Notes
Si, au début des années 60, le HUAC sème la terreur, à la fin de la décennie ses activités n'inquiètent plus guère la nouvelle génération de contestataires, comme le fait remarquer Thomas Geoghegan dans un article publié dans le Harvard Crimson, le 24 février 1969,
"Dans les années cinquante, la sanction la plus efficace était la terreur. La moindre publicité faite par l'HUAC autour de votre nom signifiait la "liste noire". Sans aucune chance de laver son nom, un témoin se retrouvait soudain sans ami et sans travail. Mais il est difficile d'imaginer comment, en 1969, une liste noire pourrait terroriser un militant du SDS. Des témoins comme Jerry Rubin se sont ouvertement vantés de leur mépris pour les institutions américaines .Une citation à comparaitre venant de l'HUAC ne scandaliserait vraisemblablement pas Abbie Hoffman ou ses amis"
Le HUAC citera à comparaitre Jerry Rubin et Abbie Hoffman à deux occasions, en 1967 et après la Convention démocrate de Chicago en 1968 . Les deux hommes tourneront en ridicule la procédure, à la manière yippie. Rubin viendra déguisé en uniforme de soldat de la révolution américaine et distribuera des copies de la Déclaration d'Indépendance des Etats-Unis à l'assistance Il fera d'énorme bulles avec son chewing gum pendant que Abbie Hoffman adressera des saluts nazis aux membres du comité. Hoffman viendra à une audience déguisé en Père Noël. Il se fera arrêté avec un drapeau américain sur le dos, épisode raconté par Jerry Rubin :
"C'est un drapeau Viet Cong sur mon dos. Pendant les récentes auditions du House Un-American Activities Committee à Washington, un ami et moi descendions la rue en direction du Congrès- il porte un drapeau américain et moi un drapeau du VietCong.
Une masse de flics et boom! Je vais être arrêté pour trahison, pour supporter l'ennemi.
Et qui est-ce que les flics empoignent et jettent dans le panier à salade ? Mon ami avec le drapeau américain..
Et ils me laissent tranquille avec le drapeau Viet Cong .
“Dans quel sorte de pays vivons-nous?” je crie aux flics. “BANDE DE COMMUNISTES!”
Un manifeste Yippie par Jerry Rubin
(2) Edgar Hoover devra attendre 1967 pour savourer sa victoire sur Clark Kerr qui sera "démissionné" par le Conseil d'Administration de Berkeley et qui, selon ses termes de l'époque, quitte l'université comme il y a entré : "viré avec enthousiasme"
(3) Mario
Savio (08 /12/1942 - 06/11/1996)
Issu d'une famille sicilienne
catholique , il se rend pendant l'été 1963
à
Taxco, Mexique, pour y travailler avec une organisation religieuse
dans les bidonvilles et à l'automne, s'inscrit à
l'université de Berkeley. En mars 1964, il est
arrêté
alors qu'il participe à une manifestation contre la
politique
de ségrégation de l'Association
Hôtelière
de San Fransisco .
A l'été 1964, il se joint aux projets du Freedom Summer dans le Mississippi où il aide les noirs à s'inscrire sur les listes électorales. Il enseigne aussi dans une école de la liberté à McComb.
Il retourne à l'automne à Berkeley avec l'intention de collecter de l'argent pour le SNCC mais s'en voit empêché par le règlement en vigueur. Il rejoindra donc naturellement le Free Speech Movement dont il deviendra un leader naturel.
Mario Savio s'adresse à la foule à Berkeley du haut du toit de la voiture de poliqce bloquée par les étudiants
(4) 13 mars 2009 : Le site du très conservateur Front Page Magazine publie l'introduction de David Horowitz à un ouvrage qu'il a co-écrit avec Jacob Laksin. One-Party Classroom: How Radical Professors at America's Top Colleges Indoctrinate Students and Undermine Our Democracy
Si l'on en croit la préface de cet ouvrage, intitulé Une Tragédie Universitaire, le corps enseignant américain en général, et l'Université de Santa Cruz en particulier, est infesté de radicaux , qui "inculquent des idéologies hostiles à la société américaine et à ses valeurs"
Particulièrement visée, Bettina Aptheker, enseignante à l'Université de Californie de Santa Cruz au département d'Etudes Féministes depuis 1980.
"Les causes de la présente situation sont à chercher dans l'histoire politique des années 1960 et de ses conséquences." écrit Horowitz Les soulèvements culturels de cette époque ont vu l'accession à la titularisation universitaire d'une génération d'activistes qui considéraient l'université comme une plateforme à partir de laquelle faire progresser leur mission politique"
Et de citer la définition de Robert Gordon Sproul en 1934 des missions de l'université "rechercher et transmettre le savoir et apprendre aux étudiants les processus par lesquels la vérité est connue"
(5) Octobre 2008 Art
Goldberg, avocat, se tient comme chaque
vendredi depuis 5 ans au coin de Sunset Boulevard à Los
Angelès,
brandissant une pancarte “STOP THE WAR”
A la
question du journaliste de City
Beat, sur la
ressemblance entre les années soixante et le
début des
années 2000, Art répond
"Dans le temps, nous sortions juste d'une période réactionnaire comme celle-ci. Je pense que les choses sont plus difficiles aujourd'hui parce que les gens sont davantage découragés par la corruption, le cynisme et le désespoir. Les deux périodes sont comparables dans le sens où il y a de nouveau un début d'une culture politique. Tout le monde, partout, discute des élections et c'est très bien"
(6) Texte intégral original et traduction de larges extraits
Au début des années soixante, l'Université de Californie de Berkeley, - UC Berkeley ou plus familièrement Cal - avait déjà manifesté des vélléités dissidentes.
En 1937, le président de l'UC, Robert Gordon Sproul (1930 - 1958) institue la Loi 17 qui interdit "les réunions et manifestations quelle que soit leur nature, méthode de publicité ou conduite générale, tendant à impliquer l'Université de façon partisane dans des activités politiques ou religieuses sectaires ." Cette loi répondait à une suggestion de membres de la faculté d'envoyer une aide médicale pendant la Guerre d'Espagne.
En 1949, le Conseil d'Administration de l'Université décide que tous les employés de l'université doivent signer un serment de loyauté, en plus du serment d'allégeance que signaient déjà tous les fonctionnaires de l'état de Californie, jurant qu'ils n'appartiennent à aucun groupe prônant la révolution,
En 1950, 31 membres de la faculté et plus d'une centaine d'employés de l'UC refusent de signer ce serment d'allégeance. Les enseignants sont renvoyés et devront attendre 1952 pour être réintégrés, par décision de la Cour Suprême de Californie
Nous sommes en pleine guerre froide. Le McCarthyisme sévit et la chasse aux "communistes" est ouverte à travers tout le territoire des Etats-Unis.
Le House Committee on Un-American Activities (1) - Comité Parlementaire sur les Activités Anti-Américaines - HUAC -est l'institution la plus activement engagée dans cette chasse aux sorcières. Il avait gagné sa réputation en 1947 lorsque pendant neuf jours, il avait conduit une enquête dans le milieu de l'industrie cinématographique à Hollywood, inscrivant 10 personnes sur la liste noire, mais touchant environ 300 personnes qui seront boycottés par les studios. Certains continueront leurs activités sous un nom d'emprunt. D'autres, comme Charlie Chaplin, s'exileront.
Pour le paranoïaque directeur du contre espionnage, Edgar Hoover, nul doute que les communistes cherchaient à noyauter l'administration américaine et en particulier le corps enseignant.. Le 17 février 1951, il lanca un programme secret, et illégal, n'ayant ni sollicité ni obtenu auciun mandat du congrès pour cela, pour "nettoyer" la fonction publique de ses éléments subversifs, le "Responsibilities Program"
Ce programme dénoncera aux gouverneurs de pratiquement tous les états 908 employés, dont 206 en Californie, et parmi ceux-ci au moins 15 membres de l'UC de Berkeley
Cette paranoïa était amplifiée par la version californienne du HUAC, le Fact-Finding Subcommittee on Un-American Activities.fondé par Hugh M. Burns, sénateur démocrate de l'Etat de Californie.
En juin 1951, ce comité publia un rapport de 291-pages accusant l'UC Berkeley d'avoir "volontairement ou involontairement....aidé et encouragé la conspiration communiste internationale dans ce pays" Le campus de Berkeley était un nid d'espions soviétiques à la recherches de renseignements sur les armes atomiques.
En
mars 1952, Burns entreprit son propre programme pour
éradiquer
la menace , nommant dans chaque université californienne un
"homme -contact" . Ainsi Clark Kerr, apprendra-t'il la
veille de sa nomination comme chancellier qu'il est cet homme contact
pour Berkeley auprès du comité Burns.
Curieux destin que celui de Clark Kerr, fils d'un fermier de Pennsylvanie, de religion quaker., diplômé en économie à l'UC de Berkeley, où il reviendra enseigner en 1945.
Kerr signe sans état d'âme le serment de loyauté, tout comme il vote en faveur de la résolution déclarant que les membres du Parti Communiste sont trop tendancieux pour enseigner.En même temps, il défend les enseignants qui refusent de signer ce même serment de loyauté, allant jusqu'à les qualifier "d'esprits les plus indépendants de l'université" C'est cette position ambivalente qui lui vaudra d'être nommé chancellier de l'UC Berkeley en 1952, dans l'espoir de calmer la polémique née autour des enseignant renvoyés, puis réintégrés après leur refus de signer le serment de loyauté.
Elle lui vaudra aussi la haine féroce de Edgar Hoover. (2) Soit une position inconfortable entre le marteau et l'enclume.
Kerr se retrouve à la tête d'une des universités les plus prestigieuse des Etats-Unis mais son poste lui donne également accès à ses laboratoire top-secrets de recherche sur les armes nucléaires. C'est pourquoi Berkeley attire tout particulièrement l'attention de Hoover et du FBI
Il trouvait les accusations du comité exagérées et sans fondements. Il refusa sa participation et le fit comprendre dans un discours sur le campus le 1er octobre 1952"Je serai continuellement vigilant à préserver la liberté d'enquête et la liberté d'expression des étudiants et des membres de la faculté. Dans un monde de plus en plus hostile envers les esprits indépendants, cela sera toujours la préoccupation première d'une administration universitaire. La liberté a été acquise à un prix élevé. Elle ne doit pas être vendue à n'importe quel prix"
Le 29 Septembre.1958, Kerr sera nommé douzième président de l'Université de Californie de Berkeley, le plus grand centre de recherche au monde
Deux semaines après sa prise de fonction, Richard Auerbach, agent spécial du FBI à san Fransisco, envoie un rapport à Hoover
"Le Dr. Kerr a toujours donné l'impression d'être un 'libéral' dans le domaine de l'éducation et de ne pas être en accord avec le serment de loyauté . . . et pas en accord complet avec le fait que différents secteurs du gouvernement local et de l'état doivent conduire des enquêtes concernant la sécurité aupès d'individus sur les différents campus. . . . "
L'objectif avoué du FBI devint de discréditer Kerr, et si possible de le faire renvoyer de ses fonctions.
La question 7 du test d'aptitude d'anglais de l'UC en 1959 mit Hoover hors de lui. Le sujet en était :
"Quels sont les dangers pour une démocratie d'une organisation de police nationale, comme le FBI, opérant de manière secrète et n'étant pas soumise à la critique publique? "
Hoover engagea aussitôt une campagne de pression auprès des autorités californiennes et le 19 février 1960, l'UC retira la question du programme, exprimant ses regrets et son "plus haut respect" pour le FBI. Mais cela n'était pas suffisant. Il fallait découvrir l'auteur de cette question infâmante. Le suspect idéal était Everett Jones un professeur d'anglais de l' UCLA . Vern Knudsen , chancellier de l'Université reçut une lettre anonyme mettant en cause la loyauté de Jones et de sa femme. Des copies de la lettres furent également envoyées à trois journaux de Los Angeles. Les Jones y étaient présentés comme des "adhérents fanatiques du communisme"
Vern Knudsen répliqua vertement aux accusations dans une déclaration où , tout en soulignant qu'il ne répondait pas habituellement aux dénonciations anonymes, il déniait toute participation de Everett Jones à la rédaction de la question et soulignait que Jones, lors d'un entretien avec lui, avait nié être membre du Parti Communiste, et fait remarquer qu'il avait signé le serment de loyauté.
Pour Hoover, c'était l'Université de Californie dans son ensemble qui était noyautée par la subversion.
Le 2 mars 1960, il reçu un rapport de 60 pages notifiant que :
- 141 professeurs avaient commis des fautes variées comme "écrire une pièce de théâtre glorifiant l'Armée Communiste Chinoise";
· 54 professeurs ou des membres de leur famille étaient abonnés ou souscrivaient à des publications jugées subversives par le FBI;
- 40 membres de la faculté avaient protesté contre le serment de loyauté;
- 27 d'entre eux avaient des relations proches , anciens membres ou sympathisants du Parti Communiste ;
· 22 professeurs avaient été impliqués "dans des relations amoureuses illicites , homosexualité, perversion sexuelle, abus d'alcool ou autres écarts de conduites trahissant une instabilité mentale".
Kerr ne devait pas seulement faire face aux pressions politiques. Il devait aussi affronter la volonté des étudiants de voir assouplir les réglements draconiens sur la liberté d'expression sur le campus. Dès septembre 1956, un groupe d'étudiants demandent l'abolition de la Loi 17, demande reprise en 1957 par la TASC (Toward an Active Student Community) La TASC obtiendra une demie victoire en octobre de la même année en obtenant une modification de la loi, autorisant des groupes d'étudiants à tenir des réunions d'informations sur le campus , avec l'autorisation préalable de la direction de l'Université.
En février 1956, SLATE est crée et est approuvé le 28 mai 1958 comme organisation étudiante mais non comme un parti politique étudiant. Ce qui, en pratique interdit à l'organisation de prendre position par rapport à toute question extra-universitaire.
Le 23 Octobre 1959 le Président Clark Kerr rend public un document , qui sera connu sous le nom de "Directives Kerr." et qui définit les règlement régissant les organisations étudiantes , ceux à respecter pour être reconnus par l'université et ceux permettant l'utilisation des infrastructures et équipements universitaires. "il n'est certainement pas approprié de permettre aux associations étudiantes de parler ni au nom de l'université, ni au nom du corps étudiant sur des questions extra universitaires politiques, religieuses, économiques, internationales ou toutes autres questions d'actualité. Par conséquent, les associations étudiantes ne peuvent pas prendre position sur de telles questions extra universitaires."
Les auditions de l'HUAC. San Fransisco Mai 1960
Le House Un-American Activities Committee (HUAC) avait déjà sévi en Californie en 1959 et n"avait pas laissé de bons souvenirs.
Le député James Roosevelt avait dénoncé quelques semaines avant son retour les agissements de l'HUAC, dans un discours devant les élus de l'état.
"...Nous avons laissé le Comité faire des choses encore pires en Californie l'année dernière; ce fut l'un des épisodes les plus honteux de l'histoire de cette Assemblée. Le Comité a cité à comparaitre 110 enseignants de l'enseignement public en début juin 1959. La plupart de ces citations furent délivrées aux enseignants dans les établissements à 9h du matin le 5 juin....
Suite à l'action du Comité, 4 professeurs de l'enseignements public sur un total de111 500 ont cessé d'exercer dans l'état. . . .
Mais alors que les opérations du Comité en Californie causaient si peu de dommages réels dans les établissements, plus de 100 professeurs ont vécu dans un désarroi émotionnel pendant 10 mois . . . Le coût pour le système d'éducation est incalculable . . . une majorité écrasante des profeseurs cités à comparaitre sont sous statut probatoire avec leur contrat de travail devant être renouvelé en mai..Malgré le recul du Comité, quelques-uns d'entre eux pourraient être aisément exclus de la profession enseignante par le simple expédient de ne pas renouveler leur contrat. . ..
Lorsque le HUAC annonca qu'il allait mener de nouvelles auditions dans les locaux de l'Hôtel de Ville de San Fransisco du 12 au 14 mai 1960, de nombreux groupes et personnes, parmi lesquelles quelques centaines d'enseignants protestèrent contre sa réapparition.
Environ deux semaines avant l'ouverture des audiences, Aryay Lenske, président de SLATE, une organisation étudiante de L'Université de Californie de Berkeley, qui se rendra célèbre quelques années plus tard à l'occasion du Free Speech Movement, et Gene Savin, l'ancien président de la Students for Civil Liberties Union, organisation moribode et inactive alors, appellèrent à une réunion pour organiser la protestation contre la venue de l' HUAC . Une cinquantaine de personnesy participèrent et décidèrent de la formation d'un comité ad hoc nommé Students for Civil Liberties (SCL). Une pétition fut lancée et recueillit 2 000 signatures d'étudiants en quatre jours. La décision fut prise d'organiser une manifestation dans Union Square ainsi qu'une action de vigilance devant l'Hotel de Ville pendant les auditions.
Le 12 mai, après la manifestation, 700 personnes environ se regroupèrent pacifiquement devant le City Hall . les étudiants qui voulèrent assister aux auditions furent refoulés faute de laissez-passer. 150 de ces sésames avait été distribué par l' HUAC, pour selon les termes de Wlliam Wheeler, l'un de ses membres, " empêcher les cocos d'encombrer la réunion. Nous voulions que quelques personnes décentes y assistent."
Le lendemain, il fut décidé de renouveler les actions de protestations et la question des laissez-passer fut à nouveau soulevée de façon plus virulente. La police fit usage de canons à eau. 68 personnes furent arrêtées et il y eut de nombreux blessés.
Pendant ce temps, à l'intérieur de l'Hôtel de Ville, William Mandel, un journaliste de gauche, spécialiste des affaires soviétiques, répond à la question suivante : "Etes-vous actuellement, ou avez-vous été par le passé un membre du Parti Communiste ?"
La réponse est cinglante :
"Honorables bourreaux d'enfants, sadiques, en uniforme ou en civil, distingués Dixiecrates déguisés en gentleman, éminent Republican qui s'opposent à une bonne entente avec le pays avec lequel nous devons vivre en paix pour que nous et nos enfants survivions. Mon fils de quinze ans vient de quitter cette salle il y a quelques minutes, en bonne santé et libre, parce que je lui ai demandé de venir ici pour apprendre quelques chose sur les agissements du gouvernement des Etats-Unis et l'un de ses comités.. Si il avait été dehors, où le fils de l'un de mes amis a eu le crâne frappé ces voyous sous vos ordres, mon garçon aujourd'hui aurait pu payer le prix d'une blessure permanente ou être fiché par la police pour avoir désiré venir ici et écouter comment fonctionne ce comité . Si ous pensez que je vais collaborer avec cette bande de Judas , d'hommes assis là en violation d la Constitution des Etats-Unis, si vous pensez que je vais collaborer avec vous de quelque manière que ce soit, alors vous êtes fous!"
Et de conclure en invitant les membres du comité à "aller se faire foutre".
Le 14, dernier jour des auditions, ce furent 1 500 à 2 000 personnes qui se rassemblèrent.
En réaction aux incidents, le HUAC dénonca la manipulation communiste qu'il démontra prétendument dans un film " Operation Abolition ", montré à travers tout le pays.
Les manifestations contre la venue de l'HUAC en mai 1960 n'étaient pas une surprise pour le bureau du FBI de San Fransisco, comme le formule le rapport envoyé à Hoover
"Hier . . . nous avons assisté à une démonstration de force communiste, d'une ampleur sans précédent depuis la tristement célèbre grève de 1934"
"Ce qui est particulièrement significatif et sans aucun doute d'un intérêt spécial pour vous est le fait qu'une grande partie des effectifs de cette situation émeutière a été fournie par des étudiants de l'Université de Californie de Berkeley.
"Depuis que Clark Kerr est devenu président, la situation sur tous les campus s'est détériorée aupoint que la prétendue liberté académique est devenue une license académique
"L'attaque contre le FBI contenue dans l'examen d'anglais fut seulement un exemple parmi d'autres de la détérioration de la moralité et du patriotisme au sein de la grande université qui comprendra bientôt cinquante mille étudiants dans ses couloirs."
Le président Kerr se trouvait à nouveau entre le marteau et l'enclume.
La réaction des autorités
universitaires, à travers ses déclarations
publiques et celles de Glen Seaborg, furent en apparence neutres,
soulignant que les étudiants avaient participé
aux évènements à
titre privé et en aucun cas comme représentants
des
organisations étudiantes. Leurs agissements, en dehors du
campus, ne concernaient donc pas directement la direction de
l'université de Berkeley.
En apparence seulement car un
porte-parole de l'Université de Californie
déclarait le16 mai dans les colonnes de l'Examiner
que des mesures
disciplinaires pourraient être prises contre des
étudiants
ayant participé aux manifestations, en s'appuyant sur les
rapports de police
De fait, 3 étudiants étrangers se virent refuser le renouvellement de leur visa. Jane O'Grady , une étudiante qui avait bénéficié d'une bourse d'étude de la Fondation Coro, se la vit retirée sous prétexte que la Fondation devait "s'abstenir de tout agissement politique et de se tenir soigneusement à l'écart de tous sujets controversés"
La venue du HUAC à San Fransisco eut pour effet de revigorer les organisations étudiantes voire d'en faire fleurir de nouvelles, comme le BASCAHUAC (Bay Area Student Committee for the Abolition of the House Un American Activities Committee), formé pour combattre le comité et en particulier sa propagande éhontée à travers le film Operation Abolition .
SLATE.édita un disque réalisé par un étudiant, Gerry Gray, intitulé Sounds of Protest, largement diffusé via une publicité dans des revues nationales
De nombreux enseignants déclarèrent leur soutien aux étudiants et leur condamnation des violences policières du 13 mai. Dans une pétition au maire de San Fransisco, 84 professeurs de l'université de Stanford écrivaient :
L'année suivante, le 30 mars 1961, SLATE se vit notifier que sa présentation comme un parti politique étudiant sur le disque Sounds of Protest était en violation avec l'accord passé avec l'université en 1958., reconnaissant officiellement l'organisation et lui permettant notamment de tenir des réunions sur le campus.
Le 9 juin 1961, une lettre notifiait à SLATE que l'organisation "ne devait en aucun cas s'identifier avec l'Université ni utiliser aucun de ses équipements , incluant ceux supervisés par les Etudiants Associés"
La question centrale - l'expression politique des étudiants sur les campus - resurgira avec une vigueur nouvelle quelques années plus tard à l'Université de Berkeley.
Entre temps, le 1er février 1960, un peu plus de trois mois avant l'arrivée de l'HUAC à San Fransisco, quatre étudiants noirs du North Carolina Agricultural & Technical College de Greenboro refusaient de quitter la cafétaria du magasin Woolworth, après qu’une serveuse ait refusé de les servir. Quelques jours après des centaines d’étudiants se joignent au mouvement de protestation, qui lancera le mouvement des sits-in et contribuera à la création de mouvements tel que le Student Non-Violent Coordinating Committee.
De nombreux jeunes étudiants blancs descendront dans le sud pour soutenir le mouvement pour les droits civiques et se mettront au service de différentes organisations pour faire avancer la question de l'égalité raciale.
Entre temps, un jeune étudiant de 22 ans, Tom Hayden, tout frais sorti de la prison d'Albany (Georgie) pour avoir participé aux Freedom Rides, commençait à rédiger en décembre 1961 une ébauche de document qui sera connu l'année suivante sous le nom de Déclaration de Port Huron et qui marquera ne génération d'étudiants regroupés dans les Students for a Democratic Society.
Le Free Speech Movement
Le 14 Septembre 1964 Katherine Towle, doyen de la faculté, à la demande du vice-président Alex Sherriffs, envoie une lettre aux groupes politiques étudiants pour leur signifier qu'il leur est interdit désormais d'utiliser la petite place à l'intersection des rues Bancroft et Telegraph pour solliciter des soutiens à des "actions politiques et sociales extérieures au campus". 18 groupes étudiants, toutes tendances confondus, demandent en vain l'annulation de cette décision. Ils décident alors de former un "Front Uni" et de défier ensemble l'interdiction, en continuant d'agir comme précédemment, mais également en installant leurs tables devant les bureaux administratifs de l'université face à Sproul Plaza. Le Front Uni organise également une manifestation sans demander l'autorisation requise par le règlement. Lorsque cinq étudiants sont convoqués par les autorités universitaires, 400 étudiants signent une pétition pour déclarer leur culpabilité et envahissent le hall des locaux administratifs pour demander de partager les mesures disciplinaires. Trois noms seront ajoutés à la liste initiale des cinq, et les huit étudiants sont suspendus pour une durée indéterminée.Le lendemain,
les tables sont
réinstallées à la même
place. Jack
Weinberg, un ancien étudiant de Berkeley, tient une table
pour
le CORE .Celui-ci est un militant expérimenté des
droits civiques, avec quelques arrestations à son actif.
Lorsque la police l'interpelle, il refuse de décliner son
identité et de monter sa carte d'étudiant, qu'il
ne
possède pas. Il est alors entrainé dans une
voiture de
police que les étudiants présents encerclent
spontanément et dont ils dégonflent les pneus.
Les
policiers se retirent de la place en même temps qu'elle est
envahi par des milliers d'étudiants.
La voiture sera immobilisée pendant 32 heures
Le Front Uni nommera quelques négociateurs que les autorités universitaires refuseront de recevoir. Elles demanderont à la police d'arrêter tous les étudiants qui n'auront pas quitter la place à six heures du matin. Plusieurs centaines de policiers arrivent sur palce, en même temps que le gouverneur Pat Brown demande au Président Kerr de trouver une solution pacifique. Ce dernier accepte de recvoir les délégués du Front Uni à cinq heures du matin et après une réunion houleuse, un accord est trouvé.
Mario Savio (3), qui s'est affirmé comme meneur naturel du mouvement, retourne sur la place et du haut de la voiture demande à la foule de se disperser dans le calme.
Jack Weinberg sera inculpé puis relâché aussitôt et l'université ne portera aucune plainte contre lui. Un comité spécial étudiera le cas des huit étudiants sous mesures disciplinaires pendant plusieurs semaines. Le Front Uni se dissout et est offcielle ment remplcé par le Free Speech Movement, représenté par un Comité Exécutif d'environ cinquante membres représentant les différents groupes d'étudiants et divers autres groupes. Un comité directeur composé de 12 personnes est élu parmi ses membres pour mener des négociations avec les autorités universitaires sur de nouveaux règlements concernant les organisations étudiantes. En faisait partie Jack Weinberg, Mario Savio et Bettina Aptheker (4)
Le Free Speech Movement posait ouvertement la question clé des limites de l'expression des organisations étudiantes sur et en dehors du campus. Pour lui, ces limites étaient celles définies par la Constitution américaine, interprétée par les tribunaux et les seules sanctions possibles étaient celles dispensées par un juge après un procès. Les autorités universitaires, elles, revendiquait le droit de prendre des mesures disciplinaires propres justifiées par des comportements autres que criminels.
Les négociations achoppèrent sur ce point. Durant celles-ci, les étudiants avaient suspendu l'installation des tables, y compris sur les lieux autorisés. Le mouvement repris le 9 novembre, plus radicalisé, puisque les tables étaient installées sur le campus même, défiant ouvertement le règlement.
Cette radicalisation provoqua la scission de FSM. Les groupes étudiants conservateurs le quittèrent, tandis que les libéraux étaient marginalisés. La frange radicale, avec comme chefs de file Mario Savio et Jack Weinberg était aux commandes
Pendant ce temps, six des huit étudiants sont ré-intégrés alors que deux, dont Mario Savio, sont exclus pour six semaines.
Une réunion des membres du Conseil de l'université le 20 novembre 1965 propose une révision de l'ancien règlement qui permettait la plupart des activités politiques interdites jusqu'alors mais qui prévoyait des mesures disciplinaires pour ceux qui utilisait le campus pour des activités extra universitaires illégales.
Partagée devant ce demi succès, une étroite majorité du Comité Exécutif du FSM décide l'occupation des locaux de l'administration le 23 novembre, où se poursuivent les débats des autorités universitaires . 300 étudiants les occuperont pendant quelques heures avant de les quitter
La réception par quatre étudiants, Mario Savio, Art Goldberg (5), Jackie Goldberg, et Brian Turner, la semaine suivante d'une lettre les accusant d'avoir violé le règlement de l'université lors des manifestations des 1er et 2 octobre relance le mouvement déclinant.
Le 2 décembre, 2 000 étudiants occupent à nouveau les locaux de l'administration. Dans la nuit, le gouverneur de Californie demande à la police de procéder à l'évacuation des locaux . les arrestations commencent à trois heures du matin et se poursuivent jusque dans l'après-midi. 700 personnes, dont 735 étudiants seront arrêtés et seront connus sous le nom collectif des "800".
Ces arrestations massives déclenchent une grève . Les membres de la faculté organise une collecte pour financer les cautions . Le président Kerr suspend les cours le lundi suivant pour organiser une réunion avec les étudiants et proposer une sortie de crise : L'arrêt des poursuite pour les violations du règlement durant les deux derniers mois, mais le maintien du règlement tel que décidé par la dernière réunion du conseil de l'université.
Ces propositions sont rejetées et le lendemain, le Conseil de l'Université vote à une écrasante majorité l'autorisation sans restriction de toute activité et une entière liberté de parole sur le campus.
Le 18 décembre, le conseil d'université reconnait la validité des Premier et quatrième Amendements de la Constitution US, mais insiste sur les notions de loi et d'ordre. Les membres de la faculté considèrent la victoire acquise et le Free Speech Movement s'éteignit malgré quelques actions sporadiques pour finalement se dissoudre au début de 1965. Mais d'autres allaient prendre le relais.
L'invention Berkeley
En septembre 1970, une commission présidentielle (6) publie un document qui analyse "l'agitation sur les campus" Un paragraphe est intitulé "l'invention Berkeley"
"Ce qui s’est passé à Berkeley représente plus que "la somme de ses parts". Les évènements sur ce campus à l’automne 1964 ont représenté une invention politique authentique. –un mélange nouveau et complexe de questions, de tactiques, d’émotions et de mise en scène qui allait devenir le prototype pour la contestation étudiante tout le long de la décennie. Rien de tel n’avait existé auparavant en Amérique. C’est sur la nature et l’évolution de cette invention à la vie longue , dans toutes ses variantes, que s’est penchée cette Commission."
Première nouveauté, des étudiants mettent en pratique les tactiques d'action directe apprises auprès du mouvement pour les droits civiques, comme les sits-in dans les locaux de l'administration. En bloquant le fonctionnement de l'université, ils obligent les autorités à intervenir.
Si comme cela fut le cas à Berkeley, celles-ci choisissent une intervention policière, le mouvement, minoritaire lors de son lancement, acquiert la sympathie des étudiants "modérés" et, souvent même, des membres de la faculté .
Deuxième nouveauté, les revendications portent sur des questions extra-universitaires aussi bien qu'internes à l'université.
Le Free Speech Movement sera largement couvert par les médias américains
"...les américains furent pour la première fois les témoins d’un nouveau type d’informations – l’agitation tumultueuse sur les campus. C’était nouveau au sens traditionnel parce que cela impliquait conflit et controverse. C’était intéressant notamment pour la télévision parce que c’était coloré et visuel. Nuit après nuit, le film des évènements sur un campus véhiculait les méthodes et l’esprit de la contestation sur tous les autres campus du pays." (6)
L'escalade de l'intervention américaine au Vietnam mettra le feu aux poudres.
Première version mai 2009
