"Gnadennacht"
par Fidus
un "poster psychédélique" de 1912

Bill Pester devant sa cabane à Palm Canyon, Californie, hippie de 1917, qui a quitté l'Allemagne en 1906 pour échapper au service militaire. . (Photo Collection Palm Springs Desert Museum, Palm Springs, California)
Notes
(1) Henry Murger (1822-1861). Scènes de la vie de bohème , M. Lévy, Paris 1869
(2) Les Hippies Hunter Thompson
(3) Référence aux "San Francisco Haight-Ashbury District 'Hippie Hop' Tours" instaurés par la compagnie de bus Gray Line à partir du 5 Avril 1967 qui sillonaient le quartier du lundi au vendredi, deux fois par jour. Le 15 mai, Gray Line renonça aux excursions "Hippie Hop", devant l'hostilité croissante des habitants du quartier prétextant les embouteillages dans Haight-Ashbury.
(4) Cité dans Je veux regarder Dieu en Face p.189 - Michel Lancelot Ed Albin Michel 1968
(5) Timothy Leary The Politics of Ecstasy New York: G. P. Putnam's Sons.1968
(6) Une cible mouvante est difficile à atteindre
(7) Voir Les Racines de la Renaissance CommunautaireTimothy Miller
(8) Black Bear Ranch, The Farm
“La Bohême […] n' est point une race née d' aujourd'hui, elle a existé de tout temps et partout, et peut revendiquer d' illustres origines. Dans l' antiquité grecque, sans remonter plus haut dans cette généalogie, exista un bohême célèbre qui, en vivant au hasard du jour le jour parcourait les campagnes de l' Ionie florissante en mangeant le pain de l' aumône, et s' arrêtait le soir pour suspendre au foyer de l' hospitalité la lyre harmonieuse qui avait chanté les amours d' Hélène et la chute de Troie. en descendant l' échelle des âges, la Bohême moderne retrouve des aïeux dans toutes les époques artistiques et littéraires.” (1)
Le Hippy est au centre de l’imagerie populaire des Sixties, incarnant le tryptique Sex, Drugs and Rock ‘n Roll. Hippy est un phénomène fascinant, un cas d’école.
Le hippy médiatique est né au printemps 1967 et a connu son apogée lors du Summer Of Love.
"La meilleure année pour être un hippie a été 1965, mais à cette époque il n’y avait pas grand chose à écrire sur le sujet parce que peu de choses se passait en public et la plupart de ce qui se passait en privé était illégal. La vraie année du hippie a été 1966, malgré l’absence de publicité, qui en 1967 a donné lieu à une avalanche nationale dans Look, Life, Time, Newsweek, the Atlantic, the New York Times, the Saturday Evening Post, et même dans Aspen Illustrated News, qui a réalisé un numéro spécial en août 1967 et une vente record en ne gardant que 6 exemplaires invendus sur un tirage de 3 500. Mais 1967 n’était pas vraiment une bonne année pour être un hippie. C’était une bonne année pour les commerçants et les exhibitionnistes qui s’auto-proclamaient hippies et accordaient des interviews pittoresques pour le plus grand bénéfice des médias, mais les hippies sérieux, qui n’avaient rien à vendre, pensaient qu’ils n’avaient rien à gagner et beaucoup à perdre en devenant des personnages publics. Beaucoup d’entre eux étaient harcelés et arrêtés sans aucune autre raison que l’amalgame soudainement réalisé avec un soi-disant culte pour le sexe et les drogues. La publicité faite autour du phénomène, qui ressemblait dans un premier temps à une plaisanterie, se transforma en grondements menaçants. Ainsi, beaucoup de gens que l’on pourrait qualifier de hippies originels de 1965 avait disparu du paysage au moment où les hippies devinrent une lubie nationale en 1967." (2)
En octobre 1967, les Diggers enterrèrent donc Hippy en grande pompe, officialisant sa mort, tout en mettant en cause la validité même de son acte de naissance.
six octobre mille neuf cent soixante sept
“LES MEDIAS ONT CREE LE HIPPIE AVEC VOTRE CONSENTEMENT AVIDE.(…) NBC dit que tu existes , ergo je suis.(…)
MORT DE HIPPY FIN/FINI HIPPYEE PARTI ADIEU HEHPPEEEE MORT MORT HHIPPEE (…)
TU ES LIBRE. NOUS SOMMES LIBRES . NE SOIS PAS RE-CREE. CROIS SEULEMENT EN TON PROPRE ESPRIT INCARNE. Crées, Sois.... Ne sois pas créé . C’est ton pays, ta ville. Personne ne peut te les donner. H/Ashbury nous a été offert par les Media-Police et les touristes viennent au Zoo pour voir les animaux captifs (3) et nous rugissons férocement derrière les barreaux que nous avons accepté et maintenant nous ne sommes plus des hippies et ne l’avons jamais été et la Ville est à nous , pour créer à partir d’elle, pour vivre dedans. C’est notre outil, une part de notre première création à partir de laquelle L’HOMME LIBRE crée son propre monde nouveau.(…).
NE VOUS LAISSEZ PAS ACHETER PAR UNE PHOTO, UNE PHRASE.... NE SOYEZ PAS EMPRISONNES PAR DES MOTS. LA VILLE EST A VOUS. VOUS ETES ETES ETES. PRENEZ CE QUI EST A VOUS.... PRENEZ CE QUI EST A VOUS
LES FRONTIERES SONT TOMBEES SAN FRANCISCO EST LIBRE LIBRE MAINTENANT LA VERITE EST LA LA LA
Icône des années soixante, hippy ne fut qu'une mode, un troupeau de figurants qui amusa, intrigua et finalement lassa. La Jet Society du monde entier, aujourd'hui people, se déguisa même en hippy durant un temps. Peut-être y retrouvait-elle une image de sa propre vacuité.
Le hippy médiatique, appelé par ses contemporains "plastic hippy", a réussi à faire sortir Gary Snyder de ses gonds
“Que faites-vous ici? Mais vous n’avez donc rien compris? Avez-vous oublié que San Fransisco ne devait être qu’un départ vers une vie meilleure? Pour vous cette ville n’est déjà plus qu’une citadelle conquise, un objet accepté. Sortez de la ville! Allez respirer la mer! Formez des tribus et des communautés en plein air! Cultivez la terre! Travaillez de vos mains, soyez peintres ou artisans, aimez-vous au soleil, désaliénez-vous, ne vous laissez pas récupérer par cette société que vous deviez quitter. Faites ce que vous voulez, mais faites quelque chose! Ce n’est plus à l’introspection que vous vous adonnez, mais à la prostitution mentale.” (3)
Sur quoi Timothy Leary renchérissait :
“Hippy est un label inventé par le système pour nommer un processus évolutionniste alternatif, invisible, profond. Pour chaque hippy visible, pieds nus, fleuri, emperlé, il existe des milliers de membres invisibles de l’ underground branché. Des personnes dont les vies sont en prise avec leur vision intérieure, qui se détachent de la comédie TV de la Vie Américaine. ” (4)
Au-delà du hippy du week-end ou d'un été, des milliers de ces membres inisibles ont tenté, avec plus ou moins de succès, au prix de tâtonnements incertains, d'instaurer des lieux de vie, urbains ou ruraux, des modes de productions, des rapports sociaux en rupture avec les normes de l'époque.
Ils suivirent l'injonction de Gary Snyder et les conseils de Lou Welsh (5). Des centaines de communautés fleurirent à travers les Etats-Unis, parfois éphémères, de toutes tailles, chacune avec leur mode de fonctionnement, revitalisant la culture communautaire américaine (6), survivant pour certaines au vingtième siècle (7)
R.I.P Hippy.
Août 2009