
Affiche de Wesley Wilson
(1) Voir au sujet de ces trois hommes Morningstar le Ranch Wheeler et le Mouvement Terre Libre
(2) Le Front de Libération des Artistes et la Formation de la Contre Culture des Années Soixante Eric Noble

Réunion de l'Artists
Liberation Front
Photo Lisa Law


Chet Helms
(3)The Haight-Ashbury A History Charles Perry Random House 1984
(4) Pour l'enregistrement de leur premier album Jefferson Airplane Takes Off, qui sortira en août 1966.
"Les dealers restaient habituellement à l'écart, mais un jour, le plus important vendeur de LSD de toute première qualité , connu sous le nom de Bear *, envoya quelqu'un avec dix mille tablettes** d'acide white-lightning qui venaient juste d'être produite en labo et qui n'avait pas encore été commercialisée. Après la livraison à Frederick Street, les dealers se retirèrent et attendirent de voir si les Diggers et leurs distribution gratuite étaient des bobards. Vous comprenez, les dix mille tablettes étaient toutes de la même couleur blanche et aucune n'était apparue en public. Elles étaient, par conséquent, identifiables. Cela ne prit pas beaucoup de temps pour que le mot ne circule au sujet de leur utilisation. Quand il fut certain qu'elles avaient été distribuées gratuitement au sein de la communauté de Haight, Bear vint en personne rencontrer Emmett Grogan et lui en fournir davantage, en même temps de soixante quinze livres de dindes en prévision du Human Be-In. "
* Surnom de Oswley Stanley
Le Trips festival
Selon Stewart Brand, l’idée du Trips festival est née lorsque Mike Hagen - photographe amateur qui a filmé le périple de Ken Kesey et des Merry Pranksters – est venu le voir pour lui parler des projets des futurs acid test, dont un pourrait avoir lieu au Longshoreman's Hall. L’idée lui parut intéressante, mais convaincu que les Pranksters refuseraient de le mettre en pratique, il décida de l’organiser lui-même avec quelques autres personnes, parmi lesquelles Ramon Sender (1) du Tape Center et Ben Jacopetti de l’ Open Theater (1). Lou Gottlieb (1) écrit une chronique dans le San Francisco Chronicle. Bill Graham se joignit plus tard à l’organisation.
Contrairement à l’idée de Stewart Brand, Ken Kesey prit une part active dans la publicité de l’événement, principalement par l’arrestation chez Stewart Brand de Kesey et Mountain Girl pour détention de marijuana. A la sortie du tribunal, et alors que le juge l’avait averti de ne pas se mêler d’aucune manière au Festival, Kesey et les Pranksters montèrent dans le bus pour organiser une parade dans Union Square à la manière Prankster – Costumes délirants (Kesey en jean blanc avec inscrit HOT sur une fesse, COLD sur l’autre et TIBET au milieu) Thunder machine, lancer de ballons, avec le mot NOW.
La marque Prankster submergea la conception première à la Bill Graham de l’événement., à l’origine " la reconstitution d’une expérience psychédélique sans drogues,"une expérience.électronique"…
Dès le premier soir, le LSD circulait dans la salle et America Needs Indians – un tipi et quelques diapositives - et le spectacle de l’Open Theater tombèrent totalement à plat. La scène fut vite occupée par le groupe rock Loading Zone, ex -Marbles., qui répondait davantage à l’état d’esprit et à l’attente de l’assistance.
Le second soir était réservé au Tape Center, avec des films produits par le Canyon Cinema Group dans un spectacle nommé "Options and Contracts at the Present Time.". L’acid test était prévu pour 22 heures. Big Brother and the Holding Company fit une courte apparition sur scène avant d’en être délogé par le Grateful Dead, signal pour le début de l’acid test. Lumières stroboscopiques, projections sur les murs (Tous ceux qui savent qu’ils sont Dieu montent sur scène), danses…
A la fermeture, à 2 heures du matin, la file d’attente pour entrer représentait deux à trois fois ceux qui avaient pu obtenir une place.
Le troisième soir vira à nouveau à l’acid test .
The Mystery Trend avait eu l’imprudence de réserver le Gate Theater à Sausalito. Pour un concert ce week-end là. Trois personnes se présentèrent aux guichets.
6 000 personnes assistèrent à l’événement, avec un bénéfice de 4 000 $. Les organisateurs ayant admis que les acid tests avaient rencontré le plus grand succès en attribuèrent la moitié aux Pranksters, au grand étonnement, dit-on de Bill Graham.
Le Front de Libération des Artistes
Au printemps 1966. Le maire Shelley annonça la création du Arts Resources Development Committee pour définir les orientations culturelles de la ville de San Fransisco. Pour protester contre la non-représentation des artistes dans ce comité, la Mime Troupe perturba la première réunion du comité le 2 Mai 1966 au Crown Zellerbach Building. La Troupe, déguisée fit irruption dans la salle et Ronnie Davis, lut un manifeste :
De l’argent pour l’ Art De l’argent pour le peuple De l’argent pour la Culture! Pas d’immeubles!
Le
peuple fait l’ Art Les Artistes sont le Peuple Soutenez les
Artistes!
Méfiez-vous des Ides de la Proposition "B"
-- Un Programme de Construction!
La Culture N’Est Pas
Corruption.
Programme
de Résurrection Culturelle:
1. Doublez les Bibliothèques –
Plus de Livres, 1 Million$
2. Subventionnez les locations bon
marché au Veterans Auditorium, 300,000$
3. Triplez le Programme
Musical Communautaire dans les quartiers du Fillmore et de Mission
sur l’année, 500,000$
4. Créez un Ministère de la Culture --
5 Membres. Trois membres seront des Artistes avec des revenus
inférieurs à 10,000$ par an, 5 Million$
Total, 6.8 Million$
La Culture Ne Peut Pas Etre Achetée. Elle Doit Etre Créée Par Un Climat -- Un Climat D’Echanges D’Idées Vivant, Accès Facile aux Nouvelles Innovations.(2)
Le lendemain, Kenneth Rexroth lors d’un symposium intitulé "Campus and Community Day" prit la parole :
"C’est ce dont nous avons besoin dans cette ville, sur le plan culturel, nous avons besoin d’une diffusion de la vie culturelle dans les quartiers. Et les structures urbaines, la police particulièrement, font tout leur possible pour l’empêcher. ...La chose primordiale dans cette ville c’est de diffuser le Art Festival partout, d’exporter la musique et tout le bazar partout dans la ville parce que nous sommes confrontés à une crise culturelle. Nous sommes confrontés à un schisme absolu entre ce que nous appelons l’ Establishment et le Disestablishment.. ... Et ce qui se passe est de la plus grande gravité et ne peut pas être résolu en construisant des gratte-ciel cathédrales de la culture. Ce n’est pas. ... c’est un devoir de diffuser la culture dans la ville et de l’amener à la vie parce que cette ville est mourrante du fait qu’elle se décapité elle-même." (2)
La réponse de la Municipalité arriva le lendemain matin. La Mime Troupe était privé des 1000$ de subvention qu’elle avait touché les deux années auparavant. Ronnie Davis appela à une réunion d’artistes ouverte à tous la semaine suivante à leur studio de Howard Street, suite à quoi uncommuniqué de presse annonça :
"
Une centaine d’artistes environde
San Francisco se sont réunis
au studio de la Mime Troupe, mardi soir 10 mai , pour
discuter
du projet de création d’une organisation
d’artistes. Parmi les
présents, des peintres, des sculpteurs, des architectes, des
médecins, des avocats, des écrivains, des
danseurs, des poètes,
des enseignants, des entrepreneurs, des musiciens, des journalistes,
etc., tous militants culturels locaux.
La réunion qui dura trois heures,
présidée par Willie L. Brown,
Jr.,s’est terminée sur
l’élection d’un comité
directeur de
sept membres choisi pour définir les orientations des
futures
actions. Le Président en est Alan Myerson (The Committee),
et les
autres membres sont : R.G. Davis (Directeur de la San Francisco Mime
Troupe), Bill Graham (Entrepreneur, Fillmore Auditorium), Peter Berg
(Mime Troupe), Arthur Sheridan (City Lights Bookstore), Carol Tinker
(Poètesse, Peintre) et Yuri Toropov (The Sopwith Camel)".(2)
En Octobre, le Artists Liberation Front les Free Fairs sur quatre week-ends dans des quartiers populaires de San Fransisco. Les artistes n’étaient pas là pour vendre leur art mais pour encourager le public à créer lui-même en mettant à leur disposition le matériel nécessaire. Ce fut également la première fois que des groupes rock jouaient dans les rues.
Barbara Wohl, l’une des trois personnes responsables de l’organisation des Free Fairs.
"C’était une prolongation, pour l’essentiel, d’une sorte d’attitude d’amour et de tendresse que partageaient les gens alors. Je ne l’ai pas connu depuis. ... C’était l’idée de base. Quelqu’un qui ne vient pas pour regarder les peintures mais qui pouvait devenir l’artiste et faire son truc, son propre art, être un participant. Cela se voulait être, et cela l’était, un acte très politique. C’était le début d’une attitude répandue, tout sauf passive, pour ne pas permettre au gouvernement de continuer cette guerre ... Cette suppression de la différence entre acteur et spectateur était le vrai nœud du problème, le fondement politique de tout le truc.." (2)
La scène musicale
Le 4 février, Family Dog produisit son dernier concert au California Hall. Luria Castell avait décidé de partir pour le Mexique. Chet Helms prit la relève, sous le nom de Family Dog Productions et organisa son premier concert le 19 février au Fillmore .
La salle était partagée un week-end sur deux avec Bill Graham, mais la personnalité différente des deux hommes rendit vite toutte collaboration impossible.
Chet Helms était un acid head, un membre à part entière de la communauté de Haight. Bill Graham était avant tout un homme d’affaire. Ce qui lui vaudra quelques désagréments avec la communauté radicale.
Pour son troisième concert, Chet Helms avait fait appel au Paul Butterfield Blues Band de Chicago, et , suite au succès rencontré, il avait discuté avec Bill Graham de l’opportunité de fixer une nouvelle date avec le groupe. Mais dès le lendemain matin, Graham, plus rapide et plus malin, appela le manager du groupe , fixant une date trois semaines plus tard, sur l’un de ses propres week-ends.Helms considéra cette façon d’agir comme une trahison et, après un dernier concert début avril, il refit surface deux semaines plus tard, avec sa propre salle, l’Avalon Ballroom.
Les deux hommes possédaient désormais les deux meilleures salles de san Fransisco. Mais les conceptions restaient différentes. Au Fillmore, les projecteurs étaient braqués sur les musiciens, centre de l’évènement. Alors qu’à l’Avalon, ceux-ci jouaient dans une semi obscurité, comme les spectateurs dansant dans la salle.
Avec le développement des concerts-danses apparurent une nouvelle forme d’affiches réalisées par des artistes graphiques. L’affiche n’était plus seulement conçue comme un support d’information, mais comme une ouevre d’art en elle-même.
Helms fit appel en premier à Wes Wilson qui avait entre autre réalisé l’affiche pour le Trips Festival. , puis à partir de juin, à Stanley Miller, plus connu dans Pine Street sous le nom de Stan Mouse.Ce dernier entama une collaboration avec Alton Kelley, l’artiste originel de Family Dog. Les deux hommes conçurent la fameuse affiche de Mr.Zig-Zag, emblème du papier à cigarettes préféré de tous les rouleurs de joints à travers le monde.
"La plupart des musiciens rock de san Fransisco étaient à la base des folkeux apprenant à jouer de la guitare électrique " (3)
La tâche était rendue encore plus ardue par le fait que beaucoup de ces musiciens jouaient sous l’emprise de diverses substances psychédéliques . Les oreilles de la jeune génération formatées à la musique numérique MP3 et aux morceaux conçus pour radios commerciales souffriraient en écoutant l’enregistrement de quelques concerts dont l’effet larsen était souvent une marque de fabrique. Charles perry raconte qu’un soir Jim Gurley de Big Brother s’était lancé dans un solo de guitare de 45 minutes.
"Un titre de Brother song , selon le chanteur, était une série de cris d’amour d’animaux - chenille,, ptérodactyle, etc, - ou les bruits de leur vol, ou de toute autre moyen de locomotion desdits animaux" (3)
Si le public des concerts, plus intéressé par la danse que par l’écoute de la musique, n’y attachait que peu d’importance, il n’en allait pas de même pour les chasseurs de têtes des grandes compagnies de l’industrie du disque.
Le
seul groupe de San Fransisco qui avait signé avec une major,
RCA, en
décembre 1965, était
Jefferson
Airplane (4)
The Charlatans avaient emménagé sur Downey Street dans le quartier de Haight, mais leur style cow-boy edwardien avait vieilli et ils n’apparaissaient plus guère que dans les boîtes de nuit de North Beach.
Le Grateful Dead s’était aussi installé dans le quatier au 710 sur Ashbury Street, avec l’image définitive du groupe des acid heads, qui deviendront des Dead heads.
Country Joe and the Fish était devenu le groupe favori des étudiants et le groupe avait quitté la côte Ouest pour New-york, où il espérait trouver une maison de disques.
Big Brother and the Holding Company était toujours en voie de formation. Chet Helms, qui était leur manager, fit un voyage à Austin, Texas, pour aller chercher une chanteuse, Janis Joplin. Le nouveau BBHC fera ses débuts à l’Avalon Ballroom le 10 juin 1966.
Hashbury
Au début des années soixante, le marché de la marijuana explosa avec l’arrivée de nouveaux consommateurs et la demande surpassait de loin l’offre. L’approvisionnement du marché revint naturellement à la communauté "hippie"
"La vente de la marijuana était la base de l’économie de Haight-Ashbury . Presque tous les hippies vendaient un peu d’herbe et beaucoup d’entre eux ne connaissaient pas d’autre façon de vivre " (5)
En 1966, un lid d’herbe (une once ou 28.35 g).valait entre 8 et 10$ à San Francisco. Le kilo, ou key, variait entre 50 à 75$, en moyenne aux alentours de 60$. Pour 20 à 22 lids honnêtes par kilo, le bénéfice pouvait aller de 100 à 150$, une somme rondelette à l’époque
On pouvait trouver le kilo d’herbe pour 35 à 40$ à Los Angeles, ou pour 15$ au Mexique. Des dealers exerçaient la vente au détail, lid par lid. La vente était plus risquué parce qu’il fallait une vingtaine de clients pour écouler un kilo et qu’il était toujours possible de tomber sur un agent des narcotique. Mais le bénéfice était plus important.
Les "grossistes" prenaient moins de risques à la revente, en traitant avec des revendeurs généralement connus. Mais le risque était au passage de la frontière, et le bénéfice était moins grand et était diminué par les frais de transport. A moins de travailler sur de grosse quantité.
San Fransisco était devenu une plaque tournante du marché de la marijuana et des acheteurs pouvaient venir de Denver ou Portland avec assez d’argent pour l’achat de plusieurs dizaines de kilos.
Le marché du LSD était différent, moins développé et ceux qui l’utilisait en consommait moins souvent que de l’herbe.
Le roi incontesté du marché était Owsley Stanley. Il avait fréquenté Millbrook, la retraite de Timothy Leary et surtout Ken Kesey et ses Merry Pranksters avec lesquels il avait voyagé un temps. La production de Owsley avait fait son apparition dans les rues en février 1965, à l’époque des Acid tests. Il avait rencontré Tim Scully, un petit génie en science, avec lequel il installa un laboratoire clandestin à Point Richmond, Californie, au printemps 1966.
Au début, la production était sous forme de poudre à l’intérieur de capsules de gélatine, puis sous forme liquide, teinté de bleu, pour repérer les morceaux de sucre qui avaient été dosés. Mais le dosage sous ces formes était compliqué et Stanley acheta une presse professionnelle pour confectionner des comprimés. Chaque lot était d’une couleur différente.
La seule motivation de Owsley Stanley n’était pas l’argent. Il aida à financer de nombreux groupes et projets de la communauté de Haight. Un jour, il testa le désintéressement et la droiture des Diggers en leur offrant un lot de L.S.D, qui fut, faut-il le préciser, intégralement distribué gratuitement dans les rues. Stanley et Scully avait le sens communautaire et le sentiment de participer à la révolution en marche
"Chaque fois que nous produisions un nouveau lot et que nous le vendions dans la rue quelque chose de beau fleurissait et, bien sûr, nous pensions que c’était grâce à nous. Nous pensions que nous étions les architectes du changement social, que notre mission était de changer radicalement le monde, et que ce que nous faisions dans Haight était une sorte de laboratoire expérimentale, un exemple microscopique de ce qui arriverait à l’échelle du monde" (7)
Les marchands HIP
La revitalisation du quartier de Haight_Ashbury attira en premier lieu les commerces, puis des services.
Les frères Thelin, Ron et Jay, avaient imaginé un magasin qui réunirait tout ce dont pourraient avoir besoin les résidents du quartier en un seul lieu : livres, disques, encens, pipe à eau, flûtes, billets pour les concerts , posters….Et le 3 janvier 1966, la Psychedelic Shop ouvrait ses portes près du carrefour entre les rues de Haight et Ashbury.
Seule petite fausse note, un billet anonyme glissé sous la porte, dénonçant, déjà la commercialisation de la révolution psychédélique. Quelques mois plus tard, cela aurait été signé les Diggers.
Le magasin des frères Thelin côtoyait The House of Richard , une boutique qui vendait des ponchos et sandales mexicaines, et plus loin sur Haight, Minsidika, une boutique de fringues Mod.
A la fin du printemps, Far Fetched Foods, mais que tout le monde appela Blind Jerry's, un magasin d’aliments que l’on appelaient pas encore "bio" ouvrit sur Page Street . Tsvi Strauch, propriétaire d’une boutique d’artisanat sur Divisadero, ouvrit une autre boutique de vêtements Mod, In Gear. Puis ce fut Blushing Peony et un coffee house, I/Thou Bob Stubbs, qui avait vendu le Blue Unicorn avait ouvert une nouvelle boutique le Phoenix sur Haight Street
Sur Cole Street., des anciens militants du SNCC ouvrirent une école primaire et un jardin d’enfants, Haight-Ashbury Settlement House, où ils enseignaient aussi l’artisanat d’art aux adultes.
Le 22 novembre, les frères Thelin, Tsvi Strauch de In Gear et Blind Jerry Sealund de Far Fetched Foods,avec le soutien d’autres commerçants, annoncèrent lors d’une conférence de presse la création de l’association des Haight Independent Proprietors (HIP).
Première édition septembre 2009
