Extrait
traduit de FREE-FALL CHRONICLES par Peter Coyote
Source http://www.diggers.org/freefall/redhouse.html
Il y eut autant de variétés de vies Digger qu’il y eut de Diggers, et de la même façon, chaque maison communautaire avait ses propres caractéristiques. La première de ces "spores" extra- urbaines fut la Red House, à Forest Knolls, Californie, appartenant à Ron Thelin, sa femme Marsha, et son frère Jay.
[…]
Ron a fait son premier voyage à l’acide en 1965, en croquant un des morceaux de sucre de Owsley que Allen Cohen, éditeur de l’Oracle, le journal contre culturel de Haight Ashbury, lui avait donné. Le cadre de référence à cette occasion fut spirituel parce que la littérature de Richard Alpert, Tim Leary et Aldous Huxley avait déjà situé les drogues psychédéliques dans un tel contexte, et la plupart des premiers voyageurs entreprenait leur voyage avec les intentions les plus élevées. Son expérience fut transformatrice, sereine, cohérente et instructive et Ron voulut la faire partager.
En janvier 1966, lui et son frère Jay réunirent leurs 500$ d’économie et louèrent un pas de porte au 1535 sur Haight Street. Ils couvrirent les murs de toiles d’emballages, réunirent une liste de livres donnés par Allen Cohen, des objets artisanaux des artisans locaux et bientôt, Richard Alpert, Tim Leary, Aldous Huxley, Joseph Campbell, les Wasson et quiconque ayant écrit sur les expériences de la conscience, leurs offrirent des livres et des copies d’articles. Ils étaient au bon endroit au bon moment.
Durant l’été 1966 Ron, Marsha, et leurs
amis
Bob Valdez et Roger Hillyard vivaient sur Clayton St. quand leur
autre copain, John DeTata connut une journée
particulièrement
mauvaise. […] Ce n’était certainement
un jour pour prendre
du LSD, mais il le fit et devint la 300ème personne
à
sauter vers sa mort du Golden Gate Bridge.
Marsha fut effrayée par la mort de John, et voulut quitter la ville. Ron commença à chercher une nouvelle maison et découvrit la ville assoupie de Forest Knolls West Marin. Ils trouvèrent une grande maison rouge paisible sur Resaca Street,la maison rêvée pour un capitaineau long cours à la retraite, avec de nombreuses dépendances et beaucoup d’ouvrages en pierres. Ils l’achetèrent pour 24 500$ et Ron, Jay, Marsha, ses frères Gary et Artie Allread, ses soeurs Susie et Charlene ainsi que la fille de cette dernière Holly, aménagèrent.
Cela prenait quarante
cinq minutes pour se rendre de Forest Knolls
à la boutique de Haight Street. Ron allumait un joint,
planait
et appréciait le trajet, se demandant quel miracle
amènerait
la journée.
Ce fut dans ces temps là que Ron et
moi nous rencontrâmes.. En me promenant un jour dans Haight
Street, j’ai découvert la Psychedelic Shop et y
entrait. Les
murs étaient couverts de photos, sur les
étagères
s’entassaient des livres sur des sujets qui
m’intéressaient
et Ron semblait un bon gars. Quelques jours après,
j’y
retournais pour voir si il pouvait être
intéressé
par des super bougies confectionnées par un copain de Kansas
City nommé Duane Benton (pas de rapport avec Jessie). On a
discuté un moment et c’est ainsi qu’a
commencé
notre amitié.
Ron a rencontré Peter Berg à
peu près au même moment. Cherchant constamment des
moyens de nourrir de nouvelles relation sociales, Berg titilla Thelin
au sujet de la Psychedelic Shop. "Est-ce que ce magasin est
l’expression de l’expérience
[psychédélique]
?", lui demanda -t’il. Ce jugement avait
été
exprimé comme une question mais Berg détenait le
pouvoir de stimuler les gens à voir les choses de
façon
nouvelle et Ron eut une illumination et comprit
instantanément
que cette "histoire de boutique" ne l’intéressait
pas.
Le 6 Octobre 1966, le jour où les lois
contre le LSD entrèrent en application, un grand Love
Pageant
Rally pour protester contre celles-ci eut lieu à Panhandle
dans le Golden Gate Park. Janis Joplin et Big Brother and the Holding
Company s’y produisirent et les gens apportèrent
des
clochettes, des colliers de perles, des bongos et des
quantités
d’acide pour marquer
l’évènement. Ce
jour-là,
Ron garda le magasin ouvert toute la nuit et liquida tout ce
qu’il
contenait. Un vétéran du Vietnam
échangea sa
médaille porte bonheur contre un disque. "Tout est parti"
dit Ron, en riant de bon cœur, "y compris tout le bazar en
consignation."
Deux semaines après avoir fermé
le magasin, Ron toucha son assurance sur la vie, acheta une
camionnette à plateau blanc qu’il baptisa Free
News et parti
avec un gallon de vin et deux amis rejoindre la manifestation contre
la guerre à Washington, D.C. connue sous le nom de Exorcisme
du Pentagone; l’événement qui produisit
les images
indélébiles des jeunes femmes
introduisant des
fleurs dans les canons des fusils tenus par de jeunes soldats, les
regardant avec incrédulité, se demandant
peut-être
quelle menace ces gens enjoués et joueurs pouvaient
représenter pour la citadelle du pouvoir.
Quand Ron
revint de Washington, la situation à la maison avait
changé.
Marsha était de plus en plus lasse de ses beuveries et de
ses
flirts et était partie pour une communauté
à
Placidas, au Nouveau Mexique. Ron était resté, se
consolant avec l’affections de Lynn Ferrer, une membre du
personnel
de l’ Oracle. Ils firent un bébé,
appelé Deva
Star, mais d’après Ron, "Tout avait
changé. Ce
n’était plus là.
C’était fini." Cela ,
pour Ron, c’était la promesse de Haight- Ashbury
et son
influence sur sa vie.
Ron vivait à la Red House, du nom
où elle était connue à Resaca, avec
les members
du groupe de rock The Sons of Champlin, qui s’y
étaient
installés après le départ de Marsha.
Marsha
revint un jour, avec un nouveau compagnon, Richard Farner. Elle
était
venue, disait-elle, pour vendre la maison et refusait de partir.
Laissant Ron interdit, elle se rendit dans une autre pièce
avec Richard. Ron resta là toute la journée,
à
boire du vin rouge et à jouer du piano pendant des heures.
Quand l’atmosphère devint intenable dans la
maison, Marsha
repartit pour San Francisco pour un temps. Ron s’y
traîna une
nuit de détresse pour lui rendre visite et quelque chose
dans
sa solitude et son errement dut la toucher car ce fut cette nuit
là
que fut conçu leur fils, Jasper. Ils se
réinstallèrent
ensemble dans la Red House et le pauvre Richard partit. Jasper fut le
ciment de leur relation mais ce ne fut pas facile pour Marsha, parce
que le sens obstiné et don quichottesque de la
liberté
personnelle de Ron était profondément
ancré dans
son caractère et que, à peine
étaient-ils
revenus à Forest Knolls, qu’il devint
fasciné par les
Diggers.
Les Diggers venaient à toute heure, parler ou
jouer de la musique, ou dormir dans une des nombreuses chambres ou
lits vides. Les repas pouvaient être pour quatre ou trente et
il était impossible de le savoir à
l’avance. Même
lorsque les Sons of Champlin partirent en tournée, la Red
House était encore envahie et totalement chaotique. Personne
ne savait ce que "libre" signifiait et la Red House fut
transformée en laboratoire pour y chercher la
réponse..
" On ne pouvait pas revenir en arrière, et devant
c’était
où?", a dit Ron. " Nous avions à apprendre
comment le savoir."
David Simpson et Jane Lapiner- de la Mime Troupe et Diggers aménagèrent dans une dépendance nommée Star Mt. qui ressemblait à la proue d’un navire.. Kent et Nina et leur fille Angeline vivaient dans la Red House même. Chuck et Destiny Gould convertirent un vieux local à barbecue en un appartement d’une pièce. Tom Sawyer, un lecteur tranquille, trouva à se suspendre comme une chauve-souris dans une petite fente, quelque part, n’importe comment. Gary et Sidney Allread, le frère et la belle-soeur de Marsha construisirent un loft dans la Sunshine Room. Roselee, déménagea de la maison de Willard Street. Digger, notre mécanicien brillant et excentrique se joignit à la bande avec son camion et ses outils et John Albion et sa femme Helga descendirent du Black Bear Ranch, alors que Balew vivait avec l’autre sœur de Marsha, Charlene. Mary Gannon, la pianiste des Ace of Cups, un bon groupe exclusivement féminine, les rejoignit avec Joe Allegra, son amant à l’œil humide et père de son bébé. Judy Quick, ex Barton Heyman et de la Mime-Troupe s’appropria une chambre avec son amant, un pur produit de Haight Street nommé Samurai Bob. Bob était un ancien Marine taciturne et amer, incarné en batteur shamanique qui fumait de la dope continuellement et qui consacrait ses journées à conspirer pour la destruction de toute propriété privée.
[…]
Des bébés sont nés dans cette maison: Kira et Jasper Thelin; la fille de Mary Gannon, celle de Thelina et Danny Rifkin, Marina. L’architecture de la maison aussi bien que le nombre élevé de relation consanguine dans la famille de Marsha , servaient la cohésion sociale qui était la caractéristique de ce campement particulier.
Il devint évident que le credo Digger " fais ton truc " ne fonctionnait pas dans une maison surpeuplée. Il y avait trop de gens, d’impulsions conflictuelles, et d’intentions dans trop peu d’espace, créant des dégâts. Ron et Marsha ne voulaient pas revendiquer la propriété de la maison comme critère d’autorité mais ils ne voulaient pas non plus voir leur vie continuellement perturbée. De nombreuses solutions expérimentales furent essayées et abandonnées , mais ce qui semblait fonctionner le plus efficacement et de manière la moins oppressive était la reconnaissance que dans toute situation, une personne dans le groupe était la mieux placée pour diriger une tâche particulière. L’intelligence du groupe consistait à reconnaître et à utiliser ce fait de façon appropriée. Un corollaire en était que personne ne devait être attaché au leadership sans créer davantage de problème. Il y avait donc 25 leaders tournant à la Red House.
Il n’y avait qu’une toilette pour tous ces gens ; un double problème. A part l’inconvénient pour les habitants de la maison, les voisins protestèrent contre le débordement de la fosse septique dans la rue et pour échapper à la loi et à ses conséquences, la Red House fut obligée de commencer un des ses nombreux et gargantuesques projets de travaux publiques.
[…]
Un voisin sympathisant, avec un travail, donna 500$
pour que les Thelin puisse acheter une bande de terrain de 8
mètres
sur le côté sud de leur
propriété pour
ajouter des tranchées filtrantes . les habitants de la Red
House, creusant à la main de longs et nombreux
après-midis
arrosés de bière et entrecoupés de
joints,
créèrent une fosse de 1,80 m sur 1,80 et de 3m de
profondeur derrière la maison qui s’emplit
d’eau
grise.[…].
Jim Jurick était l’inspecteur de la
santé du Comté , un type patient, encore ami des
Thelins. Il inspecta consciencieusement toutes les étapes de
la réalisation et si il se demanda pourquoi 20 personnes ou
davantage étaient toujours disponibles pour y travailler, il
ne posa jamais la question à quiconque, ce qui permit
à
Ron de continuer à prétendre qu’il
n’y avait qu’une
seule famille réparant une simple maison familiale...avec
beaucoup d’amis.
L’économie de la Red House était soutenue par trios cheques de l’aide sociale qui arrivaient pour les enfants de "The Big Moppers", Marsha, Joanna (Bronson) Rinaldi et Nina. Bien que ce soit un apport minimal d’argent pour aider 30 personnes, le bon fonctionnement bureaucratique exigeait des inspections périodiques par le Département à l’Aide Sociale pour s’assurer que l’argent des impôts des citoyens ne soit pas utilisé de façon frauduleuse. Si ces mêmes inspecteurs zélés avaient appliqué la même diligence pour la fraude et le gaspillage des dépenses militaires ou les crimes des cols blancs, nous n’aurions jamais eu un budget national déficitaire.
Leurs visites exigeaient
des mesures énergiques. La chambre
d’une des familles devenait la Salle de Yoga pour la
journée,
d’autres se transformaient en salle de musique, en atelier ou
en
pièce pour barbecue. Les personnes
étrangères à
la définition légale d’une seule
famille
disparaissaient pour la journée.[…]
Aussitôt que la
voitures des bureaucrates avait disparu en bas de la colline, les
habitants de l’habitation réapparaissaient pour
réclamer
leur logis et réorganiser leurs possessions.
Les
préoccupations principales de ces maisons familiales
&taient
d'apprendre à vivre en communauté, de
développer
et d'approfondir le sens communautaire et de diminuer la consommation
par tête de l'énergie et des ressources
naturelles. Ce
n'était pas une tâche facile. L'individualisme
américain
était généralisé et les
entreprises
collectives difficiles. le pari de créer des
systèmes
où chacun pouvait conserver son authenticité et
participer néanmoins à un groupe social exigeait
de
constantes discussions, des mises au point et de remises au point. .
La Red House réalisa cela de manière plus efficace que la bande plus anarchique, genre fin du monde réunie au ranch de Olema. Peut-être parce qu’il y vait tant de frères et soeurs sous le même toit, ou peut-être parce que Ron et Marsha étaient si généreux, toujours est il que les choses à la Red House ont toujours semblé plus faciles qu’à Olema; chaotiques, certainement, dionysiaques parfois, mais sans ressentiments et sans les éclats de mauvaise humeur qui semblaient endémiques à Olema. Cependant, même la vie la plus communautaire devenait pesante.
Certaines personnes utilisaient n’importe quelle brosse à dents, et une remarque concernant l’hygiène d’une telle pratique était considérée comme des traces ineffaçables de culture bourgeoise. Vinnie enleva unilatéralement la porte de la salle de bain un jour parce qu’il pensait que la "crainte d’être observé" était une vanité névrotique qui devait être bannie.
Qui videra
les poubelles, nettoiera les toilettes, fera la
vaisselle sont des questions terre à terre mais vitales. Ron
attrapa Sam qui nettoyait seulement le dessus des assiettes et posait
le côté sale sur la pile propre parce
qu’elle "ne
voulait pas s’embêter."
L’hygiène personnelle
était une autre source de friction. Si je
préfère
me nettoyer le visage dans un lavabo propre et pas quelqu’un
d’autre, c’est une question difficile à
argumenter d’un
point de vue idéologique, et des heures étaient
souvent
gaspillées en vaine tentative. Etre
"embêté"
est le propre de vivre ensemble, que ce soit en famille, en
communauté ou dans un village. Appliquer les
règles que
l’on se fixe pour soi-même aux autres demande
beaucoup
d’énergie et d’attention. Cela demande
d’accroître
plutôt que de diminuer son sens des
responsabilités. Le
pas entre une maison purement familiale et une vie communautaire
dense est un changement extrême et nous discutions souvent de
l’idée d’établir un petit
village, où chaque
famille aurait sa propre habitation et pourrait contrôler son
environnement personnel selon ses propres envies.
La lutte sur
ces questions, aussi énervante et irritante
était-elle
parfois, était ressentie comme un travail
nécessaire.
Nous savions que si nous voulions construire une nouvelle culture
à
partir de l’ancienne, cela demanderait du temps, de la
patience et
des expériences pour surmonter les obstacles et trouver des
réponses quotidiennes basées sur le
bien-être de
la communauté plutôt que sur des
préférences
personnelles. Nous habitions un territoire sans repère et
pour
le meilleur et pour le pire les gens qui vivaient avec vous
étaient
votre tribu et il ne semblait pas y avoir de meilleur endroit
où
habiter où que ce soit dans le monde.
En 1971 la
plupart des membres de notre famille avait quitté San
Francisco. Olema avait été fermé par
des cowboys
qui avaient loué le terrain pour élever du
bétail.
J’étais dans l’est à
m’occuper d’affaires de
famille après la mort de mon père. Les
camionneurs
Gypsy s’étaient dissous et les seules personnes
qui
restaient à la Red House étaient celles qui
n’avaient
nulle part où aller. L’endroit
dégénérait
en chaos et Ron et Marsha l’abandonnèrent et
partirent en
ville où ils prirent résidence pendant six mois
dans la
communauté maintenant rassemblée autour de son
guru, un
indien charismatique, à la barbe blanche appelé
Ciranjiva, qui aimait fumer des cigarettes, prendre de
l’acide,
rire et rugir des proclamations au sujet de leur vie qui durerait 25
000 ans.
Quand ils revinrent
à Forest Knolls, Ron
et Marsha revendiquèrent définitivement la
propriété
de la Red House. Ne trouvant plus de contradiction entre
propriété
et liberté, ils remplirent une benne de 15 tonnes de
détritus
trouvés dans la maison;, jetèrent tout le monde
et
leurs affaires dehors et assumèrent la
responsabilité
personnelle de leur maison . L’échec de la
discipline
collective autorisait la privatisation à envahir le
cœur de
la contre culture. "J’avais toujours
été coulant
avant," explique Ron . "Ce n’était pas ma maison
et donc je n’en étais pas responsable [Quand cela
a
dégénéré], j’ai
soudain compris quelque
chose au sujet de la Liberté conduisant à la
responsabilité."
Ils
nettoyèrent, lavèrent
et récurèrent la maison, en en faisant un
modèle
de l’Univers lumineux et ordonné dans lequel ils
préféraient
vivre. "J’avais appris beaucoup de la vie communautaire",
admet Ron. " Une vitesse limitée à vingt-cinq
miles / heure est un accord de collaboration ",
explique-t’il.
"C’est un outil destine à un certain travail. Tu
ne
peux pas dépasser la nature de cette outil et appeler cela
la
Liberté "Fais ton truc" rend impossible
l’autorité,
même l’autorité légitime "
continue t’il.
"Nous [la contre culture] avons réagi contre une fausse
autorité" Ce qui suppose une vraie autorité. La
vraie autorité, c’est la capacité, la
perspicacité
et la connaissance."
[…]
