Les Racines de la Renaissance Communautaire

By courtesy of Pr Timothy Miller
Source : Roots of Communal Revival 1962-1966
http://www.thefarm.org/lifestyle/root1.html


L’un des grands épanouissements du communautarisme aux Etats-Unis eut lieu pendant l’époque des hippies

Dans les années 1960 et au début des années 1970., les communautés rurales hippies attiraient l’attention des médias , remplies de photos, d’anecdotes piquantes et de gens aux attitudes les plus singulières qu’aient connu les américains.  La couverture médiatique fut massive entre1969 jusqu’en  1972, et un flot de livres grand public émergea bientôt, la plupart d’entre eux décrivant le séjour de l’auteur dans des communautés. Une branche de sciences humaines se développa également.

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Dans des études au cas par cas, les observateurs du nouveau communautarisme cherchant à expliquer les origines des communautés conclurent qu’elles étaient le produit du déclin de la vie urbaine hippie à Haight-Ashbury,  East Village, et autres enclaves. Les centres urbains hip, selon cette thèse, auraient été brièvement des havres joyeux de paix, d’amour et d’élévation de la conscience , mais se seraient transformés rapidement en fosses d’aisances pour drogues dures, crimes de rues et répression des modes de vie dissidents. Les hippies à ce moment là, les auraient abandonné pour le cadre amical de la campagne, où ils bâtirent des communautés pour y vivre l’idéal hip.

Des exemples de cette explication des origines du communautarisme hippie abondent dans la littérature à la fois populaire et scientifique. Maren Lockwood Carden, par exemple, écrit en 1976, que les  " premières communautés hippies furent créées dans des zones urbaines où ils vivaient auparavant," et que à partir de 1966 "et surtout en 1967 et 1968, ces communautés hippies quittèrent les villes. Helen Constas et Kenneth Westhues ont la prétention de retracer l’histoire de la contre culture "de ses débuts charismatiques sous forme de vieilles bohêmes urbaines jusqu’à celle actuelle de communautés rurales," concluant que ces "communautés signifient la banalisation du phénomène hippie."

En réalité, de nouvelles formes de communautés commencèrent à apparaître avant l’émergence clairement identifiée d’une culture hippie, et encore plus d’une telle culture en déclin; Elles représentaient un renouveau de la vénérable et beaucoup plus large tradition américaine de culture alternative, dont une partie s’était engagée dans la vie communautaire. Catalysées par les changements dans la culture américaine à la fin des années 1950 et au début des années 1960, les communautés hip n’étaient pas, au début, des produits du phénomène hippie mais des creusets qui jouèrent un rôle majeur pour façonner et définir la culture hip. En d’autres termes, les hippies urbains ne créèrent pas les premières communautés hip; il serait plus juste de dire que les premières communautés aidèrent à créer les hippies. Si des communes furent en effet fondées par des hippies qui quittaient les villes , ce fut par des individus venus tardivement sur la scène communautaire hip.. Quand les premiers hippies apparurent-ils?

L’argument selon lequel la nouvelle vague de communautarisme rural a été préjudiciable au développement des hippies urbains n’est valable que si l’on considère que les hippies ne constituaient pas un mouvement distinct  dans les villes américaines avant la seconde moitié des années1960. Bien sûr, personne ne peut dire avec exactitude à quel moment le premier hippie est apparu au coin de  Haight et Ashbury Streets. Les hippies sont des émanations des beats des années 1950 et des bohémiens de la décade précédente, mais il est impossible de les considérer comme un mouvement social distinct avant 1966 environ. Les Diggers de San Francisco, ces altruistes qui aidèrent les hippies nécessiteux à survivre et dont la forme d’habitat elle-même était plus ou moins communautaire, commencèrent à prendre une forme clairement identifiable cette année-là. Bien que le LSD, dont l’usage devint le centre de l’expérience hip , avait été découvert par quelques pionniers (parmi lesquels Timothy Leary et Ken Kesey) quelques années plus tôt, il ne devint pas un symbole et un véhicule de rejet de la culture dominante avant la moitié de la décade, lorsque Kesey mit en scène une année d’ Acid Tests de Novembre 1965 à Octobre 1966.

Le terme "hippie," qui semble avoir été inventé fin 1965,était encore très confidentiel même en 1967; il n’apparaît pas dans des livres précurseurs sur la nouvelle culture comme  It's Happening de J. L. Simmons et Barry Winograd et The New Bohemia de John Gruen (tous les deux publiés en 1966). Mi 1967, cependant, tout le monde savait ce qu’étaient les hippies . Le Reader Guide 1966-67 n’avait pas d’entrée pour "hippie"; l’édition 1967-68 en contenait une colonne entière. En prendre une forme claire et distincte en 1966 et qu’il devint largement familier pour le public l’année suivante.

Mais les communautés hip existaient déjà à ce moment là. Drop City, un parfait prototype du communautarisme hip, fut créé en mai1965; une autre communauté avec une orientation hip indéniable, Tolstoy Farm, le fut deux ans plus tôt.. Ken Kesey et ses Merry Pranksters entreprirent leur fameux voyage en bus en 1964 et s’installèrent par la suite dans une existence communautaire en Californie puis en Oregon. La communauté de Mel Lyman, Fort Hill, s’établit en 1966 à Boston, après avoir adopté ce modèle depuis que Lyman ait commencé à attirer des partisans dans la région de Boston dès 1963. Ces communautés avaient développé de nouvelles modes sous culturelles et ont contribué à dessiner le mouvement hip naissant.

En outre, d’autres communautés qui n’étaient pas "hip" mais qui, en quelques occasions, ont influencé les hippies, étaient également bien établies à cette époque. Le communautarisme religieux, un thème récurrent de l’histoire américaine, en fait partie, avec des groupes dédiés à des centres d’intérêts aussi divers que le catholicisme, des religions orientales variées et la tradition anabaptiste, prospérant tous au début des années 1960. Il existait aussi des communauté séculaires dévouées à des politiques radicales, à l’anarchisme, à la liberté sexuelle, au partage du travail, à la création d’objets artistiques et artisanaux, au développement de la terre, à l’ethnicité, et une gamme étourdissante de visions de prophètes et de détraqués confondus.  Même si le communautarisme américain a connu des hauts et des bas au cours de l’histoire, il est un thème permanent de la vie américaine depuis plus de trois siècles, et il était bien présent lorsque une nouvelle génération de dissidents décidèrent de lui donner un coup de jeune.

Cela ne signifie pas que chaque nouvelle communauté a étudié soigneusement la tradition historique communautaire et essayer de se construire d’après elle. Comme de récentes études l’ont souligné, la plupart des groupes communautaires avaient sa raison propre d’existence et adoptait la vie communautaire comme un véhicule pour l’aboutissement d’objectifs spécifiques. Néanmoins, les communautés ont eu une présence aux Etats-Unis plus substantielle et plus durable que beaucoup n’imaginent . Cette présence continue a souvent été escamotée par les historiens américains, qui voient traditionnellement une grande vague d’édification de communautés au cours de la première moitié du dix-neuvième siècle avec les Shakers, la communauté de Oneida, les Fouriéristes, les Owenites, et beaucoup d’autres, mais ensuite une quasi vacuité jusqu’à l’arrivée des hippies. A vrai dire, plusieurs historiens travaillant sur la période précédant juste la renaissance communautaire des années soixante déclarèrent le communautarisme pratiquement mort depuis environ l’époque de la guerre civile.(3)

Les hippies, à tout prendre, dédaignaient l’étude de l’histoire , et n’avaient donc pas conscience que ce qu’ils étaient en train de faire avaient cessé d’exister depuis longtemps et était devenu en fait impossible. Néanmoins, leurs communautés avaient une dette envers la tradition américaine de radicalisme social et, dans quelques cas, des liens manifestes avec des communautés des époques précédentes. On pourrait argumenter sur le fait que la période de communautarisme hippie, comme d’autres vagues de communautarismes auparavant, représente l’une des fréquentes ruptures avec le hubris (2) qui commence avec les Puritains, la croyance que les humains mortels peuvent réellement créer des communautés parfaites dans lesquelles serait atteint véritablement le paradis sur terre, et qu’elle n’était donc rien d’autre qu’une nouvelle manifestation d’un modèle culturel existant de longue date. De façon moins grandiloquente, elle représente une sorte d’insatisfaction envers les institutions de la culture dominante qui s’est fréquemment manifestée non seulement à travers la fondation de communes mais également dans d’autres types de radicalisme et de bohémianisme. En résumé, les communautés étaient plus étroitement liées à la tradition de dissidence culturelle qu’elle ne l’étaient à la dissolution des centres urbains hip.

D’ailleurs, certaines communautés avaient des ancêtres identifiés dans le passé du communautarisme américain, en ce que leurs fondateurs et leurs membres clé avaient été impliqués, directement ou indirectement, dans le communautarisme avant de devenir hippies. La Tolstoy Farm, par exemple, a été délibérément construite d’après l’affinité de ses fondateurs pour les idées communautaristes de Tolstoy et de Gandhi; les premiers résidents de Drop City avaient tous des liens familiaux avec les traditions communautaires ou collectivistes et ont construit délibérément une colonie artistique., devenant ainsi part d’une autre branche de l’histoire communautaire. […].

La première époque de la tradition communautaire, jusqu’à 1860 environ, a été bien couverte et ne sera pas récapitulée ici.. Robert Fogarty a récemment fourni une bonne vue d’ensemble de la période de 1860 à 1914, démontrant que le communautarisme était tout à fait actif dans cette période supposée de déclin. Cette chronique commence peu après et décrit quelques-unes des nombreuses communautés en activité après 1914et montre que la tradition communautaire état encore bien vivante lorsque les hippies la rejoignirent.

Les communautés religieuses

Le christianisme, le judaïsme et d’autres religions ont fourni d’importants centres communautaires dans les années précédant l’époque hip. Le plus grand groupe de communautaristes d’Amérique du Nord, les Hutterites, s’est développé énormément après son arrivée aux Etats-Unis en 1874,, de quelques centaines de membres à peut-être 40 000 répartis dans 400 colonies aujourd’hui. Malgré leur isolement, les Hutterites ont influencé beaucoup d’autres groupes communautaires – plus particulièrement le Bruderhof, un mouvement communautaire fondé en 1920 en Allemagne, d’après une imitation explicite du modèle classique Hutterite, mais également d’autres groupes comme la Koinonia Farm, la communauté interraciale fondée en Géorgie en 1942. Le Bruderhof, installé au Etats-Unis dans les années 1950, a depuis, continué à développer sa propre version de l’ Hutterisme, complétée d’une théologie Anabaptiste, un leadership patriarcal et une économie totalement communautaire. Koinonia fut fondé par le pasteur baptiste du Sud Clarence Jordan, comme un endroit ou noirs et blancs pourraient vivre ensemble harmonieusement et Jordan s’intéressa bientôt à d’autres idées et modes de vie d’autres communautés.

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Les communautarismes catholiques ont été centrés sur les ordres religieux et quand une culture plus vaste est apparue dans le milieu du siècle, le vent du changement a soufflé sur nombreuses d’entre elles. Les changements se sont accélérés avec l’influence réformiste du Concile Vatican II, en 1962. Parmi de nombreuses nouvelles directions expérimentées, celle de l’ouverture vers l’orient ; la communauté Bénédictine de Portsmouth, Rhode Island, par exemple, devint connue pour ses expérimentations innovantes nommées Catholicisme Zen. Il existait aussi un communautarisme important à l’extérieur des ordres, le plus célèbre étant le mouvement Catholic Worker, qui, à partir des années 1930, créa un important réseau de maisons et de fermes communautaires, remplissant sa mission de servir et de réinsérer les défavorisés.

Les juifs, comme les chrétiens, étaient actifs dans la création de communautés.[…] Proche de l’époque hip, le mouvement Havurah, qui commença à prendre forme dans les années cinquante, donna naissance à un grand nombre de groupes communautaires, où les jeunes juifs y trouvaient une camaraderie plus chaleureuse que dans les synagogues qu’ils percevaient comme stériles 

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Les religions orientales étaient également bien représentées parmi les communautés pré- hip. Les religions de l’Inde ouvrirent des monastères en Amérique dès 1895. Les communautés bouddhistes commencèrent à apparaître à partir des années 1930. […]

D’autres communautés religieuses se développèrent indépendamment des grandes traditions mondiales.. Le mouvement Father Divine's Peace Mission, par exemple , centré sur un leader qui se proclamait la réincarnation de Dieu, se développa rapidement durant la Dépression et vivait encore, même réduite, à l’arrivée des hippies sur la scène. Quelques années plus tard, en 1945, Lloyd Meeker et un groupe de compagnons fondèrent le Sunrise Ranch près de Loveland, Colorado, la première communauté de ce qui devint un réseau d’une douzaine de communautés aux USA, au Canada et ailleurs. Focalisées sur la guérison de corps et de l’esprit et autres exercices qui aujourd’hui seraient considérées comme des pratiques New Age, ces Communautés Emissaires reçurent un flot de candidats à la fin des années soixante lorsque des milliers de jeunes hip cherchaient des comunautés dans lesquelles s’établir.

Les communautés séculaires

Si les plus anciennes communautés américaines ont généralement une orientation religieuse, le pays n’a pas été en manque de communautés séculaires. La société a toujours connu des gens qui se sont rassemblés dans des communautés intentionnelle alors qu’ils défendaient des causes politiques, promouvaient des réformes sociales, créaient des formes d’art, héritaient de nouvelles terres, et poursuivaient bon nombre d’objectifs communs.

Beaucoup de socialistes frustrés de leur incapacité à gagner une audience politique significative dans l’arène de la politique nationale se sont tournés vers l’édification de communautés comme le seul moyen possible de mettre le socialisme en pratique en Amérique. Au vingtième siècle, l’une des plus importantes communautés socialistes était Llano del Rio, fondée en California en 1914 par Job Harriman. Llano fut transféré en Louisiane en 1918; là, sous le nom de Newllano, la colonie survécu pendant deux décades avant de succomber à une crise financière. De même, les anarchistes, dans leur résistance aux structures des gouvernements, se sont souvent tournés vers des communautés coopératives comme modèle de l’interaction humaine. La Ferrer Colony à Stelton, New Jersey, par exemple, mit en place une école alternative durant une période qui couvre environ l’entre deux guerres..

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Les colonies d’artistes, presque par définition des centres du bohémianisme, ont réalisé, collectivement un pont entre le communautarisme passé et les hippies. Les premières colonies étaient simplement des villes --comme Provincetown, Massachusetts, Old Lyme, Connecticut et Taos, New Mexico—où les artistes se rassemblaient. Au début du (XXème) siècle cependant, de nouvelles colonies, sous forme de communautés commencèrent à voir le jour. Les Roycrofters, fondés par Elbert Hubbard à East Aurora, New York, en 1893, produisait des livres (beaucoup d’entre eux écrits par Hubbard), des meubles et autre artisanat pour une clientèle nationale. Hubbard aime parler d’une bourse commune ainsi que de biens d’équipement partagés, malgré que quelques critiques ont trouvé le communautarisme de Roycroft loin d’être parfait et Hubbard plutôt plus égal que ses compagnons. Néanmoins, cette colonie, délibérément inspirée par la communauté d’artistes fondée par William Morris alors basée en Angleterre, a montré la voie à un nouveau chapitre de l’histoire communautaire américaine. Byrdcliffe, fondée grâce aux largesses du millionnaire anglais Ralph Radcliffe Whitehead en 1903, ne fut jamais très productive artistiquement parlant mais attira une multitude d’artistes et de bohémiens dont la présence continue transforma l’obscure village de Woodstock, dans l’état de New York en centre artistique important.1903 vit aussi la naissance de Rose Valley près de Philadelphie, où une bande d’artistes divers, architectes et autres écrivains travaillèrent ensemble pendant quelques années.

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En résumé, les communautés intentionnelles étaient aussi vivantes que jamais lorsque les hippies commencèrent à créer des communautés. L’idée que la tradition communautaire était morte pour l’essentiel avant la Guerre Civile est clairement erronée; il pouvait même y avoir plus de vie communautaire en Amérique du Nord en 1940 qu’il n’y en avait en 1840.

Continuités et discontinuités.

Tout ceci montre que les hippies, dont certains d’entre eux pensaient inventer la vie communautaire, ne faisaient en fait qu’écrire un chapitre supplémentaire d’un ouvrage déjà vénérable. D’un autre côté, les communautés des hippies avaient quelque chose de nouveau. Bien qu’il soit hasardeux de trop généraliser les styles communautaires hip (les communautés étaient diverses, avec un large éventail d’objectifs et de comportements), quelques points communs tendaient à en définir le genre. Par exemple, beaucoup de communautés, au contraire de leurs prédécesseurs, appliquaient le principe de la libre adhésion. L’ouverture sur l’extérieur était fondamentale dans l’éthique hip; les hippies tendaient à avoir un optimisme béat quant à la nature humaine, une croyance selon laquelle quelqu’un sauvé du cauchemar de la culture américaine et placé dans un environnement amical répondrait positivement et contribuerait à l’harmonie et à l’accomplissement du groupe (1) . Par conséquent, toute personne souhaitant rejeter la culture dominante - - décrocher, en terme argotique – était la bienvenue.

Une autre innovation hip, dans les communautés comme partout ailleurs, était l’usage de drogues. Les hippies ne furent peut-être pas les premiers drogués communautaires ; les Shakers, après tout, ont été de grands producteurs d’opium. Mais du temps des hippie, la plupart des substances psycho actives, sauf l’alcool, étaient illégales et cette illégalité mettait une patine nouvelle sur l’usage de celles-ci. Les hippies étaient profondément convaincus que certaines drogues présentaient un intérêt dans un grand nombre de domaines: Elles vous faisaient vous sentir bien, fournissaient de glorieuses visions mystiques, augmentaient votre aptitude à vivre de façon harmonieuse avec les autres et avec la nature. Le fait que la marijuana poussait souvent dans un coin reculé de la ferme fournissait une intéressante source de revenu complémentaire. Les communautés hippies étaient donc des centres naturels de production de drogue, de leur consommation et de leur défense, et en résultat, étaient l’objet de fréquentes descentes de police..

Une troisième innovation était un flamboyant comportement outrageux, comme pied de nez au reste de la société. La culture dominante était morte, les hippies symbolisaient une nouvelle civilisation rompant avec ses vestiges, ou du moins le pensaient-ils.. A travers leurs vêtements, leur architecture, leur graphisme, leur musique, et beaucoup d’autres modes de vie extérieurs , les freaks auto proclamés se considéraient profondément différents de ce qui existait auparavant et mettait en avant cette différence le plus vigoureusement possible.

Quelque chose de nouveau, bien que pas totalement, fut la volonté des hippies d’abolir toutes les restrictions portant sur le comportement sexuel. La théorie générale hip, c’était la liberté sexuelle totale: partenaires multiples, relations multilatérales, et aucun engagement, homosexualité –il n’y avait plus de barrières . Bien sûr, d’autres communautés avaient déjà expérimenté des modes sexuels inhabituels; la Communauté Oneida, par exemple, avait institué un groupe de mariage comprenant des centaines de membres pendant plus de 30 ans, de 1850 à 1880. La contribution hippie fut donc de reprendre une idée appliquée auparavant par quelques communards radicaux isolés et de faire de sa variante un standard pour un grand nombre de communautés à travers le pays.

Dans d’autres domaines, les hippies ressemblaient beaucoup à leurs prédécesseurs. Beaucoup de communautés hippies avaient le goût du retour à la terre, un romantisme rural de la récolte tirée de la bonne terre, partagés par beaucoup d’initiatives communautaires américaines du passé.  La plupart des hippies, qui n’avaient pas été élevés dans des fermes, trouvèrent l’agriculture moins gratifiante et moins productive qu’ils ne le pensaient, exactement de la même façon que leurs prédécesseurs.. Ils répétèrent l’expérience de ceux-ci en essayant d’attirer des membres inadaptés à la vie communautaire. L’idéal communautaire convient à des altruistes fortement déterminés, mettant en commun leur argent et leur énergie pour le profit de tous. La réalité est qu’une communauté viable ressemble à un système de sécurité social à vie et en tant que tel, attire des personnes manquant de motivation et d’aptitudes pour y participer activement . Les Shakers avaient connus le phénomènes des " Shakers d’Hiver" qui ne se montraient qu’à l’automne et ne partageaient la vie communautaire que pendant les mois froids , pour la quitter ensuite au printemps quand la somme de travail augmentait et que la vie devenait plus facile ailleurs. Les hippies eurent aussi des problèmes avec les parasites et les inadaptés.

Les années soixante


Aucune lien naturel n’existe entre le communautarisme traditionnel américain et celui des hippies. Néanmoins, les modes communautaires ont évolué, pas nécessairement de façon consciente, pendant plusieurs dizaines d’années jusqu’au modèle hip. Tout point de départ fixé est obligatoirement arbitraire, mais en regardant un quart de siècle avant la période hip, il est possible de discerner les germes des thèmes hip dans l’une des plus importantes communautés d’esprit du siècle, les Catholic Worker. Dorothy Day, sa fondatrice, était, au début du siècle, une bohémienne de Greenwich Village, qui s’est convertie au catholicisme, sans renoncer à son radicalisme. La vie communautaire représentait une part importante dans le mouvement depuis son apparition dans les années 1930. Dans les viles, les Workers créèrent des Maisons d’Hospitalité, endroits où les plus pauvres d’entre les pauvres pouvaient boire un café, avoir du pain et une place pour dormir. Par la suite, plusieurs fermes communautaires furent exploitées, fournissant des refuges contre les problèmes urbains et de la nourriture pour les logements en ville. Alors que les Catholic Workers ne pouvaient pas être vraiment qualifiés (et ne sont pas) de hippies, leur mouvement montrait une autre direction, au communautarisme. Ils étaient dévoués au service des défavorisés, ce qui n’était pas un précepte central pour la plupart des plus célèbres communautés du dix-neuvième siècle. Ils vivaient pour le service des autres et tenaient leur porte ouverte à tous, partageant leur espace physique ainsi que leurs nourriture et vêtements avec ceux qu’ils servaient. Bien qu’ils n’aient pas inventé la pauvreté volontaire, ils l’ont vécu de façon plus vraie que la plupart des communautaristes auparavant ou depuis.

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Les Catholic Workers étaient mus par un radicalisme politique, ils nourrissaient les pauvres, mais ils travaillaient aussi au changement de la politique d’abondance de la nation et de son système social qui laissait beaucoup de monde affamé. Il n’est pas étonnant que quelques pionniers du communautarisme des années 1960 étaient des anciens des Catholic Worker; leur présence fut notamment forte dans les premiers jours de la Tolstoy Farm, fondée en 1963.

La fondation de la Community Service, Inc., par Arthur Morgan en 1940 a aussi aidé à montrer de nouvelles directions au communautarisme. Morgan, qui fut Président de la Tennessee Valley Authority et plus tard du Antioch College dans l’ Ohio, a utilisé la CSI pour aider à garder vivante la flamme communautaire à un moment où le harcèlement des Rouges et le Mc Carthysme rendaient la vie difficile aux entreprises collectives. En 1954, la CSI créa le Homer Morris Fund, une source de financement pour les entreprises communautaires. Quand les hippies apparurent, le Morris Fund, bien que ses ressources ne soient jamais très grandes, aida leurs communautés –celles les plus stables du moins –tout comme il l’avait fait pour celles des générations précédentes

A suivre
To be continued


(1) Cette vision n’est pas toute à fait juste comme l’histoire de Morning Star le montre. Ce n’est pas (qu’) un optimisme naïf qui faisait Lou Gottlieb accepter tout le monde, mais la croyance qu’il n’avait pas le droit de refuser à quelqu’un l’accès à la communauté.

(2) La démesure, en grec ancien

(3) Pour nous, Guerre de Sécession

(4) Hutterites. Les hutterites, partisans du pasteur Jacob Hutter, furent à l'origine des anabaptistes d'Autriche et du sud de l'Allemagne qui s'installèrent en Moravie en 1529 pour y mener une vie communautaire. Après de multiples persécutions, ils émigrèrent en Russie en 1770 et aux États-Unis vers 1870 Les hutterites vivent dans des communautés fermées qu'ils ne quittent que pour affaires, pour être hospitalisés ou pour rendre visite à d'autres hutterites. Il leur est défendu de posséder des instruments de musique, postes de radio, téléviseurs, tourne-disques et magnétophones et de fréquenter des lieux d'amusement publics. Ils n'ont donc presque aucun contact avec une musique autre que leur propre chant. Leur théologie de la musique, qui est de chanter pour la gloire de Dieu et non pour le « plaisir charnel », repose sur le Nouveau Testament www.hutterites.org/history.htm

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