
>Comment expliques-tu la renaissance de l’art et de la vie bohême dans les années 60 et son ampleur?
La renaissance? La
'manière bohême n’est jamais
morte. Dans les années quarante, elle survivait à
Greenwich Village, par exemple. Dans les années cinquante,
elle s’est manifestée dans le quartier de North
Beach à
San Francisco avec les Beats (J’étais
là depuis l’été
1957). Avec l’apparition des drogues
psychédéliques,
la philosophie Beat qui, selon moi, tendait vers une vision
existentialiste plutôt obscure, a pris une orientation plus
lumineuse vers le chakra du cœur.
>Par psychedelics , tu
parles des drogues psychédéliques ?
Oui, qui
sont maintenant appelées couramment
'enthéogènes.'
Elles ont joué un rôle important dans la 'tribalisation' des groupes communautaires. Il y avait de nombreuses expériences de groupes à Morningstar avec le LSD "White Lightning" de Owsley et plus tard avec le MDA,semblable au MMDA, maintenant appelé Ecstasy. Les personnes qui ont partagé une expérience de groupe sont liés entre eux de façon étonnamment étroite.
Au Ranch Wheeler, nous
avions différentes réunions
autour du peyotl, malgré que nous n’utilisions pas
la
cérémonie rituelle de la Native American Church.
Il y
eut aussi une célèbre Pâques avec la
'White
Light', mais je n’étais pas là
à l’époque.
Et puis il y eut également la fameuse overdose de 'Black
Sunday' lors de la fête du mariage, racontée dans
un
chapitre du livre en ligne "Home Free Home." voir:(1)
http://www.diggers.org/homefree/hfh_14.html
>Quel est
leur rôle dans ton éveil spirituel?
Les
substances psychédéliques (avons-nous besoin de
les
appeler 'drogues'?) et les plantes alliées m’ont
beaucoup
aidé toutes ces années, depuis ma
premières
expérience (peyotl, 1963) qui m’a ouvert les
'portes de ma
perception' jusqu’à des séries
d’expériences
avec le LSD dans le désert en 1966 -- voir
http://www.raysender.com/light.html
En 1980 ou aux
alentours, j’ai décidé
d’arrêter toutes les
substances chimiques ou naturelles, et cela a continué
jusqu’en 2002, lorsque j’ai découvert le
salvia divinorum
et décidé de l’utiliser pour faire un
peu de
'lecture' sur ma géographie spirituelle. Je l’ai
trouvé
très amicale et aidante. Fondamentalement, cela
m’a fait
connaître une expérience sublime de mort,
m’a
débarrassé des quatre enveloppes
inférieures
(physique mentale, émotionnelle et astrale) et m’a
donné
pendant quatre minutes un goût de ce que les
Tibétains
appellent 'le Dharmakaya' – le corps de béatitude,
le grand
océan du Moi, où nous retournons tous
à la fin.
J’ai écrit un article pour Salvia magazine, et il
y en a une
copie à:http://www.raysender.com/salvia.html
J’encourage
à ajouter cette salvia à une
expérience
'sérieuse' – pas dans le cadre d’une
fête ou pour le
plaisir. Si certains sont intéressés pour essayer
ils
devraient lire le manuel et les différents articles en ligne
à
www.sagewisdom.org
et
toujours avoir un 'assistant' près d’eux au
début,(selon
la durée, etc.)
> Quand on lit au sujet des années soixante, il est question de Leary, Kesey, Ginsberg. etc...Etaient-ils réellement connu à cette époque? Et quelle était leur réelle influence?
Oui, Leary et Kesey
étaient très connus et
considérés comme des modèles. Bien
sûr,
Ginsberg était vu comme un ' saint patron 'qui
représentait
aussi le panache spirituel des Beats.
> Etais-tu conscient
à l’époque de ce qui se passait ? ou
était-ce
avant tout une expérience personnelle?
Dès mon
implication dans le Trips Festival en janvier 1966, il était
évident qu’un changement
général dans les
consciences avait lieu - un mouvement. A la même
époque,
j’étais centré sur mes propres
expériences
intérieures, et alors, par exemple, je me suis
retiré
pour une période de solitude dans le désert
aussitôt
après les énergies du Trips Festival. A mon
retour, je
me suis rendu presque aussitôt à Morningstar
Ranch, qui
était vide à l'époque.
> Quel est l’héritage des années soixante, sur un plan historique et personnel ?
Historiquement, les questions environnementales je pense, le besoin de purification à partir des quatre éléments(la terre, l’air, le feu, l’eau), l’expression libre des émotions – beaucoup de ce qui est exprimé dans le document 'Morningstar Faith' est devenu soit intégré soit co-opté de différentes façons. http://www.raysender.com/MStrfaith.html
Quant à mon niveau personnel, je reste tout d’abord convaincu que le principe de Lou Gottlieb 'Pas de Location' a frappé le 'coeur de la bête' – l’aliénation de la Terre Mère en la découpant en parcelles possédées individuellement.
Malheureusement, la propriété privée semble être la seule manière selon laquelle la majorité des gens chérira et prendra soin d’un petit morceau d’elle. Mais je pense que la position radicale de Lou peut être en partie appliquée en se focalisant sur les maux des propriétés non occupées – et cela a été fait par différents groupes de 'squatters' en Europe et ailleurs.
Bien sûr, les sans-abri sont à l’ avant-poste de ce mouvement de différentes manières. Il y a aussi les 'Sanyasin' aux USA. Je pense parfois qu’ils devraient porter des robes safran et des bols pour l’aumône de façon à ce que les citoyens ordinaires comprennent mieux leur rôle dans la société.
A un niveau plus
personnel, je reste très intéressé
,par ‘l’Accès à
l’Illumination pour Tous,"
que j’appelle maintenant le O-BE-ATA Project, un acronyme
pour
Oceanic Being Eudemony Available To All. Une présentation
est
disponible à:www.raysender.com/obeata.html
>
Une communauté peut-elle survivre sans règle ?
Non,
mais elle peut commencer sans et en établir naturellement
les
formes de l’intérieur. J’ai
inventé quelque chose
au Ranch Wheeler au sujet de cette forme 'régulation
naturelle' appelé le PAL Ratio. PAL signifie " ratio de
personnes par animaux par terrain' (People to Animals to Land),mais
inclut également d’autres données.
L’idée
est de demander à chaque résident de remplir un
formulaire comme ci-dessous. Toutes les réponses doivent
être
un nombre :
Combien de personnes selon vous peuvent vivre sur ce
terrain?
Combien de chiens
Combien de chats?
Combien de
vaches?
Combien de chevaux?
Combien de chèvres?
Combien
de lapins?
Combien de cerfs?
Combien de ratons laveurs?
Quelle
quantité d’eau devrait être disponible(
en gallons par
jour)
Combien de mètres carrés pour le
jardin?
Combien de mètres carrés pour le
verger?
Combien de mètres carrés pour la
forêt?
Toutes les réponses chiffrées sont
enregistrées et une moyenne – ou un nombre
pourrions-nous
dire plutôt 'idéal', est retenu.
Les résultats
peuvent alors être épinglés sur le
tableau
d’affichage de la communauté avec quelques
commentaires
supplémentaires du genre:
"Nous voudrions faire
remarquer que les catégories suivantes sont au-dessus ou au
-
dessous de l’idéal fixé:
AU DESSUS personnes 35
chiens 10 chats 12
AU-DESSOUS eau - 55 gallons jardin - .5 acres
verger - 6 acres forêt - 20 acres
" S’il vous plaît
contribuez selon vos moyens à mettre en concordance ces
chiffres avec 'la moyenne idéale.' Merci.
De cette façon, sans ériger une liste de règles, la communauté est encouragée à s’auto-réguler. Wheeler s’arrangeait pour ne fonctionner qu’avec quelques règles de base, le système de croyance souligné dans la Morningstar Faith et:
1) ne construisez pas
votre maison au milieu des prés ou à
la vue de quelqu’un
2) ne faites pas de feu à l’extérieur
pendant la saison des incendies.
Les chiens étaient aussi
déconseillés parce que nous vivions
entourés de
ranch d’éleveurs de moutons.
> Comment expliques – tu l’échec de Morning Star et du Ranch de Bill Wheeler? Est-ce du au harcèlement par les autorité ou à la vie communautaire elle-même (manque de règles…)?
Morning Star
n’aurait jamais pu continuer en tant que
communauté. Les voisins étaient trop proches et
les
styles de vie trop différents. C’était
devenu plutôt
une Représentation d’Art .Je pense personnellement
que le
Ranch Morning Star, du fait que la terre avait
été
dédiée à la Mère Divine par
un groupe
catholique avant même que Lou ne
l’achète ( Nous
n’avons découvert cela qu’en 1977, mais
cela explique
pourquoi tant de monde a vécu des expériences
concernant Mère pendant les années soixante),
C'est
un lieu de guérison que l’on devrait laisser
retourner à
son état naturel, comme réserve naturelle et
sanctuaire.
Bien sûr, le fait que les bâtiments aient
été rasés plus de trois fois par les
bulldozers
et les gens arrêtés quotidiennement a
aidé à
faire 'échouer' l’expérience, si tu
veux.
Au
Ranch de Bill Wheeler, c’était
différent. C’était
plus isolé, le terrain était plus grand et un
noyau dur
communautaire s’est formé à partir de
1971 qui
s’auto-gouvernait sans loi. Si les autorités ne
l’avaient
pas également fermé, je pense qu’il
aurait continué
à créer et à épanouir sa
forme unique.
> Est-ce que le Free Land Movement existe encore aux US ?
Pas sous ce nom, à ma connaissance. Mais quiconque intéressé par la vie avec d’autres de façon auto-régulée, qui inclurait la pauvreté volontaire et la vie en milieu rural, pourrait probablement, avec un peu d’effort trouver un groupe compatible.
> Es-tu encore en contact avec des personnes que tu as connu durant ta vie communautaire?
Oui, beaucoup! Nous avons notre propre liste sur Yahoo et on a différents rassemblements à différents moments. Le Premier mai est célébré chaque année au Wheeler's Ranch, le Solstice d’Eté chez son voisin Ocean Song, Pâques dans un autre ranch des environs.
Mais comme disait Lou ,
'le seul problème avec les
communautés ouvertes c’est qu’elles ne
sont pas assez
nombreuses." Cela signifie que l’on doit souvent mettre des
'filtres'. A Morningstar et au Ranch Wheeler, le premier 'filtre'
étaient les groupes qui vivaient près du portail
d’entrée, une bande de buveurs de vin,
infatigables et mal
dégrossis. Si cela ne décourageait pas les
visiteurs,
alors ils continueraient et devraient se débrouiller pour
trouver de quoi se nourrir et se loger. A Morningstar, un grand repas
était offert à tout le monde. Au ranch Wheeler,
tu
devais te débrouiller, mais il y avait du riz et des graines
au magasin gratuit, et un four à bois au milieu
d’une
prairie pour un usage public. Le dimanche il y avait une
'fête'
commune , suivi d’un bain de vapeur sur des pierres
chaudes.
Personnellement, je ne vis plus en communauté mais
je reste impliqué dans différents projets
basés
sur la vie communautaire. J’admire
particulièrement le
groupe de Portland 'City Repair' qui commence à
être
copié dans d’autres villes.
(1) Non encore traduit
