La naissance de Black Bear Ranch


Source : Peter Coyote The Free-Fall Chronicles: Elsa's Story

 









Sur Black Bear Ranch

Un livre :

FREE LAND: FREE LOVE: Tales of a Wilderness Commune Malcolm Terence, Don Monkerud, Susan Keese
Black Bear Mining and Publishing company Email: Books[at]BlackBearRanch.com

Un film :

COMMUNE Réalisé par Jonathon Berman
Distribution: Five Points Media USA
Pour se le procurer



Notes

(1) Questions réponses sur
The Well












Michael Tierra, un Digger de Los Angeles habitait Shasta, petite ville au nord de la Californie. Elsa et Richard Marley lui rendirent visite au printemps 1968, à la recherche d’un endroit où s’installer, avec pour maxime "Une terre libre pour des gens libres" . Une agence immobilière les oriente vers Black Bear Ranch, une mine d’or abandonnée dans une zone montagneuse isolée, d’une trentaine d’hectares avec des prairies, des torrents et des bâtiments . Le tout pour 22 000 $.

Elsa, Redwood Kardon et Phyllis Wilner campèrent là pendant une semaine et après exploration des lieux, décidèrent que "la famille" devait s’y installer. Restait à résoudre la question financière. Le premier versement s’élevait à 2200 $, somme considérable lorsque l’on sait que la même famille peinait à payer son loyer mensuel de 35 $.de Willard Street à San Fransisco.

Eva "Myeba" Bess fit aussitôt un chèque de 2 000 $. Redwood, Marty Linhart Peter Lief et Elsa se rendirent à Los Angeles pour trouver d’autres financements..

"Michael Tierra avait une liste de célébrités qui étaient soit sympathisantes à leur cause soit si terrifiées par l’invasion de ces dingues qu’elles les paieraient pour qu’ils s’en aillent."

L’acteur James Coburn refusa de donner quoi que ce soit et Michael Tierra brula un drapeau dans sa maison en représailles. Charles Eames, un célèbre designer, les reçut royalement parce qu’il aimait les peintures d’Elsa. De même que Peter Tork, membre des Monkees, qui les hébergea pour le temps de leurs recherches et qui se vu délesté de tout ce qui était transportable en retour. Michael Antonioni leur fit un chèque dans un ascenseur. Steve McQueen contribua.

Emmett Grogan, de son côté, participait à la collecte au nom de Black Bear Ranch, récoltant une coquette somme, qui selon les dires de Peter Coyote "de manière prévisible pour ceux d’entre nous qui le connaissaient n’est jamais parvenue jusqu’aux coffres du ranch"

"Ce spectacle itinérant de baratin incarne la confraternité entre l’idéalisme et l’égoïsme qui caractérisait beaucoup d’activités des Diggers...

Exactement de la même façon que d’innombrables populations et gouvernements, notre comportement de groupe amorçait les processus qui garantissait notre ultime destruction. Les gens qui soutenaient nos aventures n’étaient pas idiots . Beaucoup d’entre eux étaient des escrocs eux-mêmes ayant réussi et qui croyaient ou voulaient croire à des idéaux plus élevés et à un avenir meilleur, ou, peut-être, voulaient simplement un divertissement intéressant. Ils voyaient en nous ce qu’ils voulaient voir et n’avaient jamais tort parce que de nombreuses qualités cohabitaient simultanément. Ceux qui voyaient de l’altruisme ne se trompaient pas plus que ceux qui y voyaient du cynisme ou de l’opportunisme personnel. Notre comportement contradictoire était semblable à celui de Pénélope, femme d’Ulysse, tenant à distance ses prétendants en défaisant la nuit ce qu’elle avait tissé le jour. La différence entre elle et nous, c’est que nous n’étions pas conscients de notre propre ouvrage"

La petite bande collecta environ 15 000 $ et se mit en route pour le ranch. A leur arrivée, le noyau communautaire, Richard et Elsa Marley, Mike Tierra, Gail Erricson, John et Inga Albion, Eva Bess, Rose Lee, Redwood, Peter Lief, Ephraim et Carol Korngold eurent la surprise de trouver sur place une quarantaine d’occupants qui refusèrent de quitter les lieux. Après tout, c’était une terre Libre, non ?

L’histoire des débuts de Black Bear Ranch est l’illustration de l’utopie communautaire de l’époque. A part John Albion, fils de mineur du Colorado, aucun membre de la communauté n’avait la moindre connaissance ni expérience de la vie rurale dans un milieu ô combien hostile.

"Richard décida de prendre le taureau par les cornes. Il convoqua une réunion dans l’habitation principale pour la matinée du lendemain. Arborant un uniforme de chorale scolaire pour assoir son autorité, il installa un grand tableau noir dans la pièce et, mettant en avant ses expériences ouvrières d’organisateurs, entreprit de mettre en place des groupes de travail détaillés :entretien des chiottes, préparation des repas, ménage, planning des tâches, etc. Il élabora une communauté modèle éclairée à la manière d’un Jefferson, et satisfait de l’agencement, de l’ordre et de la probité de son modèle, il quitta la pièce, baignant dans l’optimisme et alla se reposer.

Le lendemain, le tableau noir avait disparu "

Les "propriétaires" du lieu furent obligés de s’installer dans la grange vu que l’habitation principale était déjà occupée. Kirby Doyle arriva avec un camion plein de contreplaqué et de matériau pour la construction d’un dôme géodésique que Richard et lui installèrent le lendemain Elsa, Richard, leurs enfants Yoni, Aaron, Indira, et Jeannie DiPrima y passèrent leur premier hiver. En janvier, le pétrole pour les lampes et mêmes les allumettes, furent épuisés. Richard et deux autres membres de la communauté prirent le vieux camion et allèrent jusqu’à San Fransisco où d’autres Diggers leur fournirent argent et approvisionnement.

"Les situations d’urgence sont souvent utilisées pour suspendre le processus démocratique et Black Bear ne fit pas exception à cette vieille tactique politique confirmée. La communauté dans son ensemble était consciente que quelque chose devait être fait mais ne savait pas par où commencer. Richard fit alors alliance avec Ephraim Korngold, un type dyspepsique, à l’analyse critique. Ils enrôlèrent Marty Linhardt, autre membre du groupe originel et formèrent le parti politique du "Faire Avec". En utilisant une combinaison de rhétorique révolutionnaire, d’amabilités et de menaces ils organisèrent des corvée de bois pour l’abattage et le débitage pour le chauffage et la cuisine (Et le sexe par la même occasion, puisque les femmes avaient commencé à refuser leurs faveurs, soit parce qu’elles étaient dégoûtées par l’incompétence générale, soit parce qu’elles avaient simplement trop froid). De la même manière, furent assignées des tâches de ménage, de cuisine et de garde des enfants. La vie devint plus organisée , cependant, organisé dans ce contexte, ne signifie pas normale"

Ainsi, le groupe survécu-t’il au premier hiver et acquit les expériences et les capacités nécessaires à la survie en milieu hostile.

Black Bear devint un lieu d’accueil pour les membres de la Famille Libre. Toutes les expérimentations d’organisation de vie sociale y furent essayées. Pendant un temps, toutes les familles s’installèrent dans l’habitation principale pour échapper à ce qui était ressenti comme un "factionalisme.croissant". les v^tements étaient rassemblés et chacun se servait librement. A une époque, un groupe de femmes dont l’influence était devenue prédominante, décrétèrent le couple " bourgeois décadent". Personne ne devait dormir plus de deux nuits de suite avec le même partenaire.

Susan Keese, l’une des membres originelles de Black Bear et co-auteur d’un livre sur la communauté (voir ci-contre) se souvient : (1)

"Quand nous nous sommes installés à Black Bear Ranc à la fin de l’été et à l’automne 1968, je pense que la plupart d’entre nous pensions que nous allions bazarder toutes les règles d’une société bordélique et que nous allions en créer une autre qui ait du sens. Ce premier hiver, nous avons eu aussi la visite d’un groupe de militants noirs d’Oakland qui pensaient qu’ils devaient apprendre à survivre dans un environnement sauvage quand la révolution s’embrasera dans les villes. Travailler sur le livre de Black Bear et éditer les documents que mes compagnons de communautés avaient écrit a confirmé mon sentiment que beaucoup d’entre nous étaient venus avec des visions tout à fait différentes sur ce à quoi devait ressembler notre nouvelle société – certains parmi nous étaient très politisés, certains très flous, certains étaient artistes, certains pensaient que l’art était frivole. Bien que nous discutions SANS FIN, nous avions beaucoup foi en la communication non verbale à cette époque, et je pense que nous utilisions des phrases toutes faites du genre "Ouais, mec, je pige"pour nous donner la fausse illusion que nous étions tous sur la même longueur d’onde.

Je pense que nous avons fait les erreurs les plus intéressantes de l’histoire et que la société en a bénéficié de beaucoup de manières"

Don Monkerud (1) détaille ces erreurs des plus intéressantes 

:

"En agissant avec le principe de base que nous nous débarrassions de toutes les vieilles règles et que nous réinventions la société nous avons suivi différentes idées jusqu’à leurs conclusions logiques (ou illogiques). C’était une époque sans barrière et nous nous stimulions et nous mettions au défi les uns les autres de tout mener jusqu’aux limites. A travers nos expériences, nous nous projetions dans un avenir qui n’existait pas jusqu’à ce qu’une poignée de fous courageux ne s’en extraient.
Les idées allaient et venaient. Pendant un moment, le communitarisme fut conduit à ses limites – pendant un temps, les espaces de vie privés furent considérés comme bourgeois et tout le monde s’installa ensemble dans la grande habitation du ranch. Pendant un temps, tu ne pouvais même pas réclamer ton propre blue jeans....Des trucs comme cela ne peuvent pas durer éternellement mais nous avons beaucoup appris ce faisant. Nous avons appris que l’on ne peut pas construire des chiottes en amont de l’eau potable. Nous avons expérimenté notre identité sexuelle et la nature de la famille. Pourquoi ne pas avoir deux partenaires, ou plus? Pourquoi ne pas élever nos gosses communautairement ?
Il y eut un temps où l’art fut considéré comme frivole; un temps ou les rêveurs et les pragmatiques se séparèrent en deux camps; il y eut des expériences avec des sources de nourriture, d’énergie et de chauffage et nous avons appris beaucoup. Il y eut des erreurs faites en abattant des animaux, en flirtant avec des cultes. Il y eut le premier hiver lorsque des militants noirs sont venus d’Oakland et que nous fûmes confrontés avec des notions contradictoires sur ce que signifiait être révolutionnaire. Il y eut l’illusion que nous pouvions désavouer nos privilèges et nous séparer de la culture qui nous avait élevé. Mais nous avons tant appris"

Première édition septembre 2009


Retour à l'index