RAPPORT DE LA COMMISSION PRESIDENTIELLE SUR L’AGITATION DES CAMPUS

Extraits

Le document intégral peut-être lu à l’adresse: http://dept.kent.edu/may4/Campus_Unrest/campus_unrest_chapter1a.htm



CHAPITRE I

PROTESTATION ETUDIANTE DANS LES ANNEES 1960

Le 30 avril 1970, le Président Nixon a annoncé que les troupes américaines et sud-vietnamiennes avaient fait mouvement contre les sanctuaires ennemis au Cambodge. Quelques minutes après cette annonce, des manifestations étudiantes étaient organisées à Princeton et Oberlin College. Quelques jours après, des grèves et autres manifestations se déroulaient dans la totalité des universités et collèges à travers le pays.

La vague croissante de grèves apporta avec elle quelques sérieuses perturbations. L’une d’entre elle s’est déroulée à la Kent State University dans l’ Ohio, et environ 750 Gardes Nationaux y furent envoyés pour calmer le désordre.

Le 2 mai, le bâtiment du ROTC de Kent State fut incendié. Le 4 mai, les étudiants de Kent State se réunirent sur les communs et défièrent un ordre de se disperser donné par la Garde National (2) Celle entreprit la dispersion. Les étudiants commencèrent alors à brocarder les unités de la Garde et à leur jeter des pierres. Les Gardes ont tiré des grenades lacrymogènes dans la foule, puis quelques-uns ont fait feu de leurs armes. Quatre étudiants ont été tués et neuf autres blessés.

Durant les six jours après l’annonce par le Président de l’invasion du Cambodge, mais avant les morts à Kent State, une vingtaine d’autres grèves étudiantes s’étaient déclenchées. Pendant les quatre jours qui ont suivi la tuerie de Kent, on compta une centaine de grèves ou davantage par jour. Un centre de coordination étudiant à Brandeis University a annoncé que le 10 mai, 448 campus étaient soit affectés par une forme ou une autre de grève, soit totalement fermés.

Dix jours après les évènements de Kent State il y eut des troubles au Jackson State College, une école noire à Jackson, Mississippi. La nuit du 14 mai, des étudiants ont jeté des briques et des bouteilles sur un automobiliste blanc, un camion a été incendié et la police municipale et d’état, appelée pour protéger les pompiers, est harcelée. Quelques policiers ont ouvert le feu dans un dortoir. Deux étudiants noirs ont été tués et au moins douze autres blessés..

D’autres établissements se joignirent aux grèves étudiantes et beaucoup d’entre eux suspendirent provisoirement leurs cours en mémoire des victimes de Jackson State. Fin mai, d’après les statistiques rassemblées par la Urban Research Corporation, près du tiers des 2 500 collèges et universités d’ Amérique avait connu des manifestations sous une forme ou sous une autre. Le point culminant des grèves eut lieu la semaine suivant les morts à Kent State.

Comme l’été touchait à sa fin, le centre de recherche de mathématiques de l’Université du Wisconsin à Madison fut détruit par une bombe. Un chercheur fut tué et quatre autres personnes blessées. Un groupe révolutionnaire appelé le " New Year's Gang"  a revendiqué cet attentat et prévenu qu’il y en aurait d’autres si certaines demandes n’étaient pas satisfaites. Le FBI a été appelé pour enquêter sur ce cas et à lance une chasse à l’homme nationale après quatre jeunes suspects.

Dans ce chapitre, nous retraçons l’évolution de la protestation étudiante Durant la décade des années 1960, des manifestations pacifiques des militants pour les droits civiques à l’attentat à la bombe terroriste de Madison. Quand la décade a commencé, l’opinion publique américaine aa été impressionnée par le courage, l’idéalisme, la retenue des militants étudiants pour les droits civiques; comme la décade se termine, l’opinion publique a peur, est en colère et ne sait plus que penser de l’escalade des manifestations étudiantes. Au début de la décade, la grande majorité des étudiants américains était soit apolitique, soit attaché à travailler pacifiquement pour un changement à l’intérieur du système existant; au terme de la décade, un nombre toujours plus grand d’étudiants accepte une analyse radicale de la société américaine et désespère des possibilités d’un changement social pacifique. Comment ce changement s’est-il produit en seulement une dizaine d’années ?

[…]

LE CONTEXTE DE LA CONTESTATION ETUDIANTE

Le mécontentement étudiant en Amérique n’a pas commencé à Berkeley en 1964, ou avec le mouvement pour les droits civiques au début des années 1960. L’histoire des collèges américains du début du dix neuvième siècle est truffé d’incidents, de désordres et d’émeutes . Ces désordres avaient généralement pour cause la nourriture pauvre, les conditions de vie primitives, et les règlements intransigeants.. Aujourd’hui encore, ces plaintes traditionnelles sont à l’origine de plus de protestations sur les campus qu’on ne le réalise généralement. Mais bien que l’agitation sur les campus du dix neuvième siècle reflétait une rébellion contre l’éthique puritaine religieuse dominante des collèges de l’époque, le mécontentement étudiant d’alors était largement apolitique.

Cette situation a commencé à changer au début du vingtième siècle quand a émergé le premier mouvement politique radical parmi les étudiants des collèges américains. -- la Intercollegiate Socialist Society . Aux plus beaux jours de l’ ISS , elle comptait plus de membres, comparé à la population étudiante totale, que les Students for a Democratic Society (SDS) à la fin des années 1960. Pendant les années 1920, il y eut des manifestations étudiantes contre le ROTC, des dénonciations du contenu de l’enseignement pour son soutien supposé au système établi, et des attaques contre la politique étrangère "impérialiste" de l’Amérique. Durant la dépression, il y eut un encore plus grand mécontentement. Des sondages réalisés pendant les années 1930 ont montré que le quart des étudiants de collèges était sympathisants du socialisme, et qu’au moins 40% disaient qu’ils refuseraient de participer à la guerre. Il y eut beaucoup de grèves étudiantes contre la guerre, quelques manifestations de masse et quelques expulsions

Donc, l’agitation des six dernières années n’est pas aussi surprenante que l’est la tranquillité exceptionnelle des vingt années qui les ont précédé. Du début des années 1940 au début des années 1960 , les collèges et universités américains furent inhabituellement calmes, les mouvements étudiants radicaux pour ainsi dire inexistants, et les manifestations rares. L’ existence de cette "génération silencieuse" fut en partie le résultat de la Guerre Froide. Mais comme les tensions diminuaient, les étudiants se sentirent moins obliges de defender la démocratie occidentale et se sentirent plus libres pour jeter un oeil critique sur leur propre société. De nouveau, le campus américain devenait un centre de contestation.

Dans ses premières phases, le militantisme renaissant sur les campus était réformiste dans ses buts, non-violent dans sa tactique et poursuivait ses objectifs par des moyens de persuasion politiques et morales. Mais cela n’a pas continué sous cette forme. A l’automne 1964, une série critique d’évènement à l’Université de Californie de Berkeley a transformé le militantisme du campus en un phénomène complexe et changeant tel qu’on le connaît aujourd’hui

La révolte de Berkeley n’a pas explosé dans un espace vierge. Elle a été précédée par une chaîne d’évènements durant la fin des années 1950 et le début des années 1960 qui ont contribué à ranimer le militantisme sur le campus.

Le plus important d’entre eux fut le mouvement pour les droits civiques. Du fait que la contestation des étudiants noirs présente beaucoup de caractéristiques originales, ses traits distinctifs sont examinés séparément et en détail ailleurs dans ce rapport. Nous ne faisons que souligner ici que les étudiants noirs ont joué un rôle central dans les mouvements pour les droits civiques à travers les années soixante.  Après le sit-in historique de quatre étudiants du North Carolina Agricultural et du Technical College dans une cafétaria ségrégationniste de Greensboro, en Caroline du Nord en février 1960, la vague de sit-ins et autres actions en faveur des droits civiques a éveillé la conscience de la nation et encouragé beaucoup d’étudiants à manifester leur soutien aux droits civiques à travers l’action directe non-violente.

Le mouvement de la paix, fondé sur aversion pour les armes nucléaires, a ajouté un autre élément important au fondement du militantisme étudiant. Et, en 1962, à Port Huron, Michigan, le Students for a Democratic Society s’est réorganisé avec une déclaration qui appelait les étudiants à travailler pour une société où tous les hommes contrôleraient mieux leur vie et les institutions sociales. Sous la bannière de la  "démocratie participative" le SDS entreprit ses premiers efforts pour organiser les bas quartiers des villes du Nord.

Des évènements localisés dans la Région de la Baie de San Francisco Bay ont préparé le lit de la révolte de Berkeley. En 1960 il y eut une manifestation agitée à laquelle prirent part les étudiants de Berkeley contre le House Un-American Activities Committee. Plus tard, les étudiants de l’Université de Californie participèrent à une série de sit-ins, sleep-ins, shop-ins, et autres actions pour convaincre les employeurs de la Région de la Baie d’embaucher des noirs.. Comme lors des manifestations contre le HUAC, beaucoup d’étudiants s’impliquèrent dans des confrontations avec la police en dehors du campus. Et sur le campus, l’insatisfaction croissante des étudiants et du corps enseignant vis à vis de l’éducation supérieure conduisait à un mouvement pour réformer l’université et le contenu de ses programmes.

A l’automne1964, il y avait une inquiétude croissante chez les étudiants de Berkeley qui s’exprimait à la fois à travers des manifestations et des services à la communauté. Elle était centrés sur les questions en suspens de la guerre et la paix, des droits civiques, de la qualité de l’éducation et sur les conditions de vie des classes défavorisées. C’est dans ce contexte qu’a éclaté la révolte de Berkeley.


L’INVENTION BERKELEY

Ce qui s’est passé à Berkeley représente plus que "la somme de ses parts". Les évènements sur ce campus à l’automne 1964 ont représenté une invention politique authentique. –un mélange nouveau et complexe de questions, de tactiques, d’émotions et de mise en scène qui allait devenir le prototype pour la contestation étudiante tout le long de la décade – Rien de tel n’avait existé auparavant en Amérique. C’est sur la nature et l’évolution de cette invention à la vie longue , dans toutes ses variants, que s’est penchée cette Commission.

En bref, les évènements à Berkeley furent les suivants : A la fin de l’été 1964, l’ administration de l’université a remis au goût du jour un vieux règlement qui interdisait la propagande des groupes politiques sur le campus et l’utilisation des équipement de l’université pour soutenir ou s’opposer à des candidats ou des sujets particuliers. Jusqu’alors, ces activités avaient été tolérées dans un endroit bien défini à la bordure du campus. Les militants se sont alors trouvés dépossédés de leur coin de pelouse familier. Exaspérés, ils décidèrent de violer cette interdiction nouvelle et les autorités universitaires suspendirent sommairement huit d’entre eux.

Peu après, le 1er Octobre, des policiers arrêtèrent sur le campus un militant non-étudiant pour intrusion. Quand ils essayèrent de l’emmener dans une voiture de police, des étudiants formèrent spontanément un sit-in empêchant la voiture et ses occupants de bouger pendant 32 heures. La foule s’est dispersée après que l’université se soit engagée à ne pas entreprendre de poursuites; mais Durant les deux mois suivants, la question de savoir si les activités politiques étaient autorisées ou non sur le campus resta irrésolue. De même la question de la discipline dans l’université. Après une série d’auditions, l’université annonça le 20 Novembre que six des huit étudiants suspendus seraient sanctionnés d’une suspension  et que les deux autres feraient l’objet d’une mise à l’épreuve pour le reste du semestre. Une semaine après, ces deux mêmes étudiants furent informés que de nouvelles mesures disciplinaires avaient été prises du fait de leurs actions du 1er Octobre.

Après les vacances de Thanksgiving , la contestation reprit. Les dirigeants du Free Speech Movement (FSM), formé des groupes politiques du campus de toutes opinions pour défendre leur droit de s’organiser, commencèrent un grand sit-in de deux jours dans le bâtiment de l’administration. Le sit-in prit fin lorsque le Gouverneur Edmund G. Brown fit appel à la police. Il y eut des centaines d’arrestations et de nombreuses plaintes concernant la brutalité des policiers.

Avant l’ intervention de la police, les actions du FSM n’étaient soutenues que par une petite minorité de la population étudiante de Berkeley. Cela changea rapidement. L’action de la police et les arrestations en masse mobilisèrent une grande partie des étudiants et du corps enseignant en faveur des objectifs du action FSM. Les cours et les autres activités normales furent interrompues dans une grève sans précédent contre l’université.

D’une certaine manière le FSM avait réussi; En janvier, le Chancellor avait pris des conges et le loi interdisant le campus aux groupes politiques étudiants étaient à l’examen. Le campus retournait peu à peu à la routine. Cependant, sous les apparences de normalité, les choses n’étaient plus pareilles. Ce qui était arrivé à Berkeley avait change la nature du militantisme étudiant de façon fondamentale.

Les événement de Berkeley sont exceptionnellement difficiles à interpréter de façon objective. Ce qui était essentiellement un phénomène complexe fut rapidement l’objet d’interprétations rapides de deux façons grossièrement simplifiées. Selon une première interprétation, ce qui arriva à Berkeley fut le résultat du travail nuisible d’un petit groupe de révolutionnaires, en dehors du courant de pensée américain, qui exploitait des situations dont ils se fichaient éperdument, pour manipuler un grand nombre d’étudiants. Malgré leur auto-justification morale, disait-on, ces nihilistes n’étaient capables que de dévastations, destructions et violence et devaient être ignorés ou, si nécessaire, sanctionnés.

L’autre interprétation était que, sans tenir compte de qui la commença et comment, la contestation du FSM n’aurait jamais réussie sans le soutien de beaucoup d’étudiants libéraux, non extrémistes. Ces étudiants avaient soutenu les manifestations les questions soulevées soulignaient les déficiences fondamentales de l’université et de la société américaine. La contestation étudiante reflétait donc, non pas une volonté de détruire mais plutôt un idéalisme sincère et constructif. Si sa tactique était violente, ce n’était que la conséquence de l’indignation des étudiants ou le résultat direct de la violence policière. La réponse appropriée à la contestation étudiante aurait été de la soutenir sans réserve – non de la réprimer.

Ces interprétations étaient inadéquates pace qu’elles ne reflétaient pas la complexité et la nouveauté du scénario de contestation que les militants de Berkeley avaient mis en scène pour la première fois. Nous appelons ce scénario l’invention de Berkeley, et il comprend les éléments suivants:

* La contestation a été lancée par un petit groupe de militants étudiants. En même temps qu’elle se développait, les étudiants les plus radicaux en prirent la direction.

* La question était en fait une double question, associant un problème interne et externe au -campus. A un niveau, il s’agissait d’une question de libertés civiques, impliquant des sentiments intenses et des valeurs morales levées . Mais à un second niveau, c’était une question interne à l’université, puisqu’elle soulevait la question de savoir quelles activités politiques pouvaient être permises sur le campus. Le FSM lui-même ne s’est pas attaqué à des adversaires des libertés civiques et de la liberté d’expression à l’extérieur du campus. Il ne s’est pas attaqué non plus à ceux qui prônaient la discrimination contre les noirs ou les empêchaient de voter. Sa cible était une administration libérale universitaire qu’il se représentait –qui s’est montrée elle-même – dans un rôle répressif.

La combinaison de ces questions sociales et politiques majeures avec des questions internes à l’université se sont révélées extrêmement difficile à manier pour l’ administration de l’université. Car, bien que les administrateurs étaient confrontés à une demande spécifique, liée à l’université –qui était en leur pouvoir d’accorder – la demande  était formulée avec une ferveur et une intensité morale, transcendée par une cause sociale qui n’était plus de leur juridiction. Céder à la demande des manifestants relative à l’université – le droit de s’organiser sur le campus – n’aurait jamais entièrement dissipé la ferveur et le mécontentement sous jacent.

* Les militants introduisirent de nouvelles tactiques dans la contestation sur le campus qui déstabilisèrent l’université et empêchèrent à d’autres d’exercer leurs libertés fondamentales. Ces tactiques consistaient à bloquer les autorités de l’université dans l’exercice de leurs fonctions, à les harceler, et à organiser des sit-ins dans les bâtiments. L’origine de ces tactiques, jamais utilisées auparavant sur le campus par des groupes radicaux, venait du mouvement pour les droits civiques auquel plusieurs dirigeants du FSM avaient pris part. Ces tactiques demandaient une réponse de la part de l’université. A Berkeley, l’ administration a choisi d’appeler la police.

Cette réponse aux perturbations fut déterminante dans ce qui suivit. A Berkeley, l’ intervention de la police fut interprétée comme une confirmation de ce que les radicaux prétendaient, c’est à dire que l’université était injuste et répressive, particulièrement envers ceux qui travaillaient pour les droits civiques.

* L’intervention de la police provoqua une forte réaction. Auparavant, seule une petite minorité avait manifesté; Après, un grand nombre d’étudiants et de membres du corps enseignants indignés ont rejoint la contestation. Les cours furent interrompus et une vague de manifestations et de discours balaya le campus. Cette réponse démontra le pouvoir extraordinaire de la double question à Berkeley. Il devint clair que davantage d’étudiants se joindraient aux manifestations contre une administration qui punirait des étudiants pour des infractions commises sur le  campus au nom d’objectifs sociaux élevés que pour toutes autres formes d’actions politiques. Un fort sentiment de loyauté générationnel est né quand des étudiants virent leurs compagnons de cours traînés, en résistant, parfois ensanglantés, en prison.

* Grâce à ces moyens, l’invention de Berkeley a attiré un grand nombre de libéraux et de modérés qui ont contribué par leur style distinctif à la contestation sur le campus. Au début, l’intérêt des libéraux s’est porté sur la position de l’université concernant les activités politiques sur le campus, puis bientôt, il s’est élargi à un nouvel éventail de sujets. Les libéraux ont demandé la participation à la gestion de l’université et une réforme du contenu de l’enseignement. Les radicaux, à l’origine intéressés par des actions politiques sur des questions sociales plus larges, furent pour une grande partie indifférents aux réformes sur le campus, mais se sont alignés sur les libéraux en retour à leur soutien qui les aidait à légitimer leurs revendications radicales. De nouveaux dirigeants libéraux et "modérés" émergèrent.

* Les dirigeants radicaux et modérés étaient liés à la masse des manifestants non pas par des liens organisationnels ou des mécanismes formels, mais plutôt par une participation commune dans un mouvement. Au contraire des organisations politiques traditionnelles sur le campus, mais comme dans le mouvement pour les droits civiques, le FSM insistait sur le fait que les décisions étaient prises par consensus et des réunions de masse. Dans le même temps, à des moments critiques, des décisions tactiques clés étaient prises par un petit groupe de dirigeants qui orientaient le mouvement.

* Peu de changements concrets résultèrent de ces efforts. A la moitié de l’hiver, l’excitation avait largement disparu, la grève des cours avait pris fin, les discours devenaient moins fréquents et le campus commençait doucement, à revenir à la normale. Comme le calme revenait, de vastes efforts étaient entrepris pour la mise en place d’un vaste échantillon de réformes de l’université  -- procédures disciplinaires, gouvernance, conditions de vie étudiantes,  règlement concernant les activités politiques et contenu de l’enseignement. Une série de rapports parut. Mais malgré le temps et l’énergie consacrés à ces efforts, les programmes universitaires restaient fondamentalement inchangés ; Quatre années après le FSM, un membre du corps enseignant de Berkeley passait en moyenne moins de temps devant sa classe qu’en 1964. Par conséquent, bien que l’ invention de Berkeley avait stimulé une forte demande pour des réformes universitaires, ses suites n’offrirent que peu d’espoir pour que de telles réformes soient mises en place.

* L’aspect le plus original peut-être de l’invention de Berkeley fut sa réussite dans la combinaison de deux élans qui avaient  été distincts jusqu’alors dans l’agitation étudiante. Le haut niveau de défiance vis à vis de l’autorité qui avait caractérisé l’agitation traditionnelle dans l’université était accompagné désormais par un idéalisme de la jeunesse et par des objectifs sociaux de la plus haute importance. Cette combinaison a suscité chez les participants des sentiments intenses et un militantisme politique vigoureux et a provoqué de la part de l’état ou des autorités universitaires des réactions et des réactions exagérées qui a permis de garder vivace le phénomène dans son ensemble.

LA PROPAGATION DE L’ INVENTION DE BERKELEY

Les mass médias ont largement couvert les évènements de Berkeley et les américains furent les témoins pour la première fois d’un nouveau type d’informations – l’agitation tumultueuse des campus. C’était nouveau au sens traditionnel parce que cela impliquait conflit et controverse. C’était intéressant notamment pour la télévision parce que c’était coloré et visuel. Nuit après nuit, le film des évènements sur un campus véhiculait les méthodes et l’esprit de la contestation sur tous les autres campus du pays.

La plupart des manifestants étudiants, comme ceux de tous âges et de toutes opinions, appréciaient la couverture télévisuelle. Beaucoup d’entre eux se perfectionnèrent en l’invitant , et quelques-uns en jouèrent indubitablement. Les équipes de reportage leur rendirent service parfois de manière irresponsable. Mais bien plus importante fut la nature sélective elle-même de la télévision, avec sa tendance à souligner les aspects des évènements les plus émotifs et les plus provoquant. Toujours, les caméras se focalisaient sur ce qui était le plus bizarre, le plus dramatique, le plus remuant ou violent. Peu de journalistes de la télévision, de la radio ou des journaux, avaient le temps ou la compétence pour se pencher sur les causes et la complexité des manifestations sur les campus.

Le public a réagi à Berkeley avec inquiétude et colère. En Californie, et à travers le pays, les événement sur les campus devinrent des sujets politiques de controverse. Beaucoup de citoyens pensaient que les étudiants n’avaient aucune raison de protester. Beaucoup étaient profondément opposés aux tactiques perturbatrices des protestataires. Beaucoup critiquaient également l’administration et le corps enseignant pour ne pas adopter suffisamment une "ligne dure." En même temps que la contestation étudiante se propageait à davantage de campus et que les tactiques devenaient de plus en plus perturbatrices ou violentes, des citoyens et des dirigeants politiques réclamèrent des mesures pour prévenir d’autres perturbations sur les campus.

Déjà en 1964-65, l’année de l’agitation à Berkeley, il y avait plus de troubles sur les campus que n’en rapportait les médias et que n’en avait conscience le public. Sur 849 collèges ayant répondu à une enquête cette année-là, une grande majorité fit état d’une forme ou d’une autre de contestation. Mais la presque totalité de ces manifestations était de type pré- Berkeley --des manifestations traditionnelles ne portant que sur un problème, beaucoup d’entre elles menées à l’extérieur du campus. Plus d’un tiers des campus firent état d’actions en faveur des droits civiques en dehors du campus et seulement un peu plus de un sur cinq de manifestations sur le campus contre la guerre du Vietnam. Une variété d’autres questions étaient à l’origines des manifestations, comprenant la qualité de la nourriture, les règlements sur les tenues vestimentaires, et concernant les dortoirs, les controverses sur des membres du corps enseignant, la censure des publications, les règlements sur la prise de parole sur les campus, et le désir des étudiants d’une plus grande participation à l’administration de l’université.

Les premiers sujets de contestation étudiante alors couvraient un vaste échantillon de questions distinctes que les étudiants n’amalgamaient que rarement dans une critique du "système." L’université n’était confronté qu’à une contestation qui relevait de ses propres attributions.

Après 1964-65, cependant, cette situation commença à changer et les étudiants lièrent de plus en plus des problèmes relatifs au campus à des problèmes sociaux et politiques plus larges. Ce faisant, l’invention Berkeley commença à se propager sur d’autres campus. La fréquence croissante avec laquelle la protestation sur les campus reflétait le scénario de Berkeley est principalement dû à l’émergence et à l’évolution de trois questions: L’engagement américain dans la guerre du sud-est asiatique, les lents progrès de la société américaine vers l’égalité raciale et les accusation d’ "irresponsabilité" contre le gouvernement fédéral et les administrations universitaires et leur réaction "répressive" aux demandes étudiantes. Ces trois questions ont fourni le thème unificateur à la contestation des campus. Elles étaient présentées par les étudiants comme des questions morales fondamentales; et cette présentation a communiqué un ton de passion, de ferveur et d’ impatience à la contestation étudiante.

La rapide escalade des efforts militaires américains au Vietnam en 1965  en a fait le sujet le plus violemment controversé de la décade. Cela a communiqué aux militants étudiants une assurance et une solidarité encore plus grandes car attirer l’attention de l’opinion publique sur l’escalade continue de la guerre semblait légitimer la contestation passée. Ils redoublèrent leurs efforts, la guerre en vint à dominer leurs pensées et les motivations diverses de la contestation commencèrent à évoluer en conséquence.

Le sujet de la guerre était âprement débattu parmi les étudiants et le corps enseignant. Au début, il existait des opinions radicalement différentes sur cette question. Durant ces premiers temps, les étudiants et les enseignants de l’Université du Michigan créèrent une méthode nouvelle pour discuter de la guerre: le teach-in. A ces débuts, le teach-in était contradictoire et prenait davantage la forme d’un vaste débat que d’un outil de contestation pacifiste. Mais il n’a pas duré sous cette forme. Quand le teach-in  a atteint Berkeley, il fut seulement une manifestation de masse dans laquelle aucun partisan de la guerre n’était entendu. Bientôt, les porte paroles du gouvernement qui venaient sur les campus pour expliquer ou défendre la politique étrangère américaine furent jetés dehors, et dans quelques occasions, attaqués physiquement. Dans certains cas, les étudiants coupables ne furent pas sanctionnés.

Cette évolution du teach-in suggère une conséquence de l’opposition croissante à la guerre et à la vague montante de l’agitation sur les campus qui devait persister et s’étendre à travers le reste de la décade.

Les sentiment moraux et les passions soulevés par la guerre eurent un effet paralysant sur le discours rationnel académique. Les membres de l’université qui se rassemblaient pour discuter des questions universitaires, pendant que des milliers d’étudiants attendaient à l’extérieur ou écoutaient leurs débats à la radio, n’avaient pas, à cette époque, la volonté de prendre position sur ces questions ou aller à l’encontre de celle des étudiants extrémistes. Le débat rationnel et l’analyse critique furent remplacés par une rhétorique sans passion et une prise de conscience politique intense.

Comme l’ opposition à la guerre grandissait et que l’escalade continuait , les explications de l’engagement américain devenaient plus radicales. D’abord une "erreur," la guerre fut bientôt interprété par les étudiants radicaux comme une conséquence logique du système politique américain. Ils prétendaient que ce qui était le plus critiquable n’était pas la guerre en elle-même mais plutôt le "système" qui s’y était engagé , l’avait justifié et la conduisait. Selon cette logique, la cible appropriée de la contestation était le "système" lui-même et en particulier ses composantes impliquées dans cette guerre. L’université elle-même fut bientôt considérée comme partie du "système," et devint par conséquent une cible – et non pas une arène occasionnelle – pour la contestation anti-guerre . Ainsi, l’invention Berkeley, avec sa double question, dominait de plus en plus le terrain de la contestation sur les campus.

L’escalade de la guerre en Asie du Sud Est entraîna une demande croissante en effectifs militaires qui eut pour résultat une conscription plus large; En 1965, le gouvernement fédéral décida d’autoriser un sursis  aux étudiants selon leur situation universitaire. Les bureaux de conscription demandèrent aux universités de communiquer ces informations et les étudiants et le corps enseignant débattirent passionnément du bien fondé ce cette complaisance. A la fin, la question fut généralement résolue en se mettant d’accord sur le fait que l’information continuerait à être divulguée qu’à la demande des étudiants concernés.

Il y eut de grandes manifestations étudiantes à ce sujet, et quelques-une d’entre elles empruntèrent le scénario Berkeley . L’une des plus remarquables eut lieu à l’Université de Chicago, ou les bâtiments administratifs furent occupés et où de nombreux manifestants furent suspendus par la suite

Quand des mesures disciplinaires étaient prises à la suite de telles manifestations, un nouveau sujet se présentait –la demande d’amnistie. Des étudiants confrontés aux sanctions pour des actions perturbatrices commises au nom de principes moraux élevés avaient le sentiment qu’ils devaient être soustraits aux lois appliquées aux autres étudiants . De plus en plus, les groupes radicaux accusèrent les efforts de l’université pour appliquer des sanctions de n’être que des preuves supplémentaires de sa complicité avec les maux de la société américaine et l’effort de guerre.

Ces groupes –et en particulier le SDS –recherchaient activement des informations , parfois en utilisant des moyens illégaux, concernant les liens entre l’université et la guerre. Ces recherches fournissaient un flot permanent d’informations et de désinformations . Parfois, il en résultait des trouvailles dramatisées puisque les liens entre l’université et la défense étaient nombreux.. Par exemple, il fut révélé en 1967 qu’un "centre de recherche" à la Michigan State University était un paravent pour financer une opération de la  CIA en Asie du Sud-Est. Beaucoup d’autres centres de recherches furent accusés, souvent avec raison, de recevoir des financements militaires et, moins justement, de conduire des recherches "impérialistes". Dans certains cas des programmes d’aide universitaires qui était liés au finances de la défense furent cités comme preuves de l’engagement de l’université dans la guerre. Des agents de recruteurs pour l’armée ou pour des sociétés de matériel militaires furent agressés et certains jugèrent nécessaire de conduire les entretiens avec les étudiants et autres employés potentiels en dehors du campus.

Comme l’escalade de la guerre au Vietnam se poursuivait et que l’analyse radicale de la société évoluait, peu de problèmes de l’université étaient considérés comme séparés de ceux de la nation.

La colère et le désespoir concernant l’injustice raciale persistante dans la société américaine a fourni un second et tout aussi important point d’ancrage pour la contestation étudiante. L’injustice raciale – particulièrement envers les noirs mais toute aussi cruelle par ses effet dans quelques parties du pays envers les mexicains-américains, portoricains et autres minorités –devint particulièrement inacceptable pour beaucoup d’étudiants. Pour beaucoup de jeunes noirs à la moitié des années 1960 le chemin vers l’égalité et la justice prit une nouvelle direction , symbolisée par les concepts de fierté noire et de pouvoir noir. Des jeunes blancs, y compris ceux qui craignaient le séparatisme noir, ne pouvaient pas contester le bien fondé de la demande d’égalité.

En même temps que l’escalade de la guerre au Vietnam, le mouvement pour les droits civiques entreprenaient une évolution fondamentale. L’été 1964 fut le dernier où des étudiants noirs et des étudiants blancs, des libéraux et des radicaux, travaillèrent ensemble dans un esprit de coopération et non-violence. Mais les émeutes urbaines à Harlem, Rochester et Watts créèrent une division entre les libéraux et modérés blancs et les militants noirs et blancs qui considéraient comme légitimes les émeutes. En 1965, Stokeley Carmichael aida à créer un parti politique exclusivement noir à Lowndes County, Alabama. Durant l’été suivant, il conduisit ceux qui n’étaient plus attachés à la non-violence à prendre le contrôle du Student Non-Violent Coordinating Committee. Comme conséquence, les blancs furent exclus de l’organisation. L’été 1966, le cri de "Pouvoir Noir" fut entendu pour la première fois et Huey Newton et Bobby Seale fondèrent le Black Panther Party à Oakland.

Ces évènements marquèrent une rapide érosion de l’engagement non-violent et de l’ action politique inter raciale au sein du mouvement pour les droits civiques – et eurent des répercussions importantes dans la contestation sur les campus. Le militantisme sur les campus noirs dans le Sud s’intensifia durant 1966 et 1967. En Mai 1967, des étudiants se battirent avec la police pendant deux nuits au  Jackson State College dans le Mississippi. La Garde Nationale fut appelée et une personne fut tuée.

[…]

Alors que le militantisme pour les droits civiques s’était généralement attaqué à des cibles en dehors des campus, la contestation des étudiants noirs étaient maintenant couramment dirigées conte l’université elle-même. L’université, disaient-ils, avait aidé à perpétuer l’oppression des noirs via sa politique d’admissions, le contenu des ses cours "d’orientation blanche" et de son personnel quasi exclusivement blanc. Les étudiants noirs ressentaient que leur héritage culturel était dédaigné ou ignoré. Leur critique de l’université s’est intensifiée à la fin des années soixante quand des institutions à dominante blanche commencèrent à admettre des étudiants noirs en plus grand nombre. A Harvard, à San Francisco State, et ailleurs, les étudiants noirs organisèrent des groupes destinés à servir la communauté noire. Leur but était de gagner une place égale à tous les postes de l’université. Leur attention n’était donc pas focalisée seulement sur le contenu des cours, les salaires du corps enseignant et les conditions de vie étudiantes mais également sur des sujets extra scolaires comme les pratiques d’embauche et leur impact sur les conditions locale de l’habitat.

L’escalade de la guerre au Vietnam et le problème non résolue du racisme aidèrent à pousser les radicaux vers une vision de l’université toujours plus politisée. En 1968, les radicaux étaient presque unanimes pour décrire l’université non pas comme un centre d’éducation et de savoir mais comme une institution coupable de "complicité" avec un "système" accusé d’être immoral, inerte et répressif. Dans une tentative pour saper l’effort de guerre, davantage d’étudiants demandèrent que l’université élimine le ROTC et mette fin à la recherche pour la défense. De plus en plus, le but déclaré des revendications radicales était la transformation de l’université en arme politique –Leur arme  -- pour mettre fin à la guerre , au racisme et au système politique qu’ils considéraient comme responsable des deux. Les revendications de quelques étudiants noirs étaient similaires .

En plus de la guerre et du racisme, un troisième thème fit son apparition -- la "répression" . L’accusation selon laquelle le système américain est "répressif" par essence provient des radicaux. Mais les modérés commencèrent à y accorder du crédit lorsque la contestation étudiante se confronta aux forces de l’ordre; Beaucoup d’étudiants se "radicalisèrent" du fait de réactions excessives de la police devant des manifestations. Bien que les dommages aux biens causés pendant les troubles sur les campus entre 1960 et 1970 furent presque tous du fait d’ étudiants, et que les blessures subies soient survenues en majorité lors de confrontations qu’ils avaient provoqué eux-mêmes, les étudiants subirent beaucoup plus de pertes que leurs adversaires. Un nombre croissant d’étudiants se considéra comme "victimes" des responsables du maintien de l’ordre.

Les évènements de la Convention Nationale Démocrate de 1968 eut un impact particulièrement important. La contestation étudiante à la convention fut souvent perturbatrice, provocante et violente, et elle rencontra une réaction policière si brutale que le Rapport Walker la décrivit comme une "émeute policière." . Quelques étudiants ressentirent aussi comme "répression" le harcèlement des jeunes aux vêtements distinctifs et aux cheveux longs et l’application par la police, jugées sélective, des lois contre la marijuana et autres drogues.

Qu’ils acceptaient ou non le slogan de "répression," beaucoup d’étudiants étaient arrives à croire que le système politique américain était sclérosé et devait être fondamentalement réformé. Ils avaient été amèrement déçu par le refus d’une majorité de la nation et du gouvernement national d’accepter et d’agir rapidement en faveur des opinions politiques qu’ils trouvaient moralement indispensables. Comme la plupart des américains, ils furent profondément attristés par les assassinats de  Martin Luther King, Jr., et du Sénateur Robert F. Kennedy, en grande partie parce que ces meurtres suivirent un moment d’intense espoir quant à la fin de la guerre, lorsque le Président Johnson annonça qu’il réduirait les bombardements du Nord Vietnam et qu’il ne se représenterait pas à la présidence.

Ces expériences, ces évènements et ces sentiments tendaient à transformer en radicaux des étudiants libéraux et en extrémistes des modérés. Mais la grande majorité continuait à croire dans le système de gouvernement américain et des milliers de personnes travaillaient en son sein pour le changer, notamment pendant les campagnes pour les primaires de Robert Kennedy et du Sénateur Eugene McCarthy en 1968. Et bien qu’elle furent déconcertées par la mort de Kennedy et déçues par la défaite de McCarthy, le fait est que leur travail a contribué au changement de la direction du pays et de sa politique envers la guerre. Cependant, la nature graduelle de ce changement de politique et le refus du gouvernement de se désengager du Vietnam a rapidement et totalement convaincu beaucoup d’étudiants que le "système" ne répondait pas à leurs efforts de travailler en son sein.

COLUMBIA: L’INVENTION  BERKELEY CORRIGEE

A l’Université Columbia , au printemps 1968, les étudiants participèrent à une série de manifestations houleuses, de sit-ins, et autres actions perturbatrices. La révolte de Columbia  est importante parce qu’elle illustre la propagation de l’ invention Berkeley et la vague montante de l’ opposition étudiante à la guerre et à l’ injustice raciale. Elle est également importante parce que ses différences d’avec la révolte de  Berkeley quatre années plus tôt est révélateur de la désillusion de beaucoup d’étudiants américains vis à vis des possibilités de changement à l’intérieur du système politique existant, leur engagement décroissant dans des formes d’actions autres que perturbatrices et l’évolution subséquente du scénario Berkeley.

Pendant toute l’année universitaire 1967-68, Columbia avait connu une agitation permanente du SDS et des manifestations occasionnelles. En avril, cinq bâtiments du campus étaient occupés par des membres et des sympathisants du SDS et de la Students Afro-American Society. Les prétextes avancés pour cette occupation était un plan par Columbia de construire un gymnase dans un parc sur le campus entre Morningside Heights et Harlem, et l’affiliation de l’université à l’Institute for Defense Analysis, un consortium d’universités de l’Est pour la recherche militaire. Derrière ces questions précises, on trouvait les relations de Columbia avec la communauté noire voisine et les liens de l’université avec la politique étrangère américaine. Le dirigeant du SDS Mark Rudd a avoué plus tard que les revendications avancées n’étaient que des prétextes pour la contestation et que si elles n’avaient pas existé, d’autres leur auraient été substituées. Cependant, ces questions étaient représentatives et plausibles pour les étudiants les plus modérés, ce qui comprenait une majorité de ceux qui occupaient les bâtiments.

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Le scénario classique de Berkeley était reactive sous de nombreux aspects occupation, confusion du corps enseignant et de l’administration, intervention de la police et étudiants blessés, indignation des étudiants modérés et du corps enseignant, grande grève, et enfin, discussions sans fin sur les réformes de l’ administration, de la gestion et des procédures disciplinaires. Sous ces aspects, , Columbia ressemblait à Berkeley quatre ans plus tôt.

Il existe aussi des différences significatives qui mettent en lumière l’escalade de l’agitation étudiante des années à venir. La contestation à Berkeley avait débuté suite à un changement soudain des règlement du campus régissant les activités politiques et les objections des militants s’étaient exprimées en terme de libertés. Leurs revendications sous jacentes étaient un campus,plus ouvert, contre les  restrictions de la liberté d’expression et de l’activité politique imposées par l’administration et la direction de l’université.

A Columbia, cependant, les revendications des radicaux suggéraient qu’ils voyaient l’université principalement comme un instrument politique. Le but des dirigeants du  SDS n’était pas de rendre Columbia plus neutre politiquement  mais plutôt de la transformer en une arme politique révolutionnaire avec laquelle ils pourraient attaquer le système. De plus, la violence des étudiants fut plus grande à Columbia: des dommages matériels considérables y furent causés, et quelques étudiants résistèrent par la force aux arrestations. De son côté, la police a réagi aux évènements Columbia avec une force et une violence excessives L’ invention Berkeley, alors, était substantiellement modifiée . Dans sa nouvelle forme, elle incluait:

* Destruction de matériel, de documents et d’archives. A Columbia, les autorités universitaires estimèrent que les incidents de 1968 se comptaient en centaines de milliers de dollars de dégâts matériels. Sur un certain nombre de campus, les bâtiments du ROTC devinrent des cibles privilégiées pour les incendiaires. Des menaces furent proférées de détruire d’autres équipements universitaires si les revendications radicales n’étaient pas satisfaites. A Columbia, les notes d’un historien, résultat d’années de travail, furent détruite par un incendie que certains ont prétendus avoir été allumé par des étudiants protestataires. La destruction et la copie de documents devinrent des occupations courantes pour les étudiants dans les bâtiments occupés.

* La contre violence contre les étudiants contestataires par les forces de maintien de l’ordre. Il y eut des accusations de brutalités policières à Columbia et beaucoup d’entre elles avaient un fondement. Avant et après Columbia, chaque intervention policière a soulevé des accusations de brutalité. Bien trop souvent, cela était vrai.

* Le manqué de préparation de l’université. Malgré l’augmentation en nombre et en intensité de la contestation étudiante depuis Berkeley, les administrateurs de l’université n’avaient que rarement formulé de plans pour y faire face. Convaincus que leur propre campus était à l’abri de protestations violentes ou d’occupations, les administrateurs n’étaient pas préparés à y tenir tête lorsqu’elles survenaient. En pleine crise, quelques administrateurs pensaient que leurs seules options étaient de ne rien faire ou d’appeler la police. Si ils ne faisaient rien, ils permettaient aux extrémistes de prendre le contrôle du campus;si ils appelaient la police, ils n’étaient pas certains qu’elle agirait correctement..
* Les menaces contre les autorités universitaires. En avril 1968, des étudiants noirs du Trinity College de Hartford, Connecticut, ont gardé en otages les administrateurs jusqu’à ce que leurs revendications soient satisfaites. En novembre 1968, des étudiants du San Fernando Valley State College de Los Angeles ont menacé avec des couteaux des officiels universitaires. Des menaces anonymes contre les autorités et les membres du corps enseignants hostiles aux activités étudiantes devinrent plus fréquentes.

* Actes de terrorisme. En février 1969, une secrétaire du Pomona College en Californie fut grièvement blessée par une bombe. En mars 1969, un étudiant du San Francisco State College fut grièvement blessé alors qu’il tentait de placer une bombe dans le bureau d’un membre libéral du personnel enseignant qui s’opposait à la grève "Tiers-mondiste". Plus tard la même année, un gardien à l’Université de Californie de Santa Barbara fut tué par une bombe au club de l’université. La presse underground proclama que l’attentat à la bombe à Madison, Wisconsin le 24 août 1970 faisait partie d’une stratégie terroriste. Plus tôt dans le courant de l’été, le Secrétaire Adjoint au Trésor  Eugene T. Rossides avait déclaré que, entre le 1er janvier 1969 et le 15 avril 1970, on avait enregistré à travers le pays au moins 41 000 attentats, tentatives ou menaces d’attentats à la bombe. La plupart ne pouvait être attribuée à aucune cause précise. Parmi ceux qui le pouvait, plus de la moitié – plus de 8 200 – étaient attribués à " aux troubles et à l’agitation étudiantes sur les campus."

*Les actions disciplinaires. Confrontés à des manifestations étudiantes de plus en plus violentes et perturbatrices, les autorités universitaires  commencèrent à prendre des mesures disciplinaires plus fortes. En 1969, par exemple, une étude concernant les mesures disciplinaires prises sur 28 campus montre que plus de 900 étudiants ont té renvoyés ou suspendus alors que plus de 850 autres reçurent des avertissements. Dans une déclaration devant cette Commission, J. Edgar Hoover a déclaré que les manifestations violentes et perturbatrices avaient fait l’objet de plus de 4 000 arrestations durant l’année universitaire 1968- 69 et environ 7 200 durant celle de 1969-70. A l’Université de Chicago, Harvard,  et ailleurs des étudiants furent renvoyés de l’université à cause de leur participation à l’occupation de locaux . D’autres furent suspendus ou mis à l’épreuve.

* L’ influence de la nouvelle culture de la jeunesse. L‘agitation étudiante fut considérablement renforcée par une "contre-culture" de la jeunesse qui s’exprimait à travers de nouvelles formes artistiques et musicales,  l’usage de drogues, des tenues vestimentaires et des relations interpersonnelles non orthodoxes. Les étudiants étaient réceptifs à l’accent de cette culture sur l’authenticité et l’aliénation. Beaucoup de communautés universitaires commencèrent à attirer des non-étudiants, qui participaient à la nouvelle culture de la jeunesse. Ces "gens de la rue" jouèrent un rôle proéminent dans des manifestations étudiantes , actions violentes et émeutes et rendirent plus compliquées les réponses à l’agitation étudiante.

* La monté du militantisme et de la conscience politique et culturelle parmi les groupes minoritaires étudiants, autres que noirs, particulièrement parmi les Porto-ricains dans l’Est, et les Chicanos dans l’Ouest et le Sud- Ouest. Les militants étudiants Chicanos et  Porto-ricains formèrent des groupes ethniques, dont le but était la revendication des droits de leurs communautés sur les ressources, le contenu de l’enseignement, les politiques d’admission et l’avenir de l’université. Bien que préservant leur identité propre, le mouvement des étudiants hispanophiles firent cause commune parfois avec les étudiants noirs et d’autres minorités dans une coalition "Tiers Monde", comme au San Francisco State et ailleurs.

* La réaction de l’opinion publique à l’agitation étudiante. La grande majorité des américains était offusquée par la violence sur les campus du pays. De telles réactions contre cette agitation étaient souvent renforcées par une plus grande aversion encore envers la tenue vestimentaire, le style de vie, le comportement et la façon de parler adoptés par quelques jeunes gens. Inquiets de ce qu’ils considéraient comme une érosion des valeurs, une perte de moralité et un penchant pour la violence, beaucoup d’américains vinrent à penser que seules des mesures dures viendraient à bout des troubles sur les campus. Beaucoup échouèrent à faire la distinction entre la contestation pacifique et violente et réclamèrent l’éradication de toute agitation. Cette réaction de l’opinion publique fit des évènements sur les campus –en particulier les manifestations, les occupations et la violence – une question politique majeure, discutée à la fois rationnellement et traitée de façon irresponsable.

* L’action législative. Comme question politique majeure, l’agitation des campus a fait l’objet de beaucoup de mesures législatives, la plupart d’entre elles répressives. Mi 1970, plus de trente états avaient mis en vigueur près de 80 lois ayant trait à l’agitation étudiante. Certaines prévoyaient le renvoi ou le retrait des aides financières pour les étudiants commettant des crimes ou violant des règlements universitaires, d’autres le renvoi ou la suspension des enseignants pour des offenses semblables. Des ordonnances passées dans 12 états autorisaient jusqu’à des peines de prison et des amendes pour quiconque entraverait volontairement le libre accès au matériel et aux équipements universitaires aux membres de la communauté universitaires. Le Federal Higher Education Act de 1968 et bon nombre de lois fédérales passées depuis suspendent l’aide financière fédérale aux étudiants qui perturbent les activités de l’université.

Des réactions législatives indirectes devinrent également de plus en plus courantes. Dans quelques états, les dotations budgétaires pour l’enseignement supérieur furent reportées ou refusées; dans d’autres, les budgets furent détournés des plus grandes universités et collèges pour être dirigés vers les collèges communautaires où il y eut moins de contestations. Les autorités publiques et les membres du conseil d’administration intervenaient beaucoup plus activement dans les décisions de l’université concernant le contenu des cours et les salaires des enseignants.

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LE PARADOXE DES TACTIQUES  

Après d’intenses confrontations comme celle de Columbia, on aurait pu s’attendre à ce que les étudiants les plus modérés emboîtent le pas aux extrémistes, en adoptant leurs tactiques de la même façon qu’ils avaient adopté leurs objectifs. Au lieu de cela, les étudiants modérés ont souvent réaffirmé leur engagement non-violent et leur détermination à travailler à l’intérieur du système

Nous appelons cela le paradoxe des tactiques. Et cela est particulièrement visible tout au long de l’histoire du mouvement étudiant  des dernières années. Plus les extrémistes devenaient violents et plus les modérés non-violents devenaient actifs. En même temps qu’augmentaient les actes violents et terroristes augmentait également la fréquence avec laquelle les modérés organisaient de grandes – énormes parfois – manifestations non-violentes. A chaque fois qu’une manifestation était prévue et qu’il y avait des raisons de craindre qu’elle puisse être violente, les modérés faisaient tout ce qu’ils pouvaient pour s’imposer. Ils aidaient à organiser la manifestation, recrutaient un service d’ordre étudiant pour contrôler la foule et s’occupaient du transport et de l’hébergement pour les milliers de personnes présentes. Généralement, ces manifestations se déroulaient pacifiquement , témoignant ainsi des bonnes intentions et de l’auto f- discipline des manifestants étudiants.

Cette escalade progressive de la violence et cet engagement croissant d’un grand nombre de modérés pour tenter de mettre en avant des types d’actions politiques plus acceptables s’inscrivirent dans un cycle qui se répétait sur beaucoup de campus.

En 1964, l’année de l’ invention Berkeley, la plupart des stratégies utilisées par les étudiants étaient non-violentes. Même les plus militants des étudiants étaient d’accord sur le fait que le but d’une manifestation était de mobiliser le soutien à des réformes en faisant appel à la nature la meilleure des américains.. L’expérience a montré que c’était une stratégie efficace. La vue de jeunes militants noirs et blancs subissant avec dignité les attaques de la police du Sud a inspiré beaucoup d’américains. Le sentiment de l’opinion publique, notamment dans le Nord, leur était par conséquent favorable.

A Berkeley, et durant les trios années qui suivirent, la contestation sur les campus se déroula généralement dans un esprit de non-violence. Les manifestations n’étaient la plupart du temps que cela –des actions destinées en premier lieu a témoigner deu point de vue et de l’importance des préoccupations des participants.. Dans les cas les plus extrêmes, les stratégies étaient calculées pour provoquer de la part des autorités une réponse disproportionnée et ainsi gagner la sympathie de ceux qui ne s’étaient pas encore engagés. Mais les manifestants pensaient que si ils voulaient gagner cette sympathie, leur conduite devait être non-violente, et elle l’était généralement.. Il existe peu d’exemples de comportements étudiants violents, même en cas de provocation, dans la contestation étudiante entre 1964 et 1967.

Mais après 1967, peut-être influences par les terribles émeutes de Newark et de Detroit durant l’été de cette année, quelques étudiants radicaux commencèrent à employer des tactiques plus extrémistes. Leurs opinions politiques devinrent encore plus extrêmes, et leur engagement non-violent fut remplacé par un élan révolutionnaire croissant. Ils adoptèrent de nouvelles stratégies destinées à choquer l’opinion par une perspective radicale de la société américaine. L’a ssurance, l’isolement et la solidarité croissantes de ces extrémistes ont également contribué à ce changement de stratégie. Ceux qui croient que leur cause est indiscutablement bonne et ceux qui agissent solidairement avec leurs amis pensent que tout est permis.

Pendant l’été de1969, le SDS s’est fractionné pendant sa convention nationale à Chicago. Un débat majeur concernait la stratégie. Une faction, conduite par le Progressive Labor Party, voulait organiser la classe ouvrière pour faire la révolution; Elle insistait sur une discipline stricte, un contrôle soigneux sur la stratégie, et une opposition au terrorisme. L’autre faction majeure, qui croyait que les travailleurs américains étaient corrompus par le système capitaliste, voulait une revolution immédiate, comprenant des actions dans la rue. De cette seconde faction sont nés les Weathermen, qui prônaient la violence à la fois contre la propriété ("la camelote") et contre les personnes. Les Weathermen organisèrent les "days of rage" à Chicago Durant lesquels ils détruisirent des biens et s’affrontèrent avec la police .Ils furent accusés bientôt de crimes variés et entrèrent dans la clandestinité. Trois de leurs membres furent tués quand leur dynamite explosa accidentellement à New York City en 1970.

Il y a plus de sept millions d’étudiants aujourd’hui en Amérique.Parmi ceux-ci, peu pratiquent le terrorisme. En fait, une partie de la violence imputée aux étudiants est perpétrée par des non-étudiants. Cependant, malgré leur petit nombre, ces étudiants qui ont adopté la violence comme stratégie ont cause maintes destructions et ont obtenu une sympathie considérable parmi les autres étudiants.. Sur quelques grands campus --dans la Région de la Baie de San Francisco, Madison et Cambridge – ils ont causé de gros dégâts.

A Stanford, en avril 1970, des bandes de "guérilleros" ont systématiquement terrorisé le campus pendant plusieurs nuits, jetant des pierres, cassant des vitres et mettant le feu à des bâtiments. Après l’explosion à l’Université du Wisconsin en août 1970 qui a causé la mort d’un étudiant tout juste diplômé et 6 millions de $ de dégâts, des journaux underground déclaraient joyeusement qu’un autre coup avait été porté à la "nation des porcs." Les étudiants de Madison exprimèrent des regrets suite à la mort du jeune chercheur – mais quelques-uns refusèrent de condamner l’attentat à la bombe contre le Army Mathematics Center qui l’avait causée.

De plus en plus, on entendait l’argument selon lequel l’usage de la violence était justifié, soit pour promouvoir le changement social, soit pour venir à bout de l’agitation sur les campus. Beaucoup d’américains, en pleine confusion et indignés par l’agitation étudiante, en étaient arrivés à la conclusion que seule des mesures draconiennes et punitives pouvaient contrôler les étudiants. Quelques américains applaudissaient ouvertement les violences policières contre les étudiants, argumentant qu’ils ne devaient s’en prendre qu’à eux-mêmes si ils étaient tués par la police pendant des manifestations violentes et perturbatrices. De telles attitudes de la part de l’opinion publique ont clairement encouragé des réponses violentes de la part des autorités civiles.

Des incidents violents ou de nature terroristes recevaient naturellement une large publicité, alors que les manifestations pacifiques et les efforts constructifs de la majorité des militants étudiants ne recevaient que peu d’écho. Les sanctions disciplinaires dans les universités et collèges contre des manifestants violents et perturbateurs n’ont pas fait l’objet de publicité. L’existence d’un groupe d’étudiants non-violents, libéraux et radicaux, qui ont activement contré le style de la stratégie violente des extrémistes n’a également reçue que peu d’attention de la part de l’opinion publique.

Un thème central, d’ailleurs , dans l’histoire actuelle du militantisme étudiant est l’émergence d’un groupe d’étudiants encore plus important et plus actif qui, en réaction aux stratégies extrémistes d’autres étudiants, ont été amenés à faire pression pour le changement –qui devait survenir, insistaient-ils, grâce à des moyens pacifiques non-violents.

Un exemple du rôle nouveau de ces modérés s’est déroulé le 1er Mai 1970, quand 12 000 se sont rassemblées sur le New Haven Green en soutien à un groupe de Black Panthers accusé de meurtre. Les précautions des responsables de la police, la coopération des administrateurs de l’université de Yale et les plans minutieux des étudiants et des enseignants contribuèrent à éviter tous les incidents autres que mineurs. Les modérés gardèrent également le contrôle des moratoriums d’avril et d’ Octobre 1969 contre la guerre du Vietnam. Sans aucun doute, sur de nombreux campus, ces évènements étaient la parfaite démonstration du style et de la force des modérés.

Les modérés ont aussi apporté leur style à la campagne la candidature présidentielle d’ Eugene McCarthy en 1968, à des marches sur Washington –et par dessus tout, aux manifestations spontanées pour la paix en  mai 1970.

La plupart des actions Durant la grève étudiante de mai 1970 furent pacifiques, qoi qu’il y eut parfois des cas de troubles de l’ordre public et de violence. .Dans beaucoup de cas, les autorité des états prirent des mesures pour prévenir la violence. En Californie, le Gouverneur Ronald Reagan avait fermé pour quatre jours les 28 campus des université et Collèges d’Etat. Les Gardes Nationaux furent envoyés sur les campus des universités du Kentucky, de Caroline du Sud, d’ Illinois d’Urbana et du Wisconsin à Madison. Il y eut des troubles à Stanford, Berkeley, à l’Université du Maryland à College Park et en d’autres endroits. Au Fresno State College en Californie une bombe incendiaire a détruit le centre informatique de un million de dollars.

Mais par dessus tout, la violence de la part des manifestants était limitée. Les manifestations étudiantes sur les sujets combinés du Cambodge, de Kent State et de Jackson State étaient devenues si répandues que les manifestants modérés dépassaient largement en nombre les extrémistes et la grande majorité des manifestations sont restées pacifiques. Alors que près de 30 pour cent des campus U. S. étaient impliqués à un  niveau ou à un autre dans des grèves, 5 pour cent d’entre eux seulement eurent à faire face à la violence.

La raison principale pour cette non-violence généralisée est à chercher dans le paradoxe des tactiques: le nombre massif de modérés qui se sont joint à la contestation , en partie à cause des actes violents commis contre les étudiants, ont garanti alors par leur engagement que les manifestations seraient en grande partie non-violentes. In partie, les modérés en furent capables parce qu’ils étaient de loin plus nombreux que les extrémistes. Mais plus importantes furent leur décision:  campus après campus, les étudiants, les enseignants, les administrateurs mirent en place des programmes d’action pour trouver des alternatives politiquement viables aux actions violentes.

L’université de Princeton, par exemple, décida de reprogrammer tous ses cours durant l’automne pour permettre à ses étudiants de travailler à la campagne électorale pendant les deux semaines précédant le jour du vote. Le Movement for a New Congress, une initiative pour faire élire des candidats opposés à la guerre, s’étendit à partir de Princeton à d’autres campus Dans un certains nombre de collèges, les règlements universitaires furent assouplis pour accorder du temps aux étudiants pour des activités politiques. Ces étudiants firent du porte à porte chez les particuliers, auprès des églises, dans des clubs, pour présenter leur point de vue et rassembler des signatures pour des pétitions anti-guerre.

Le 9 mai1970 plus de 60 000 personnes, pour la plupart étudiants, se rassemblèrent à l’ Ellipse à Washington pour une manifestation pacifique contre la guerre. Des milliers d’autres étaient venus à Washington pour faire pression sur les membres du Congrès, les Sénateurs les membres du Cabinet et même le Président lui-même. Le 11 mai, plus d’un millier d’étudiants de Yale et leurs professeurs, conduits par le Président Kingman Brewster, Jr. ont parlé avec plus de 300 membres du Congrès ou leurs assistants

D’importantes délégations se rendaient au Capitole venant de Brandeis, de l’Université de Caroline du Nord, de Haverford College, et de beaucoup d’autres collèges. Bien que toutes ces activités politiques non-violentes indiquent que les modérés avaient généralement gagné sur les extrémistes sur la question des moyens, il est clair, rétrospectivement, que sur la question de la fin, ce furent les radicaux qui furent victorieux. Pendant des années, les radicaux ont travaillé pour politiser l’université et, en mai 1970, des universités entières étaient, en effet, mobilisées contre la politique de la présente administration nationale. Les étudiants, le corps enseignant et les administrateurs s’unirent pour détourner leur attention des questions universitaires pour s’intéresser à ce qui leur semblaient beaucoup plus urgent, à savoir les revendications politiques et le moyen de garder les actions de protestations non-violentes. En mai 1970, les étudiants ne faisaient pas grève contre leurs universités; ils avaient réussi à mettre en grèves leurs universités contre la politique nationale. 

De plus, le mouvement de grève de mai 1970 a révélé combien la signification du terme "modération" stratégique avait changé depuis les évènements de Berkeley en 1964. Au début des années 1960, peu de modérés auraient imagine participer à une grève étudiante, encore moins à un sit-in..

Mais en même temps que les stratégies extrémistes devenaient plus extrêmes et violentes, les stratégies modérées devenaient moins modérées et commençaient à inclure des grèves et des occupations. Par conséquent, en mai 1970, les étudiants modérés et les enseignants d(universités et de collèges, par centaines, interrompirent leurs activités universitaires normales – dans certains cas avec des sanctions des autorités universitaires – pour consacrer leur temps et leurs efforts à un travail politique contre la guerre. Dans certains endroits, le matériel universitaire était utilisé pour ces activités politiques et des cours et des examens furent reportés ou annulés..

Dans la majeure partie des cas, la violence était évitée. Mais quelques universités avait été politisée pendant au moins deux semaines; et, peut-être plus important à long terme, la préoccupation, la colère, l’ indignation de l’opinion publique grandissait devant l’agitation des campus

L’OPINION SUR LES CAMPUS EN MAI 1970

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Après avoir décrit les tendances de la dernière décade, reste la question: Quelles sont les attitudes et opinions des étudiants des collèges américains aujourd’hui? Combien profonds et étendus furent les effets de la vague contestataire étudiante?

Dans l’ensemble, les étudiants américains ne sont pas aussi radicaux politiquement que quelques articles de journaux ne l’ont laissé entendre. Il y a seulement trois ans, au printemps 1967, un sondage Gallup auprès d’étudiants de collèges a indiqué que 49 pour cent se classaient eux-mêmes comme "faucons" quant à la guerre du Vietnam. Depuis ce temps, il s’est produit un changement radicale dans l’attitude des étudiants vis à vis de la guerre. Un sondage Gallup publié en décembre1969 montre que seulement 20 pour cent des étudiants se classent parmi les "faucons" alors que 69 pour cent se classent comme "colombes." A la même époque, 50 pour cent – comparé avec les 64 pour cent de l’opinion publique adulte --approuvait la façon dont le président Nixon maîtrisait la situation au Vietnam. En 1965, un sondage montrait que seulement 6 pour cent des étudiants américains étaient favorables à un retrait immédiat du Vietnam. En Mai 1970, une enquête spéciale de Harris, commanditée par le American Council on Education et conduite après l’incursion au Cambodge et les évènements de Kent State et Jackson State, montrait que 54 pour cent étaient favorables à la fin des combats au Vietnam et au retour à la maison des troupes américaines le plus vite possible.

L’opinion des étudiants sur d’autres sujets controversés n’est pas non plus particulièrement radicale. L’enquête spéciale Harris Survey a montré que seulement 25 pour cent estimaient que le ROTC devrait totalement disparaître des campus, pendant que 37 pour cent pensaient qu’il devait y être autorisé et recevoir des crédits universitaires. La même enquête indiquait que 72 pour cent pensaient que les sociétés impliquées dans la défense devait être autorisées à recruter sur les campus; 70 pour cent étaient d’accord pour dire que "les autorités scolaires ont raison " d’appeler la police quand les étudiants occupent des bâtiments ou menacent d’utiliser la violence; et même après les morts tragiques de Kent State, 42 pour cent des étudiants pensaient que "la Garde Nationale avait agi de façon responsable dans la plupart des cas " quand elle avait été appelé sur les campus des collèges.

Bien que le résultat de cette enquête montre la persistance d’attitudes libérales, et même conservatrices, parmi les étudiants des collèges, d’autres chiffres indiquent une montée du radicalisme étudiant. En 1968, l’institut Harris a montré que 4 pour cent des étudiants américains s’identifiaient eux-mêmes comme "radicaux ou d’extrême gauche" . En 1970, 11 pour cent s’identifiaient comme tels.

Même si un petit pourcentage seulement d’étudiants s’identifient comme "radicaux," une grande proportion d’étudiants sont venus à des opinions radicales. L’enquête Harris de 1970 indique que 76 pour cent d’entre eux croyaient que des changements "profonds" du système seraient nécessaires pour améliorer la qualité de la vie en Amérique et 44 pour cent pensaient qu’un progrès social avait plus de chance de survenir par "des pressions radicales venant de l’extérieur du système " que par des  actions de grandes institutions traditionnelles.

La montée du radicalisme politique parmi les étudiants s’est accompagnée par l’augmentation de la contestation étudiante et une plus grande volonté de la part de quelques étudiants de s’engager dans –ou au moins soutenir – des manifestations perturbatrices ou violentes. Sur la base des réponses des étudiants, l’enquête Harris indique que, en mai 1970, 80% des sondés, dans leur établissement "avaient pris part à des actions de protestation ou des manifestations". 75 pour cent de ces étudiants étaient favorables aux objectifs de la contestation et 58 pour cent d’entre eux y participaient au moment de l’enquête.

La plupart des enquêtes montre que la majorité des étudiants ne sont pas favorables aux stratégies extrémistes. Par exemple, l’enquête Harris indique que 68 pour cent d’entre eux n’acceptent pas la violence comme moyen efficace de changement. Mais les tactiques extrémistes sont devenues acceptables pour quelques étudiants. La même enquête révèle que 56 pour cent des étudiants sont en désaccord avec l’idée que "puisque les collèges et les universités sont des endroits pour des études et un apprentissage intellectuel sérieux, ils sont trop importants pour notre société pour être continuellement perturbés par la contestation et des manifestations." En septembre de cette année, un groupe de chercheurs de l’Université de Californie a déclaré qu’une enquête auprès d’anciens diplômés de collèges, à prédominance blanche, appartenant à la classe moyenne, a révélé que 80 pour cent d’entre eux croyaient que la confrontation, allant des manifestations non-violentes de masse jusqu’aux actes violents, était nécessaire pour obtenir un changement social.

En résumé, la dernière décade a été le témoin d’un désenchantement et d’un sentiment d’aliénation grandissant parmi les étudiants américains. Plus des trois quart d’entre eux aujourd’hui pensent que des "changements profonds du système " sont nécessaires; beaucoup pensent que leurs efforts précédents pour "travailler à l’intérieur du système" se sont montrés vains; un grand nombre accepte les stratégies perturbatrices; et une petite mais importante minorité a adopté ces stratégies violentes –sans condamnation claire de leurs enseignants ou de leurs camarades. Par conséquent, dans une infinité de cas individuels, ce qui avait commencé comme un engagement idéaliste et plein d’espoir pour un changement social s’est désintégré. C’est une triste image, mais une image exacte..

Février 2005

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