le Parti Démocrate de prendre conscience des
limites du système bi partite actuel; et offrir une
alternative à ces millions de gens qui sont
d’accord avec le
fait que la compétition Johnson-Nixon n’en est pas
une.
L’objectif du mouvement serait de disputer au Parti
Démocrate
l’adhésion des gens en sapant ses bases
idéologiques
et organisationnelles durant cette période de crise.
Les tâches
En plus de commencer des discussions immédiates au sein des organisations du mouvement et de préparer la confrontation lors de la Convention à travers tout le pays, une organisation doit être mise en place pour préparer les actions du printemps, de l’été et du mois d’août. Des propositions de revendications doivent être préparés pour la Conférence de la National Mobilization à Chicago le 24 février. Un pamphlet sur “Ce qu’est le Parti Démocrate” devrait être rédigé et diffusé, ce qui implique des objectifs clairs en vue des actions du printemps. Un personnel inter racial devrait être mis en place à Chicago. Etat par Etat, des groupes seraient formés pour chercher les exemples de corruption du Parti Démocrate local et rédiger des listes de délégués qu’ils feront suivre au bureau de la National Mobilization à Chicago. Des comités de coordination régionaux seraient créés, qui lanceraient les projets pour l’été et assureraient la responsabilité de l’organisation des manifestations quotidiennes à thème. Une réunion d’avocats doit être prévue pour prévoir la défense et le soutien devant les tribunaux. Il faut commencer la préparation de postes médicaux tenus par des médecins. Le logement pour 50 000 personnes doit être prévu à Chicago. On a également besoin de 15 grandes salles de réunions . Du matériel d’explication et de sensibilisation doit être rédigé. La recherche et l’organisation d’un comité chargé des auditions pour une plate forme alternative doivent commencer. Un service de presse national doit être mis en place ainsi qu’ une liste d’intervenants sur le Parti Démocrate. Et, enfin, il est nécessaire de collecter des fonds pour soutenir ce programme et les nombreuses actions qui se développeront au fur et à mesure que nous approcherons du moment où le Président jugera nécessaire d’utiliser les troupes stationnées au Vietnam ou dans le ghetto pour assurer sa nomination et où l’échec de la mise en place d’un gouvernement cohérent et représentatif en Amérique deviendra une évidence pour tous.
[POURSUITE DU REMOIGNAGE DE TOM HAYDEN]
. . . Mr. HAYDEN.Je ne pense pas qu’il y a un appareil
démocratique sur les campus; je ne crois pas que la
conscription soit un exemple d’appareil
démocratique. Et
aussi longtemps qu’il n’y aura pas
d’appareil démocratique
, les jeunes n’auront le choix qu’entre capituler
devant le statu
quo ou trouver des façons de lui résister, et je
ne
conseille pas vraiment des moyens illégaux parce que je
crois
que les autorités commencent à faire le
ménage.
La plupart de mes amis sont en route pour la prison pour une
raison ou une autre. La plupart des jeunes dirigeants du mouvement
dans ce pays — inconnus pour beaucoup de vous comme de
moi—sont
déjà confrontés à des
peines de prison,
alors je vous demande d’abandonner
l’idée que je plaide
pour des actions illégales. Mais je me fais
l’avocat
d’actions qui arrêtent
l’université, comme celles
des étudiants de l’université
d’Etat de San Fran ,
afin de la remettre en ordre.
Mr. ASHBROOK. Mr. Hayden,
peut-être serons en désaccord sur les termes mais
il me
semble que ce que vous avez dit est très proche de
l’anarchie.
Mr. HAYDEN. Nous vivons dans un état d’anarchie.
Quand un jeune se retrouve devant une commission
d’incorporation—l’âge moyen de
ses membres est de 58 ans,
un cinquième d’entre eux en ont 73—il
n’y a aucun moyen
pour ce jeune d’éviter des choix
intolérables : soit
combattre dans une guerre qu’il ne veut pas, soit se
défiler
et laisser se battre pour lui des jeunes porto ricains, noirs ou des
jeunes issus des classes ouvrières. Ce n’est pas
un état
d’anarchie auquel est confronté ce jeune , et non
un état
de droit ? Il n’a aucun recours . Et c’est la
situation à
laquelle sont confrontés tous les jeunes de ce pays et que
je
pourrai développer en détail dans
d’autres situations
au delà de la conscription.
Mr. ASHBROOK. Merci .
C’est tout, Mr le Président.
Mr. ICHORD. Des
questions, Mr. Watson?
Mr. WATSON. Mr. Hayden, Je crois que
vous avez déclaré en résumé
que nous
allons perdre, en vous référant à la
présente
génération, au système.
Mr. HAYDEN. Non,
je voulais seulement dire que l’HUAC avait perdu son
autorité.
C’est pourquoi il n’y a plus de vigiles.
Mr. WATSON. Je
vois. Bien sûr certains d’entre nous pourraient
avancer
d’autres raisons pour l’absence de vigiles,
mais—
Mr.
HAYDEN. J’espère que vous ne pensez pas
à la police.
Mr. WATSON. Oh, bien sûr que non. Vous avez prouvé
que vous n’aviez aucun respect pour
l’autorité policière.
Mais ne vous ai-je pas entendu dire—
Mr. HAYDEN. Pas
lorsqu’elle est utilisée de la manière
où vous
l’utilisez, pour protéger votre soi-disant
démocratie.
Mr. WATSON. Mais ne vous ai-je pas entendu dire que le
système,ou quel que soit le nom que vous lui donnez, cette
génération, allait perdre ?
Mr. HAYDEN. Je
pense que les politiciens comme Dean Rusk, Lyndon Johnson, Richard
Nixon, Hubert Humphrey, et tous ceux que j’ai pu
nommé avant
et que j’ai oublié ont perdu meur
autorité vis à
vis d’une grande partie de la population
américaine. Je l’ai
dit, et j’ai dit que l’ HUAC avait perdu son
autorité.
Mr. WATSON. Et que—
Mr. HAYDEN. Et que vous ne
pouvez l’éviter en ayant un président
plus jeune ou
en étant plus raisonnables, parce que cela ne
résout
pas les vrais problèmes.
Mr. ICHORD. Mr. Hayden,
quelques éditorialistes de la presse écrite ont
déclaré
que vous aviez été très actifs dans
l’élection
de Richard Nixon. Est-ce que cela ne vous frustre pas, vu vos
sentiments pour Richard Nixon, si ces éditorialistes avaient
raison ?
Mr. HAYDEN. Non. Je pense que l’élection de
Richard Nixon, dans un sens, est—montre que le pays
continuera à
dégringoler tant que les gens ne décideront pas
d’y
remettre de l’ordre. Vous savez, cela n’a pas
beaucoup
d’importance pour moi que ce soit Hubert Humphrey ou Richard
Nixon
qui soient Président des Etats-Unis.
Mr. ICHORD. Continuez, Mr. Watson.
Mr. WATSON. N’avez-vous pas dit auparavant que vous
et ceux qui
pensent comme vous alliez gagner à terme ?
Mr.
HAYDEN. Je pense qu’à terme, nous allons vous
survivre
[Rires.] Sans doute que nous allons passer la plupart de notre temps
dans des pénitenciers. Je pense que nous sommes davantage
qu’un simple mouvement existentialiste ou romantique. Nous
sommes
un mouvement calculateur, un mouvement politique, et nous essayons de
faire de ce pays un pays meilleur et nous croyons que, nous avons de
bonnes raisons de croire que nous avons quelques chances d’y
parvenir.
Mr. WATSON. Donc votre but ultime est de rendre ce
pays meilleur. Vous avez dit cela.
Mr. HAYDEN. Oui. Je viens
de le dire.
Mr. WATSON. Et vous avez, je pense, beaucoup, ou
quelques commentaires favorables à faire concernant le
Rapport
Walker.
Mr. HAYDEN. Non pas exactement Je ne suis pas tout à
fait d’accord avec le Rapport Walker.
Mr. WATSON. Pas tout
à fait. Mais en partie. Si je me souviens, plus
tôt,
vous avez dit qu’il condamnait ce—
Mr. HAYDEN. Il y a
beaucoup de faits sur ce qui s’est passé
à Chicago
entre les manifestants et la police et je pense que ce sont des faits
précis, indéniables.
Mr. WATSON. J’aimerais
lire un paragraphe de ce rapport page 49. Ce rapport décrit
un
tract Yippie typique qui dit, je cite: . . . qui prétend que
des riches américains blancs peuvent dire aux chinois ce qui
est le mieux? Comment osez-vous dire aux pauvres que leur
pauvreté
est méritée? - - - - nuns— Et vous
savez ce que je
veux dire.
Mr. HAYDEN. Que voulez-vous dire , Mr. Watson?
Mr. Watson [continuant sa lecture]:Moquez-vous de vos
professeurs—
Mr. HAYDEN. Que voulez-vous dire, Mr. Watson?
Mr. WATSON. Je pense que vous êtes assez intelligent
pour arriver à une interprétation par
vous-mêmes.
[Continuant sa lecture:]
Désobéissez à vos
parents: brûlez votre argent: vous savez que la vie est un
rêve
et toutes nos institutions des illusions fabriquées, parce
que
VOUS prenez les rêves pour la réalité.
. . .
Renversez la famille, l’église, la nation, les
villes,
l’économie : transformez la vie en art, en
théâtre
de l’âme et de l’avenir; le
révolutionnaire est le
seul artiste. . . . Ce dont nous avons besoin, c’est
d’une
génération freaky, folle, irrationnelle, sexy, en
colère irréligieuse et gamine: des gens qui
brûlent
leurs papiers militaires, leurs écoles, et leurs
diplômes.:
des gens qui disent : “Allez vous faire voir avec vos
objectifs!”;
des gens qui amusent la jeunesse avec de la musique, de
l’herbe et
de l’acide: des gens qui redessinent le normal; des gens qui
rompent avec le jeu du statut-rôle-étiquette de
consommateur; des gens qui n’ont rien de matériel
à
perdre, sinon leur peau . . . . Et pour terminer:
La jeunesse
blanche d’Amérique a plus de choses en commun avec
les
indiens dépouillés qu’avec leurs
propres parents.
Brûlez leur maison et vous serez libres
Fin de citation.
Il
s’agit d’un tract Yippie
caractéristique. Ceux qui ce sont
associés a vous dans ce mouvement à Chicago et
d’après
vous, afin d’avoir une Amérique meilleure?
Mr.
HAYDEN. Je pense que ce document exprime de beaux sentiments et je
souhaite que vous puissiez les comprendre, Mr. Watson.
Mr.
WATSON. Merveilleux. C’est une très bonne
conclusion. Merci.
(NDT)
(1): industriel américain
(2) Les [sic] sont
soulignés par le lecteur pour faire remarquer des fautes de
frappe dans le document. J’en ai gardé
quelques-uns et
supprimé certains.
(3) Jim Garrison, Procureur de la
République de la Nouvelle-Orléans qui a
accusé
Clay Shaw, un industriel à la retraite d’avoir
commandité
l’assassinat de John F Kennedy. Ce dernier sera
acquitté en
mars 1969, après plus de 2 ans d'enquête. (NDT)
Source: Congress, House, Committee on Un-American Activities, Subversive Involvement in Disruption of 1968 Democratic Party National Convention, Part 2, 90th Congress, 2d Session, December 1968 (Washington, DC: US Government Printing Office, 1968).