
Ce n'est pas Mickey....
Tout est cool sur la route du Canada jusqu’à
la frontière. Un douanier me fait entrer dans une petite pièce
et me tends un formulaire de cinq pages
“Prenez-vous des
drogues?” me demande-t’il sérieusement.
“Ouais,”
je réponds.
“Lesquelles?”
“Coca Cola.”
“j’ai
dit des DROGUES! ”, il crie.
“Coca Cola est plus dangereux
que la marijuana,” je réponds. “Ca baise le corps et c’est
accoutumant.”
“Avez-vous milité pour le renversement
du gouvernement canadien?” il demande.
“Non, pas avant d'être
entré au Canada.”
Jerry Rubin - A Yippie Manifesto

Lire aussi sur ce
site
Chicago
1968
Abbie
Hoffman
Un manifeste yippie Jerry Rubin
Quelques liens :
Steal This Book
- Abbie Hoffman – Edition en ligne
http://www.tenant.net/Community/steal/
steal.html
Intervention
de Abbie Hoffman (1968)
http://www.hippy.com/php/article-100.html
Steal This Dream - Larry Sloman - Extraits du livre en ligne
http://www.randomhouse.com/boldtype/0798
/sloman/excerpt.html
Le site du yippie Stew
Albert
http://members.aol.com/stewa/stew.html
Jerry Rubin ou comment être
Yippie….
http://www.mc.cc.md.us/Departments/
hpolscrv/yippiemanifesto.html
Les 10 premiers n° du
Youth International Party
Line
http://flag.blackened.net/daver/misc/yipl/yipl1.html
Le Youth International Party et ses membres, les Yippies, sont nés le soir du réveillon du Nouvel An 1968 dans le loft d’Abbie Hoffman à Lower East Side. Etaient présents Jerry Rubins, Ed Sanders, Anita Hoffman Paul Krassner, ce dernier revendiquant la paternité du terme.
Les Yippies
n’avaient pas d’adhérents et de
hiérarchie
formels. Les membres fondateurs furent rejoints par d’autres
militants tels que Stewart Alpert, Dick Gregory, Jim Fouratt et bien
d’autres.
Dans un entretien avec Cohn-Bendit en mars 1985 à
New-York, Abbie revient sur les objectifs des Yippies :
“Autrefois, nous avions les cheveux longs, les
vêtements
hippies, les pieds nus, on fumait de la dope, on écoutait du
rock, on disait merde à la société.
C’était
très clair pour tout le monde, et la
société
réagissait brutalement en envoyant ses flics pour nous
empêcher de vivre de cette manière.
C’était le
mouvement Hippie, qui n’était absolument pas
politique. Les
hippies ne prétendaient pas modifier l’ordre
politique dans
le pays, ils demandaient simplement qu’on leur foute la paix.
Nous,
nous avons voulu changer cela. Nous avons créé le
mouvement Yippie, pour politiser le mouvement contestataire."
(1)
Leur modèle: Les Diggers de San Fransisco. Durant
l’année 1967, quelques futurs membres du Youth
International
Party se firent connaître sous le nom de branche digger de la
côte Est. Leurs premières actions
s’inspiraient
directement – et reproduisaient parfois – des
actions menées
sur la côtes Ouest.
“En plus d’adapter librement des scénarios écrits pour l’essentiel par leurs homologues de Haight-Ashbury, les Diggers de New York en improvisaient de temps en temps quelques-uns de leur propre composition. Mais, comme exemples de leurs premières actions, ils commencèrent par distribuer de la nourriture gratuite aux hippies dans Tompkins Square Park, organisèrent une "Communications Company" pour distribuer gratuitement des tracts polycopiés reproduisant souvent les Digger Papers, et ouvrirent même une boutique gratuite. Ils empruntèrent la technique du "milling-in" du théâtre guérilla des Diggers de San Francisco le "Jeu de l’Intersection " par exemple) comme il avait été improvisé la nuit de Halloween 1966 en réponse à la congestion du trafic des véhicules dans Haight Street. Le premier samedi soir d’août 1967, Jim Fouratt et d’autres Diggers New Yorkais appelèrent les hippies à bloquer la circulation sur la St. Mark's Place entre la Deuxième et Troisième Avenues. Leur objectif était de convaincre la Municipalité de transformer ce bloc, le cœur de la communauté hip du Lower East Side, en plateau piétonnier. Ils portaient des pancartes, répliques des panneaux de signalisation, si bien qu’au lieu des protestations habituelles on pouvait y lire "Stop," "Priorité," et "Stationnement Interdit." Une foule de hippies présentaient leurs revendications à la rue de manières toutes aussi inventives, certains d’entre eux par le biais d’une expression d’exubérance mystique en chantant et dansant le " Hare Krishna hora." La police était présente en force, mais ne fit rien pour arrêter la manifestation du fait d’un accord préalable passé avec Fouratt. Rassurer les craintes de la police vait néanmoins un coût. Fouratt avait dû s’engager à ce que la manifestation soit courte —pas plus de quinze minutes
Plus tard dans le mois, les Diggers de New York créèrent leur spectacle le plus mémorable qui représentait une cassure décisive avec la pratique du théâtre guérilla du groupe de San Francisco group. Il fut organisé et exécuté par Hoffman, Fouratt, et plusieurs autres y compris Jerry Rubin,qui était juste revenu de Berkeley quelques jours auparavant. Le groupe organisa une visite du New York Stock Exchange sous les auspices de ESSO (la East Side Service Organization, une agence de services hip; le fait que cet acronyme soit plus connu comme le nom d’une compagnie géante pétrolière les a probablement aider à entrer dans la Bourse). Une fois accompagnés dans la galerie des visiteurs surplombant la salle des marchés, ils sortirent des poignées de billets de banque et les jetèrent du balcon sur le sol au-dessous. Toutes les transactions s’arrêtèrent lorsque les employés abandonnèrent spontanément leur comportement frénétique habituel pour une réaction de folie atavique, se bousculant à quatre pattes pour attraper ce qu’ils pouvaient de cette pluie de billets. Puis ils commencèrent à insulter les Diggers, peut-être en partie parce que cette interruption leur avait fait prendre conscience de la mince frontière entre la cupidité et les intérêts dans le cœur de la finance du capitalisme. " (2)
En septembre 1967, les Diggers de la côte Est mettent sur pied une autre manifestation innovante qu’ils dénomment "Black Flower Day" – le jour de la fleur noire – au Consolidated Edison building sur Irving Place à New-York. A l’entrée du bâtiment, ils disposent sur le sol un tapis de narcisses peints à l’encre noire et en offrent aux passants. Une grande banderole est déployée sur la façade, sur laquelle on peut lire "Respirer est mauvais pour votre santé. " Ils jettent en l’air de la suie en dansant sur le trottoir, l’un d’entre eux habillé en clown. A l’arrivée de la police, ils jettent quelques bombes fumigènes et se dispersent par les rues avoisinantes.
Comme le fait remarquer Michael William Doyle (3) " En attirant l’attention sur les effets de la pollution sur l’environnement naturel et urbain, ils adaptent habilement la technique du théâtre guérilla pour élaborer une critique écologiste avant qu’elle ne devienne une cause populaire"
Les Yippies s’inspirent donc du théâtre guérilla. Mais un théâtre médiatisé. La révolution se ferait devant, et peut-être surtout via les caméras des chaînes TV d’informations.
Alors que les Diggers mettaient l’accent sur la nécessité de gommer les distinctions entre l’art et la vie, l’acteur et le spectateur, la " version yippie du théâtre guérilla, que Hoffman appelait le "media-freaking," était de commettre des actes absurdes, gratuits, soigneusement élaborés pour obtenir un maximum de publicité.. Comme Hoffman l’a expliqué, "Le truc pour manipuler les médias c’est d’arriver à leur faire faire de la pub pour un évènement avant qu’il n’arrive.... En d’autres termes, ... arriver à leur faire faire la pub pour la... révolution—de la même façon qu’il ferait de la pub pour un savon." (4)
Cette interprétation et l’appropriation du nom ne plaît pas aux Diggers de San Fransisco. Le désaccord se focalise sur Abbie Hoffman et Jerry Rubin, accusés de cultiver leur image de leaders et de porte -paroles de la contre culture. Sur la côte Ouest, on se dissocie publiquement des actions des homologues de la Côte Est.
D’où vraisemblablement la nécessité de se créer une identité propre et ainsi naquirent les Yippies. En même temps, leur audience jusqu’alors limitée à la côte est allait devenir nationale.
Le clash allait se produire malgré le changement de nom.
"A l’été 1968, cette tension entre Diggers et Yippies fait place à un conflit irréconciliable entre les deux principales tendances du militantisme contre culturel. La vision teintée d’utopie du Festival de la Vie Yippie avaient ses racines, en partie du moins, dans le projet de Free City des Diggers. " (5)
En tout cas, le modèle était clairement, pour Jerry Rubin du moins, la communauté Hip de San Fransisco
En
février 1968, Rubin écrit à Allen
Cohen,
éditeur du journal underground San Francisco Oracle
qu’
"il voulait recréer les communautés des Human
Be-In de Haight-Ashbury à travers ce qui serait
bientôt
désigné sous le nom de Festival of Life:
" [Notre] idée est de créer une alternative culturelle vivante à la Convention. Cela pourrait être le plus grand rassemblement de jeunes jamais vu: au centre du pays à la fin de l’été. ... Nous voulons que tous les groupes rock, tous les journaux de l’ underground, tous les esprits libres, toutes les troupes de théâtre—toutes les énergies qui ont contribué à la nouvelle culture de la jeunesse—toutes les tribus— viennent à Chicago et pendant six jours, nous vivrons ensemble dans le parc, en apprenant, en partageant de la nourriture, de la musique gratuitement, une régénération de l’esprit et d’énergie. Dans un sens, c’est comme recréer un esprit San Fransisco-Berkeley pendant un court moment dans le Midwest ... et de cette façon rompre l’isolement des gens et répandre la révolution. ... la Convention nous offre en même temps une scène, une plate-forme une opportunité de faire notre truc, de dépasser la simple contestation pour la transformer en alternative culturelle créative " (6)
Rubin précise le projet en lui donnant sa dimension médiatique, inséparable d’une action yippie, dans une interview au Chicago Seed:
"A Chicago, en août, toutes les médias du monde seront là I...,et nous allons en être le centre, tout ce que l’on fera va être envoyé dans les salons de l’Union Soviétique à l’Inde en passant par chaque petite ville d’Amérique. C’est une vraie opportunité pour dévoiler les deux Amériques. ... En même temps, nous nous confrontons à eux, nous offrons notre alternative et ce n’est pas seulement une alternative politique étriquée, c’est une alternative de mode de vie " (7)
Les Yippies – Jerry Rubin et Abbie Hoffman en particulier - ont-ils manipulé les foules, sachant pertinemment, - souhaitant – qu’il y ait confrontation violente entre manifestants et forces de l’ordre?
Pour les Diggers cela ne fait aucun doute:
"Les relations entre nous se sont détériorées après la débâcle de la Convention Démocrate de Chicago. Abbie et le groupe qui sera connu plus tard sous de nom des Sept de Chicago invitaient les gosses de tout le pays à une manifestation de masse pour protester contre la politique de Parti Démocrate . Les tracts la présentant mentionnaient des divertissements, des lieux de campement et des équipements que les organisateurs savaient inexistant. Cependant, ils étaient sûrs que la création d’un évènement médiatique qui “éveillerait la conscience” étaient d’une importance vitale et devait se dérouler par tous les moyens nécessaires (Où avons-nous déjà entendu cela? ) (8) Les Diggers étaient furieux et déçus… Nous avions l’impression que Abbie et compagnie mettaient en avant leurs ambitions politiques au détriment des crânes cassés et des reins brisés des "masses"anonymes, qu’ils avaient rassemblées et utilisés dans leurs filets hip à la manière politique courante, aussi manipulatrice que la gestion médiatique de la guerre par le gouvernement et nous voulions ne rien avoir à faire avec cela. Nous rejetions l’argument que de tels évènements médiatiques puissent modifier la "conscience du pays", une assertion sans aucun sens, sans preuve et souvent répétée, et nous demandions à la place que les jeunes soit éduqués pour travailler au sein de leurs propres communautés, qu’on leur apprennent à rechercher dans les documents des impôts et les registres pour trouver les propriétaires des immeubles des bas quartiers et de concevoir des aménagements. Ils avaient besoin d’apprendre à utiliser les outils d’une bibliothèque et des institutions locales, d’organiser et de provoquer le changement dans leurs propres communautés où ils n’étaient pas des étrangers et ne pouvaient pas être traités comme des victimes anonymes. Le problème avec nos propositions, c’était que personne ne pouvait en tirer profit pour devenir le leader de telles activités décentralisées et qu’elles étaient par conséquent inutiles pour ceux qui couvaient de grandes ambitions en vue d’une notoriété personnelle.
Je
n’ai jamais découvert si
c’était vrai ou non,
mais un soir Abbie m’a confié qu’ils
avaient préparé
un enregistrement prêt à être
diffusé du
toit du quartier général du Parti
démocrate. Le
plan était d’annoncer à la foule
qu’il était
détenu prisonnier à
l’intérieur et à
l’inciter à prendre d’assaut le
bâtiment. On peut
imaginer le carnage qui en aurait résulté si cela
s’était déroulé. " (9)
Autre point qui sépare les Yippies des Diggers: La volonté des premiers d’attirer une jeunesse curieuse, comme le dit Michael William Doyle "en prêchant auprès des non-convertis une révolution contre culturelle qui ne resterait pas confinée aux ghettos psychédéliques. " (10) et de fédérer le mouvement contre culturel et contestataire.
Chicago et le
procès qui s’ensuivra sera le point
d’orgue
de l’histoire Yippie.
Ensuite, les temps changeront .
Les Yippies emprunteront des voies séparées,
parfois
opposés. Jerry Rubin deviendra Yuppie. Abbie Hoffman entrera
quelques années dans la clandestinité.
Quelques
fidèles essaieront – et essaient toujours
– de maintenir
la flamme en vie.
(1) Dany Cohn-Bendit Nous l’avons tant aimé la révolution - Ed du Seuil 1986 p20
(2) Michael William Doyle Staging the Revolution: Guerrilla Theater as a Countercultural Practice, 1965-1968 http://www.diggers.org/N_31
(3) Michael William Doyle Ibid
(4) Michael William Doyle Ibid
(5) Michael William Doyle Ibid
(6) Cité par Michael William Doyle Ibid d’après les SFPL Archives, San Francisco Hippies collection, box 1, folder: "S.F. Hippies. Letters. Jerry Rubin to Allen Cohen."
(7)
Cité par Michael William Doyle (ibid)
d’après
une interview de Jerry Rubin par Abe Peck parue dans Chicago Seed,
vol. 2, no. 3 (1-15 mars 1968). Peck acceptera de faire partie de
l’équipe
Première
édition
: mars 2005
Mise à jour :
Novembre
2006