Extraits
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PROTESTATION ETUDIANTE DANS LES ANNEES 1960
Le 30
avril 1970, le Président Nixon a annoncé que les
troupes américaines et sud-vietnamiennes avaient fait
mouvement contre les sanctuaires ennemis au Cambodge. Quelques
minutes après cette annonce, des manifestations
étudiantes
étaient organisées à Princeton et
Oberlin
College. Quelques jours après, des grèves et
autres
manifestations se déroulaient dans la totalité
des
universités et collèges à travers le
pays.
La
vague croissante de grèves apporta avec elle quelques
sérieuses perturbations. L’une d’entre
elle s’est
déroulée à la Kent State University
dans l’
Ohio, et environ 750 Gardes Nationaux y furent envoyés pour
calmer le désordre.
Le 2 mai, le bâtiment du
ROTC de Kent State fut incendié. Le 4 mai, les
étudiants
de Kent State se réunirent sur les communs et
défièrent
un ordre de se disperser donné par la Garde National (2)
Celle
entreprit la dispersion. Les étudiants
commencèrent
alors à brocarder les unités de la Garde et
à
leur jeter des pierres. Les Gardes ont tiré des grenades
lacrymogènes dans la foule, puis quelques-uns ont fait feu
de
leurs armes. Quatre étudiants ont été
tués
et neuf autres blessés.
Durant les six jours après
l’annonce par le Président de l’invasion
du Cambodge, mais
avant les morts à Kent State, une vingtaine
d’autres grèves
étudiantes s’étaient
déclenchées.
Pendant les quatre jours qui ont suivi la tuerie de Kent, on compta
une centaine de grèves ou davantage par jour. Un centre de
coordination étudiant à Brandeis University a
annoncé
que le 10 mai, 448 campus étaient soit affectés
par une
forme ou une autre de grève, soit totalement
fermés.
Dix
jours après les évènements de Kent
State il y
eut des troubles au Jackson State College, une école noire
à
Jackson, Mississippi. La nuit du 14 mai, des étudiants ont
jeté des briques et des bouteilles sur un automobiliste
blanc,
un camion a été incendié et la police
municipale
et d’état, appelée pour
protéger les pompiers,
est harcelée. Quelques policiers ont ouvert le feu dans un
dortoir. Deux étudiants noirs ont été
tués
et au moins douze autres blessés..
D’autres
établissements se joignirent aux grèves
étudiantes
et beaucoup d’entre eux suspendirent provisoirement leurs
cours en
mémoire des victimes de Jackson State. Fin mai,
d’après
les statistiques rassemblées par la Urban Research
Corporation, près du tiers des 2 500 collèges et
universités d’ Amérique avait connu des
manifestations sous une forme ou sous une autre. Le point culminant
des grèves eut lieu la semaine suivant les morts
à Kent
State.
Comme l’été touchait à sa
fin,
le centre de recherche de mathématiques de
l’Université
du Wisconsin à Madison fut détruit par une bombe.
Un
chercheur fut tué et quatre autres personnes
blessées.
Un groupe révolutionnaire appelé le " New Year's
Gang" a revendiqué cet attentat et
prévenu
qu’il y en aurait d’autres si certaines demandes
n’étaient
pas satisfaites. Le FBI a été appelé
pour
enquêter sur ce cas et à lance une chasse
à
l’homme nationale après quatre jeunes suspects.
Dans
ce chapitre, nous retraçons l’évolution
de la
protestation étudiante Durant la décade des
années
1960, des manifestations pacifiques des militants pour les droits
civiques à l’attentat à la bombe
terroriste de
Madison. Quand la décade a commencé,
l’opinion
publique américaine aa été
impressionnée
par le courage, l’idéalisme, la retenue des
militants
étudiants pour les droits civiques; comme la
décade se
termine, l’opinion publique a peur, est en colère
et ne sait
plus que penser de l’escalade des manifestations
étudiantes.
Au début de la décade, la grande
majorité des
étudiants américains était soit
apolitique, soit
attaché à travailler pacifiquement pour un
changement à
l’intérieur du système existant; au
terme de la
décade, un nombre toujours plus grand
d’étudiants
accepte une analyse radicale de la société
américaine
et désespère des possibilités
d’un changement
social pacifique. Comment ce changement s’est-il produit en
seulement une dizaine d’années ?
[…]
LE CONTEXTE DE LA CONTESTATION ETUDIANTE
Le mécontentement étudiant en
Amérique n’a
pas commencé à Berkeley en 1964, ou avec le
mouvement
pour les droits civiques au début des années
1960.
L’histoire des collèges américains du
début du
dix neuvième siècle est truffé
d’incidents, de
désordres et d’émeutes . Ces
désordres
avaient généralement pour cause la nourriture
pauvre,
les conditions de vie primitives, et les règlements
intransigeants.. Aujourd’hui encore, ces plaintes
traditionnelles
sont à l’origine de plus de protestations sur les
campus
qu’on ne le réalise
généralement. Mais bien
que l’agitation sur les campus du dix neuvième
siècle
reflétait une rébellion contre
l’éthique
puritaine religieuse dominante des collèges de
l’époque,
le mécontentement étudiant d’alors
était
largement apolitique.
Cette situation a commencé à
changer au début du vingtième siècle
quand a
émergé le premier mouvement politique radical
parmi les
étudiants des collèges américains. --
la
Intercollegiate Socialist Society . Aux plus beaux jours de
l’ ISS
, elle comptait plus de membres, comparé à la
population étudiante totale, que les Students for a
Democratic
Society (SDS) à la fin des années 1960. Pendant
les
années 1920, il y eut des manifestations
étudiantes
contre le ROTC, des dénonciations du contenu de
l’enseignement
pour son soutien supposé au système
établi, et
des attaques contre la politique étrangère
"impérialiste" de l’Amérique. Durant la
dépression, il y eut un encore plus grand
mécontentement.
Des sondages réalisés pendant les
années 1930
ont montré que le quart des étudiants de
collèges
était sympathisants du socialisme, et qu’au moins
40%
disaient qu’ils refuseraient de participer à la
guerre. Il y
eut beaucoup de grèves étudiantes contre la
guerre,
quelques manifestations de masse et quelques expulsions
Donc,
l’agitation des six dernières années
n’est pas
aussi surprenante que l’est la tranquillité
exceptionnelle
des vingt années qui les ont
précédé. Du
début des années 1940 au début des
années
1960 , les collèges et universités
américains
furent inhabituellement calmes, les mouvements étudiants
radicaux pour ainsi dire inexistants, et les manifestations rares.
L’
existence de cette "génération silencieuse"
fut en partie le résultat de la Guerre Froide. Mais comme
les
tensions diminuaient, les étudiants se sentirent moins
obliges
de defender la démocratie occidentale et se sentirent plus
libres pour jeter un oeil critique sur leur propre
société.
De nouveau, le campus américain devenait un centre de
contestation.
Dans ses premières phases, le
militantisme renaissant sur les campus était
réformiste
dans ses buts, non-violent dans sa tactique et poursuivait ses
objectifs par des moyens de persuasion politiques et morales. Mais
cela n’a pas continué sous cette forme. A
l’automne 1964,
une série critique
d’évènement à
l’Université de Californie de Berkeley a
transformé
le militantisme du campus en un phénomène
complexe et
changeant tel qu’on le connaît aujourd’hui
La
révolte de Berkeley n’a pas explosé
dans un espace
vierge. Elle a été
précédée par
une chaîne d’évènements
durant la fin des
années 1950 et le début des années
1960 qui ont
contribué à ranimer le militantisme sur le
campus.
Le plus important d’entre eux fut le mouvement pour les droits civiques. Du fait que la contestation des étudiants noirs présente beaucoup de caractéristiques originales, ses traits distinctifs sont examinés séparément et en détail ailleurs dans ce rapport. Nous ne faisons que souligner ici que les étudiants noirs ont joué un rôle central dans les mouvements pour les droits civiques à travers les années soixante. Après le sit-in historique de quatre étudiants du North Carolina Agricultural et du Technical College dans une cafétaria ségrégationniste de Greensboro, en Caroline du Nord en février 1960, la vague de sit-ins et autres actions en faveur des droits civiques a éveillé la conscience de la nation et encouragé beaucoup d’étudiants à manifester leur soutien aux droits civiques à travers l’action directe non-violente.
Le mouvement de la paix, fondé sur aversion pour les armes nucléaires, a ajouté un autre élément important au fondement du militantisme étudiant. Et, en 1962, à Port Huron, Michigan, le Students for a Democratic Society s’est réorganisé avec une déclaration qui appelait les étudiants à travailler pour une société où tous les hommes contrôleraient mieux leur vie et les institutions sociales. Sous la bannière de la "démocratie participative" le SDS entreprit ses premiers efforts pour organiser les bas quartiers des villes du Nord.
Des évènements localisés dans la Région de la Baie de San Francisco Bay ont préparé le lit de la révolte de Berkeley. En 1960 il y eut une manifestation agitée à laquelle prirent part les étudiants de Berkeley contre le House Un-American Activities Committee. Plus tard, les étudiants de l’Université de Californie participèrent à une série de sit-ins, sleep-ins, shop-ins, et autres actions pour convaincre les employeurs de la Région de la Baie d’embaucher des noirs.. Comme lors des manifestations contre le HUAC, beaucoup d’étudiants s’impliquèrent dans des confrontations avec la police en dehors du campus. Et sur le campus, l’insatisfaction croissante des étudiants et du corps enseignant vis à vis de l’éducation supérieure conduisait à un mouvement pour réformer l’université et le contenu de ses programmes.
A l’automne1964, il y avait une inquiétude croissante chez les étudiants de Berkeley qui s’exprimait à la fois à travers des manifestations et des services à la communauté. Elle était centrés sur les questions en suspens de la guerre et la paix, des droits civiques, de la qualité de l’éducation et sur les conditions de vie des classes défavorisées. C’est dans ce contexte qu’a éclaté la révolte de Berkeley.
L’INVENTION BERKELEY
Ce qui s’est passé à Berkeley
représente
plus que "la somme de ses parts". Les évènements
sur ce campus à l’automne 1964 ont
représenté
une invention politique authentique. –un mélange
nouveau et
complexe de questions, de tactiques, d’émotions et
de mise
en scène qui allait devenir le prototype pour la
contestation
étudiante tout le long de la décade –
Rien de tel
n’avait existé auparavant en Amérique.
C’est sur la
nature et l’évolution de cette invention
à la vie
longue , dans toutes ses variants, que s’est
penchée cette
Commission.
En bref, les évènements à
Berkeley furent les suivants : A la fin de
l’été
1964, l’ administration de l’université
a remis au goût
du jour un vieux règlement qui interdisait la propagande des
groupes politiques sur le campus et l’utilisation des
équipement
de l’université pour soutenir ou
s’opposer à des
candidats ou des sujets particuliers. Jusqu’alors, ces
activités
avaient été tolérées dans
un endroit bien
défini à la bordure du campus. Les militants se
sont
alors trouvés dépossédés de
leur coin de
pelouse familier. Exaspérés, ils
décidèrent
de violer cette interdiction nouvelle et les autorités
universitaires suspendirent sommairement huit d’entre eux.
Peu
après, le 1er Octobre, des policiers
arrêtèrent
sur le campus un militant non-étudiant pour intrusion. Quand
ils essayèrent de l’emmener dans une voiture de
police, des
étudiants formèrent spontanément un
sit-in
empêchant la voiture et ses occupants de bouger pendant 32
heures. La foule s’est dispersée après
que
l’université se soit engagée
à ne pas
entreprendre de poursuites; mais Durant les deux mois suivants, la
question de savoir si les activités politiques
étaient
autorisées ou non sur le campus resta irrésolue.
De
même la question de la discipline dans
l’université.
Après une série d’auditions,
l’université
annonça le 20 Novembre que six des huit étudiants
suspendus seraient sanctionnés d’une
suspension et que
les deux autres feraient l’objet d’une mise
à l’épreuve
pour le reste du semestre. Une semaine après, ces deux
mêmes
étudiants furent informés que de nouvelles
mesures
disciplinaires avaient été prises du fait de
leurs
actions du 1er Octobre.
Après les vacances de
Thanksgiving , la contestation reprit. Les dirigeants du Free Speech
Movement (FSM), formé des groupes politiques du campus de
toutes opinions pour défendre leur droit de
s’organiser,
commencèrent un grand sit-in de deux jours dans le
bâtiment
de l’administration. Le sit-in prit fin lorsque le Gouverneur
Edmund G. Brown fit appel à la police. Il y eut des
centaines
d’arrestations et de nombreuses plaintes concernant la
brutalité
des policiers.
Avant l’ intervention de la police, les
actions du FSM n’étaient soutenues que par une
petite
minorité de la population étudiante de Berkeley.
Cela
changea rapidement. L’action de la police et les arrestations
en
masse mobilisèrent une grande partie des
étudiants et
du corps enseignant en faveur des objectifs du action FSM. Les cours
et les autres activités normales furent interrompues dans
une
grève sans précédent contre
l’université.
D’une
certaine manière le FSM avait réussi; En janvier,
le
Chancellor avait pris des conges et le loi interdisant le campus aux
groupes politiques étudiants étaient à
l’examen.
Le campus retournait peu à peu à la routine.
Cependant,
sous les apparences de normalité, les choses
n’étaient
plus pareilles. Ce qui était arrivé à
Berkeley
avait change la nature du militantisme étudiant de
façon
fondamentale.
Les événement de Berkeley sont
exceptionnellement difficiles à interpréter de
façon
objective. Ce qui était essentiellement un
phénomène
complexe fut rapidement l’objet
d’interprétations rapides
de deux façons grossièrement
simplifiées. Selon
une première interprétation, ce qui arriva
à
Berkeley fut le résultat du travail nuisible d’un
petit
groupe de révolutionnaires, en dehors du courant de
pensée
américain, qui exploitait des situations dont ils se
fichaient
éperdument, pour manipuler un grand nombre
d’étudiants.
Malgré leur auto-justification morale, disait-on, ces
nihilistes n’étaient capables que de
dévastations,
destructions et violence et devaient être ignorés
ou, si
nécessaire, sanctionnés.
L’autre
interprétation était que, sans tenir compte de
qui la
commença et comment, la contestation du FSM
n’aurait jamais
réussie sans le soutien de beaucoup
d’étudiants
libéraux, non extrémistes. Ces
étudiants avaient
soutenu les manifestations les questions soulevées
soulignaient les déficiences fondamentales de
l’université
et de la société américaine. La
contestation
étudiante reflétait donc, non pas une
volonté de
détruire mais plutôt un idéalisme
sincère
et constructif. Si sa tactique était violente, ce
n’était
que la conséquence de l’indignation des
étudiants ou
le résultat direct de la violence policière. La
réponse
appropriée à la contestation étudiante
aurait
été de la soutenir sans réserve
– non de la
réprimer.
Ces interprétations étaient
inadéquates pace qu’elles ne
reflétaient pas la
complexité et la nouveauté du scénario
de
contestation que les militants de Berkeley avaient mis en
scène
pour la première fois. Nous appelons ce scénario
l’invention de Berkeley, et il comprend les
éléments
suivants:
* La contestation a été lancée
par un petit groupe de militants étudiants. En
même
temps qu’elle se développait, les
étudiants les plus
radicaux en prirent la direction.
* La question était
en fait une double question, associant un problème interne
et
externe au -campus. A un niveau, il s’agissait
d’une question de
libertés civiques, impliquant des sentiments intenses et des
valeurs morales levées . Mais à un
second niveau,
c’était une question interne à
l’université,
puisqu’elle soulevait la question de savoir quelles
activités
politiques pouvaient être permises sur le campus. Le FSM
lui-même ne s’est pas attaqué
à des adversaires
des libertés civiques et de la liberté
d’expression à
l’extérieur du campus. Il ne s’est pas
attaqué non
plus à ceux qui prônaient la discrimination contre
les
noirs ou les empêchaient de voter. Sa cible était
une
administration libérale universitaire qu’il se
représentait
–qui s’est montrée elle-même
– dans un rôle
répressif.
La combinaison de ces questions sociales et
politiques majeures avec des questions internes à
l’université
se sont révélées extrêmement
difficile à
manier pour l’ administration de
l’université. Car, bien
que les administrateurs étaient confrontés
à une
demande spécifique, liée à
l’université
–qui était en leur pouvoir d’accorder
– la demande
était formulée avec une ferveur et une
intensité
morale, transcendée par une cause sociale qui
n’était
plus de leur juridiction. Céder à la demande des
manifestants relative à l’université
– le droit de
s’organiser sur le campus – n’aurait
jamais entièrement
dissipé la ferveur et le mécontentement sous
jacent.
* Les militants introduisirent de nouvelles tactiques dans la
contestation sur le campus qui déstabilisèrent
l’université et empêchèrent
à d’autres
d’exercer leurs libertés fondamentales. Ces
tactiques
consistaient à bloquer les autorités de
l’université
dans l’exercice de leurs fonctions, à les
harceler, et à
organiser des sit-ins dans les bâtiments. L’origine
de ces
tactiques, jamais utilisées auparavant sur le campus par des
groupes radicaux, venait du mouvement pour les droits civiques auquel
plusieurs dirigeants du FSM avaient pris part. Ces tactiques
demandaient une réponse de la part de
l’université. A
Berkeley, l’ administration a choisi d’appeler la
police.
Cette réponse aux perturbations fut déterminante
dans ce qui suivit. A Berkeley, l’ intervention de la police
fut
interprétée comme une confirmation de ce que les
radicaux prétendaient, c’est à dire que
l’université
était injuste et répressive,
particulièrement
envers ceux qui travaillaient pour les droits civiques.
*
L’intervention de la police provoqua une forte
réaction.
Auparavant, seule une petite minorité avait
manifesté;
Après, un grand nombre d’étudiants et
de membres du
corps enseignants indignés ont rejoint la contestation. Les
cours furent interrompus et une vague de manifestations et de
discours balaya le campus. Cette réponse démontra
le
pouvoir extraordinaire de la double question à Berkeley. Il
devint clair que davantage d’étudiants se
joindraient aux
manifestations contre une administration qui punirait des
étudiants
pour des infractions commises sur le campus au nom
d’objectifs
sociaux élevés que pour toutes autres formes
d’actions
politiques. Un fort sentiment de loyauté
générationnel
est né quand des étudiants virent leurs
compagnons de
cours traînés, en résistant, parfois
ensanglantés, en prison.
* Grâce à ces
moyens, l’invention de Berkeley a attiré un grand
nombre de
libéraux et de modérés qui ont
contribué
par leur style distinctif à la contestation sur le campus.
Au
début, l’intérêt des
libéraux s’est
porté sur la position de l’université
concernant les
activités politiques sur le campus, puis bientôt,
il
s’est élargi à un nouvel
éventail de sujets.
Les libéraux ont demandé la participation
à la
gestion de l’université et une réforme
du contenu de
l’enseignement. Les radicaux, à
l’origine intéressés
par des actions politiques sur des questions sociales plus larges,
furent pour une grande partie indifférents aux
réformes
sur le campus, mais se sont alignés sur les
libéraux en
retour à leur soutien qui les aidait à
légitimer
leurs revendications radicales. De nouveaux dirigeants
libéraux
et "modérés" émergèrent.
*
Les dirigeants radicaux et modérés
étaient liés
à la masse des manifestants non pas par des liens
organisationnels ou des mécanismes formels, mais
plutôt
par une participation commune dans un mouvement. Au contraire des
organisations politiques traditionnelles sur le campus, mais comme
dans le mouvement pour les droits civiques, le FSM insistait sur le
fait que les décisions étaient prises par
consensus et
des réunions de masse. Dans le même temps,
à des
moments critiques, des décisions tactiques clés
étaient
prises par un petit groupe de dirigeants qui orientaient le
mouvement.
* Peu de changements concrets résultèrent
de ces efforts. A la moitié de l’hiver,
l’excitation avait
largement disparu, la grève des cours avait pris fin, les
discours devenaient moins fréquents et le campus
commençait
doucement, à revenir à la normale. Comme le calme
revenait, de vastes efforts étaient entrepris pour la mise
en
place d’un vaste échantillon de
réformes de
l’université -- procédures
disciplinaires,
gouvernance, conditions de vie étudiantes,
règlement
concernant les activités politiques et contenu de
l’enseignement. Une série de rapports parut. Mais
malgré
le temps et l’énergie consacrés
à ces efforts,
les programmes universitaires restaient fondamentalement
inchangés ;
Quatre années après le FSM, un membre du corps
enseignant de Berkeley passait en moyenne moins de temps devant sa
classe qu’en 1964. Par conséquent, bien que
l’ invention
de Berkeley avait stimulé une forte demande pour des
réformes
universitaires, ses suites n’offrirent que peu
d’espoir pour que
de telles réformes soient mises en place.
* L’aspect
le plus original peut-être de l’invention de
Berkeley fut sa
réussite dans la combinaison de deux élans qui
avaient
été distincts jusqu’alors dans
l’agitation
étudiante. Le haut niveau de défiance vis
à vis
de l’autorité qui avait
caractérisé
l’agitation traditionnelle dans
l’université était
accompagné désormais par un idéalisme
de la
jeunesse et par des objectifs sociaux de la plus haute importance.
Cette combinaison a suscité chez les participants des
sentiments intenses et un militantisme politique vigoureux et a
provoqué de la part de l’état ou des
autorités
universitaires des réactions et des réactions
exagérées
qui a permis de garder vivace le phénomène dans
son
ensemble.
LA PROPAGATION DE L’ INVENTION DE BERKELEY
Les mass médias ont largement couvert les évènements de Berkeley et les américains furent les témoins pour la première fois d’un nouveau type d’informations – l’agitation tumultueuse des campus. C’était nouveau au sens traditionnel parce que cela impliquait conflit et controverse. C’était intéressant notamment pour la télévision parce que c’était coloré et visuel. Nuit après nuit, le film des évènements sur un campus véhiculait les méthodes et l’esprit de la contestation sur tous les autres campus du pays.
La plupart des manifestants étudiants, comme ceux de tous âges et de toutes opinions, appréciaient la couverture télévisuelle. Beaucoup d’entre eux se perfectionnèrent en l’invitant , et quelques-uns en jouèrent indubitablement. Les équipes de reportage leur rendirent service parfois de manière irresponsable. Mais bien plus importante fut la nature sélective elle-même de la télévision, avec sa tendance à souligner les aspects des évènements les plus émotifs et les plus provoquant. Toujours, les caméras se focalisaient sur ce qui était le plus bizarre, le plus dramatique, le plus remuant ou violent. Peu de journalistes de la télévision, de la radio ou des journaux, avaient le temps ou la compétence pour se pencher sur les causes et la complexité des manifestations sur les campus.
Le public a réagi à Berkeley avec inquiétude et colère. En Californie, et à travers le pays, les événement sur les campus devinrent des sujets politiques de controverse. Beaucoup de citoyens pensaient que les étudiants n’avaient aucune raison de protester. Beaucoup étaient profondément opposés aux tactiques perturbatrices des protestataires. Beaucoup critiquaient également l’administration et le corps enseignant pour ne pas adopter suffisamment une "ligne dure." En même temps que la contestation étudiante se propageait à davantage de campus et que les tactiques devenaient de plus en plus perturbatrices ou violentes, des citoyens et des dirigeants politiques réclamèrent des mesures pour prévenir d’autres perturbations sur les campus.
Déjà en 1964-65,
l’année de l’agitation à
Berkeley, il y avait plus de troubles sur les campus que n’en
rapportait les médias et que n’en avait conscience
le
public. Sur 849 collèges ayant répondu
à une
enquête cette année-là, une grande
majorité
fit état d’une forme ou d’une autre de
contestation. Mais
la presque totalité de ces manifestations était
de type
pré- Berkeley --des manifestations traditionnelles ne
portant
que sur un problème, beaucoup d’entre elles
menées à
l’extérieur du campus. Plus d’un tiers
des campus firent
état d’actions en faveur des droits civiques en
dehors du
campus et seulement un peu plus de un sur cinq de manifestations sur
le campus contre la guerre du Vietnam. Une
variété
d’autres questions étaient à
l’origines des
manifestations, comprenant la qualité de la nourriture, les
règlements sur les tenues vestimentaires, et concernant les
dortoirs, les controverses sur des membres du corps enseignant, la
censure des publications, les règlements sur la prise de
parole sur les campus, et le désir des étudiants
d’une
plus grande participation à l’administration de
l’université.
Les premiers sujets de contestation
étudiante alors couvraient un vaste échantillon
de
questions distinctes que les étudiants
n’amalgamaient que
rarement dans une critique du "système."
L’université n’était
confronté qu’à
une contestation qui relevait de ses propres attributions.
Après
1964-65, cependant, cette situation commença à
changer
et les étudiants lièrent de plus en plus des
problèmes
relatifs au campus à des problèmes sociaux et
politiques plus larges. Ce faisant, l’invention Berkeley
commença
à se propager sur d’autres campus. La
fréquence
croissante avec laquelle la protestation sur les campus
reflétait
le scénario de Berkeley est principalement dû
à
l’émergence et à
l’évolution de trois
questions: L’engagement américain dans la guerre
du sud-est
asiatique, les lents progrès de la
société
américaine vers l’égalité
raciale et les
accusation d’ "irresponsabilité" contre le
gouvernement fédéral et les administrations
universitaires et leur réaction "répressive"
aux demandes étudiantes. Ces trois questions ont fourni le
thème unificateur à la contestation des campus.
Elles
étaient présentées par les
étudiants
comme des questions morales fondamentales; et cette
présentation
a communiqué un ton de passion, de ferveur et d’
impatience
à la contestation étudiante.
La rapide escalade
des efforts militaires américains au Vietnam en
1965 en
a fait le sujet le plus violemment controversé de la
décade.
Cela a communiqué aux militants étudiants une
assurance
et une solidarité encore plus grandes car attirer
l’attention
de l’opinion publique sur l’escalade continue de la
guerre
semblait légitimer la contestation passée. Ils
redoublèrent leurs efforts, la guerre en vint à
dominer
leurs pensées et les motivations diverses de la contestation
commencèrent à évoluer en
conséquence.
Le
sujet de la guerre était âprement
débattu parmi
les étudiants et le corps enseignant. Au début,
il
existait des opinions radicalement différentes sur cette
question. Durant ces premiers temps, les étudiants et les
enseignants de l’Université du Michigan
créèrent
une méthode nouvelle pour discuter de la guerre: le
teach-in.
A ces débuts, le teach-in était contradictoire et
prenait davantage la forme d’un vaste débat que
d’un outil
de contestation pacifiste. Mais il n’a pas duré
sous cette
forme. Quand le teach-in a atteint Berkeley, il fut seulement
une manifestation de masse dans laquelle aucun partisan de la guerre
n’était entendu. Bientôt, les porte
paroles du
gouvernement qui venaient sur les campus pour expliquer ou
défendre
la politique étrangère américaine
furent jetés
dehors, et dans quelques occasions, attaqués physiquement.
Dans certains cas, les étudiants coupables ne furent pas
sanctionnés.
Cette évolution du teach-in
suggère une conséquence de l’opposition
croissante à
la guerre et à la vague montante de l’agitation
sur les
campus qui devait persister et s’étendre
à travers le
reste de la décade.
Les sentiment moraux et les passions soulevés par la guerre eurent un effet paralysant sur le discours rationnel académique. Les membres de l’université qui se rassemblaient pour discuter des questions universitaires, pendant que des milliers d’étudiants attendaient à l’extérieur ou écoutaient leurs débats à la radio, n’avaient pas, à cette époque, la volonté de prendre position sur ces questions ou aller à l’encontre de celle des étudiants extrémistes. Le débat rationnel et l’analyse critique furent remplacés par une rhétorique sans passion et une prise de conscience politique intense.
Comme l’ opposition à la guerre grandissait et que l’escalade continuait , les explications de l’engagement américain devenaient plus radicales. D’abord une "erreur," la guerre fut bientôt interprété par les étudiants radicaux comme une conséquence logique du système politique américain. Ils prétendaient que ce qui était le plus critiquable n’était pas la guerre en elle-même mais plutôt le "système" qui s’y était engagé , l’avait justifié et la conduisait. Selon cette logique, la cible appropriée de la contestation était le "système" lui-même et en particulier ses composantes impliquées dans cette guerre. L’université elle-même fut bientôt considérée comme partie du "système," et devint par conséquent une cible – et non pas une arène occasionnelle – pour la contestation anti-guerre . Ainsi, l’invention Berkeley, avec sa double question, dominait de plus en plus le terrain de la contestation sur les campus.
L’escalade de la guerre en Asie du Sud Est
entraîna une
demande croissante en effectifs militaires qui eut pour
résultat
une conscription plus large; En 1965, le gouvernement
fédéral
décida d’autoriser un sursis aux
étudiants
selon leur situation universitaire. Les bureaux de conscription
demandèrent aux universités de communiquer ces
informations et les étudiants et le corps enseignant
débattirent passionnément du bien
fondé ce cette
complaisance. A la fin, la question fut
généralement
résolue en se mettant d’accord sur le fait que
l’information
continuerait à être divulguée
qu’à la
demande des étudiants concernés.
Il y eut de
grandes manifestations étudiantes à ce sujet, et
quelques-une d’entre elles empruntèrent le
scénario
Berkeley . L’une des plus remarquables eut lieu à
l’Université de Chicago, ou les
bâtiments
administratifs furent occupés et où de nombreux
manifestants furent suspendus par la suite
Quand des mesures
disciplinaires étaient prises à la suite de
telles
manifestations, un nouveau sujet se présentait –la
demande
d’amnistie. Des étudiants confrontés
aux sanctions
pour des actions perturbatrices commises au nom de principes moraux
élevés avaient le sentiment qu’ils
devaient être
soustraits aux lois appliquées aux autres
étudiants .
De plus en plus, les groupes radicaux accusèrent les efforts
de l’université pour appliquer des sanctions de
n’être
que des preuves supplémentaires de sa complicité
avec
les maux de la société américaine et
l’effort
de guerre.
Ces groupes –et en particulier le SDS
–recherchaient activement des informations , parfois en
utilisant
des moyens illégaux, concernant les liens entre
l’université
et la guerre. Ces recherches fournissaient un flot permanent
d’informations et de désinformations . Parfois, il
en
résultait des trouvailles dramatisées puisque les
liens
entre l’université et la défense
étaient
nombreux.. Par exemple, il fut révélé
en 1967
qu’un "centre de recherche" à la Michigan State
University était un paravent pour financer une
opération
de la CIA en Asie du Sud-Est. Beaucoup d’autres
centres de
recherches furent accusés, souvent avec raison, de recevoir
des financements militaires et, moins justement, de conduire des
recherches "impérialistes". Dans certains cas des
programmes d’aide universitaires qui était
liés au
finances de la défense furent cités comme preuves
de
l’engagement de l’université dans la
guerre. Des agents de
recruteurs pour l’armée ou pour des
sociétés
de matériel militaires furent agressés et
certains
jugèrent nécessaire de conduire les entretiens
avec les
étudiants et autres employés potentiels en dehors
du
campus.
Comme l’escalade de la guerre au Vietnam se
poursuivait et que l’analyse radicale de la
société
évoluait, peu de problèmes de
l’université
étaient considérés comme
séparés
de ceux de la nation.
La colère et le désespoir concernant l’injustice raciale persistante dans la société américaine a fourni un second et tout aussi important point d’ancrage pour la contestation étudiante. L’injustice raciale – particulièrement envers les noirs mais toute aussi cruelle par ses effet dans quelques parties du pays envers les mexicains-américains, portoricains et autres minorités –devint particulièrement inacceptable pour beaucoup d’étudiants. Pour beaucoup de jeunes noirs à la moitié des années 1960 le chemin vers l’égalité et la justice prit une nouvelle direction , symbolisée par les concepts de fierté noire et de pouvoir noir. Des jeunes blancs, y compris ceux qui craignaient le séparatisme noir, ne pouvaient pas contester le bien fondé de la demande d’égalité.
En même temps que l’escalade de la guerre au Vietnam, le mouvement pour les droits civiques entreprenaient une évolution fondamentale. L’été 1964 fut le dernier où des étudiants noirs et des étudiants blancs, des libéraux et des radicaux, travaillèrent ensemble dans un esprit de coopération et non-violence. Mais les émeutes urbaines à Harlem, Rochester et Watts créèrent une division entre les libéraux et modérés blancs et les militants noirs et blancs qui considéraient comme légitimes les émeutes. En 1965, Stokeley Carmichael aida à créer un parti politique exclusivement noir à Lowndes County, Alabama. Durant l’été suivant, il conduisit ceux qui n’étaient plus attachés à la non-violence à prendre le contrôle du Student Non-Violent Coordinating Committee. Comme conséquence, les blancs furent exclus de l’organisation. L’été 1966, le cri de "Pouvoir Noir" fut entendu pour la première fois et Huey Newton et Bobby Seale fondèrent le Black Panther Party à Oakland.
Ces évènements marquèrent une
rapide érosion
de l’engagement non-violent et de l’ action
politique inter
raciale au sein du mouvement pour les droits civiques – et
eurent
des répercussions importantes dans la contestation sur les
campus. Le militantisme sur les campus noirs dans le Sud
s’intensifia
durant 1966 et 1967. En Mai 1967, des étudiants se battirent
avec la police pendant deux nuits au Jackson State College
dans
le Mississippi. La Garde Nationale fut appelée et une
personne
fut tuée.
[…]
Alors que le militantisme pour les droits civiques s’était généralement attaqué à des cibles en dehors des campus, la contestation des étudiants noirs étaient maintenant couramment dirigées conte l’université elle-même. L’université, disaient-ils, avait aidé à perpétuer l’oppression des noirs via sa politique d’admissions, le contenu des ses cours "d’orientation blanche" et de son personnel quasi exclusivement blanc. Les étudiants noirs ressentaient que leur héritage culturel était dédaigné ou ignoré. Leur critique de l’université s’est intensifiée à la fin des années soixante quand des institutions à dominante blanche commencèrent à admettre des étudiants noirs en plus grand nombre. A Harvard, à San Francisco State, et ailleurs, les étudiants noirs organisèrent des groupes destinés à servir la communauté noire. Leur but était de gagner une place égale à tous les postes de l’université. Leur attention n’était donc pas focalisée seulement sur le contenu des cours, les salaires du corps enseignant et les conditions de vie étudiantes mais également sur des sujets extra scolaires comme les pratiques d’embauche et leur impact sur les conditions locale de l’habitat.
L’escalade de la guerre au Vietnam et le
problème non
résolue du racisme aidèrent à pousser
les
radicaux vers une vision de l’université toujours
plus
politisée. En 1968, les radicaux étaient presque
unanimes pour décrire l’université non
pas comme un
centre d’éducation et de savoir mais comme une
institution
coupable de "complicité" avec un "système"
accusé d’être immoral, inerte et
répressif.
Dans une tentative pour saper l’effort de guerre, davantage
d’étudiants demandèrent que
l’université
élimine le ROTC et mette fin à la recherche pour
la
défense. De plus en plus, le but
déclaré des
revendications radicales était la transformation de
l’université en arme politique –Leur
arme -- pour
mettre fin à la guerre , au racisme et au système
politique qu’ils considéraient comme responsable
des deux.
Les revendications de quelques étudiants noirs
étaient
similaires .
En plus de la guerre et du racisme, un troisième
thème fit son apparition -- la "répression" .
L’accusation selon laquelle le système
américain est
"répressif" par essence provient des radicaux. Mais
les modérés commencèrent à
y accorder du
crédit lorsque la contestation étudiante se
confronta
aux forces de l’ordre; Beaucoup
d’étudiants se
"radicalisèrent" du fait de réactions
excessives de la police devant des manifestations. Bien que les
dommages aux biens causés pendant les troubles sur les
campus
entre 1960 et 1970 furent presque tous du fait d’
étudiants,
et que les blessures subies soient survenues en majorité
lors
de confrontations qu’ils avaient provoqué
eux-mêmes,
les étudiants subirent beaucoup plus de pertes que leurs
adversaires. Un nombre croissant d’étudiants se
considéra
comme "victimes" des responsables du maintien de l’ordre.
Les évènements de la Convention Nationale
Démocrate de 1968 eut un impact particulièrement
important. La contestation étudiante à la
convention
fut souvent perturbatrice, provocante et violente, et elle rencontra
une réaction policière si brutale que le Rapport
Walker
la décrivit comme une "émeute
policière."
. Quelques étudiants ressentirent aussi comme
"répression"
le harcèlement des jeunes aux vêtements
distinctifs et
aux cheveux longs et l’application par la police,
jugées
sélective, des lois contre la marijuana et autres
drogues.
Qu’ils acceptaient ou non le slogan de
"répression," beaucoup d’étudiants
étaient
arrives à croire que le système politique
américain
était sclérosé et devait
être
fondamentalement réformé. Ils avaient
été
amèrement déçu par le refus
d’une majorité
de la nation et du gouvernement national d’accepter et
d’agir
rapidement en faveur des opinions politiques qu’ils
trouvaient
moralement indispensables. Comme la plupart des américains,
ils furent profondément attristés par les
assassinats
de Martin Luther King, Jr., et du Sénateur Robert
F.
Kennedy, en grande partie parce que ces meurtres suivirent un moment
d’intense espoir quant à la fin de la guerre,
lorsque le
Président Johnson annonça qu’il
réduirait les
bombardements du Nord Vietnam et qu’il ne se
représenterait
pas à la présidence.
Ces expériences, ces
évènements et ces sentiments tendaient
à
transformer en radicaux des étudiants libéraux et
en
extrémistes des modérés. Mais la
grande majorité
continuait à croire dans le système de
gouvernement
américain et des milliers de personnes travaillaient en son
sein pour le changer, notamment pendant les campagnes pour les
primaires de Robert Kennedy et du Sénateur Eugene McCarthy
en
1968. Et bien qu’elle furent
déconcertées par la mort
de Kennedy et déçues par la défaite de
McCarthy,
le fait est que leur travail a contribué au changement de la
direction du pays et de sa politique envers la guerre. Cependant, la
nature graduelle de ce changement de politique et le refus du
gouvernement de se désengager du Vietnam a rapidement et
totalement convaincu beaucoup d’étudiants que le
"système"
ne répondait pas à leurs efforts de travailler en
son
sein.
COLUMBIA: L’INVENTION BERKELEY CORRIGEE
A
l’Université Columbia , au printemps 1968, les
étudiants
participèrent à une série de
manifestations
houleuses, de sit-ins, et autres actions perturbatrices. La
révolte
de Columbia est importante parce qu’elle illustre
la
propagation de l’ invention Berkeley et la vague montante de
l’
opposition étudiante à la guerre et à
l’
injustice raciale. Elle est également importante parce que
ses
différences d’avec la révolte
de Berkeley
quatre années plus tôt est
révélateur de
la désillusion de beaucoup d’étudiants
américains
vis à vis des possibilités de changement
à
l’intérieur du système politique
existant, leur
engagement décroissant dans des formes d’actions
autres que
perturbatrices et l’évolution
subséquente du scénario
Berkeley.
Pendant toute l’année universitaire
1967-68, Columbia avait connu une agitation permanente du SDS et des
manifestations occasionnelles. En avril, cinq bâtiments du
campus étaient occupés par des membres et des
sympathisants du SDS et de la Students Afro-American Society. Les
prétextes avancés pour cette occupation
était un
plan par Columbia de construire un gymnase dans un parc sur le campus
entre Morningside Heights et Harlem, et l’affiliation de
l’université à l’Institute
for Defense Analysis, un
consortium d’universités de l’Est pour
la recherche
militaire. Derrière ces questions précises, on
trouvait
les relations de Columbia avec la communauté noire voisine
et
les liens de l’université avec la politique
étrangère
américaine. Le dirigeant du SDS Mark Rudd a avoué
plus
tard que les revendications avancées
n’étaient que
des prétextes pour la contestation et que si elles
n’avaient
pas existé, d’autres leur auraient
été
substituées. Cependant, ces questions étaient
représentatives et plausibles pour les étudiants
les
plus modérés, ce qui comprenait une
majorité de
ceux qui occupaient les bâtiments.
[…]
Le
scénario classique de Berkeley était reactive
sous de
nombreux aspects occupation, confusion du corps enseignant et de
l’administration, intervention de la police et
étudiants
blessés, indignation des étudiants
modérés
et du corps enseignant, grande grève, et enfin, discussions
sans fin sur les réformes de l’ administration, de
la
gestion et des procédures disciplinaires. Sous ces aspects,
,
Columbia ressemblait à Berkeley quatre ans plus
tôt.
Il existe aussi des différences significatives qui mettent en lumière l’escalade de l’agitation étudiante des années à venir. La contestation à Berkeley avait débuté suite à un changement soudain des règlement du campus régissant les activités politiques et les objections des militants s’étaient exprimées en terme de libertés. Leurs revendications sous jacentes étaient un campus,plus ouvert, contre les restrictions de la liberté d’expression et de l’activité politique imposées par l’administration et la direction de l’université.
A Columbia, cependant, les revendications des radicaux suggéraient qu’ils voyaient l’université principalement comme un instrument politique. Le but des dirigeants du SDS n’était pas de rendre Columbia plus neutre politiquement mais plutôt de la transformer en une arme politique révolutionnaire avec laquelle ils pourraient attaquer le système. De plus, la violence des étudiants fut plus grande à Columbia: des dommages matériels considérables y furent causés, et quelques étudiants résistèrent par la force aux arrestations. De son côté, la police a réagi aux évènements Columbia avec une force et une violence excessives L’ invention Berkeley, alors, était substantiellement modifiée . Dans sa nouvelle forme, elle incluait:
* Destruction de matériel, de documents et d’archives. A Columbia, les autorités universitaires estimèrent que les incidents de 1968 se comptaient en centaines de milliers de dollars de dégâts matériels. Sur un certain nombre de campus, les bâtiments du ROTC devinrent des cibles privilégiées pour les incendiaires. Des menaces furent proférées de détruire d’autres équipements universitaires si les revendications radicales n’étaient pas satisfaites. A Columbia, les notes d’un historien, résultat d’années de travail, furent détruite par un incendie que certains ont prétendus avoir été allumé par des étudiants protestataires. La destruction et la copie de documents devinrent des occupations courantes pour les étudiants dans les bâtiments occupés.
* La contre violence contre les étudiants
contestataires
par les forces de maintien de l’ordre. Il y eut des
accusations de
brutalités policières à Columbia et
beaucoup
d’entre elles avaient un fondement. Avant et après
Columbia,
chaque intervention policière a soulevé des
accusations
de brutalité. Bien trop souvent, cela était vrai.
*
Le manqué de préparation de
l’université.
Malgré l’augmentation en nombre et en
intensité de la
contestation étudiante depuis Berkeley, les administrateurs
de
l’université n’avaient que rarement
formulé de
plans pour y faire face. Convaincus que leur propre campus
était
à l’abri de protestations violentes ou
d’occupations, les
administrateurs n’étaient pas
préparés à
y tenir tête lorsqu’elles survenaient. En pleine
crise,
quelques administrateurs pensaient que leurs seules options
étaient
de ne rien faire ou d’appeler la police. Si ils ne faisaient
rien,
ils permettaient aux extrémistes de prendre le
contrôle
du campus;si ils appelaient la police, ils
n’étaient pas
certains qu’elle agirait correctement..
* Les menaces contre les
autorités universitaires. En avril 1968, des
étudiants
noirs du Trinity College de Hartford, Connecticut, ont gardé
en otages les administrateurs jusqu’à ce que leurs
revendications soient satisfaites. En novembre 1968, des
étudiants
du San Fernando Valley State College de Los Angeles ont
menacé
avec des couteaux des officiels universitaires. Des menaces anonymes
contre les autorités et les membres du corps enseignants
hostiles aux activités étudiantes devinrent plus
fréquentes.
* Actes de terrorisme. En février
1969, une secrétaire du Pomona College en Californie fut
grièvement blessée par une bombe. En mars 1969,
un
étudiant du San Francisco State College fut
grièvement
blessé alors qu’il tentait de placer une bombe
dans le
bureau d’un membre libéral du personnel enseignant
qui
s’opposait à la grève "Tiers-mondiste".
Plus tard la même année, un gardien à
l’Université de Californie de Santa Barbara fut
tué
par une bombe au club de l’université. La presse
underground
proclama que l’attentat à la bombe à
Madison,
Wisconsin le 24 août 1970 faisait partie d’une
stratégie
terroriste. Plus tôt dans le courant de
l’été,
le Secrétaire Adjoint au Trésor Eugene
T.
Rossides avait déclaré que, entre le 1er janvier
1969
et le 15 avril 1970, on avait enregistré à
travers le
pays au moins 41 000 attentats, tentatives ou menaces
d’attentats à
la bombe. La plupart ne pouvait être attribuée
à
aucune cause précise. Parmi ceux qui le pouvait, plus de la
moitié – plus de 8 200 –
étaient attribués à
" aux troubles et à l’agitation
étudiantes sur
les campus."
*Les actions disciplinaires. Confrontés
à des manifestations étudiantes de plus en plus
violentes et perturbatrices, les autorités
universitaires
commencèrent à prendre des mesures disciplinaires
plus
fortes. En 1969, par exemple, une étude concernant les
mesures
disciplinaires prises sur 28 campus montre que plus de 900
étudiants
ont té renvoyés ou suspendus alors que plus de
850
autres reçurent des avertissements. Dans une
déclaration
devant cette Commission, J. Edgar Hoover a
déclaré que
les manifestations violentes et perturbatrices avaient fait
l’objet
de plus de 4 000 arrestations durant l’année
universitaire
1968- 69 et environ 7 200 durant celle de 1969-70. A
l’Université
de Chicago, Harvard, et ailleurs des étudiants
furent
renvoyés de l’université à
cause de leur
participation à l’occupation de locaux .
D’autres furent
suspendus ou mis à l’épreuve.
* L’ influence
de la nouvelle culture de la jeunesse. L‘agitation
étudiante
fut considérablement renforcée par une
"contre-culture"
de la jeunesse qui s’exprimait à travers de
nouvelles formes
artistiques et musicales, l’usage de drogues, des
tenues
vestimentaires et des relations interpersonnelles non orthodoxes. Les
étudiants étaient réceptifs
à l’accent
de cette culture sur l’authenticité et
l’aliénation.
Beaucoup de communautés universitaires
commencèrent à
attirer des non-étudiants, qui participaient à la
nouvelle culture de la jeunesse. Ces "gens de la rue"
jouèrent un rôle proéminent dans des
manifestations étudiantes , actions violentes et
émeutes
et rendirent plus compliquées les réponses
à
l’agitation étudiante.
* La monté du militantisme et de la conscience politique et culturelle parmi les groupes minoritaires étudiants, autres que noirs, particulièrement parmi les Porto-ricains dans l’Est, et les Chicanos dans l’Ouest et le Sud- Ouest. Les militants étudiants Chicanos et Porto-ricains formèrent des groupes ethniques, dont le but était la revendication des droits de leurs communautés sur les ressources, le contenu de l’enseignement, les politiques d’admission et l’avenir de l’université. Bien que préservant leur identité propre, le mouvement des étudiants hispanophiles firent cause commune parfois avec les étudiants noirs et d’autres minorités dans une coalition "Tiers Monde", comme au San Francisco State et ailleurs.
* La réaction de l’opinion publique
à l’agitation
étudiante. La grande majorité des
américains
était offusquée par la violence sur les campus du
pays.
De telles réactions contre cette agitation
étaient
souvent renforcées par une plus grande aversion encore
envers
la tenue vestimentaire, le style de vie, le comportement et la
façon
de parler adoptés par quelques jeunes gens. Inquiets de ce
qu’ils considéraient comme une érosion
des valeurs,
une perte de moralité et un penchant pour la violence,
beaucoup d’américains vinrent à penser
que seules des
mesures dures viendraient à bout des troubles sur les
campus.
Beaucoup échouèrent à faire la
distinction entre
la contestation pacifique et violente et
réclamèrent
l’éradication de toute agitation. Cette
réaction de
l’opinion publique fit des évènements
sur les campus
–en particulier les manifestations, les occupations et la
violence
– une question politique majeure, discutée
à la fois
rationnellement et traitée de façon
irresponsable.
*
L’action législative. Comme question politique
majeure,
l’agitation des campus a fait l’objet de beaucoup
de mesures
législatives, la plupart d’entre elles
répressives.
Mi 1970, plus de trente états avaient mis en vigueur
près
de 80 lois ayant trait à l’agitation
étudiante.
Certaines prévoyaient le renvoi ou le retrait des aides
financières pour les étudiants commettant des
crimes ou
violant des règlements universitaires, d’autres le
renvoi ou
la suspension des enseignants pour des offenses semblables. Des
ordonnances passées dans 12 états autorisaient
jusqu’à
des peines de prison et des amendes pour quiconque entraverait
volontairement le libre accès au matériel et aux
équipements universitaires aux membres de la
communauté
universitaires. Le Federal Higher Education Act de 1968 et bon nombre
de lois fédérales passées depuis
suspendent
l’aide financière fédérale
aux étudiants
qui perturbent les activités de
l’université.
Des
réactions législatives indirectes devinrent
également
de plus en plus courantes. Dans quelques états, les
dotations
budgétaires pour l’enseignement
supérieur furent
reportées ou refusées; dans d’autres,
les budgets
furent détournés des plus grandes
universités et
collèges pour être dirigés vers les
collèges
communautaires où il y eut moins de contestations. Les
autorités publiques et les membres du conseil
d’administration
intervenaient beaucoup plus activement dans les décisions de
l’université concernant le contenu des cours et
les salaires
des enseignants.
[…]
LE PARADOXE DES TACTIQUES
Après d’intenses confrontations comme celle de
Columbia, on aurait pu s’attendre à ce que les
étudiants
les plus modérés emboîtent le pas aux
extrémistes, en adoptant leurs tactiques de la
même
façon qu’ils avaient adopté leurs
objectifs. Au lieu
de cela, les étudiants modérés ont
souvent
réaffirmé leur engagement non-violent et leur
détermination à travailler à
l’intérieur
du système
Nous appelons cela le paradoxe des
tactiques. Et cela est particulièrement visible tout au long
de l’histoire du mouvement étudiant des
dernières
années. Plus les extrémistes devenaient violents
et
plus les modérés non-violents devenaient actifs.
En
même temps qu’augmentaient les actes violents et
terroristes
augmentait également la fréquence avec laquelle
les
modérés organisaient de grandes –
énormes
parfois – manifestations non-violentes. A chaque fois
qu’une
manifestation était prévue et qu’il y
avait des
raisons de craindre qu’elle puisse être violente,
les modérés
faisaient tout ce qu’ils pouvaient pour s’imposer.
Ils aidaient à
organiser la manifestation, recrutaient un service d’ordre
étudiant
pour contrôler la foule et s’occupaient du
transport et de
l’hébergement pour les milliers de personnes
présentes.
Généralement, ces manifestations se
déroulaient
pacifiquement , témoignant ainsi des bonnes intentions et de
l’auto f- discipline des manifestants étudiants.
Cette
escalade progressive de la violence et cet engagement croissant
d’un
grand nombre de modérés pour tenter de mettre en
avant
des types d’actions politiques plus acceptables
s’inscrivirent
dans un cycle qui se répétait sur beaucoup de
campus.
En 1964, l’année de l’ invention
Berkeley,
la plupart des stratégies utilisées par les
étudiants
étaient non-violentes. Même les plus militants des
étudiants étaient d’accord sur le fait
que le but
d’une manifestation était de mobiliser le soutien
à
des réformes en faisant appel à la nature la
meilleure
des américains.. L’expérience a
montré que
c’était une stratégie efficace. La vue
de jeunes
militants noirs et blancs subissant avec dignité les
attaques
de la police du Sud a inspiré beaucoup
d’américains.
Le sentiment de l’opinion publique, notamment dans le Nord,
leur
était par conséquent favorable.
A Berkeley, et
durant les trios années qui suivirent, la contestation sur
les
campus se déroula généralement dans un
esprit de
non-violence. Les manifestations n’étaient la
plupart du
temps que cela –des actions destinées en premier
lieu a
témoigner deu point de vue et de l’importance des
préoccupations des participants.. Dans les cas les plus
extrêmes, les stratégies étaient
calculées
pour provoquer de la part des autorités une
réponse
disproportionnée et ainsi gagner la sympathie de ceux qui ne
s’étaient pas encore engagés. Mais les
manifestants
pensaient que si ils voulaient gagner cette sympathie, leur conduite
devait être non-violente, et elle
l’était
généralement.. Il existe peu d’exemples
de
comportements étudiants violents, même en cas de
provocation, dans la contestation étudiante entre 1964 et
1967.
Mais après 1967, peut-être influences par
les terribles émeutes de Newark et de Detroit durant
l’été
de cette année, quelques étudiants radicaux
commencèrent à employer des tactiques plus
extrémistes.
Leurs opinions politiques devinrent encore plus extrêmes, et
leur engagement non-violent fut remplacé par un
élan
révolutionnaire croissant. Ils adoptèrent de
nouvelles
stratégies destinées à choquer
l’opinion par
une perspective radicale de la société
américaine.
L’a ssurance, l’isolement et la
solidarité croissantes de
ces extrémistes ont également
contribué à
ce changement de stratégie. Ceux qui croient que leur cause
est indiscutablement bonne et ceux qui agissent solidairement avec
leurs amis pensent que tout est permis.
Pendant l’été
de1969, le SDS s’est fractionné pendant sa
convention
nationale à Chicago. Un débat majeur concernait
la
stratégie. Une faction, conduite par le Progressive Labor
Party, voulait organiser la classe ouvrière pour faire la
révolution; Elle insistait sur une discipline stricte, un
contrôle soigneux sur la stratégie, et une
opposition au
terrorisme. L’autre faction majeure, qui croyait que les
travailleurs américains étaient corrompus par le
système capitaliste, voulait une revolution
immédiate,
comprenant des actions dans la rue. De cette seconde faction sont
nés
les Weathermen, qui prônaient la violence à la
fois
contre la propriété ("la camelote") et contre
les personnes. Les Weathermen organisèrent les "days of
rage" à Chicago Durant lesquels ils détruisirent
des biens et s’affrontèrent avec la police .Ils
furent
accusés bientôt de crimes variés et
entrèrent
dans la clandestinité. Trois de leurs membres furent
tués
quand leur dynamite explosa accidentellement à New York City
en 1970.
Il y a plus de sept millions d’étudiants
aujourd’hui en Amérique.Parmi ceux-ci, peu
pratiquent le
terrorisme. En fait, une partie de la violence imputée aux
étudiants est perpétrée par des
non-étudiants.
Cependant, malgré leur petit nombre, ces
étudiants qui
ont adopté la violence comme stratégie ont cause
maintes destructions et ont obtenu une sympathie
considérable
parmi les autres étudiants.. Sur quelques grands campus
--dans
la Région de la Baie de San Francisco, Madison et Cambridge
–
ils ont causé de gros dégâts.
A Stanford,
en avril 1970, des bandes de "guérilleros" ont
systématiquement terrorisé le campus pendant
plusieurs
nuits, jetant des pierres, cassant des vitres et mettant le feu
à
des bâtiments. Après l’explosion
à l’Université
du Wisconsin en août 1970 qui a causé la mort
d’un
étudiant tout juste diplômé et 6
millions de $ de
dégâts, des journaux underground
déclaraient
joyeusement qu’un autre coup avait été
porté à
la "nation des porcs." Les étudiants de Madison
exprimèrent des regrets suite à la mort du jeune
chercheur – mais quelques-uns refusèrent de
condamner
l’attentat à la bombe contre le Army Mathematics
Center qui
l’avait causée.
De plus en plus, on entendait
l’argument selon lequel l’usage de la violence
était
justifié, soit pour promouvoir le changement social, soit
pour
venir à bout de l’agitation sur les campus.
Beaucoup
d’américains, en pleine confusion et
indignés par
l’agitation étudiante, en étaient
arrivés à
la conclusion que seule des mesures draconiennes et punitives
pouvaient contrôler les étudiants. Quelques
américains
applaudissaient ouvertement les violences policières contre
les étudiants, argumentant qu’ils ne devaient
s’en prendre
qu’à eux-mêmes si ils étaient
tués par
la police pendant des manifestations violentes et perturbatrices. De
telles attitudes de la part de l’opinion publique ont
clairement
encouragé des réponses violentes de la part des
autorités civiles.
Des incidents violents ou de nature
terroristes recevaient naturellement une large publicité,
alors que les manifestations pacifiques et les efforts constructifs
de la majorité des militants étudiants ne
recevaient
que peu d’écho. Les sanctions disciplinaires dans
les
universités et collèges contre des manifestants
violents et perturbateurs n’ont pas fait l’objet de
publicité.
L’existence d’un groupe
d’étudiants non-violents,
libéraux et radicaux, qui ont activement contré
le
style de la stratégie violente des extrémistes
n’a
également reçue que peu d’attention de
la part de
l’opinion publique.
Un thème central, d’ailleurs ,
dans l’histoire actuelle du militantisme étudiant
est
l’émergence d’un groupe
d’étudiants encore plus
important et plus actif qui, en réaction aux
stratégies
extrémistes d’autres étudiants, ont
été
amenés à faire pression pour le changement
–qui
devait survenir, insistaient-ils, grâce à des
moyens
pacifiques non-violents.
Un exemple du rôle nouveau de
ces modérés s’est
déroulé le 1er Mai
1970, quand 12 000 se sont rassemblées sur le New Haven
Green
en soutien à un groupe de Black Panthers accusé
de
meurtre. Les précautions des responsables de la police, la
coopération des administrateurs de
l’université de
Yale et les plans minutieux des étudiants et des enseignants
contribuèrent à éviter tous les
incidents autres
que mineurs. Les modérés gardèrent
également
le contrôle des moratoriums d’avril et d’
Octobre 1969
contre la guerre du Vietnam. Sans aucun doute, sur de nombreux
campus, ces évènements étaient la
parfaite
démonstration du style et de la force des
modérés.
Les modérés ont aussi apporté leur
style
à la campagne la candidature présidentielle
d’ Eugene
McCarthy en 1968, à des marches sur Washington –et
par
dessus tout, aux manifestations spontanées pour la paix
en
mai 1970.
La plupart des actions Durant la grève
étudiante de mai 1970 furent pacifiques, qoi qu’il
y eut
parfois des cas de troubles de l’ordre public et de violence.
.Dans
beaucoup de cas, les autorité des états prirent
des
mesures pour prévenir la violence. En Californie, le
Gouverneur Ronald Reagan avait fermé pour quatre jours les
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campus des université et Collèges
d’Etat. Les Gardes
Nationaux furent envoyés sur les campus des
universités
du Kentucky, de Caroline du Sud, d’ Illinois
d’Urbana et du
Wisconsin à Madison. Il y eut des troubles à
Stanford,
Berkeley, à l’Université du Maryland
à College
Park et en d’autres endroits. Au Fresno State College en
Californie
une bombe incendiaire a détruit le centre informatique de un
million de dollars.
Mais par dessus tout, la violence de la
part des manifestants était limitée. Les
manifestations
étudiantes sur les sujets combinés du Cambodge,
de Kent
State et de Jackson State étaient devenues si
répandues
que les manifestants modérés
dépassaient
largement en nombre les extrémistes et la grande
majorité
des manifestations sont restées pacifiques. Alors que
près
de 30 pour cent des campus U. S. étaient
impliqués à
un niveau ou à un autre dans des
grèves, 5 pour
cent d’entre eux seulement eurent à faire face
à la
violence.
La raison principale pour cette non-violence
généralisée est à chercher
dans le
paradoxe des tactiques: le nombre massif de
modérés qui
se sont joint à la contestation , en partie à
cause des
actes violents commis contre les étudiants, ont garanti
alors
par leur engagement que les manifestations seraient en grande partie
non-violentes. In partie, les modérés en furent
capables parce qu’ils étaient de loin plus
nombreux que les
extrémistes. Mais plus importantes furent leur
décision:
campus après campus, les étudiants, les
enseignants,
les administrateurs mirent en place des programmes d’action
pour
trouver des alternatives politiquement viables aux actions
violentes.
L’université de Princeton, par exemple,
décida de reprogrammer tous ses cours durant
l’automne pour
permettre à ses étudiants de travailler
à la
campagne électorale pendant les deux semaines
précédant
le jour du vote. Le Movement for a New Congress, une initiative pour
faire élire des candidats opposés à la
guerre,
s’étendit à partir de Princeton
à d’autres
campus Dans un certains nombre de collèges, les
règlements
universitaires furent assouplis pour accorder du temps aux
étudiants
pour des activités politiques. Ces étudiants
firent du
porte à porte chez les particuliers, auprès des
églises, dans des clubs, pour présenter leur
point de
vue et rassembler des signatures pour des pétitions
anti-guerre.
Le 9 mai1970 plus de 60 000 personnes, pour la
plupart étudiants, se rassemblèrent à
l’
Ellipse à Washington pour une manifestation pacifique contre
la guerre. Des milliers d’autres étaient venus
à
Washington pour faire pression sur les membres du Congrès,
les
Sénateurs les membres du Cabinet et même le
Président
lui-même. Le 11 mai, plus d’un millier
d’étudiants
de Yale et leurs professeurs, conduits par le Président
Kingman Brewster, Jr. ont parlé avec plus de 300 membres du
Congrès ou leurs assistants
D’importantes délégations
se rendaient au Capitole venant de Brandeis, de
l’Université
de Caroline du Nord, de Haverford College, et de beaucoup
d’autres
collèges. Bien que toutes ces activités
politiques
non-violentes indiquent que les modérés avaient
généralement gagné sur les
extrémistes
sur la question des moyens, il est clair, rétrospectivement,
que sur la question de la fin, ce furent les radicaux qui furent
victorieux. Pendant des années, les radicaux ont
travaillé
pour politiser l’université et, en mai 1970, des
universités
entières étaient, en effet, mobilisées
contre la
politique de la présente administration nationale. Les
étudiants, le corps enseignant et les administrateurs
s’unirent pour détourner leur attention des
questions
universitaires pour s’intéresser à ce
qui leur
semblaient beaucoup plus urgent, à savoir les revendications
politiques et le moyen de garder les actions de protestations
non-violentes. En mai 1970, les étudiants ne faisaient pas
grève contre leurs universités; ils avaient
réussi
à mettre en grèves leurs universités
contre la
politique nationale.
De plus, le mouvement de grève
de mai 1970 a révélé combien la
signification du
terme "modération" stratégique avait
changé
depuis les évènements de Berkeley en 1964. Au
début
des années 1960, peu de modérés
auraient imagine
participer à une grève étudiante,
encore moins à
un sit-in..
Mais en même temps que les stratégies
extrémistes devenaient plus extrêmes et violentes,
les
stratégies modérées devenaient moins
modérées
et commençaient à inclure des grèves
et des
occupations. Par conséquent, en mai 1970, les
étudiants
modérés et les enseignants
d(universités et de
collèges, par centaines, interrompirent leurs
activités
universitaires normales – dans certains cas avec des
sanctions des
autorités universitaires – pour consacrer leur
temps et
leurs efforts à un travail politique contre la guerre. Dans
certains endroits, le matériel universitaire
était
utilisé pour ces activités politiques et des
cours et
des examens furent reportés ou annulés..
Dans la
majeure partie des cas, la violence était
évitée.
Mais quelques universités avait été
politisée
pendant au moins deux semaines; et, peut-être plus important
à
long terme, la préoccupation, la colère,
l’
indignation de l’opinion publique grandissait devant
l’agitation
des campus
L’OPINION SUR LES CAMPUS EN MAI 1970
[…]
Après avoir décrit les tendances de la dernière décade, reste la question: Quelles sont les attitudes et opinions des étudiants des collèges américains aujourd’hui? Combien profonds et étendus furent les effets de la vague contestataire étudiante?
Dans l’ensemble, les étudiants américains ne sont pas aussi radicaux politiquement que quelques articles de journaux ne l’ont laissé entendre. Il y a seulement trois ans, au printemps 1967, un sondage Gallup auprès d’étudiants de collèges a indiqué que 49 pour cent se classaient eux-mêmes comme "faucons" quant à la guerre du Vietnam. Depuis ce temps, il s’est produit un changement radicale dans l’attitude des étudiants vis à vis de la guerre. Un sondage Gallup publié en décembre1969 montre que seulement 20 pour cent des étudiants se classent parmi les "faucons" alors que 69 pour cent se classent comme "colombes." A la même époque, 50 pour cent – comparé avec les 64 pour cent de l’opinion publique adulte --approuvait la façon dont le président Nixon maîtrisait la situation au Vietnam. En 1965, un sondage montrait que seulement 6 pour cent des étudiants américains étaient favorables à un retrait immédiat du Vietnam. En Mai 1970, une enquête spéciale de Harris, commanditée par le American Council on Education et conduite après l’incursion au Cambodge et les évènements de Kent State et Jackson State, montrait que 54 pour cent étaient favorables à la fin des combats au Vietnam et au retour à la maison des troupes américaines le plus vite possible.
L’opinion des
étudiants sur
d’autres sujets controversés n’est pas
non plus
particulièrement radicale. L’enquête
spéciale
Harris Survey a montré que seulement 25 pour cent estimaient
que le ROTC devrait totalement disparaître des campus,
pendant
que 37 pour cent pensaient qu’il devait y être
autorisé
et recevoir des crédits universitaires. La même
enquête
indiquait que 72 pour cent pensaient que les
sociétés
impliquées dans la défense devait être
autorisées
à recruter sur les campus; 70 pour cent étaient
d’accord pour dire que "les autorités scolaires
ont
raison " d’appeler la police quand les étudiants
occupent des bâtiments ou menacent d’utiliser la
violence; et
même après les morts tragiques de Kent State, 42
pour
cent des étudiants pensaient que "la Garde Nationale
avait agi de façon responsable dans la plupart des cas "
quand elle avait été appelé sur les
campus des
collèges.
Bien que le résultat de cette enquête
montre la persistance d’attitudes libérales, et
même
conservatrices, parmi les étudiants des collèges,
d’autres chiffres indiquent une montée du
radicalisme
étudiant. En 1968, l’institut Harris a
montré que 4
pour cent des étudiants américains
s’identifiaient
eux-mêmes comme "radicaux ou d’extrême
gauche"
. En 1970, 11 pour cent s’identifiaient comme tels.
Même
si un petit pourcentage seulement d’étudiants
s’identifient
comme "radicaux," une grande proportion
d’étudiants
sont venus à des opinions radicales.
L’enquête Harris
de 1970 indique que 76 pour cent d’entre eux croyaient que
des
changements "profonds" du système seraient
nécessaires pour améliorer la qualité
de la vie
en Amérique et 44 pour cent pensaient qu’un
progrès
social avait plus de chance de survenir par "des pressions
radicales venant de l’extérieur du
système " que
par des actions de grandes institutions traditionnelles.
La
montée du radicalisme politique parmi les
étudiants
s’est accompagnée par l’augmentation de
la contestation
étudiante et une plus grande volonté de la part
de
quelques étudiants de s’engager dans –ou
au moins soutenir
– des manifestations perturbatrices ou violentes. Sur la base
des
réponses des étudiants,
l’enquête Harris
indique que, en mai 1970, 80% des sondés, dans leur
établissement "avaient pris part à des actions de
protestation ou des manifestations". 75 pour cent de ces
étudiants étaient favorables aux objectifs de la
contestation et 58 pour cent d’entre eux y participaient au
moment
de l’enquête.
La plupart des enquêtes montre que
la majorité des étudiants ne sont pas favorables
aux
stratégies extrémistes. Par exemple,
l’enquête
Harris indique que 68 pour cent d’entre eux
n’acceptent pas la
violence comme moyen efficace de changement. Mais les tactiques
extrémistes sont devenues acceptables pour quelques
étudiants.
La même enquête révèle que 56
pour cent des
étudiants sont en désaccord avec
l’idée que
"puisque les collèges et les universités sont des
endroits pour des études et un apprentissage intellectuel
sérieux, ils sont trop importants pour notre
société
pour être continuellement perturbés par la
contestation
et des manifestations." En septembre de cette année, un
groupe de chercheurs de l’Université de Californie
a déclaré
qu’une enquête auprès
d’anciens diplômés
de collèges, à prédominance blanche,
appartenant
à la classe moyenne, a
révélé que 80 pour
cent d’entre eux croyaient que la confrontation, allant des
manifestations non-violentes de masse jusqu’aux actes
violents,
était nécessaire pour obtenir un changement
social.
En
résumé, la dernière décade
a été
le témoin d’un désenchantement et
d’un sentiment
d’aliénation grandissant parmi les
étudiants
américains. Plus des trois quart d’entre eux
aujourd’hui
pensent que des "changements profonds du système "
sont nécessaires; beaucoup pensent que leurs efforts
précédents pour "travailler à
l’intérieur
du système" se sont montrés vains; un grand
nombre
accepte les stratégies perturbatrices; et une petite mais
importante minorité a adopté ces
stratégies
violentes –sans condamnation claire de leurs enseignants ou
de
leurs camarades. Par conséquent, dans une
infinité de
cas individuels, ce qui avait commencé comme un engagement
idéaliste et plein d’espoir pour un changement
social s’est
désintégré. C’est une triste
image, mais une
image exacte..
Février 2005
Chapitre 2 Index mouvements étudiants
