Stand Up All Diggers !


A Alice qui a toujours un coup d'avance




Notes :


(1) Peter Coyote Free Fall Chronicles

(2)
Berkeley Barb, Delving The Diggers 21 Oct.1966, p. 3 Traduction

(3) Peter Coyote The Free-Fall Chronicles:Elsa's Story
 


(4) Hunter Tompson  The Hippies

(5) L’original provient de Arthur Magazine où Jay Babcock a entrepris de mettre en ligne des documents diggers ou de la Communication Company non détaillé sur le site digger d’Eric Noble


(6) Peter Coyote
Interview par Etan Ben-Ami
Mill Valley, Californie 12 Janvier 1989


(7)
Le DVD du documentaire Les Diggers de San Francisco d¹Alice Gaillard et Céline Deransart est vendu avec le livre d’Alice Gaillard LES DIGGERS Révolution et contre-culture à San Francisco (1966-1968) Ed. L'échappée Collection Dans le feu de l'action Distribution : Librairie Quilombo

(8) L'histoire des deux communautés collectée par Ramon Sender et des extraits traduits sur Freakence Sixties.


(9) Ron Thelin et la Red House





Voir sur Freakence Sixties le chapitre consacré aux Diggers









Ecrire au sujet d’une légende n’est pas chose aisée.

Lors d’un échange au sujet d’Emmett Grogan, Eric Noble, l’archiviste digger m’avertissait "Souviens-toi seulement que quiconque qui a vécu cette période a sa propre histoire à raconter. Certains d'entre nous peuvent le faire avec plus de lustre que d'autres, c'est tout "

Eileen surenchérissait "...Il n'y a pas une vérité ..ha excepté la mienne ! Je suppose que cela dépend de qui raconte l'histoire. Il n'est pas possible qu'une seule personne la raconte dans son entier et encore moins qu'une autre soit d'accord. C'était comme vivre dans un cercle à trois circonférences presque tous les jours".

Cela est vrai pour l’histoire des années soixante, myriades d’histoires de petits collectifs et millions d’histoires individuelles. Cela est particulièrement vrai en ce qui concerne les Diggers.

"Il y eut autant de variétés de vies Digger qu’il y eut de Diggers" avertit Peter Coyote

"Qui sont les Diggers?"
"Je ne sais pas. Je ne suis pas une Digger. Es-tu un Digger?"
Je lui ai demandé à qui était la nourriture Il a dit que c’était gratuit.
"Oui, mais qui l’a donné ? A qui elle est ?"
"C’est gratuit parce que c’est à toi," a été la réponse.
..." En ce qui concerne l’identité et l’endroit où vivent les DIGGERS: Nous sommes heureux de vous informer que les DIGGERS ne sont pas cela." (2)

Quarante ans après, les Diggers suscitent encore des réactions épidermiques. Ils sont dérangeants, collectivement et individuellement, suscitant des sentiments mitigés, si l’on excepte les admirateurs béats et les opposants farouches. Les légendes doivent être parfaites, les héros sans failles.

Peter Coyote souligne la "confraternité entre l’idéalisme et l’égoïsme qui caractérisait beaucoup d’activités des Diggers" (3)

Ils n’étaient pas des "prêtres ouvriers" ni des "assistants sociaux" Une bonne définition des Diggers a été formulée par Hunter Tompson "Les Diggers sont jeunes et agressivement pragmatiques"(4)

Leur pragmatisme s’est affirmé à différente reprise, nottamment lors du Summer Of Love de l’été 1967. Les Diggers s’opposèrent avec virulence à cette idée. Mais faute de pouvoir empêcher quoi que ce soit, ils sont en première ligne pour préparer "l’invasion hippie".

Au début de l’année 1967, vraisemblablement février ou mars, est distribué le tract suivant :(5)

"Les Diggers déclarent simplement : Leur intention en tant que groupe est de créer et de gérer

1) Un service de restauration pour fournir de la nourriture gratuite
2) des fermes comme lieu de production et d’habitation
3) des hôtels pour dormir entre les murs de la ville
4) un garage pour réparer les véhicules en panne
5) des équipes d’assemblage de tentes pour coudre les surplus de tissus et confectionner des tepees pour ceux qui souhaitent s’installer à Tamalpais ou ailleurs
6) le Trip Without A Ticket sera un théâtre total et offrira la boutique comme une forme d’art social.

Les jeunes d’Amérique sont en route pour Haight, entre 50 et 200 000 d’entre eux vont croiser notre communauté et entrer dans nos vies. Notre communauté est ce qui se passe et la publicité nationale donnée à notre quartier drainera les multitudes. Dans les trois mois qui viennent, les Diggers veulent que les 6 actions ci-dessus soient des rituels opérationnels.
Et donc nous avons besoin de matériel, de nourriture, d’outils, de talents, d’espace et d’argent pour les loyers.
Nous avons besoin de coordonner nos énergies. Pour ceux intéressés à donner du temps, des marchandises, de l’argent, des espaces contactez s’il vous plaît

LES DIGGERS c/o John HUGUES 1333 Massonic
Tel : 431 – 1655
qui coordonnera toutes nos actions.

THE DIGGERS 

Imprimé par la Communication Co
(UPS)

"les Diggers font en sorte de créer les conditions qu’ils décrivent. Et les conditions que nous décrivions étaient : l’éternité, c’est maintenant, si tu as un rêve, assumes-en la responsabilité et réalise-le, construit ou sensibilise une société autour de lui. Et si c’est bien, les gens se joindront à toi."(6)

Leur objectif, qui s’affinera durant leur courte existence et qui sera formulée par leur seconde appellation "Collectif Ville Libre et Gratuite", est l’organisation d’enclaves autonomes. L’accès gratuit aux biens et aux services ne peut être comparé à la notion de "charité" religieuse ni au Resto du Coeur, sa version laïque. La distribution gratuite de nourriture est de vêtement n’est que l’application de la loi Digger "C’est gratuit parce que c’est à toi"

Dans le film d’Alice Gaillard et de Céline Deransart Les Diggers de San Francisco (7), Ronald Davis, le fondateur de la San Fransisco Mime Troupe, dont les effectifs furent mis à mal par la désertion des Diggers originels, vécue comme une trahison se plaint "Où étaient les Diggers lorsque nous avions besoin d’eux ? " Davis parle du chaos qui suivit le Summer Of Love et la décadence de l’idée communautaire que provoqua l’afflux de nouveaux arrivants.

Peter Coyote lui répond indirectement

"Les Diggers n’étaient pas très bons pour instituer quoi que ce soit. Les choses étaient basées sur ce que vous ressentiez avoir envie de faire. Après que tu te sois occupé de nourriture pendant un temps et que cela devienne une corvée…Ce n’est pas comme si tu le faisais parce que tu t’étais senti désolé pour des pauvres gens ou quelque chose comme cela. C’était un défi: pouvais-tu nourrir 1 500 ou 500 personnes ? Quand tu as fait cela pendant un temps, tu dois arrêter, et d’autres prennent le relais. "

Les Diggers sont souvent réduits à la partie San Fransiscaine de leur histoire et réduits à leur philosophie de gratuité. En réalité, l’histoire Digger englobe des réalités et des territoires plus vastes, au sein d’un réseau informel mais réel qu’est la "Famille Libre", dont le point de départ a été des appartements communautaires à San Fransisco mais qui s’est répandue en Californie à travers des communautés comme Morning Star et le Wheeler Ranch (8), Black Bear Ranch (9), Olema, la Red House (10) de Ron Thelin ...pour ne citer que les plus connues et la descendance la plus directe. Ces lieux étaient des points de chute, des lieux de passage, pour certains, des lieux d’habitation permanents pour d’autres.

"La Famille Libre" comprend les Diggers originels des premières heures de Haight et des compagnes et compagnons de route, d’un temps ou de toujours, venus se greffer au noyau dur.

Et chacun avec sa propre histoire à raconter ....

A suivre.

Première édition août 2009


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