
Trois
articles du Berkeley Barb concernant les Diggers, ou écrit
par
les Diggers.
Source http://www.diggers.org
A la recherche des Diggers
Par George Metevsky, (Berkeley Barb, 21 Oct.1966, p. 3)
Dans l’après-midi, un peu avant 4 heures, ils descendent Ashbury, traversent Oak et se rassemblent autour d’un Eucalyptus dans le Panhandle.
Ils ont de grands yeux, portent des vêtements élimés, et des talismans autour du cou. Certains sont adolescents, la plupart ont la vingtaine, et quelques-uns approchent la quarantaine .
Ils parlent de tout, sourient à propos de tout et font ce qu’ils veulent avec la nourriture qu’ils s’apportent les uns aux autres.
Ce sont les DIGGERS. Et tous les jours, à quatre heures, ils fournissent à tout le monde quelque chose à manger.
La première fois que je les ai remarqué, j’ai cru que c’était un pique nique. La seconde fois, j’ai cru que j’hallucinais. La troisième fois, j’ai dû m’arrêter. Et je me suis assis avec eux, mangé et découvert que je n’hallucinais pas mais que j’hallucinais.
J’ai parlé à une fille jeune, les pieds nus et des cheveux qui lui tombaient sur les épaules et dont le nom commençait par N.
"Qui sont les Diggers?"
Elle a souri: "Je ne sais pas. Je ne suis pas une Digger. Es-tu un Digger?"
"J’encule les DIGGERS!!!, a crié un jeune gars avec une cicatrice et tout le monde a ri et l’a répété .
Je lui ai demandé à qui était la nourriture Il a dit que c’était gratuit.
"Oui, mais qui l’a donné ? A qui elle est ?"
"C’est gratuit parce que c’est à toi," a été la réponse.
Un mini bus jaune est monté sur la pelouse, les portes latérales se sont ouvertes et quelqu’un a jeté une centaine de pommes. Un hippy avec une couverture en guise de robe a commence à les jeter en l’air en criant "La nourriture comme Medium!" Un autre remplissait le tronc d’un arbre avec de la laitue. […]. Un autre mettait de la nourriture dans un trou dans le sol, clamant qu’il nourrissait son héritage archétype. La plupart d’entre eux, cependant, étaient assis, mangeaient, souriaient, et se passaient des cigarettes les uns aux autres.
Il y avait tout un assortiment de nourriture . La plupart était bonne, une partie était chaude, tout était riche. Des sacs de super marché remplis de pain frais, des cageots de salades vertes, un bidon de lait de 35 litres gardant chaud un ragoût de dinde, et des pommes recouvrant le sol.
Une voiture de patrouille a débouché du virage. Un sergent en est sorti, s’est tenu debout dans la rue et a regardé. Quelqu’un l’a invité à mangé mais il a fait non de la tête. Et, au bout d’un moment, il est parti.
Quelqu’un a commencé à joué de la harpe un autre a mis en route un magnétophone, un autre de la flûte, puis tous les bols sont devenus percussions, rythmant un chant contre ' l’Auto du Mal' , le bruit qu’elle fait, les accidents qu’elle cause, les guerres auxquelles elle participe, l’air qu’elle pollue et les monopoles qu’elle nourrit.
Les voitures se déversaient à flot dans les rues du Panhandle dans un rugissement soutenu pendant que leurs conducteurs regardaient par les vitres se demandant ce qui se passait. Quelques-uns le savaient. Ils arrêtaient et donnaient de la nourriture aux DIGGERS. Quelque fois un gâteau, quelque fois un, parfois une botte de radis. Un fermier de Carmel qui avait promis de rapporté quelque chose a filé une caisse de tomates via un ami qui se rendait en Oregon.
Il a été remercié mais prévenu avec un rire: "Si tu dois l’acheter, les DIGGERS n’en veulent pas!"
Tout le monde était relax. Les mots faisaient briller les yeux, les bouches fendues d’un sourire, les syllabes faisaient vibrer les langues et le sens était in-cohérent.
Les DIGGER PAPERS reflètent ce genre d’atmosphère. Ce sont des feuilles polycopiées, avec des mots jetés dessus que les DIGGERS distribuent une ou deux fois par semaine dans Haight Street aux environs de dix huit heures. Personne ne semble savoir qui les écrits, mais la plupart est d’accord pour dire que les DIGGERS sont derrière.
Une FEUILLE orange est intitulée COOL CRANBERRY HORSE-HAIRED MOUTH CLUTTERED WITH APPLE CORES (1) et commence ainsi "et alors j’ai souffert d’une frénésie atroce d’hypothèses évanouies." La note de bas de page signale: " En ce qui concerne l’identité et l’endroit où vivent les DIGGERS: Nous sommes heureux de vous informer que les DIGGERS ne sont pas cela."
Et le BARB également.
(1) Littéralement: une bouche cool d’airelle de crin de cheval encombrée de trognons de pomme. N.d.T
Burocops
Proboscis Probes Digger Bag
(Berkeley Barb, 21 Oct. 1966, p. 3)
Les Diggers sont nés à Haight-Ashbury la nuit où Matthew Johnson a été tué à Hunter's Point.
La nuit suivante, des signes des Diggers sont apparus partout dans Haight, disant aux gens d’ignorer le couvre-feu. Le jeudi le premier des Digger Papers a fait son apparition dans les rues. Ses mots photocopiés étaient destinés à " montrer le fossé qui sépare le psychédélisme et la pensée politique radicale," a déclaré un Digger au BARB.
La rumeur a circulé que les Diggers distribueront de la nourriture gratuite dans le panhandle. Environ 75 personnes sont arrivées avec des bols, des cuillères et de la nourriture.
Lundi dernier, les autorités ont commencé à renifler dans la marmite des Diggers. Le Département de la Santé a fourré son nez dedans. On les a informé que c’était un pique nique.
Les flics ont verbalisé une voiture pour avoir deux roues sur la pelouse – pendant la distribution de nourriture.
Les Diggers nourrissent encore plus de 100 personnes par jour;, gratuitement, à 16 heures. Ils disposent maintenant de fours et de réfrigérateurs et sont à la recherche d’un toit avant que la pluie n’arrive.
A part la nourriture et les Diggers Papers, ils pourraient, disent-ils, bientôt faire quelque chose au sujet de peindre Haight-Ashbury, et au sujet des voitures qu’ils abhorrent.
[Signé -JAS]
A
la Recherche d’une Référence
(Berkeley Barb, Nov.
25, 1966, p. 6)
On a parlé d’une révolution psychédélique.(prise de pouvoir ou retour aux sources). C’est encore à voir. Il y a peut-être un germe de révolution, à peine née, mais déjà confisquée et étouffée par les résidus du passé. Nous ne savons pas trouver un cadre de référence à l’intérieur duquel agir librement, harmonieusement et généreusement.
Ces questions ont pour but de re découvrir cette province bordée par l’enfance et le compromis, la mort et la résurrection.
Il y a une revue dans les kiosques nommé ID. Il contient une pleine page de pub pour les chaussures Bally , une pleine page par le Seigneur du Village et une jolie photo de Big Brother and the Holding Co. C’est mode, -- un organe de la révolution. Il y a des tribus d’indigènes qui ne veulent pas être photographiées parce qu’elles croient que le photographe capture leur esprit. On peut en rire, mais ils ont raison. Big Brother a eu son image volé pendant qu’ils ne regardaient pas. Quelle que soit l’implication révolutionnaire de ce groupe, elle ne menace pas le Seigneur du Village, ni Bally et ils sont tous pour. En sponsorisant la revue, les commerçants attachent l’image de la révolution à leurs produits de la même façon qu’ils y auraient attaché Loretta Young dans les années 40 ou Mickey Mantle durant les années 50.
Les Charlatans ont tourné dernièrement une pub pour un tonifiant pour les cheveux. Quelle est leur excuse pour avoir contribué à un état d’esprit déplaisant et mité, un mensonge ( les gens vous aimeront avec vos cheveux ondulés/votre haleine fraîche/vos gros nénés)? Est-ce l’argent? La notoriété? Pourquoi est-ce juste comme Jayne Mansfield. Le triptyque gloire/pouvoir/argent, toujours la même vieille histoire, guère centrale pour faire de la musique ou des colliers ou des flûtes ou tout autre acte désintéressé de militantisme ou religieux. C’est une mauvaise habitude, où est-ce que ces gars nous disent qui ils sont vraiment?
Pourquoi est-il nécessaire de payer deux dollars et demi pour aller danser? Qu’y a t’il de révolutionnaire dans cela ? Les groupes n’ont pas à rejoindre le syndicat. Les syndicats n’en ont rien à faire des consommateurs, ils ne s’intéressent qu’à leur part de gâteau. Pourquoi adhérer sinon pour avoir sa part ? Pourquoi payer la location d’une salle? Pourquoi ne pas faire pression sur la municipalité pour organiser des concerts dansant dans les quartiers, sur les parkings, GRATUITEMENT. Est-ce que Chet Helm et Bill Graham s’y opposent ? Ce serait une révolution; quelque chose de joyeux et de gratuit en Amérique.
Cela semble curieux que les premières manifestations publiques psychédéliques soient de la danse à deux billets et demi. Libération les week ends. Débarrassez-vous de votre monnaie salement matérialiste.....donnez-la moi.
Jusqu’où iront Jefferson Airplane, Grateful Dead et compagnie sinon vers de plus grands concerts, plus de publicité, des managers -- etc. jusqu’à ce qu’ils soient des ***STARS***. Où est la révolution? Les cheveux longs? Les beaux vêtements? Est-ce que nos soldats seraient différents si ils s’habillaient mode? John Wayne en fringues Carnaby St.
La réaction n’est pas la libération. Pourquoi les gamins font-ils la manche pour du fric et pas pour des tomates? Pourquoi voler de façon indiscriminée ? Pourquoi ne pas demander ce que vous voulez réellement (ou est-ce de l’argent?)? Pourquoi ne pas voler les coupables (servez-vous de votre imagination) et laisser en paix les victimes (utilisez votre instinct)?
Sommes-nous rendus au point de jouer le jeu des opposés? Si la société est A , devons-nous être anti-A ou sommes nous capables de sauter jusqu’à B ou en dehors de l’alphabet tous ensemble ? A l’heure actuelle, la scène de la rue est le contenu subliminal du capitalisme: égocentrisme, concurrence et matérialiste. La réaction envers une politique pouilleuse n’est pas une politique; la réaction à la prison de l’esprit du Communisme n’est pas le communisme; la réaction à l’idéologie merdeuse n’est pas l’idéologie... dans tous les cas la logique est observée ; on fait appel au moins imaginatif et au plus évident.
La sécurité repose dans l’imagination, en harmonie, dans la résolution des contradictions entre savoir et action. Nous possédons un tas de savoirs, qui sont inutiles à moins de changer nos actes ou nos cadres de référence. Nous vivons dans une société structurée de façon à ne pas accepter le savoir qui lui causerait des torts et nous grandissons avec ces mêmes dichotomies. Un gentil gars comme Ralph Gleason écrit pour un organe de notre conscience contemporaine; le propriétaire de l’usine étudie le grec la nuit et donne des cours, Voerward en Afrique était un philosophe. Qu’est-ce qui, dans son savoir, l’a empêché de devenir fasciste?
Un peu en arrière du lutrin du professeur, des innocents, enfants jaunes de Dieu, sont parasités par l'idée d’un Chevrolet jaune pour Sonny. l'Amérique nous assure qu'il n'y a aucun pied mutilé dans la boîte à gants, mais une certaine puanteur nous donne le vertige lors de vitesses élevées. Le professeur diplôme la totalité de l’industrie de guerre, y est obligé, toujours jusqu’à ce qu’il arrête. La seule façon d’ éviter le jeu est d’arrêter d’y jouer.
Le problème est de préserver la conscience humaine assez longtemps pour la changer. Nous devons reconnaître tactiquement (quoi que ce n’est pas un principe) qu’il y a "nous" et "eux" et qu’il veulent notre peau. Ne pas le reconnaître est follement dangereux. La période du McCarthysme, comme euphémisme s’y référant, est là pour montrer clairement ce qui arrive au solitaire face à une oppression centralisée: des milliers de gens ont été tranquillement été éjectés de leur boulot pendant que leurs collègues restaient cois ou les remplaçaient dans un effort pour s’accrocher à ce qu’ils avaient. Si ils n’étaient pas restés inertes, il y aurait pu y avoir quelque chose comme une grève générale et McCarthy serait mort quelques heureuses années plus tôt. Attendez-vous à faire face à la même oppression et expression de crainte et d’humiliation que celle que tous les dissidents ont connu à travers l’histoire.
Les choses vont bien mais pourraient aller mieux. Elles ne peuvent seulement aller mieux quand nous cherchons nos propres voies et que nous découvrons quelles sont les réactions passées de mode et quelles sont celles qui sont vraies.
Les commerçants "hip" de Haight Street avec de notables exceptions (Psych shop et Phoenix) parlent de débarrasser la rue des rôdeurs (sur des voies publiques?)et des mendiants – les gamins qui font la scène, c’est sur eux qu’il faut capitaliser. "L’argent ne parle pas, elle blasphème " alors faites-le gratuitement. Faites-le pour l’amour. Cette voie est sûre.
Un autre cadre de référence: L’homme est un animal qui vit en troupeau. Ecologiquement, le troupeau est un moyen de défense. Il est aussi chaud et réconfortant dans le noir.
[Signé --Zapata]
Mise à jour : novembre 2006
