Audition de Tom Hayden devant le House Committee on Un-American Activities concernant “l’implication subversive” dans les troubles à la Convention Démocrate de Chicago (décembre 1968)

Source : http://historymatters.gmu.edu/d/6464.html

“We Are Living in a State of Anarchy”: Radical Assessments and Agendas in the Year 1968


HAYDEN PIECE A CONVICTION NO. 2

A: Personnel de la National Mobilization : Organisateurs de Chicago

Non destiné à la circulation ou à la  publication

De : Rennie Davis, Tom Hayden.

DISCUSSION SUR L’ENJEU DE LA CONVENTION DEMOCRATE

Le contexte

La société américaine est détruite par son gouvernement non représentatif. Les politiciens qui contrôlent la Maison Blanche et le Congrès ne répondent pas aux besoins sociaux évidents et aux clameurs de millions de gens. La démocratie est réduite au pauvre évènement de gens attroupés autour des urnes tous les quatre ans pour voter pour des candidats qui n’offrent aucun choix sérieux..

Nos impôts, notre sang et notre honneur national sont déversés dans la guerre sans espoir du Vietnam, alors que la violence dans nos villes démontrent la profondeur réelle de nos problèmes domestiques non résolus. Confrontés à une demande mondiale en faveur des droits humains, s’étendant du Vietnam jusqu’à nos bas quartiers, les politiciens américains au sommet ne semblent uniquement capables que de répondre avec une violence négative et auto destructrice. Mais la violence de la répression ne résout rien. Les problèmes ne peuvent pas être escamotés ou bombardés.

En 1960 et en 1964 surtout, les électeurs américains ont soutenu la paix au Vietnam et la réforme social à la maison. Depuis des professeurs les plus émérites, des figures religieuses, des artistes jusqu’ à certains généraux et hommes d’affaire, tous ont protesté contre la guerre; les dirigeants des deux partis au Sénat ont critiqué le Président; les sondages d’opinion montrent une large minorité opposée aux combats; presque tous les alliés de l’Amérique ont manifesté leur opposition; l’opinion publique mondiale condamne les Etats-Unis au Vietnam comme agresseur. Cependant les faiseurs de guerre continue l’escalade. Leur domination sur la politique s‘amplifie.

Depuis un siècle la société américaine revendique l’égalité raciale. Mais en 1968 une guerre des races est de fait en cours. Bien que des rebellions ouvertes se déclenchent presque tous les quatre ans, aucune réponse économique ou sociale n’a été mise en place. La seule réponse du gouvernement a été de réprimer violemment les rebellions et de laisser intactes les conditions abominables. Des logements, des écoles et des boulots pourris sont le lot quotidien des américains noirs. Rien, que ce soit le dur travail dans les champs de coton, l’action politique, l’organisation syndicale ou les manifestations non violentes, n’a transformé les promesses américaines en réalité.

Les problèmes du Vietnam et du racisme affectent tous les américains. La paix et l’honneur futur de notre pays dépendent du succès de la résolution de ces deux problèmes. La haine et les divisions créées prendront des générations pour disparaître. L’Amérique est en train de devenir un lieu  insécurisant et moche où vivre. Le pays manque à tous ses engagement de résoudre la question du racisme et n’est pas en mesure de le faire à cause de ses préoccupations au Vietnam. Parce que notre imagination sociale est flétrie par ces investissements dans la violence, notre vie dans son ensemble, se dégrade de maintes façons. Nos viles sont invivables. La télévision est sinistrée. Les besoins de santé ne sont pas satisfaits. Les problèmes mentaux sont laissés sans soins.

Les partis politiques, notamment le Parti Démocrate au pouvoir, sont impuissants à remplir leur fonction qui consiste à résoudre les problèmes sociaux de façon pacifique. Le Parti Démocrate est tributaire des exigences des racistes du Sud qui contrôlent des position clés anciennes gagnées par des générations de négriers. Ces politiciens ne sont pas seulement racistes. Ils sont vieux et déconnectés des évolutions dans le monde et notre pays. Ils croient en l’usage de la force pour maintenir le statu quo. Les Démocrates du Nord, bien qu‘apparemment plus libéraux et flexibles que leurs alliés du Sud, tendent à apparaître comme corrompus. Leur pouvoir repose sur des machines urbaines qui ont échoué à résoudre les problèmes de leur électorat en grande partie noir et issu des classes ouvrières. Les élections dans le Noirs ont tendance à devenir des questions de personnes, ou des batailles entre groupes ethniques rivaux, ou des compétitions dans lesquelles les candidats surenchérissent sur les promesses des autres. Rien ne change, sinon les visages.

Au dessus et derrière cette structure politicienne inutile et mesquine se sont érigées d’énormes bureaucraties avec un pouvoir immense de vie et de mort sur les américains. Cela comprend les militaires qui contrôlent les trois quart de l’argent des impôts et un pourcentage équivalent des budgets de la recherche et du développement ; et de grosses corporations qui font leur fortune au milieu du sordide urbain et de la pauvreté planétaire. Quand ces géants ne peuvent pas influencer les politiciens, ils les achètent simplement et quand ils ne peuvent pas les acheter, ils les menacent de leur retirer leurs soutiens de toutes sortes.

Face à cette situation montent une résistance et une révolte. L’été 1968 verra le plus grand rassemblement de dissidents jamais vu dans ce pays. La colère est maintenant massive contre la police et les rats, la guerre du Vietnam et la conscription et ne peut pas être calmée avec des “ méthodes policières meilleures.” Cet été donnera le jour à un mouvement plus déterminé et puissant en faveur du changement. En même temps, les mesures du systèmes face aux crises intérieures et étrangères se durciront et le processus démocratique se fermera vraisemblablement sur lui-même, imperméable à toute alternative viable. L’axe du Parti Démocrate—les noirs, les travailleurs, les intellectuels,—acquièreront un sentiment nouveau de sous représentativité. Nixon, et non pas Rockefeller, sortira candidat à l’élection présidentielle de la Convention républicaine. Et Johnson, et non McCarthy ou Kennedy, deviendra l’ “alternative” pour les libéraux . Pour la partie des Démocrates qui veulent un mot sur l’escalade de la guerre, les impôts élevés et la pauvreté urbaine, le “choix” apparaîtra désespéré. Beaucoup, pour la première fois prendront conscience que dans la démarche et les combines du processus démocratique, la minorité ne compte pas. On attend d’elle qu’elle participe à la politique comme elle va au cinéma Son choix se limite aux stars qu’il déteste le moins. Cet été, des millions de Démocrates anxieux se demanderont, et maintenant ?

La stratégie des mouvements noirs et pacifistes à ce moment là pourra aider à répondre à cette question. Nous pouvons soit prendre l’initiative en posant les fondations d’une nouvelle force politique aux Etats-Unis, ou être conduits à l’isolement vis à vis des américains moyens. Ce que nous faisons maintenant, la manière dont nous préparons le pays à la Convention et la manière dont nous répondons à cette Convention pourrait bien faire pencher la balance en faveur de l’enterrement du Parti démocrate ou des conditions pour Johnson d’acheter le mouvement.

Une proposition

Une confrontation massive avec notre gouvernement—le Parti Démocrate— a été organisée alors qu’il tiendra sa convention à Chicago cet été . Etant donné la perspective d’une stratégie de droite, ce défi pourrait aider à transformer la politique du pays. Depuis le New Deal, la force électorale du Parti Démocrate repose sur le soutien de gens conscients politiquement dans les syndicats, les communautés noires et les corporations. Actuellement, une grande partie de cette base s’opposent à sa politique. En même temps, ses dirigeants sont déterminés à maintenir le statu quo. Tout laisse à penser que ce conflit d’intérêt va éclater à la Convention Nationale Démocrate en Août à Chicago. Notre tâche doit être de préparer le pays à faire face à cette crise politique en renforçant et en soutenant un mouvement et une force populaires que ne pourront pas ignorer les politiciens et auxquelles ils ne pourront pas résister.

 Cette proposition suggère plusieurs moyens pour construire une action de masse à Chicago sur plusieurs mois ; pour utiliser la manifestation de Chicago afin de dramatiser aux yeux du monde le grand nombre de gens qui ne se sentent pas représentés, et de fait qui ont ignorés et utilisés, par la politique de notre gouvernement dans la crise du Vietnam et en matière de racisme, et de dénoncer la farce qu’est devenue la démocratie; pour rendre public l’enjeu de la Convention Démocrate de telle façon que l’Amérique et le monde entier soient capable de voir et de juger qui de Lyndon Johnson ou des manifestants sont les plus représentatifs de la tradition démocratique et de la justice sociale américaines.

Cette proposition se divise en trois temps principaux .

Premièrement, du 21 au 30 avril, les jours printaniers de résistance. Là où cela est possible les mouvements noirs et pacifistes devraient se focaliser sur le Parti Démocrate. La méthode anti-démocratique de choix des candidats—par l’argent ou le “piston”—serait rendue publique et dénoncée. Les noms des financeurs Démocrates qui profitent de la guerre et du racisme seraient révélés et leur petite vie confortable perturbée. Les maires à la tête des municipalités démocrates seraient choisis pour être les destinataires des livrets militaires renvoyés. L’effigie des gouverneurs soutenant Johnson, la guerre et la répression serait brûlée. Les revendications du mouvement adressées à la Convention Nationale Démocrate seraient largement diffusées et expliquées. Chaque fois que nécessaire, les positions de Dodd, Jackson et Symington seraient contestées. Les liens de Englehard (1) avec Johnson seraient attaqués . Les compagnies du Texas qui profitent du Vietnam seraient énumérées, etc.

Deuxièmement, l’été serait une période intense d’organisation, de formation et de manifestations. En même temps que des comités locaux de coordination planifieraient l’attaque de la Convention Démocrate, ils mettraient en place des programmes de recrutement et d’entraînement pour des organisateurs—l’objectif serait de plusieurs milliers—qui créeraient des organisations de résistance à la conscription dans les collèges, organiseraient des actions pour corrompre les délégués, parleraient avec les professeurs, les médecins, les vétérans et les bénéficiaires de l’aide sociale, afin de fixer un jour précis d’opposition à la Convention, rassembleraient des renseignements sur les délégués qui seront perpétuellement interpellés durant tout leur séjour à Chicago, dialogueraient avec des centaines de syndicats locaux au sujet de la guerre et du racisme, mettraient en place des pressions dans le ghetto pour le retrait des locaux du Parti Démocrate et institueraient des tribunaux de crimes de guerre locaux pour dénoncer les démocrates qui fabriquent des mines anti- personnelles, des gaz toxiques et autres armes bannies par les accords internationaux.

Troisièmement, l’été devrait se couronner par une semaine de manifestations, d’agitation et de marches lors de la Convention Nationale Démocrate, obstruant les rues de Chicago de gens demandant la paix, la justice et la participation aux affaires du pays. Ce serait la période où le mouvement rende publique une série de revendications, nombreuses mais concrètes—dans lesquelles une vaste majorité pourrait se reconnaître, mais auxquelles le Parti Démocrate s’est révélé incapable de satisfaire.

Le mouvement ne doit pas faire le jeu de Johnson en essayant d’empêcher la Convention de se réunir, une attitude que peu d’américains accepteraient et comprendraient.. L’action devrait plutôt se bâtir tout au long de la semaine, les revendications et les moyens d’actions croissant chaque jour, préparant une confrontation de masse au moment de la nomination de Johnson. L’organisation et les actions initiales devraient compter de 50 000 à 100 000 personnes. La marche funéraire finale [sic] de la Convention Démocrate, commençant avec le dépouillement du dernier bulletin, serait forte d’un demi – million de personnes—demandant une alternative sur les questions de la paix et de la justice; des citoyens qui sont venus pour “faire fonctionner le processus démocratique” en bloquant les délégués dans le International Ampetheatre [sic] (2) jusqu’à ce qu’une telle alternative soit proposée au peuple américain.

Une action bien planifiée d’information précéderait les derniers jours de la manifestation.; par exemple, des auditions de programmes alternatifs, des questions à l’intérieur comme à l’extérieur de la Convention, un lobby continuel auprès de chaque délégué, des manifestations dans les rues, des conférences de presse quotidiennes, et des actions qui rendraient publiques des griefs et des revendications concrètes.. Une audition populaire recevrait le témoignage de Garrison (3) sur l’assassinat de Kennedy ; de Satre [sic] sur les crimes de guerre US au Vietnam et de Carmaichael [sic] sur les causes des émeutes. Face aux médias, nos auditions devraient être capables d’entrer en compétition avec les séances de la Convention Démocrate.

Des manifestations quotidiennes seraient organisées de façon à ce qu’elles ne deviennent pas un agglomérat informe de forces en compétition pour une couverture télévisée. Il faut une stratégie pour permettre aux manifestations de clarifier les revendications et ne pas embrouiller l’opinion. Peut-être en associant à chaque journée de la Convention une revendication majeure des mouvements noirs et pacifistes. Un planning de manifestations serait organisé: un jour pour l’éducation, un pour la pauvreté, un pour la conscription, etc. Chaque jour serait utilisé pour dramatiser une revendication unique. Chaque jour, dans tout Chicago, des actions se focaliseraient sur une question commune.

Par exemple, le 26 août, une coalition d’organisations contre la pauvreté pourrait encercler l’hôtel Conrad Hilton pour réveiller les délégués avec la demande de 20 billions $ pour y mettre fin. Toute la journée, des conférences de presse, des manifestations et des vigiles dramatiseraient cette revendication. Le soir, des blancs, des noirs, des hispaniques pauvres de Chicago pourraient marcher sur les troupes protégeant la Convention pour inviter les délégués à passer la nuit avec eux dans le  ghetto plutôt qu’au Conrad Hilton ou au Palmer House. Alors que le monde entier regarde, l’invitation est accueillie à coup de matraques, avec brutalité et arrestations, puisque l’injonction présidentielle contre toutes manifestations pendant la Convention a été violée. Le jour suivant, le 27 août, des actions se centreront sur la conscription organisées par une coalition d’étudiants radicaux Les actions seraient légèrement plus militantes que la veille avec des jeunes embrochant leurs papiers militaires sur les baïonnettes des soldats, ou les brûlant sur la pelouse du maire Daley qui se trouve derrière le International Ampetheatre [sic].

Un ciblage quotidien des revendications nationales clarifierait non seulement les demandes aux yeux de l’opinion publique mais permettrait aussi une diversité des formes de protestations, de militance et de rhétorique. Une telle diversité est possible, souhaitable même, si il y a accord sur la stratégie générale :permettre aux forces qui représentent actuellement le Parti Démocrate de prendre conscience des limites du système bi partite actuel; et offrir une alternative à ces millions de gens qui sont d’accord avec le fait que la compétition Johnson-Nixon n’en est pas une. L’objectif du mouvement serait de disputer au Parti Démocrate l’adhésion des gens en sapant ses bases idéologiques et organisationnelles durant cette période de crise.

Les tâches

En plus de commencer des discussions immédiates au sein des organisations du mouvement et de préparer la confrontation lors de la Convention à travers tout le pays, une organisation doit être mise en place pour préparer les actions du printemps, de l’été et du mois d’août. Des propositions de revendications doivent être préparés pour la Conférence de la National Mobilization à Chicago le 24 février. Un pamphlet sur “Ce qu’est le Parti Démocrate” devrait être rédigé et diffusé, ce qui implique des objectifs clairs en vue des actions du printemps. Un personnel inter racial devrait être mis en place à Chicago. Etat par Etat, des groupes seraient formés pour chercher les exemples de corruption du Parti Démocrate local et rédiger des listes de délégués qu’ils feront suivre au bureau de la National Mobilization à Chicago. Des comités de coordination régionaux seraient créés, qui lanceraient les projets pour l’été et assureraient la responsabilité de l’organisation des manifestations quotidiennes à thème. Une réunion d’avocats doit être prévue pour prévoir la défense et le soutien devant les tribunaux. Il faut commencer la préparation de postes médicaux tenus par des médecins. Le logement pour 50 000 personnes doit être prévu à Chicago. On a également besoin de 15 grandes salles de réunions . Du matériel d’explication et de sensibilisation doit être rédigé. La recherche et l’organisation d’un comité chargé des auditions pour une plate forme alternative doivent commencer. Un service de presse national doit être mis en place ainsi qu’ une liste d’intervenants sur le Parti Démocrate. Et, enfin, il est nécessaire de collecter des fonds pour soutenir ce programme et les nombreuses actions qui se développeront au fur et à mesure que nous approcherons du moment où le Président jugera nécessaire d’utiliser les troupes stationnées au Vietnam ou dans le ghetto pour assurer sa nomination et où l’échec de la mise en place d’un gouvernement cohérent et représentatif en Amérique deviendra une évidence pour tous.

[POURSUITE DU REMOIGNAGE DE TOM HAYDEN]

. . . Mr. HAYDEN.Je ne pense pas qu’il y a un appareil démocratique sur les campus; je ne crois pas que la conscription soit un exemple d’appareil démocratique. Et aussi longtemps qu’il n’y aura pas d’appareil démocratique , les jeunes n’auront le choix qu’entre capituler devant le statu quo ou trouver des façons de lui résister, et je ne conseille pas vraiment des moyens illégaux parce que je crois que les autorités commencent à faire le ménage. 
La plupart de mes amis sont en route pour la prison pour une raison ou une autre. La plupart des jeunes dirigeants du mouvement dans ce pays — inconnus pour beaucoup de vous comme de moi—sont déjà confrontés à des peines de prison, alors je vous demande d’abandonner l’idée que je plaide pour des actions illégales. Mais je me fais l’avocat d’actions qui arrêtent l’université, comme celles des étudiants de l’université d’Etat de San Fran , afin de la remettre en ordre.

Mr. ASHBROOK. Mr. Hayden, peut-être serons en désaccord sur les termes mais il me semble que ce que vous avez dit est très proche de l’anarchie.

Mr. HAYDEN. Nous vivons dans un état d’anarchie. Quand un jeune se retrouve devant une commission d’incorporation—l’âge moyen de ses membres est de 58 ans, un cinquième d’entre eux en ont 73—il n’y a aucun moyen pour ce jeune d’éviter des choix intolérables : soit combattre dans une guerre qu’il ne veut pas, soit se défiler et laisser se battre pour lui des jeunes porto ricains, noirs ou des jeunes issus des classes ouvrières. Ce n’est pas un état d’anarchie auquel est confronté ce jeune , et non un état de droit ? Il n’a aucun recours . Et c’est la situation à laquelle sont confrontés tous les jeunes de ce pays et que je pourrai développer en détail dans d’autres situations au delà de la conscription.

Mr. ASHBROOK. Merci . C’est tout, Mr le Président.

Mr. ICHORD. Des questions, Mr. Watson?

Mr. WATSON. Mr. Hayden, Je crois que vous avez déclaré en résumé que nous allons perdre, en vous référant à la présente génération, au système.

Mr. HAYDEN. Non, je voulais seulement dire que l’HUAC avait perdu son autorité. C’est pourquoi il n’y a plus de vigiles.

Mr. WATSON. Je vois. Bien sûr certains d’entre nous pourraient avancer d’autres raisons pour l’absence de vigiles, mais—

Mr. HAYDEN. J’espère que vous ne pensez pas à la police.

Mr. WATSON. Oh, bien sûr que non. Vous avez prouvé que vous n’aviez aucun respect pour l’autorité policière. Mais ne vous ai-je pas entendu dire—

Mr. HAYDEN. Pas lorsqu’elle est utilisée de la manière où vous l’utilisez, pour protéger votre soi-disant démocratie.

Mr. WATSON. Mais ne vous ai-je pas entendu dire  que le système,ou quel que soit le nom que vous lui donnez, cette génération, allait perdre ?

Mr. HAYDEN. Je pense que les politiciens comme Dean Rusk, Lyndon Johnson, Richard Nixon, Hubert Humphrey, et tous ceux que j’ai pu nommé avant et que j’ai oublié ont perdu meur autorité vis à vis d’une grande partie de la population américaine. Je l’ai dit, et j’ai dit que l’ HUAC avait perdu son autorité.

Mr. WATSON. Et que—

Mr. HAYDEN. Et que vous ne pouvez l’éviter en ayant un président plus jeune ou en étant plus raisonnables, parce que cela ne résout pas les vrais problèmes.

Mr. ICHORD. Mr. Hayden, quelques éditorialistes de la presse écrite ont déclaré que vous aviez été très actifs dans l’élection de Richard Nixon. Est-ce que cela ne vous frustre pas, vu vos sentiments pour Richard Nixon, si ces éditorialistes avaient raison ?

Mr. HAYDEN. Non. Je pense que l’élection de Richard Nixon, dans un sens, est—montre que le pays continuera à dégringoler tant que les gens ne décideront pas d’y remettre de l’ordre. Vous savez, cela n’a pas beaucoup d’importance pour moi que ce soit Hubert Humphrey ou Richard Nixon qui soient Président des Etats-Unis.

Mr. ICHORD. Continuez, Mr. Watson.

Mr. WATSON. N’avez-vous pas dit auparavant que vous et ceux qui pensent comme vous alliez gagner à terme ?

Mr. HAYDEN. Je pense qu’à terme, nous allons vous survivre [Rires.] Sans doute que nous allons passer la plupart de notre temps dans des pénitenciers. Je pense que nous sommes davantage qu’un simple mouvement existentialiste ou romantique. Nous sommes un mouvement calculateur, un mouvement politique, et nous essayons de faire de ce pays un pays meilleur et nous croyons que, nous avons de bonnes raisons de croire que nous avons quelques chances d’y parvenir.

Mr. WATSON. Donc votre but ultime est de rendre ce pays meilleur. Vous avez dit cela.

Mr. HAYDEN. Oui. Je viens de le dire.

Mr. WATSON. Et vous avez, je pense, beaucoup, ou quelques commentaires favorables à faire concernant le Rapport Walker.

Mr. HAYDEN. Non pas exactement Je ne suis pas tout à fait d’accord avec le Rapport Walker.

Mr. WATSON. Pas tout à fait. Mais en partie. Si je me souviens, plus tôt, vous avez dit qu’il condamnait ce—

Mr. HAYDEN. Il y a beaucoup de faits sur ce qui s’est passé à Chicago entre les manifestants et la police et je pense que ce sont des faits précis, indéniables.

Mr. WATSON. J’aimerais lire un paragraphe de ce rapport page 49. Ce rapport décrit un tract Yippie typique qui dit, je cite: . . . qui prétend que des riches américains blancs peuvent dire aux chinois ce qui est le mieux? Comment osez-vous dire aux pauvres que leur pauvreté est méritée? - - - - nuns— Et vous savez ce que je veux dire.

Mr. HAYDEN. Que voulez-vous dire , Mr. Watson?

Mr. Watson [continuant sa lecture]:Moquez-vous de vos professeurs—

Mr. HAYDEN. Que voulez-vous dire, Mr. Watson?

Mr. WATSON. Je pense que vous êtes assez intelligent pour arriver à une interprétation par vous-mêmes. [Continuant sa lecture:]
Désobéissez à vos parents: brûlez votre argent: vous savez que la vie est un rêve et toutes nos institutions des illusions fabriquées, parce que VOUS prenez les rêves pour la réalité. . . . Renversez la famille, l’église, la nation, les villes, l’économie : transformez la vie en art, en théâtre de l’âme et de l’avenir; le révolutionnaire est le seul artiste. . . . Ce dont nous avons besoin, c’est d’une génération freaky, folle, irrationnelle, sexy, en colère irréligieuse et gamine: des gens qui brûlent leurs papiers militaires, leurs écoles, et leurs diplômes.: des gens qui disent : “Allez vous faire voir avec vos objectifs!”; des gens qui amusent la jeunesse avec de la musique, de l’herbe et de l’acide: des gens qui redessinent le normal; des gens qui rompent avec le jeu du statut-rôle-étiquette de consommateur; des gens qui n’ont rien de matériel à perdre, sinon leur peau . . . . Et pour terminer:
La jeunesse blanche d’Amérique a plus de choses en commun avec les indiens dépouillés qu’avec leurs propres parents. Brûlez leur maison et vous serez libres
Fin de citation.
Il s’agit d’un tract Yippie caractéristique. Ceux qui ce sont associés a vous dans ce mouvement à Chicago et d’après vous, afin d’avoir une Amérique meilleure?

Mr. HAYDEN. Je pense que ce document exprime de beaux sentiments et je souhaite que vous puissiez les comprendre, Mr. Watson.

Mr. WATSON. Merveilleux. C’est une très bonne conclusion. Merci.


(NDT)
(1): industriel américain
(2) Les [sic] sont soulignés par le lecteur pour faire remarquer des fautes de frappe dans le document. J’en ai gardé quelques-uns et supprimé certains.
(3) Jim Garrison, Procureur de la République de la Nouvelle-Orléans qui a accusé Clay Shaw, un industriel à la retraite d’avoir commandité l’assassinat de John F Kennedy. Ce dernier sera acquitté en mars 1969, après plus de 2 ans d'enquête. (NDT)



Source: Congress, House, Committee on Un-American Activities, Subversive Involvement in Disruption of 1968 Democratic Party National Convention, Part 2, 90th Congress, 2d Session, December 1968 (Washington, DC: US Government Printing Office, 1968).

Index Chicago