Université de Chicago 1969. Les bureaux administratifs sont occupés par quelques centaines d'étudiants. L'occupation durera une quinzaine de jours, pour protester contre le non renouvellement du contrat de Marlene Dixon, professeur assistant de sociologie, présentée par le Chicago Tribune "comme une radicale d'extrême gauche". Un autre journal titre : "UN PROF TRAITE LE SIT-IN DE 'PARANOIA DE MASSE". Le professeur en question s'appelle Bruno Bettelheim qui dans l'article met en cause Richard Flacks, professeur assistant en sociologie, directeur du Youth and Social Change Project et un des fondateurs des Students for a Democratic Society.
William Braden propose aux deux hommes, qui acceptent, de continuer le débat à travers deux interviews séparées.
En voici des extraits

Source : William Braden The Age Of Aquarius Technology And The Cultural Revolution Columbia University Press 1970


Q. Dr. Bettelheim, vous avez décrit des manifestants participants à des sits-in comme paranoïaques et dit de certains d'entre eux qu'ils agissaient comme des sections d'assaut (stormtroopers) Un certain nombre de personnes, parmi lesquelles Richard Flacks, vous ont accusé de psychologiser un problème social ou politique.
A. D'abord, je voudrais dire que je suis d'accord avec Mr. Flacks pour dire qu'il s'agit en très grande partie d'un mouvement politique. C'est un mouvement où quelques dirigeants ont décidé qu'en ce moment l'université est un point d'appui - ou quelque soit le nom que vous voulez lui donner - un levier - qui peut être utilisé de façon révolutionnaire pour changer de manière radicale la société actuelle. Et je pense que c'est un élément qui ne peut pas être négligé.
J'ai reçu en réponse de ce qui a été écrit dans le journal une longue lettre d'un étudiant d'une autre université dans l'Est, dont je citerai seulement ce passage :"J'espère que vous admettrez que quelques dissidents étudiants ne font pas que jouer mais, ayant compris de manière rationnelle combien la société américaine dans sa forme actuelle est destructrice de l'humanité, ils sont devenus des révolutionnaires - (souligné) - dans la noble tradition qui s'étend de Spartacus à Patrick Henry, de Jose Marti à Lénine jusqu'à Che Guevara et autres - tous dédiés à la seule vision d 'établir une société dans laquelle cela vaudra la peine de vivre.." Fin de citation.
Bien, voyons la société que Lénine a établi. Je pense que personne ne peut mettre en doute l'idéalisme de Lénine. Mais je pense que si je disais maintenant que Staline était un paranoïaque, on me croirait. Quand il est arrivé au pouvoir, j'étais très calomnié par la gauche. Je pense que l'intérêt de chacun envers ce mouvement - y compris le mien et celui du professeur Flacks - est conditionné par son éducation, son enfance, et ses propres expériences de vie et ce qu'il en a fait. J'ai vécu en Autriche et en Allemagne durant l'époque nazie. Et n'oubliez jamais que beaucoup de nazis, particulièrement parmi lesquels les étudiants qui en furent les premiers partisans , étaient motivés par ce qu'ils auraient considéré comme des raisons idéalistes. Ils ressentaient que l'Allemagne d'alors était - comme ce jeune homme l'a dit - destructrice d'humanité.

Q. Le jeune homme a oublié quelques révolutionnaires ?
A. Oui. Hitler, ou Napoléon— ou je dirais plutôt St. Just, parce que ces étudaints ressemblent davantage à St. Just durant la Révolution Française; Ils essaient comme lui d'établir une nouvelle religion de la rationalité— et ils tuent des millions de gens en son nom. J'ai dit que Hitler était un paranoïaque, ainsi que beaucoup de ses partisans. J'ai été critiqué alors pour avoir psychologisé la politique. Et je vois arriver la même chose ici..
Il est beaucoup trop tôt pour dire si cela va se calmer, si nous seront tous très heureux, si cela débouchera sur un fascisme de gauche, comme Lénine et Staline, ou à un fascisme de droite, comme Hitler. Parce que dans les premiers temps, lorsque les nazis occupèrent les universités, les communistes essayaient d'en faire de même. Pendant un moment, l'issue de la lutte fut incertaine quant au vainqueur —les fascistes de gauche ou les fascistes de droite.

Q. Psychologiquement le même animal?
A. Très semblable.Et c'est pour cela que beaucoup de nazis maintenant occupent des postes élevés dans le gouvernement Est-Allemand.
Regardons les choses. Dans chaque société créée par l'homme, de nombreuses choses sont mauvaises. C'est très facile de les voir, et c'est le privilège de la jeunesse que voir uniquement ce qui ne va pas. Il incombe à la responsabilité des personnes adultes de demander par quoi on peut les remplacer dont nous sommes raisonnablement sûr qu'elles apporteront un mieux.
Je ne souhaite pas parler du groupe qui occupe actuellement les locaux administratifs. Je ne sais même pas qui ils sont. Mais j'ai travaillé, en tant que psychanalyste, avec plusieurs de ces militants extrémistes étudiants. Je les ai étudié intimement pendant plusieurs années et donc, par conséquent, je sais ce qui les motive. J'ai pris cette position - celle psychologisante - bien avant ce qui s 'est passé ici.


Q. Quelle est la psychologie des militants ?
A. D'abord, la haine pour eux-même.Et ils sont tellement incapables de faire leur chemin dans ce monde qu'ils pensent que la seule manière d'y parvenir est de le détruire, afin que les soins accordés au monde extérieur soient comparables à ceux apportés au monde intérieur.


Q. Une identité négative ?
A. C'est juste. Pour moi, voyez-vous,en tant que psychanalyste, leur comportement est une manoeuvre extrême de défense pour éviter une rupture complète, totale avec la réalité. Si je ne peux pas m'accomoder de la réalité telle qu'elle est, soit je me transforme moi-même - tâche difficile - soit je change la réalité à mon image. Ce qui est exactement ce qu'essaie de faire un paranoïaque, qu'on l'appelle Hitler ou d'un tout autre nom.

Q. Vous êtes donc d'accord avec Eric Hoffer, selon lequel le vrai croyant est une personne avec un sentiment d'insécurité essayant de se fondre dans un mouvement de masse?
A. C'est juste Je pense que c'est une formulation qui en vaut une autre. Cela dépend si vous regarder de l'intérieur vers l'extérieur ou l'inverse. Maintenant je voudrais dire quelque chose - je dois être prudent. Certains de mes collègues ont défini l'adolescence comme un état de folie temporaire, et il y a seulement un peu de vrai dans cette formulation. Je ne l'appellerai pas ainsi. Mais à différents moments de notre vie, nous entreprenons certains développements qui menacent notre identité, qui menacent notre emprise sur la réalité et nous rendent extrêmement vulnérables à l'influence d'idées paranoïaques. Ces tentations sont très fortes car elles sont toujours des solutions faciles, un choix entre le noir et le blanc. Et vous savez qu'à certains moments, nous avons besoin de sentir que nous sommes du côté des anges, ce qui est très confortable. Mais élargissons la perspective.
Ce sont combien d'étudiants ? Peut-être 200 ou 250 sur un total de 8 400 ? Alors je pense qu'on ne devrait pas les surestimer. Ce qui m'effraie, c'est que la société adulte prennent ce qu'ils disent au sérieux. Que des garçons soient des garçons et qu'ils fassent des fredaines , nous pourrions le prendre avec sérénité. Mais nous ne devrions pas leur permettre de causer des dommages irrémédiables; nous ne devrions pas leur permettre d'empêcher un travail sérieux de s'effectuer. A part cela, laissons les garçons être des garçons
Je pense que si une vaste majorité d'étudiants disent que cette université, tout en remplissant un certain nombres de leurs besoins, leur est très inconfortable, je pense qu'ils ont raison. Si ils disent que l'éducation supérieure a besoin de réformes radicales, je les crois. Je pense qu'il est contre nature de garder sous dépendance une jeune personne pendant une vingtaine d'années. Ou à l'école. Je pense que cela peut être une façon de vivre pour une petite élite qui a toujours été par le passé à l'université. Certains peuvent faire cela pendant une vingtaine d'années. Mais ils ont toujours représenté qu'un petit pourcentage de la population. Maintenant, il y a l'idée très répandue que tout le monde doit aller à l'université. Cela y a amené un nombre incroyable de gamins qui n'y trouvent pas leur épanouissement dans les études ou l'aventure intellectuelle.

Q. Alors, ils essaient de changer la nature de l'université ?
A. Alors ils pensent qu'ils doivent retrouver leur virilité première -early manhood-, si je peux utiliser ce terme. Ils essaient de changer l'université en quelque chose où ils pourraient trouver leur virilité primitive. Seulement, ce n'est plus une institution consacrée aux vertus intellectuelles, aux frontières du savoir. Cela devient une institution thérapeutique à qui on demande une tâche impossible : à savoir satisfaire les besoins d'un groupe d'âge adolescent d'une façon qu'elle ne peut pas assumer.


Q. L' adolescence n'a pas toujours existé ?
A. C'est vrai. On parlait de puberté. La puberté est un processus physiologique, le développement des glandes sexuelles, le début de la sécrétion sexuelle et le développement du corps. La puberté existe dans toutes les sociétés. L'adolescence existe seulement lorsque des êtres humains dans le cours de leur puberté sont maintenus dépendants - et que quelqu'un d'autre paie la note. Et je vous dirais, si vous me le demandez, pourquoi nous n'avons pas eu d'autres révoltes étudiantes auparavant. Parce que ces étudiants s'affirmaient à travers l'école par le simple fait qu'ils étaient capables d'y être, grâce à leurs propres forces, prouvant ainsi leur virilité au moins à un certain degré. Maintenant nous les payons pour aller à l'école. Ce qui les rend dépendants, alors qu'ils devraient être, psychologiquement parlant, indépendants. Et c'est difficile à supporter. Par conséquent, ils essaient de prouver leur virilité de manières totalement irrationnelles.

Q. Des études montrent que les étudiants radicaux viennent souvent de famille éduquées de la classe moyenne, dont les parents sont très libéraux poitiquement. . D'après une théorie, les étudiants essaient seulement d'assumer et de renouveler leurs traditions libérales - ou dans certains cas, d'essayer d'établir une identité séparée en sur-radicalisant celle de leurs parents libéraux.
A. C'est juste. Je vais encore être accusé de psychologiser. Mais je crois que beaucoup de ces gamins et de ces suiveurs et sympathisants de tous âges n'ont jamais résolu ce que nous appelons le Complexe d'Oedipe. Ils doivent encore rosser leur père pour montrer qu'ils sont de grands garçons.
Quelqu'un m'a demandé, un jour, si je pensais que ces jeunes garçons n'avaient pas raison d' affirmer leur masculinité et leur indépendance. Je lui ai demandé si il avait un fils. Je lui ai dit, voyez, votre fils a besoin de devenir indépendant par rapport à vous.Suggèreriez-vous par conséquent qu'une façon adéquate de le faire est de vous battre vous, son père ?
Ce sont des idioties. Et je pense qu'un père qui prend plaisir à ce que son fils le batte parce que cela lui donne un sentiment d'indépendance, un tel père est un idiot.
Je pense que beaucoup de ces étudiants radicaux sont principalement des individus bourrés de culpabilités. Ils se sentent terriblement coupables par rapport aux avantages dont ils bénéficient. Il y a aussi la culpabilité envers l'exemption vis à vis du service militaire, qui est sérieuse. Ils ne peuvent pas vivre avec cette culpabilité. Ils essaient de détruire la société ou certaines institutions plutôt que de faire face à leur propre sentiment intérieur de culpabilité. Et ainsi, déculpabilisés, ils essaient à la fois de plaire à leurs parents et de les rosser. Ils esssaient de leur plaire en suivant leur modèle d'éducation - et ils les battent en le portant jusqu'à leur extrême limites. Mais laissez-moi vous dire, la même situation existait chez les étudiants qui suivaient Hitler dans les premiers jours. Pour une grande majorité d'entre eux, ils venaient de parents des classes moyennes supérieures, conservateurs et nationalistes. Et eux aussi suivaient l'idéal de leurs parents - le nationalisme allemand - et le portèrent à ses extrêmes qui détruisirent la société.

[...]


Q. Des études sur les foyers qui produisent des radicaux tendent à montrer également une très forte
identification du fils à une mère nourricière forte qui est souvent la personne dominante de la famille. Le père, dans beaucoup de cas peut réussir professionnellement mais —
A. Mais vraiment faible à la maison, exactement. Et je pense que l'une des caractéristiques chez les étudiants que j'ai étudié est une formidable anxiété par rapport à leur masculinité - et par conséquent ils essaient de démontrer à eux-mêmes et à leurs collègues que contrairement à leur anxiété, ils sont des hommes forts, des vrais, à travers la violence et l'agression envers l'autorité parentale.

[...]


Q. Comment résumeriez-vous votre réaction à ce sit-in ?
A. Les adolescents radicaux agissent comme les adolescents radicaux ont agi depuis des temps immémoriaux .. Il y a des sociétés qui ont capitulé devant eux et ces sociétés ont été détruites. Personne n'est plus concerné que moi par la liberté. Mais la liberté signifie pour moi que personne - sauf une institution légalement constituée - n'a le droit de m'imposer sa volonté. Et je n'ai pas le droit d'imposer la mienne aux autres.Je pense que les étudiants doivent faire entendre leurs opinions. Je pense qu'ils devraient être écoutés avec beaucoup de considération.Mais je ne pense pas qu'ils puissent contraindre qui que ce soit.
Laissez moi terminer en disant que j'ai de la sympathie pour les étudiants. J'ai une sympathie et un respect beaucoup plus grands pour ceux qui travaillent durement pour recevoir une éducation. J'ai même de la sympathie pour les étudiants qui ont occupé les bureaux de l'administration. Mon impatience concerne ces adultes qui ne reconnaissent pas l'immaturité et les discours extrêmes de la jeunesse pour ce qu'ils sont et qui pensent : c'est la vague de l'avenir, ou une plus grande maturité, ou une connaissance supérieure. Et par dessus tout, je n'ai absolument aucun espect pour des adultes qui laissent des jeunes et des personnes immatures fouler aux pieds dans la boue les institutions les plus respectables de notre société


Richard Flacks



Q. Le Dr. Bettelheim a comparé l'occupation ici avec les efforts des étudiants allemands pour contrôler les universités durant le mouvement hitlérien . Comment réagissez-vous à cela ?
A. Il s' isole du fait de sa propre expérience Il a existé des mouvements étudiants à travers le monde entier et pas seulement en Allemagne nazie. Certains furent les précurseurs de désastres, mais beaucoup le furent de toutes sortes de réformes sociales .Pratiquement tous les pays du tiers-monde,- en Amérique Latine, en Asie, en Afrique - ont eu de forts mouvements étudiants qui ont eu des effets rénovateurs sur la société. . Pratiquement toutes les transformations sociales majeures de l'ére industrielle ont été accompagnées par des soulèvements étudiants, incluant une agitation dans les universités. Je pense qu'il est difficile de prétendre que l'issue inévitable d'un soulèvement étudiant soit un genre de dictature. Ce que Bettelheim semble craindre le plus c'est la volonté des gens d'entreprendre des actions fortes et coercitives au nom de de leurs souhaits Je pense qu'il a une responsabilité qui lui incombe pour indiquer aux étudiants une alternative qui pourrait leur donner un espoir de changement significatif, à la fois dans l'université et dans la société.Enfin, le type d'action entreprise par les étudiants ici s'est produite après de longs efforts pour obtenir le changement par d'autres moyens plus conventionnels. Si le Dr. Bettelheim affirme qu'il y a d'autres alternatives, je souhaite qu'ils disent lesquelles.


Q. Quel est votre point de vue sur la situation ici ?
A. Je pense que la psychologie n'explique pas grand chose. Les causes des difficultés de la sociétés sont en lien avec d'une part, le rôle international de l'Amérique et d'autre part avec le problème du racisme dans la société. L'université est partie intégrante de ce genre de société - une société avec des inclinations impérialistes et des institutions racistes. Vous avez alors un corps étudiants qui a pris un recul considérable par rapport à ces aspects de la vie américaine - .et qui est profondément concerné par les inégalités et la guerre. Et ils demandent une indépendance critique de l'université. Ils demandent qu'elle soit un lieu où ils peuvent mettre en pratique leurs relations à la société — où ils ne seraient pas programmés pour entrer dans la société existante mais où ils pourraient vivre de façon indépendante et autonome, et peut-être dissidente, à l'intérieure de cette société. Voilà les types d'attente qu'ils ont vis à vis de l'université. Et ils les ont parce que l'université prétend être ce genre de lieu. Elle prétend être indépendante, elle prétend être ce genre de lieu où les hommes réfléchissent au sens de leur vie et l'organisent à leur façon. Les étudiants découvrent pratiquement l'inverse. Ils découvrent qu'ils ont été presque entièrement programmés pour jouer un rôle de domination dans la société où ils ne veulent pas être des dominants. Ils ne veulent pas contrôler une société qu'ils jugent sous différents angles comme immorale ou allant vers la décadence. .


Q. Une société unidimensionnelle ?
A. Oui. Et il est intéressant de savoir pourquoi tant de jeunes gens ont ce genre de démarche - c'est à dire rompre avec une société qu'ils définissent comme corrompue. Je pense que cela a un rapport avec certains aspects de la vie de famille, mais pas ce genre de chose que des gens comme le Dr. Bettelheim mettent en avant.C'est en rapport avec le fait que beaucoup de familles des classes moyennes américaines prêchent l'idée d'égalité, l'idée d'être au service des autres, l'idée de vivre une vie fondée sur l'intelligence, la raison et l'humanisme. Et leurs enfants ne trouvent aucune façon cohérente de mettre en pratique ces valeurs que ce soit à l'université ou dans la société. C'est pour moi le coeur des difficultés, le coeur de la crise : ce clash entre les aspirations de la jeunesse au sein de l'université et ce que l'université représente réellement, dans une société moralement douteuse, pour ne pas dire plus.


Q. Je pense que vous et le Dr. Bettelheim seriez grosso modo d'accord sur la structure socioéconomique des familles des radicaux . Mais je suppose, par exemple, que vous ne seriez pas d'accord avec ses vues sur la permissivité parentale.


A. La question importante n'est pas d'avoir été gratifié immédiatement, selon moi. C'est d'avoir été traité de façon à être autonomes et attendent de continuer à l'être. Les parents ne faisaient pas que de les gratifier. Beaucoup d'entre eux leur donnaient l'opportunité de trouver certaines solutions par eux-mêmes; en même temps que de s'exprimer librement.. Nous avons créé en gébéral, ce genre de famille en Amérique. Au sein de leur famille, ces jeunes gens ont été conduits à attendre que l'autorité en général soit basée sur des principes égalitaires, qu'elle soit respectueuse des personnes, qu'il n'existe pas de structures hiérarchiques rigoureuses et rigides. C'est ce qui m'apparaît comme la relation entre l'éducation familiale et l'agitation actuelle au sein de cette génération. Ils ont été nourris avec certaines attentes par rapport ç ce que le monde devrait être; Et ces attentes sont, je le crois, démocratiques. Et les jeunes trouvent en dehors de leur famille des institutions - école, travail, bureaucratie, armée - qui ne sont pas du tout à cette image, et c'st la source de l'agitation. Et cela rejoint des inquiétudes profondes concernant le futur de la société, et du monde, liées aux questions de la guerre nucléaire, de la guerre en général, et des questions raciales. Ainsi la crise sociale renforce l'agitation concernant la nature de l'autorité.
D'autre part, ces parents ne demandaient pas rien à leurs gosses. Ils leur demandaient beaucoup. Ils leur demandaient un important travail intellectuel et une importante part de responsabilité sociale.

[...]



Bruno Bettelheim (1903 - 1990) est un psychanalyste et pédagogue américain qui s'est rendu célèbre par la publication de livres de vulgarisation où il explique les théories pédagogiques et psychothérapiques, nouvelles à l'époque, mises en œuvre à l'École d'orthogénie de l'Université de Chicago qu'il a dirigé pendant 30 ans. Parmi ces ouvrages :
La forteresse vide, NRF Gallimard éd., Paris, 1969 
Les enfants du rêve, Robert Laffont éd., Paris, 1971

Nov 2006
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