KENT STATE UNIVERSITY   1 - 4 Mai 1970

                           

                  Allison Krause                                      Jeffery Miller                          Sandy Scheuer                                   Bill Schroeder






Chronologie


Le 30 avril 1970, le Président Nixon annonce dans un discours télévisé le lancement d’une offensive massive des troupes américaines et sud-vietnamiennes au Cambodge. "Nous entreprenons cette action, " déclare Nixon " non pas dans le but d’étendre la guerre au Cambodge, mais dans le but de mettre un terme à la guerre au Vietnam, et de gagner la paix juste que nous désirons tous."

C’était des mots familiers pour une opinion publique fatiguée par la guerre. Certains pensaient que cette décision était essentielle pour atteindre une "paix juste " et pour soutenir la crédibilité de l’Amérique dans le monde. D’autres, cependant, et en particulier des étudiants croyaient que cette action représentait une escalade de la guerre et un retour aux espoirs de l’ex  Président Johnson d’une victoire militaire. A la Kent State University, la réaction à l’annonce de Nixon fut similaire à celle des autres campus à travers le pays

VENDREDI 1 MAI 1970

A midi environ 500 étudiants se sont rassemblés autour de la Victory Bell aux Commons, l’endroit traditionnel des rassemblements. Un groupe d’étudiants en histoire, qui avait organisé la manifestation, ont brûlé un exemplaire de la Constitution, qui, déclaraient-ils, avait été assassinée avec l’entrée des troupes au Cambodge sans déclaration de guerre par le Congrès.

Trois heures après, les Black United Students organisèrent une manifestation qui avait été prévue avant l’annonce de Nixon. Quelques 400 personnes se sont rassemblées pour écouter des étudiants noirs parler des récents désordres avec la Garde Nationale de l’ Ohio sur leur campus. Le mot a rapidement circulé qu’une autre manifestation, contre l’ invasion du Cambodge, était prévue pour le lundi 4 mai à midi. Le vendredi soir, l”un des premiers soirs agréables du printemps, plusieurs centaines d’étudiants se sont rassemblés dans le centre de Kent, dans un endroit avec de nombreux bars, appelé le "the Strip," sur North Water Street. Une manifestation spontanée contre la guerre a commencé dans la rue.

Par deux fois, pendant la manifestation, des canettes de bières pnt été jetées sur des voitures de patrouilles de la police. Après cela, la police est restée à l’écart de la zone. Pendant ce temps, de plus en plus de personnes quittaient les bars. Beaucoup dans la foule chantaient des slogans anti guerre, et un feu de joie a été allumé dans la rue. La foule a bloqué la circulation pendant une heure environ puis s’est dirigée vers le centre ville. Quelques-uns de ses membres ont commencé à briser des vitres. En premier lieu, des "cibles politiques" ont été attaquées , notamment des banques, des sociétés de prêts et de services publics

Après avoir été informé de ces évènements, le maire de Kent Leroy Satrom  a déclaré  "l’état d’urgence" et a arbitrairement ordonné la fermeture de tous les bars. La police de Kent s’est engagée dans une confrontation avec la foule. La constatation d’émeute a été lue et la police a commencé à nettoyé la zone. Les gens à l’intérieur des bars ont été obligés de sortir, mettant des centaines de personnes de plus dans la rue. La foule a été rabattue vers le campus avec des gaz lacrymogènes,  Quatorze personnes, des badauds pour la plupart, furent arrêtées . Il y eut pour environ 5000 $ de dégâts, 43 vitres brisées, dont 28 dans la même banque.

SAMEDI 2 MAI 1970

Le matin du 2 mai, quelques étudiants de l’université aidèrent au nettoyage dans le centre. Des rumeurs d’actions extrémistes circulaient et on pensait que les bâtiments du ROTC de Kent seraient la cible des étudiants militants dans la soirée. Pendant la guerre du Vietnam, des étudiants dans beaucoup d’universités se sont opposés à la présence du ROTC et souvent réussi à provoquer son retrait. Un couvre-feu du crépuscule à l’aube fut imposé dans la ville et les étudiants furent assignés sur le campus. A 17 heures, après avoir évalué la situation, le maire Satrom a alerté la Garde Nationale de l’ Ohio. Les autorités de l’université ne furent pas averties de cette décision.

Peu après vingt heures, environ 300 personnes se sont rassemblées aux Commons, où furent chantés quelques slogans anti guerre et prononcés quelques discours. Une marche impromptue s’est mise en route et les participants se sont dirigés vers les dortoirs pour obtenir des renforts. Un grand nombre de personnes les ont rejoints. Les marcheurs, maintenant 2 000, ont escaladé la colline dominant les Commons et traversé les Commons. Puis ils ont encerclé les bâtiments du ROTC, de vieilles baraques en bois de la Seconde Guerre Mondiale, promises à la démolition. Des fenêtres furent brisées et quelques personnes mirent le feu au bâtiment.

Des policiers en civil, qui étaient près de là, n’ont rien fait pour arrêter les étudiants à ce moment là. Les pompiers sont arrivés mais ont abandonné leur action lorsque des membres de la foule les ont attaqué et percé leurs tuyaux. L’incendie s’éteignit rapidement. Les pompiers ont repris la situation en mains un moment, mais le feu fut de nouveau mis au bâtiment. Cette fois, les pompiers sont arrivés avec une forte protection policière. La police a encerclé le bâtiment et dispersé es étudiants avec des gaz lacrymogènes. Des nouveau, les pompiers ont maîtrisé l’incendie. La foule s’est ensuite dirigé vers l’avant du campus. Les étudiants se sont retirés vers les Commons et ont découvert le bâtiment du ROTC brûlant par les deux côtés. En quelques minutes, il n’en restait rien.

La foule, assemblée alors sur la colline boisée derrières les Commons, regardait brûler le bâtiment. Beaucoup criait des slogans anti guerre. Dans les deux premières semaines de mai, trente bâtiments du ROTC seront détruits à travers le pays.

Armés de gaz lacrymogène et de baïonnettes, les gardes ont poursuivi les étudiants, les manifestants et les badauds, indistinctement, dans les dortoirs et les autres bâtiments du campus ; Quelques pierres ont té lancées et au moins un étudiant fut blessé par baïonnette. La question de qui a mis le feu au n’a jamais trouvé de réponse satisfaisante.

SAMEDI  3 MAI 1970

Le 3 Mai fut une journée relativement tranquille. Maintenant, toutefois, le campus était totalement occupé par la Garde Nationale de l’ Ohio, et des transport de troupes blindés stationnaient partout sur le campus. Bien que quelques étudiants et gardes nationaux fraternisaient, le sentiment qui régnait, dans l’ensemble, était une hostilité mutuelle. Ce matin là, le Gouverneur de l’Ohio James Rhodes, qui se présentait pour un poste au Sénat, est arrivé à Kent et a tenu une conférence de presse avec les autorités municipales. Rhodes, qui menait sa campagne avec un programme de "loi et ordre" , a essayé de profiter de cette opportunité pour gagner des voix dans les primaires qui avaient lieu deux jours plus tard.

Dans un discours enflammé, Rhodes a proclamé que les manifestations de Kent était le travail d’une bande de révolutionnaires minutieusement organisée, dont le but était de "détruire l’enseignement supérieur dans l’ Ohio." Ces manifestants, a déclaré Rhodes étaient " étaient les pires personnes hébergées en Amérique, pire que les chemises brunes et les éléments communistes...nous utiliserons tous les moyens nécessaires pour les jeter hors de Kent!" Plus tard dans la soirée, un commandant de la Garde Nationale dira à ses troupes que la loi de l’ Ohio leur donnait le droit de tirer si nécessaire. Cela eu pour résultat indéniable d’augmenter l’hostilité des Gardes envers les étudiants.

Aux alentours de vingt heures, une foule s’est rassemblée sur les Commons près de la Victory Bell. Comme le groupe augmentait en nombre, des officiers de la Garde annoncèrent la mise en vigueur d’un nouveau  couvre-feu. La foule a refusé de se disperser ; A 21 heures, la Loi de l’Ohio sur les Emeutes fut appliquée. Des gaz lacrymogènes sont tirés d’hélicoptères et la Garde a dispersé la foule.

Des étudiants ont essayé de démontrer que le couvre-feu était inutile en marchant pacifiquement dans la ville mais ils ont rencontré des gardes nationaux. Ils ont mis en place un sit in spontané au croisement de East Main et Lincoln Streetset demandé que le maire Satrom et le président de l’université Robert White discutent avec eux de la présence de la Garde Nationale sur le campus. Assurée que cette demande serait satisfaite, la foule a évacué la rue et rejoint les pelouses devant le campus.

La Garde a ensuite trahi les étudiants et annoncé que le couvre-feu prenait effet immédiatement. Des hélicoptères et des gaz lacrymogènes ont été utilisés pour disperser les manifestants. Alors que la foule essayait de s’échapper, quelques-uns furent blessés par des baïonnettes et frappes à coup de matraques par les Gardes.

LUNDI 4 MAI 1970

A 11 heures.200 étudiants environ se sont rassemblés sur les Commons. Plus tôt ce matin, les autorités locales et de l’état se sont rencontrées à Kent. Certains responsables ont  assuré que le Gouverneur Rhodes avait déclaré que la Loi Martiale était en vigueur, mais ce n’était pas vrai. En fait, elle n’est entrée en vigueur que le 5 mai . Néanmoins, la Garde Nationale décida de disperser tous les rassemblements

A l’approche de midi, la foule comptait 1 500 personnes. Certains n’étaient que spectateurs, alors que d’autres s’étaient rassemblés pour protester précisément contre l’invasion du Cambodge et contre la présence de la Garde Nationale sur le campus. Sur les ordres de l’ Assistant Adjudant General Robert Canterbury, une jeep de l’armée est amenée devant la foule des étudiants. Ils sont avertis par porte voix de se disperser immédiatement. Les étudiants répondent avec des huées et des chants. Les étudiants refusant de se disperser, le Gen. Canterbury a ordonné aux Gardes de les disperser. Environ 116 hommes, équipés de fusils M-1 chargés et de grenades lacrymogènes se sont dirigés déployés en tirailleurs vers les étudiants.   Au courant des blessures par baïonnettes de la veille, les étudiants ont immédiatement fui devant la Garde Nationale. En se retirant sur Blanket Hill, quelques étudiants retournent des grenades lacrymogènes sur les troupes qui avancent et un badaud est attaqué à coup de matraques.

La Garde, après avoir nettoyé les Commons, a marché vers le sommet de la colline, tirant des grenades lacrymogènes et dispersant les étudiants sur une plus large zone. Elle a continué à avancer vers le bas de la colline et à travers un terrain de football. Pendant environ 10 minutes, la Garde est restée sur cette position. Pendant ce temps, des grenades lacrymogènes étaient lancées et retournées entre les positions de la Garde et un petit groupe d’étudiants sur le parking de Prentice Hall, à environ 100 mètres d’eux. Quelques étudiants répondaient aux attaques des gardes en lançant des pierres. Les gardes lançaient aussi des pierres aux étudiants. Mais à cause de la distance, beaucoup des lancers de pierres par les deux parties étaient trop courts pou atteindre leur cible. Une grande majorité des étudiants étaient spectateurs sur la véranda de Taylor Hall. Sur le terrain de football, plusieurs membres des troupes de la Garde , qui tireraient dans quelques minutes la rafale fatale, s’agenouillaient et dirigeaient leur arme vers les étudiants sur le parking. Le Gen. Canterbury avait constaté que la foule était dispersée et avait ordonné à la Garde de se retirer vers les Commons. Après s’être rassemblés sur le terrain, les gardes ont semblé commence à se retirer, faisant le chemin inverse vers le sommet de la colline.

Des membres de la Garde, en même temps qu’ils avançaient vers le haut de la colline, lançaient des regards en arrière vers les étudiants sur le parking, là où étaient rassemblées les plus bruyants et les plus militants d’entre eux. Les étudiants considéraient que la confrontation était terminée. Beaucoup d ‘entre eux commençaient à se diriger vers leur classe. Comme les Gardes marchaient au sommet de Blanket Hill, près de la Pagode de Taylor Hall, une douzaine d’entre eux environ, firent un demi-tour complet, visèrent de leurs armes et firent feu sur la foule rassemblée sur le parking de  Prentice Hall. Les procès civils de 1975 prouvèrent qu’il y avait eu un ordre verbal d’ouvrir le feu.

Un total de 67 coups de feu furent tirés en 13 secondes. Quatre étudiants Allison Krause, Jeffrey Miller, Sandra Scheuer et William Schroeder furent tués; Neuf autres furent blessés: Joseph Lewis, John Cleary, Thomas Grace, Robbie Stamps, Donald Scott MacKenzie, Alan Canfora, Douglas Wrentmore, James Russell et Dean Kahler. Parmi les blessés, un est paralysé à vie et plusieurs autres sévèrement touchés. Tous étaient étudiants..


Page réalisée avec l’aimable autorisation de Roy Skellenger, membre de la May 4th Task Force http://dept.kent.edu/may4/index.html

Index Mouvements étudiants