Principales sources :
SDS
Kirkpatrick Sale Vintage Books 1973
New Port Huron Statement Tom
Hayden
Publié
par Avalon Publishing Group comme introduction à
“The
Port Huron Statement : The Visionary Call of the 1960s
Revolution” paru à l'automne 2005.
Ce texte a été reproduit par Truthdig le 10 avril 2006
Une traduction intégrale sur Freakence Sixties
(1) Texte intégral en anglais
(2) Nouvelle Déclaration de Port Huron (2ème partie) Par Tom Hayden L'héritage durable de la Démocratie Participative.
(3) Nouvelle Déclaration de Port Huron Par Tom Hayden La stratégie de réforme
(4) John Lewis Walking With the Wind. Simon & Schuster 1998
(5 )America and the New Era cité dans Kirkpatrick Sale op.citée
Comme pour les années soixante, il s'avère difficile d'écrire L'Histoire du SDS. Celui-ci a de nombreuses histoires, aussi agitées, aussi contradictoires que l'époque elle-même. Le SDS a été l'objet d'une volumineuse étude et d'une critique non moins fournie. Comment pourrait-il en être autrement puisqu'il a balayé le spectre de l'action politique, allant du réformisme libéral à la lutte armée, en passant par tous les stades intermédiaires possibles. Il était alors inévitable qu'il s'attire des critiques quasi unanimes, pour "dérives" de tout genre, selon la sensibilité de l'observateur.
Comment traiter de l'existence et des actions d'une organisation qui fut tout sauf homogène, mis à part peut-être dans ses trois premières années d'existence, de par la volonté de ses membres de rompre avec la "vieille gauche" , incarnée par la League for Industrial Democracy et de rechercher de nouvelles formes d'actions politiques, fondées non pas tant sur un programme de type électoraliste que sur des valeurs décrites dans la Déclaration de Port Huron.
L'histoire du SDS ensuite sera un long tâtonnement expérimental, autant balloté par l'Histoire elle-même qu'acteur de l'Histoire.
Du SLID au SDS
Au
début de la décennie, la Student League for
Industrial
Democracy—SLID - branche de la League for Industrial
Democracy ,
montrait tous les signes de l'apathie que les étudiants qui
la
quitteraient bientôt allait dénoncer deux ans plus
tard.
Un petit bureau à New-york, un budget annuel de $3,500,
quelques centaines de membres dans 3 groupes locaux à
Columbia, Yale, et dans le Michigan
Les membres du SLID, au début de 1960, décidèrent de changer de nom. Le terme industriel n'aidait pas au recrutement sur les campus. Mais surtout, la raison première en était le besoin de se dissocier de la vieille direction de la LID. Le nom finalement choisi fut Students for a Democratic Society.
Les 5-7 mai 1960, le tout nouveau SDS tint une conférence à l'Université du Michigan. Cela aurait pu se passer comme une banale conférence, mais entre temps, 4 jeunes noirs avaient refusé de quitter le comptoir réservé au blancs dans une cafétaria de la grande surface Woolworth à Greensboro, Caroline du Nord
De nombreux dirigeants des mouvements pour les droits civiques assistaient à la conférence parmi lesquels Bayard Rustin et James Farmer du CORE et Herbert Hill du NAACP,. Etaient égalements présents des représentants du Student Nonviolent Coordinating Committee tout nouvellement créé ainsi que Michael Harrington de laYoung People's Socialist League, Bob Ross et Tom Hayden, alors éditeur du Michigan Daily.
L'évènement le plus marquant de la conférence fut une donation de 10 000 $ de la part de la United Automobile Workers Union de Detroit qui permit au SDS de rémunérer un secrétaire à plein temps, Robert Alan Haber.
Celui - ci avanca plusieurs propositions. D'abord que le SDS abandonne la formule de groupes locaux indépendants mais forme des alliances avec les groupes existant sur les différents campus, partis politiques étudiants, groupes pour la paix et les droits civiques. En second, que le rôle prioritaire du Sds serait de coordonner ces groupes en éditant des bulletins , en organisant des conférences et en aidant leurs dirigeants à rester en contact les uns avec les autres, leur fournissant le sentiment qu'ils faisaient partie d'un mouvement plus large. Troisièmement que le SDS s'implique dans des actions directes plutôt que de se limiter à un travail d'information. Enfin que le SDS abandonne le sectarisme qui avait caractérisé le LID et qu'il travaille avec tous les groupes désirant une transformation sociale. Le rôle du SDS serait de leur apporter la vision globale du système américain et leur montrer la relation entre tous les problèmes particuliers.
L'idée de Haber était d'agir à la racine des causes des conditions présentes.
La première convention du SDS se tint du 17 au 19 juin 1960. au Barbizon Plaza à New York.Haber fut élu président de l'organisation.
A l'automne 1960, de nombreuses organisations politiques étudiantes voient le jour où sont régénérées. Ainsi VOICE, à l'Université du Michigan, qui naît en grande partie sous la houlette de Tom Hayden, qui a passé l'été à Berkeley, s'imprégnant de l'expérience de SLATE. A Oberlin, Rennie Davis et Paul Potter organisent la Progressive Student League; à Chicago, Clark Kissinger POLIT; à Harvard, Todd Gitlin TOCSIN....
En même temps, les
relations
entre le LID et sa nouvelle organisation étudiante se
dégradent . Les dirigeants du LID reprochent le glissement
du
SDS vers une action ouvertement politique Le Comité
Exécutif
du LID décide d'exclure Haber lors d'une réunion
le 23
mars 1961, en lui souhaitant, de manière
prophétique
involontaire de "poursuivre dans son intérêt
enthousiaste pour le mouvement étudiant" Haber se
contente de quitter son bureau, continuant le travail depuis son
appartement, avant que d'être
réintégré
quelques semaines plus tard.
A la
rentrée universitaire, Tom
Hayden est employé comme secrétaire. A l'automne
1961,
le SDS compte 575 membres et 20 groupes locaux sur les campus.
La Déclaration de Port Huron : L'impossible réforme
Etrange document que cette Déclaration de Port Huron (1) qui sera l'acte officiel de la naissance des Students for a Democratic Society .
L'intérêt
majeur de la DPH était la tentative, aussi maladroite et
naïve
fut-elle, de lier les problèmes de la
société
américaine et de souligner la
nécessité d'une
transformation globale, radicale, de ses structures.
L'introduction
de la DPH souligne deux motifs principaux de ce qui est
décrit
comme un malaise de la jeunesse étudiante
Le premier est le climat de guerre froide et le risque de conflit nucléaire.
"Notre travail est guidé par le sentiment que nous pourrions être la dernière génération à profiter de la vie."
Le monde a appris, sans doute à tort, à vivre avec l'existence d'armes nucléaires assez nombreuses et puissantes pour détruire toute vie sur la planète. Le phénomène était assez nouveau au début des années soixante, et le souvenir d'Hiroshima et de Nagasaki assez vivace, pour que le risque d'un conflit nucléaire pèse sur la vie quotidienne.
Le 15 septembre 1961, LIFE publie un message du président Kennedy dans un numéro dont le titre de couverture est " Comment survivre à des retombées nucléaires". A l'intérieur, le mode d'emploi pour être "parmi les 97% de survivants, [sic] si vous suivez les recommandations contenues dans ces pages". Y figuraient les conseils pour construire un abri anti-atomique, où s'abriter dans les villes et que faire en cas d'attaque nucléaire.
Un message de votre président
La
Maison Blanche
Le 7
Septembre 1961
Mes chers compatriotes
Les
armes atomiques et la possibilité d'une guerre
nucléaire
sont des faits que nous ne pouvons ignorer
aujourd'hui.
Je ne crois pas que la guerre puisse résoudre les
problèmes
auxquels est confronté le monde aujourd'hui.
Mais la décision ne dépend pas que de nous
Le gouvernement prend les mesures pour améliorer la protection offerte par vos communautés par le biais de la défense civile. Nous avons commencé et nous continuerons l'année prochaine, le recensement de tous les bâtiments publics, offrant un abri potentiel contre les retombées, et la signalisation de ceux disposant d'un abri adéquat pour cinquante personnes ou plus. Nous construisons des abris dans dans les nouveaux bâtiments fédéraux ainsi que dans certains autres existant. Nous équipons ces abris avec des stocks de nourritures et de médicaments pour une semaine et des réserves d'eau pour deux semaines. En outre, j'ai recommandé au Congrès l'établissement de réserves de vivres dans des centres à travers le pays dont on pourrait avoir besoin après une attaque. Enfin, nous développons des systèmes d'alertes perfectionnés qui rendront possible la diffusion d'alertes sonores dans vos maisons même et sur vos lieux de travail.
Des mesures plus complètes sont prévues à l'avenir mais elles ne peuvent pas se concrétiser dans un futur immédiat. En attendant, il existe de multiples façons de vous protéger, et en même temps, renforcer votre pays.
Je vous demande urgement de lire et de considérer avec sérieux le contenu de ce numéro de LIFE. La sécurité de notre pays et la pays dans le monde sont les objectifs de notre politique. Mais en ces jours dangereux, alors que ces deux objectifs sont menacés , nous devons nous préparer à toutes les éventualités. La capacité de survie , alliée à la volonté de survivre, sont par conséquent essentielles pour notre pays.
John F. Kennedy
En octobre 1962 éclatera la "crise des missiles de Cuba. Bob Dylan enregistre en décembre de la même année A hard rain's a-gonna fall sur l'album The Freewheelin' Bob Dylan qui sortira le 27 mai 1963 aux Etats-Unis
Stanley Kubrick tourne Dr. Strangelove or: How I Learned to Stop Worrying and Love the Bomb . La première du film est prévue pour le 2 Novembre 1963, date de l'assassinat de John F. Kennedy et ne paraîtra qu'en janvier 1964 aux USA.
Le second motif de la désillusion des jeunes étudiants est "la lutte dans le Sud contre le racisme fanatique, [qui] a obligé la plupart d’entre nous à sortir du silence et à entrer dans le militantisme "
"Nous sommes persuadés de l’urgence alors que le message envoyé par notre société est qu’il n’existe pas d’alternative viable à la situation présente."
Aucune réthorique révolutionnaire dans ce document. Au contraire, il fait constamment appel ou référence aux valeurs affichées de la nation américaine :
"La Liberté et l’Egalité pour tous les individus, pour tous les gouvernements des peuples, par les peuples , et pour les peuples – ces valeurs américaines que nous trouvions bonnes, ces principes qui nous permettraient de vivre comme des hommes. Beaucoup d’entre nous sommes entrés satisfaits dans l’âge adulte."
Si l'on peut qualifier de "naïve" ou d"'idéaliste" cette déclaration, ce n'est pas tant dans son analyse et sa critique de la situation du monde et des Etats-Unis, que dans sa croyance en sa capacité de changement d'un système.
Cette transformation sociale devait se faire par une vaste, et vague, alliance avec les libéraux
"La Déclaration de Port Huron Statement appelait à une coalition des mouvements sociaux : des droits civiques, pacifistes, ouvriers, libéraux et étudiants . C'était une formulation originale pour l'époque, rompant avec le centralisme des organisations syndicales ou ouvrières qui avait été la règle à gauche depuis des décennies, et qui a causé de nouveau quelques grincements de dents chez nos ainés . La déclaration réaffirmait que le syndicalisme était vitale pour tout changement social tout en accusant le "mouvement" syndical d'être devenu “éculé.” (3)
en s'appuyant sur une stratégie électoraliste pour intégrer le parti démocrate "au sein d'un instrument progressiste".
1968 est souvent décrite comme le moment charnière de la décennie. Au début de 1965, tous les éléments d'une radicalisation du mouvement étaient probablement déjà en place.
La
"démocratie participative" , pour devenir effective,
devait être acceptée par les politiciens, et en
premier
lieu, les libéraux . L'utopie était
là. Une
transformation en profondeur, volontaire, du système
politique
américain. Par on sait quel processus, les élites
au
pouvoir abandonneraient celui-ci, touchées par une
grâce
mystérieuse, quasie mystique.
"Puis, juste avant la convention démocrate, le 2 août, les Etats-Unis montèrent de toute pièce une provocation dans le Golfe du Tonkin ...." (3)
Le 2 août 1964, le destroyer USS Maddox engage un combat naval avec trois navires nord-vietnamiens. Deux jours après, rejoint par le destroyer USS Turner Joy , il signale un second engagement avec la marine nord-vietnamienne. Cela se révèlera mensonger par la suite.
Suite à cet épisode, le Congrès américain vote la Résolution sur le Sud -Est Asiatique, plus connue sous le nom de Résolution du Golfe du Tonkin.
Cette résolution donne au président Lyndon B. Johnson toute autorité pour assister les pays du sud-est asiatique menacé dune "agression communiste", y compris par l'intervention directe de l'armée américaine sans déclaration de guerre.
Cela
servira de prétexte à l'escalade de
l'intervention militaire au Vietnam, en donnant à Johnson le
droit d'utiliser la force militaire sans en
référer au
Congrès
Le Mississippi Freedom Democrats Party - MFDP, a été créé en avril 1964 pour contester le droit de la délégation du Mississippi , composée entièrement de blancs, de représenter le Parti Démocrate lors de la convention nationale de Atlantic City . Les Freedom Democrats protestaient contre le fait que les représentants de l'état avaient été élus dans le cadre d'un processus d'élection, en violation des règles du parti et des lois fédérales
La délégation du MFDP, était conduite par Fannie Lou Hamer, une militante des droits civiques qui avait participé à l'organisation du Mississippi Freedom Summer avec le Student Nonviolent Coordinating Committee (SNCC), une ramasseuse de coton, qui ne savait pas lire. Sa demande d'être reconnue comme délégation officielle fut refusée par le parti, qui se contenta de proposer deux sièges au MFDP.
"Johnson complotait pour utiliser les libéraux en vue du parti , beaucoup d'entre eux étant des sympathisants du SDS naissant, pour saper le défi pour les droits civiques du Mississippi Freedom Democrats trois semaines après l'incident du Golfe du Tonkin.. Le travail fut confié à Hubert Humphrey, apparemment pour tester sa loyauté envers Johnson avant de lui offrir la vice-présidence . Il déclara à la délégation du Mississippi Freedom Democrats à son arrivée que le président “ne permettrait pas à une femmes illétrée [une dirigeante du MFDP, Fannie Lou Hamer] de prendre la parole devant la convention.” Pire, les militants furent trahis par une de leur précédente icône, Walter Reuther de la UAW, qui fut amené par jet privé pour étouffer la contestation. Il avait confié à Humphrey et à d'autres que “nous pouvons réduire l'opposition à une fraction microscopique de façon à ce qu'elle devienne totalement insignifiante" Des documents de la Maison Blanche montrent clairement que Johnson pensait que les Freedom Democrats pouvaient réussir si la question était soumise au vote de la convention. ....
Les Mississippi Freedom Democrats et les espoirs du début des années 60 furent une fois de plus écrasés, non pas cette fois par les matraques de la police sudiste mais par l'hypocrisie libérale " (3)
Les
militants noirs pour les droits civiques avaient
été
trahis au profit des politiciens blancs démocrates. Ils
s'étaient vu promettre le soutien des libéraux si
ils
agissaient en priorité pour l'inscription sur les listes
électorales plutôt qu'à travers les
manifestations. John Lewis, président du SNCC
Selon moi, cela a été le moment charnière du mouvement pour les droits civiques. J'en suis absolument convaincu. Jusqu'alors, malgré tous les revers, les désillusions et les obstacles que nous avions rencontré toutes ces années, nous pensions encore que le système fonctionnerait, qu'il entendrait, qu'il répondrait. A ce moment, pour la première fois, nous étions au coeur même du système. Nous avions respecté les règles, fais tout ce que nous étions supposés faire, nous avions joué le jeu exactement comme on nous l'avait demandé, nous étions arrivés sur le seuil et on nous a claqué la porte à la figure " (4)
Deux ans plus tard Stokeley Carmichael élu à la tête du SNCC lancera le slogan du Black Power et évincera tous les militants blancs de l'organisation
"L' importance de ces moments charnières du milieu des années 1960, cependant, est ignorée par la plupart des historiens qui s'intéressent à l'époque et qui ont tendance à blâmer le SDS pour avoir "choisi" de devenir plus radical, sectaire, dogmatique et violent, comme si il n'existait aucun contexte autour de l'évolution de notre comportement....
Mais revenons en 1962. Bien que de connotation très libérale, cette déclaration paraît encore trop extrémiste pour la direction du LID, relançant la polémique entre l'organisation mère et sa branche étudiante. Au centre du débat l'autonomie du SDS par rapport à l'organisation mère et l'anti-communisme.
L'ERAP et le culte du ghetto.
La convention annuel de 1963 se tint du 14 au 17 juin à Camp Gulliver, près de Pine Hill, New York.
Dick Flacks, avaec l'aide active de Haber, Hayden, et quelques autres, avait préparé un document intitulé America and the New Era. Il tranchait avec la Déclaration de Port Huron car il n'abordait pour ainsi pas les questions de politiques étrangères et seulement accessoirement la question de la guerre froide pour se concentrer sur les questions économiques et politiques américaines.
Il s'en dégageait néanmoins deux perceptions nouvelles :
La première était que l'Amérique était entrée en crise et que de nouvelles forces considérables étaient à l'oeuvre, "qu'une nouvelle ére s'ouvre à nous et que les catégories simplistes et les grandes conceptions de la guerre froide ne servent plus.."
La seconde, que se développait , à partir de ce sentiment, de nouvelles formes de mécontentement et "d'insurrection".:
Il émerge, semble-t'il, un certain de nombre de gens dont les pensées et les actions se radicalisent de plus en plus, en même temps qu'ils perçoivent les évènements de la nouvelle ère. Qui plus est, la conscience radicale de ces individus est certainement représentative d'un courant plus vaste d'un sentiment d'urgence et d'insatisfaction qui existe dans les communautés dont ils sont issus. La détermination militante des noirs dans le Nord et le Sud, l'insistance et le dévouement des partisans de la paix dans les classes moyennes, l'anxiété croissante des ouvriers de l'industrie, la propagation du sentiment d'aliénation des étudiants — ce type d'évolution et de mécontentement dans la population a fait naitre une nouvelle stimulation au développement de la pensée radicale et a conduit à la recherche de nouvelles formes de politique insurrectionnelle" (5)
La convention établit également le principe de rotation au niveau de la présidence et des instances dirigeantes du SDS pour assurer une réelle démocratie participative
Les nouveaux insurgés sont les générateurs actifs d'une large variété d'activités politiques dans les quartiers et les communautés où ils habitent. Leurs actions incluent : l'action directe de masse et des campagnes d'inscription sur les listes électorales parmi les noirs, des mouvements pour la réforme politique dirigé contre la machine démocrate grippée, des actions politiques pour la paix, des classes dirigées et autres tentatives au sein de la communauté pour atteindre la jeunesse défavorisée, des groupes de discussion, des revues et une recherche destinées à l'analyse et à la description des conditions politiques et économiques locales. Les efforts pour initier un mouvement de contestation dans des zones touchées par la crise et les quartiers urbains pauvres, pour organiser les ouvriers non syndiqués, pour orienter les clubs politiques réformistes et les candidats aux élections vers des programmes concernant directement la pauvreté urbaine et pour impliquer directement les habitants de ces quartiers défavorisés dans ces efforts politiques.....
Un effort concerté pour abolir la pauvreté , le chomage et l'inégalité raciale sera un prélude à l'effort pour faire vivre la démocratie participative (5)
Le Economic Research and Action Project, ERAP, fut officiellement lancé en septembre 1963
Des milliers d'étudiants délaissèrent les salles de cours pour s'impliquer "sur le terrain" , les plus extrémistes d'entre eux, parmi lesquels Tom Hayden, avancèrent même l'idée que le SDS devait se dissoudre dans l'ERAP.
Alan Haber ne partageait pas cette vision. Si le projet avait une raison d'être, cela devait être sous la forme de recherches et de publications théoriques. Les étudiants devaient s'impliquer comme étudiants et éviter le "culte du ghetto". Dans le bulletin du SDS de mars-avril 1964, Haber écrit
Je critique vivement la substance d'un tel travail communautaire parce qu'elle s'effectue sans orientation radicale, sans objectifs clairs, sans différenciation nette avec les réformes libérales Et je critique son rôle organisationnel parce qu'il nous détourne des priorités les plus importantes, ignore notre rôle d'organisation étudiante, et quil est devenu la base d'un anti intellectualisme fâcheux au sein de SDS . ...Le culte du ghetto a détourné le SDS de sa tâche première et la plus difficile d'éduquer les radicaux .(5)
Le SDS connait alors ses premières dissensions, rompant avec le consensus de la DPH.
Au moment de la convention annuelle du 11 au 14 juillet 1964 qui a de nouveau lieu à Camp Gulliver, trois tendances s'affrontent . les partisans d'ERAP, ceux d'une action réformiste et électoraliste et ceux d'un retour à l'action sur les campus.Ces trois tendances furent rejetées dans la plus pure tradition du SDS . Personne n'a a dire ce que vous avez à faire ...
ERAP se poursuivra encore une année, jusqu'à l'été 1965, où le projet se révèlera clairement un échec. Il ne survivra que sporadiquement à travers quelques initiatives locales. Le "peuple" était plus difficile à organiser que ne l'avaient pensé ses partisans. De toute évidence, ils ne pouvaient pas être les "agents du changement"
Première édition mai 2009
