San Fransisco 1967 - 1ère partie


(1) Sleeping where I fall Peter Coyote Counterpoint, 1998

L'affiche de Rick Griffin

(2) Cité dans Acid Dreams The Complete Social History of LSD: The CIA, The Sixties, and Beyond Martin A. Lee, Bruce Shlain Grove Press 1985

(3)  Retranscription du Houseboat Summit, février 1967, et paru dans le SF Oracle n° 7

(4) Les autres participants, Gary Snyder en particulier, avait une position plus conciliante. Ce dernier soulignait les racines communes entre spiritualité et militantisme politique. Il a toukours tenté de concilier les deux démarches. Voir à ce sujet "L'anarchisme bouddhiste"

(5) Ringolevio  Emmett Grogan Citadel Underground 1990 Traduction personnelle

Des tracts de la ComCo sont consultables dans la rubrique Textes et Documents

(6) The Haight-Ashbury A History Charles Perry Random House 1984

D'autres tracts diggers au sujet de l'évènement sont disponibles dans la rubrique Textes et Documents



Extraits de l'article reproduit :

...Il y a deux mois de cela les Diggers et autres militants de Haight ont manifesté contre une "Love Dance" parce qu'il en coutait trois billets et demi pour entrer. Une bijouterie appelée "Happiness Unlimited" a un écriteau sur sa vitrine : "We love you; we hope you love us."

A peu près au même moment, un bar sur Haight Street s'est transformé en boutique vendant des hot dogs et des hamburgers. Le hamburger s'appelle, naturellement, un LOVEburger. Le hot dog est un LOVEdog. Et ce commerce câlin a demandé une autorisation pour changer son nom en "THE LOVE CAFE." ...

A la fin, la punition des hippies sera brutale et biblique...Leur amour, leurs fleurs et leurs ballons attireront les sales types. Les sales types se montreront impitoyables. Et cela aussi passera.

[commentaire de la Communication Company ]

Vous vous souvenez du Love Circus?
Vous vous souvenez de l'amour pour 3.50$?
Vous vous souvenez du Banana Rantra?
Vous vous souvenez de ces voyous frappant nos copains au sol?
Vous vous souvenez de ces truands que Michael Bowen a viré de la Psyche Shop?
Vous vous souvenez des gangsters de North Beach essayant de faire du cash sur votre propre scène? Vous vous souvenez de la Mafia?

La révolution pour 3.50$ est une impossibilité
La révolution est gratuite parce qu'elle est à vous

Prenez garde. les sales type arrivent
digger/commucomp (UPS)

(7) A l'origine le Electric Chamber Orkustra, groupe qui tenta une synthèse entre musique symphonique et psychédélique. Son existence fut de courte durée, un peu plus d'un an. L'un de ses membres, David LaFlamme fondera It's a Beautiful Day . Un autre, Bobby Beausoleil, aura une trajectoire plus tortueuse. Après avoir tenu le rôle principal dans le film de Kenneth Anger Lucifer Rising, s'embrigadera dans le gang de Charles Manson

(8) The Haight-Ashbury A History Op..citée

(9) Buck : dollar, en argot

Tract digger du 27 mars

La Ville de San Francisco a cédé une petite partie de son contrôle hier, alors que Haight Street devenait une rue libre pendant 8 douces heures

Des milliers de personnes ont utilisées la rue pour des danses; la police & les automobiles ont utilisées d’autres secteurs de la ville

Comme toujours, lorsque les systèmes de contrôles se désagrègent, la CELEBRATION surgit.

FAITES ECLATER LES SYSTEMES DE CONTROLE

Célébrez la ville libre













Le Vagissement du Nouvel An

Les Angels payèrent leur dette pour la libération de Chocolate George. Le 1er janvier 1967, "ils réglèrent l'addition en entier, y compris la bière et offrirent le Grateful Dead, Janis Joplin et Big Brother and the Holding Company comme un grand "merci" à la communauté. Ce fut le premier concert rock gratuit dans un parc d'une ville organisée par le peuple pour le peuple et ce fut un grand jour." (1)

L'évènement était baptisé "New Year's Wail" - littéralement le "Vagissement du Nouvel An" et Eric Noble en cite la retranscription dans un article du SF Chronicle par un certain Buddha

"Et jusqu’à ce qu’il fasse sombre, ils jouèrent leur musique, dansèrent, montèrent leurs motos, portèrent leurs habits étranges et firent bouger leurs longs cheveux. Et puis, ils ramassèrent leurs guitares, leurs percussions, leurs couvertures et leurs bouteilles de vin et roulèrent vers 1967."

Avec Ken Kesey,, les Diggers furent les seuls à pouvoir créer quelques liens avec les Hell's Angels tout comme ils furent l"un des rares groupes à établir des relations avec les Black Panthers. Peter Coyote  : 

"J'avais peur des Angels ( il aurait fallu être malhonnête ou idiot pour prétendre le contraire) mais pas effrayé au point de ne pas admirer la façon dont les rôles sociaux s'évanouissaient et la manière avec laquelle les gens devenaient respectueux et bien élevés lorsqu'ils arrivaient. Il y avait une clarté sans balivernes, à la fois dans leur vision du monde et dans leur manière de résoudre les problèmes. Bien qu'elles dissonaient avec mes propres philosophies et méthodes, il me semblait instructif de tester leur efficacité comparée aux miennes.

Les Angels possédaient un pouvoir incontesté et faisaient monter les enchères dans les confrontations sociales et les conversations de manière électrique. C'étaient des lames de rasoir, à force de passer tant de temps dans des milieux et des situations où la moindre erreur pouvait être fatale. Leur radar social semblait osciller selon une plus autre fréquence que les autres et leurs perceptions étaient étonnamment affutées. Je respectais cela et voulait en apprendre plus, alors je subordonnais mes craintes à ma curiosité et passais autant de temps avec eux qu'il m'était permis, ce qui s'avéra peut-être plus long que cela n'aurait du.

Les Angels que j'ai bien connu, et je parle seulement des individus et non de l'organisation, étaient sans crainte, voyous, sans compromission, dangereux, conservateurs, plus ou moins racistes et parfois dangereusement proches d'éléments d'extrême-droite dans la police. Les Angels d' Oakland avaient joué un rôle proéminent dans les attaques contre les premiers manifestants contre la guerre, les châtiant pour leur comportement jugé anti-américain. (C'était cependant avant qu'ils ne rencontrent Ken Kesey et ne prennent de l'Acide avec sa compagnie de freaks.) [...]

Quoi qu'ils soient, les Angels étaient avant tout authentiques et c'était le dénominateur commun fondamentale sur lequel les Diggers fondèrent une entente avec le club. Les Angels respectaient notre attachement à la gratuité et à l'anonymat (autant qu'ils pouvaient accepter quelque chose d'extérieur à leur propre philosophie)"

Human Be-In, Pow-wow, et Rassemblement des Tribus. 

Pour les éditeurs du SF Oracle Allen Cohen et Michael Bowen, il fallait réunir les différentes factions communautaires de Haight : Les radicaux de Berkeley, d’un coté, qui se focalisaient de plus en plus dans le militantisme contre la guerre du Vietnam . De l’autre les hippies de Haight-Ashbury, à la vision plus détachée avec l’aide des substances psychédéliques et divers gurus, plus portés vers des célébrations joyeuses et des manifestations pacifiques. Ceux-ci étaient vus par les radicaux comme trop désengagés, planant, ayant une mauvaise influence sur la jeunesse en la détournant du militantisme politique contre la guerre.

L’idée était un nouveau rassemblement, destiné à unifier le mouvement,sur le modèle du Love Pageant Rally . Cette manifestation fut baptisé de trois noms différents "Powwow," "A Gathering of the Tribes" et " Human Be-In."

Bowen et Cohen rencontrèrent Jerry Rubin, Max Scheer et d’autres militants de Berkeley. Rubin et Jack Weinberg furent invités à prendre la parole lors du rassemblement . Max Scheer accepta de faire la publicité du Human Be-in dans le Berkeley Barb.

Toutes les célébrités de la côte Ouest répondirent présents : Timothy Leary, Gary Snyder, Allen Ginsberg, Lenore Kandel, Alan Watts, ainsi que les groupes rock.

Le 12 janvier, une conférence de presse fut organisée au Print Mint où Jerry Rubin  déclara aux journalistes que le Be-In démontrerait que hippies et radicaux ne faisaient qu’un et que leur but commun était de sortir "des jeux et des institutions qui opprimaient et déshumanisaient" et de créer des communautés où " de nouvelles valeurs et relations humaines pouvaient se développer" La déclaration d’objectif rédigée par Allen Cohen y est lue :

"Une union de l’amour et du militantisme, auparavant séparés par un dogme formel et des étiquettes étroites aura finalement lieu dans l’enthousiasme lorsque les militants politiques Berkeley, la communauté hip, la génération spirituelle de San Fransisco et les contingents de la génération révolutionnaire naissante de toute la Californie se réuniront pour un Rassemblement des Tribus, pour un Human Be-In. Maintenant, pour la jeune génération en marche de l’Amérique, l’humanisation de la femme et de l’homme américains peut commencer dans la joie et s’étendre à tous sans crainte, dogme, suspicion ou suffisance dogmatique. Un nouveau concert de relations humaines développé au sein de la jeunesse underground peut émerger, devenir conscient et être partagé afin qu’une révolution dans la forme puisse survenir, avec une Renaissance de la compassion, de la conscience et de l’amour, par la Révélation de l’unité de toute l’Humanité" (2)

Au moins cinq affiches différentes furent éditées pour annoncer l’évènement. Rick Griffin dessina l’indien, une couverture dans une main, dans l’autre une guitare électrique

Pour la première fois, les organisateurs s’adressaient autant aux médias qu’à la communauté de Haight, et l’évènement marqua le début de l’assaut médiatique, américain et international, sur Haight-Ashbury.

Une déclaration de presse, quelques jours avant l’évènement :

"Depuis dix ans, une nouvelle nation s’est développée à l’intérieur du corps robotisé de l’ancienne. Devant vos yeux, une nouvelle âme libre reconnecte les centres vitaux du corps américain. Les militants politiques de Berkeley et la génération de l’amour de Haight-Ashbury vont se réunir dans un pow wow, pour célébrer et prophétiser une époque de libération, d’amour, de paix, de compassion et d’unité de l’humanité. Laissez vos craintes sur le seuil et rejoignez le futur. Si vous ne croyez pas, lavez-vous les yeux et voyez" (2)

Articles et reportages fleurissent dans les médias, chacun y allant de son qualificatif et de son bon mot., présentant tour à tour les "hippies" comme une menace, les sauveurs de l’humanité ou des bouffons inoffensifs. Ronald Reagan dira d’eux "Ils s’habillent comme Tarzan, ont les cheveux de Jane et sentent comme Cheetah."

Haight-Ashbury, où tous les Diafoirus psychologues et sociologues pouvaient trouver le hippie le mieux adapté à la thèse défendue, devenait le centre du monde et la jeunesse se mit à les croire.

Ce battage médiatique passait néanmoins sous silence l’essentiel : L’échec du Human be-in à combler le fossé entre militants politiques et communauté psychédélique.

La guerre allait être rallumée quelques jours plus tard par Timothy Leary dans les pages du San Fransisco Oracle qui retranscrivait un débat, le Houseboat Summit (3), entre lui et Alan Watts Allen Ginsberg et Gary Snyder. Le discours agressif et extrémiste de Leary (4) suscita de vives réactions, dont un article du Berkeley Barb appelant à manifester contre la venue du "guru de l’acide" dans la région de la baie.

La critique la plus acerbe du human be-in est celle de Emmett Grogan dans Ringolevio (5)

"Emmett se rendit a côté de la scène et resta là, en bas, à contempler les prétendus phares de la culture alternative. Il ressentait un sentiment de colère et de désespoir quant à la façon dont le Be-In avait été présenté et organisé . Leur publicité avait réuni trois cent mille personnes et tout ce qu'ils avaient à leur offrir était une seule scène sur laquelle s'agitait un enchaînement de couillons, discourant et récitant une poésie que personne ne pouvait entendre, avec des interludes musicaux. Il était encore plus incroyable aux yeux d'Emmett de voir la foule se ruer vers l'avant pour avoir une meilleure vue du spectacle débile.[...]
D'autres cabotins vinrent au micro et continuèrent à dire combien c'était merveilleux toute cette énergie au même endroit au même moment. Juste être. Etre ensemble --se toucher, regarder, s'aimer, s'embrasser--voilà de quoi il s'agissait, disaient-ils : "La Nouvelle Conscience!"  Alors le mantra commença: "Nous ne faisons qu'un!" Nous ne faisons qu' un"!" Trois cent mille personnes criaient qu'elles ne faisaient que un et Emmett s'assit sur l'herbe et les regarda faire semblant, se demandant combien de temps cela prendrait avant que ces gens arrêtent de se raconter des histoires [...]

Il était seulement en colère contre la publicité outrancière qu'avait créé les Haight Independent Proprietors pour développer de nouveaux marchés afin de commercialiser leur merde -- en colère contre le fait que leur publicité de malheur attirait un nombre disproportionné de jeunes dans le quartier déjà surpeuplé -des milliers de jeunes stupides qui tomberaient amoureux du Canular de l'Amour et s'attendrait à vivre confortablement pauvres en prenant leur place dans le royaume de l'amour . En colère contre la plupart des types de la communauté qui gagnait un dollar en faisant quelque chose, comme les musiciens rock, et qui se racontaient des histoires en pensant que cette notoriété était bonne, apporterait plus d'argent à l' underground et fairait se développer les magasins HIP, procurant plus de travail pour ceux qui en voulaient. La vérité était que l'arrivée désastreuse de milliers de personnes en trop ne signifiait que plus d'argent pour les tour-opérateurs des vols de nuits à destination de la culture underground, pour les vendeurs de dope, et pour les pires de tous, les commerçants qui embauchaient des fugueurs désespérés pour travailler à la pièce pour des salaires de misère. C'était une catastrophe et il n'y avait rien à faire, sauf partir ou essayer de faire avec du mieux possible. "

L'amour est communication (company)

La première publication de la Communication Company manuscrite, de la main de Chester Anderson,apparait le 10 janvier 1967. 

Quel serait le résultat si tous les petits petits gamins utilisaient leurs pistolets à eau pour arroser le bas-ventre des flics, à chaque fois que ceux-ci sortent de leurs voitures ? Un pistolet à eau ne coûte que 19¢. Connaissez-vous des petits gamins ? Est-ce qu'un gosse peut descendre une mouche à dix pas ? Les petits enfants aiment les pistolets à eau. Les flics n'aiment pas les pantalons mouillés. Si vous étiez un flic, descendriez-vous de votre voiture pour être arrosé?

Anderson, son initiateur , écrivain et poète, un des survivants Beat de North Beach qui gravitait autour de la nouvelle "scène" de Haight, marqué par la fête organisé par les Hells' Angels le jour du nouvel an se demandait comment participer à la construction de cette nouvelle communauté. Il trouvait l'Oracle trop élitiste. Il décida qu'il fallait un journal écrit dans l'instant et immédiatement disponible.

Anderson partageait un appartement avec Claude Hayward au 406 sur Duboce. Claude travaillait pour le Sunday Rampart, un tabloïd édité par Ramparts.

Avec l'argent gagné par la publication d'une nouvelle de science fiction et les relations de Hayward à Ramparts, ils se procurèrent une machine Gestefax, capable de faire des stencils et une Gestetner 366 capable de reproduire à bon marché un grand nombre de copies, sous forme de photos, graphiques ou textes. La machine à écrire IBM avait été empruntée à Ramparts.

Ils présentèrent la Communication Company au Human Be-In, le 14 janvier 1967, sous forme d'une déclaration d'intention.: "Love is communication." 

Notre politique

l'Amour est Communication
Nos projets et espoirs
+ Fournir un service d'imprimerie rapide et peu coûteux à la communauté hippies
+ Imprimer tout ce que les Diggers veulent imprimer....


Le Cirque Invisible 

A l'origine présenté comme un "happening environnemental communautaire de 72 heures" l'évènement commença le vendredi matin 24 février 67 à la Glide Memorial Church .

Richard Perry "Les Diggers fourniraient la nourriture et la manifestation publierait son propre journal, le John Dillinger Computer, édité par le poète Richard Brautigan, proche des Diggers. Vous pourriez composer un numéro de téléphone et et entendre des poètes réciter leurs oeuvres . Mouse peindrait des T-shirts. Big Brother and the Holding Company jouerait "Amazing Grace," et Pig Pen du Grateful Dead jouerait de l'orgue le dimanche durant le service de 11:00 H Des voitures se rentreraient dedans à faible vitesse sur le parking. " (6)

Chester Anderson et Claude Hayward apportèrent leur Gestetner et établirent leur QG dans un des bureaux de l'église. De là, ils publièrent des bulletins et de brèves nouvelles à quelques minutes d'intervalle, ce qui constituait des archives instantanés du déroulement du happening, " de l'espace libre créé entre les murs de ce quartier sanctuaire libéré du Tenderloin" 

Charles perry raconte le déroulement de la manifestation dans son livre : "L' Orkustra (7) commenca à jouer à 8H en même temps que les Gestetners de la com/co sortaient le premier numéro du John Dillinger Computer "I Ching Flash 1," qui annonçait que le I Ching avait déclaré l'atmosphère du moment  'une Perçée Créative' (6)

Dans l'église, des gens jouaient de la musique. L'autel était illuminé par un light show alterné de rouge et de mauve pendant qu'un visage christique (en fait, celui d'un professeur du State College) apparaissait et disparaissait sur un écran situé derrière

les divers pièces du bâtiment avait chacun une utilisation spécifique : débats, amour, repos...Dans l'une d'entre elle, Lenore Kandel lisait dans le pied des gens comme une diseuse de bonne aventure.

A 21H00 P.M. un débat sur l'obscénité eut lieu pendant que le John Dillinger Computer publiait un manifeste proclamant que la vraie obscénité était la guerre et invitant tous les participants du débat à ôter leurs vêtements.

A 22H, un film sur les satellites et missiles lancés par la NASA fut projeté, avec en arrière fond une musique rock montant en intensité jusqu'à ce que une vingtaine de danseuses du ventre, certaines les seins nus, fassent interruption dans la salle. Au rez de chaussée, un vieux film porni passait en boucle. Michael McClure et Lenore Kandel lirent leurs poèmes dans l'église.

A 23H, les Diggers apportèrent à manger pour faire contre poids au LSD qui avait circulé toute la soirée. La com/co continuait à distribuer des poèmes, des prédictions du I Ching et des annonces :la guerre est basée sur la répression sexuelle, Emmett Grogan a disparu (et alors?)

Un service mortuaire fut organisé en mémoire des fleurs fanées du hall d'entrée.

Le Cirque Invisible invita les alcoolos et les drag queens à se joindre à la fête, ce qui "s'ajouta à l'atmosphère générale de blasphème et de désacralisation , ou, comme le titre de "cirque" l'indiquait, à la dramatisation de la comédie macabre de la vie"

A 2 H du matin, un religieux affolé annonça qu'il avait vu deux personnes pratiquer un cunnilingus sur l'autel. Un type complètement nu s'était promené dans l'église pendant des heures.

A 4H, les officiels de l'église annoncèrent qu'ils jetaient l'éponge. ils en avaient assez vu en une journée et n'avaient pas envie de voir ce que promettaient les deux jours suivants.

Chester Anderson essaya en vain de poursuivre l'expérience dans d'autres lieux. Finalement, les quelques centaines de personnes encore sur place le matin se dirigèrent vers Ocean Beach où fut improvisé un concert de percussions.

Pig Pen ne fut pas autorisé à jouer de l'orgue durant le service du dimanche matin.

Au moins 5 000 personnes participèrent à cette journée, selon Perry.

Quelques jours plus tard un tract de la com/co annonça que les reproches faits par l'église méthodistes étaient les suivants :

"1. Trop de gens. 2. des films pornographiques dans la salle à manger. 3. des brûlures et de la cire de bougie sur le tapis rouge de l'église 4. des gens se promenant nus ."

Et Le Cirque de l'Amour.

Le 3 mars 1967 une manifestation au Winterland intitulée First Annual Love Circus déclencha la colère des Diggers. Elle était organisée par la Love Conspiracy Commune. La raison de la colère des Diggers était principalement due au fait que l'entrée était tarifée au prix à l'époque exhorbitant de 3.50 $. Ils appelèrent donc à organiser une manifestation de protestation devant le lieu de la manifestation.

Perry (8) rapporte qu'un groupe de résidents du crash pad Digger du 1775 sur Haight accusèrent des membres de la Love Conspiracy Commune "d'en avoir forcé la porte" pour menacer de représailles les Diggers si ils mettaient leur plan à exécution. Un des membres de la communauté aurait même admis, selon un Digger, qu'elle était financé par la pègre, et plus précisément un groupe de dealers de l'Université de Caroline du Nord qui s'était baptisé eux mêmes la "Chapel Hill Mafia."

Sans se laisser intimider, les Diggers organisèrent leur action de protestation. 150 personnes environ  distribuent un tract à l'entrée : 

A qui payez-vous le trip ? Combien de temps tolérerez-vous que des gens (straight ou hip) transforment votre trip en cash?
On vous vend votre style . Nouveau style, même enveloppe, nouveau style, même enveloppe, nouveau style, même enveloppe .
Les Diggers ne paieront pas pour ce trip. Quand tu achètes un ticket, tu tues le Digger en toi … toi-même.

Le Grateful Dead refusa de jouer à moins que les manifestants ne soient autorisés à entrer gratuitement. Une trentaine d'entre eux purent pénétrer dans la salle avant que les portes ne se referment. La querelle se poursuivit via la comCo et le Berkeley Barb.

Voir ci-contre un tract de la comco du 17/5/1967 reproduisant un article de Charles McCabe dans le SF Chronicle du 17 mai 1967 intitulé "Love and The Buck "(9) décrivant les 'marchands d'amour'.

Cet article faisait référence au quartier de North Beach  colonisé par la Beat Generation puis envahi par le commerce, notamment celui du sexe avec ses innombrables bars topless. Il prédisait le même destin pour Haight-Ashbury. 

La prédiction allait se révéler exacte

Célébrez la ville libre

Le 26 Mars, en fin d’après-midi du dimanche de Pâques, les Diggers profitent d’un embouteillage dans Haight Street  pour distribuer des tracts de la Communication Company aux touristes dans leurs voitures. Un match de football spontané commence avec une bouteille de plastique comme ballon et attire une foule de hippies qui se rassemble devant la Print Mint pour encourager les joueurs, créant un embouteillage. La police intervient alors et décide de fermer la rue à la circulation. Les joyeux fêtards envahissent alors la rue vide, en criant "Les rues au Peuple" et "Les voitures en dehors de Haight". 

Certains s’assoient au milieu de la rue. D’autres perturbent le trafic en traversant et re-traversant le carrefour.(Inspirés par le Jeu de l’Intersection organisé par les Diggers le 31 oct 1966) La police commence à arrêter des participants et des badauds. Entre 12 et 20 d’entre eux le seront dans les prochaines heures. L’un d’entre eux est un Digger nommé Apache. Dans un geste semblable à celui du début du Free Speech Movement, la foule encercle la voiture de police, dont les policiers laisseront bientôt partir leur prisonnier porté en triomphe par ses libérateurs. Allen Cohen et le Père Leon Harris tentèrent de négocier avec la police et de calmer la foule. Cohen s’adressant à elle déclare "C’est le jour de la Résurrection aujourd’hui, mais çà ne signifie pas que nous devons être crucifiés ." Dans le même esprit pour rétablir le calme et éviter la confrontation, des gens firent circuler de l’encens des fleurs et des cookies.


San Fransisco 1967 2ème partie

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octobre 2009