Extraits
Le document intégral peut être consulté à l’adresse http://dept.kent.edu/may4/Campus_Unrest/campus_unrest.htm
PREFACE
Le Président a mis sur pied cette Commission le 13 juin
1970 à la suite des grandes tragédies de la Kent
State
University dans l’Ohio et du Jackson State College dans le
Mississippi.
La Commission a tenu sa première réunion le 25 juin 1970. Pendant les 3 mois suivants, elle a mené 13 jours d’auditions publiques à Washington, D.C.; Los Angeles, Californie; Jackson, Mississipi; et à Kent, Ohio et s’est réunie 15 fois en sessions plénières.
L’une des grandes difficultés pour une
discussion
rationnelle sur le sujet de l’agitation sur les campus
réside
dans le fait que le terme signifie beaucoup de choses pour beaucoup
de gens En effet, le terme est devenu si général
qu’il
englobe désormais non seulement le ferment intellectuel qui
existerait dans les universités mais également
toutes
les formes de protestations, qu’elle soient pacifiques ou
autres.
L’utilisation du terme "agitation sur les campus" dans
son sens global est malheureuse car elle brouille la distinction
entre le souhaitable et le détestable, entre les
activités
que l’université et la
société devraient
encourager ou tolérer et celles qu’elles doivent
chercher à
prévenir et à réprimer fermement.
Comme
résultat de la confusion du terme "agitation",
l’université et les agences de maintien de
l’ordre se
retrouvent sous pression pour étouffer toutes formes
même
pacifiques et légitimes d’agitation et de
tolérer ses
formes violentes et illégitimes. Des pressions de cette
sorte
ne peuvent que conduire à la confusion et à
l’injustice. A travers ce rapport, nous insistons sur le fait
que
l’agitation sur les campus est en fait un
phénomène
complexe qui se manifeste à travers différentes
sortes
d’actions protestataires. La plupart d’entres
elles, même
actuellement, sont des manifestations entièrement pacifiques
et ordonnées, comme tenir des réunions, organiser
des
piquets de grèves et de vigiles, des marches ou des
manifestations – tout ceci protégé par
le Premier
Amendement.
D’autres formes de protestations sont
désordonnées, c’est à dire
destructives,
violentes ou terroristes. L’agitation sur les campus a pris
toutes
ces différentes formes. Une forme de protestation est
destructive lorsqu’elle interfère avec les
activités
normales d’une université, ou avec le droit des
autres de
poursuivre leurs activités
[…]
Un petit nombre, mais faisant l’objet d’une large publicité, de manifestations étudiantes peuvent être qualifiées de terroristes. Le terrorisme implique une utilisation soigneusement prévue et délibérée de la violence de façon systématique, de manière à créer une atmosphère de crainte afin d’obtenir un changement politique révolutionnaire.
Chaque forme de manifestation d ‘agitation sur un campus appelle une réponse différente. Une forme de protestation pacifique, ordonnée et légale doit être protégée. Une manifestation violente et terroriste doit être traitée de façon légale par les forces de maintien de l’ordre. Les formes de manifestations perturbantes sont en premier lieu du ressort de l’université.
Nous reviendrons encore et encore sur ces distinctionstout au long de ce rapport.
AU PEUPLE AMERICAiN
La crise des campus américains
est sans précédent dans l’histoire de
la nation.
Cette crise trouve ses racines dans les divisions de la
société
américaine, les plus profondes depuis la Guerre Civile. Ces
divisions se manifestent par des actes violents et une
rhétorique
dure et dans l’hostilité de ces
américains qui se
considèrent comme parties de camps adverses.
L’agitation sur
les campus reflète et amplifie une crise plus profonde de la
nation dans son entier..
Cette crise a deux composants: une
crise de violence et une crise de compréhension. Nous
craignons de nouvelles violences et une hostilité
grandissante.
Crise de la Violence
Sur les campus du
pays, et dans les communautés avoisinantes, le niveau de la
violence s’est continuellement accru. Des
étudiants ont été
tués et blessés; des personnalités
civiles ont
été tuées et
blessées ; des passants
ont été tués et blessés.
Des biens
publics, des propriétés privées et des
équipements universitaires ont été
brûlés.
De
trop nombreux américains ont commencé
à
justifier la violence comme moyen de faire changer les choses ou de
sauvegarder les traditions. Trop de gens ont oublié les
valeurs et le sens de l’humanité
partagée qui nous
unissent. La violence des campus reflète ce climat national.
[…]
La Constitution protégé la liberté
de tous les citoyens à la contestation et à
l’engagement dans des manifestations non-violentes. La
contestation
est un signe salutaire de la liberté et une protection
contre
la stagnation. Mais le droit à être en
désaccord
n’est pas le droit à user de violences.
De la même
façon, répondre à des manifestations
pacifiques
par la répression et des moyens brutaux est dangereusement
imprudent. Cela rend les modérés
extrémistes,
élargit les divisions dans la nation, et augmente les
risques
pour que les futures manifestations soient violentes.
[…]
Nous
condamnons fermement la violence. Les étudiants qui
commettent
des attentats à la bombe et des incendies sont des
criminels.
La police et les Gardes Nationaux qui tirent sur des
étudiants
ou qui les attaquent sans nécessité sont des
criminels.
Tous ceux qui applaudissent à ces actes criminels en
partagent
la responsabilité. Nous devons déclarer un
cessez-le-feu national.
[…]
La violence doit
s’arrêter car elle est mauvaise. Elle
détruit la vie
humaine et les résultats des efforts humains. Elle sape les
fondations d’un ordre social juste Aucun progrès
n’est
possible dans une société où
prévaut le
non respect de la loi.
La violence doit s’arrêter car
le tumulte de la violence couvre toutes les paroles de la raison.
Quand des étudiants et des autorités font appel
à
la violence et à la force, on ne peut plus entendre
quiconque
et la nation se voit refuser son appel vital à la
conscience.
Elle doit s’arrêter car aucune nation ne peut
tolérer
longtemps la violence sans répression. L’histoire
démontre
de façon brutale que la répression une fois
déclenchée
est pratiquement impossible à maîtriser.
Crise de
la Compréhension
La protestation sur les campus s’est
focalisée sur trois questions majeures : La guerre,
l’injustice raciale et l’université
elle-même.
La
première question est la promesse non tenue de justice et de
dignité entières pour les Noirs et les autres
minorités. Les Noirs, comme beaucoup d’autres de
races et
d’origines ethniques différentes, demandent
aujourd’hui
que les promesses de la déclaration
d’Indépendance et
de la proclamation d’ Emancipation soit maintenant tenues.
Une
justice sociale et une dignité entières
– la fin du
racisme, dans toutes ses formes humaines, sociales, culturelles
–
est une demande centrale des étudiants
d’aujourd’hui,
blancs, métis ou noirs.
Une grande majorité
d’étudiants et une majorité de leurs
aînés,
s’opposent à la guerre en Indochine. Beaucoup
pensent
qu’elle est totalement immorale. Et si la guerre est
mauvaise,
alors le sont aussi toutes les politiques et les moyens qui la
soutiennent, de la conscription à la recherche militaire, du
recrutement par le ROTC à l’industrie de la
défense.
Cette opposition a conduit à une vague toujours plus forte
de
manifestations étudiantes.
Une troisième cible
des manifestations étudiantes, c’est
l’avenir à
court terme de l’université américaine.
Les
objectifs, les valeurs, l’administration, les cours ont
été
âprement critiqués par beaucoup
d’étudiants.
Les étudiants se plaignent que leurs études sont
sans
rapport avec les problèmes sociaux qui les
préoccupent.
Ils veulent façonner eux-mêmes leur vie
personnelles et
sociales, et trouvent l’université restrictive.
Ils
cherchent une communauté de compagnons et
d’études
mais ne trouvent qu’une adversité. Et ils
dénoncent
les relations de l’université avec la guerre et
les
pratiques de discrimination raciale.
[…]
Les
américains n’ont jamais partagé une
seule culture,
une seule philosophie, ou une seule religion. Mais dans la plupart
des périodes de notre histoire, nous avons
partagé
beaucoup de valeurs communes, de sympathies communes, et un
attachement commun à un système de gouvernement
qui
protège notre diversité.
Nous sommes
actuellement en grand danger de perdre ce que nous avons en commun,
par une intolérance de vues grandissante sur un certain
nombre
de questions, dont celle de la diversité elle-même
Une
"nouvelle" culture est en train d’émerger chez les
étudiants. Son appartenance se manifeste souvent par des
différences dans la façon de s’habiller
et de style
de vie. La plupart de ses membres ont des idéaux
élevés
et de grandes craintes. Ils soulignent la
nécessité
d’une humanité, d’une
égalité et de l’aspect
sacré de la vie. Ils craignent qu’une guerre
nucléaire
ne fait d’eux la dernière
génération de
l’histoire. Ils considèrent leurs
aînés comme
piégés par le matérialisme et la
compétition,
et prisonniers de formes sociales dépassées. Ils
croient que leur propre pays a perdu son sens de
l’humanité.
Ils considèrent la guerre en Indochine comme le massacre par
un géant technologique d’un people de paysans
d’une petite
nation pacifique et sous développée. La guerre
est vue
comme détournant des ressources des besoins urgents de
justice
raciale et sociale. Ils argumentent que nous sommes la
première
nation avec des ressources suffisantes pour offrir non seulement une
vie décente pour quelques-uns, mais une
société
décente pour tous et que nous avons
échoué à
le faire. Ils pensent qu’ils doivent refaire
l’Amérique
fidèle à cette image.
Mais parmi les membres de
cette nouvelle culture étudiante, il existe un manque
croissant de tolérance, une insistance grandissante pour que
triomphe leur point de vue, une impatience vis à vis de la
lenteur des procédures d’une démocratie
libérale,
une dénonciation croissante du manque
d’humanité et
de bonne volonté de la part de ceux qui leur demandent de la
patience et de la retenue, en particulier, de ceux dont le devoir est
de maintenir l’ordre. Un petit nombre
d’étudiants se sont
tournés vers la violence.[…]
En même temps,
beaucoup d’américains ont réagi
à cette
culture naissante avec une intolérance qui leur est
caractéristique. Ils ne rejettent pas seulement ce qui
relève
de l’impatience, de
l’immodéré, et de
l’intolérance
dans la nouvelle culture des jeunes, mais également ce qui
est
bon. Pire, ils rejettent les membres individuels de la culture
étudiante eux-mêmes. Une façon
différente
de s’habiller suffit pour attirer les insultes et les mauvais
coups. Un nombre croissant de citoyens pensent que les
étudiants
qui expriment leur désaccord ou manifestent, même
de
façon pacifique, méritent
d’être traités
avec rudesse. Certains disent même que quand des manifestants
sont tués, c’est qu’ils l’ont
bien cherché. Les
étudiants et la communauté plus large cherchent
de
moins en moins à comprendre ou à respecter le
point de
vue et les motivations de l’autre.
Si cette tendance
continue, si la crise de compréhension perdure, la survie
même
de la nation sera menacée. Une nation conduite à
utiliser des armes de guerre contre sa jeunesse est une nation au
bord du chaos. Une nation qui a perdu la confiance de sa jeunesse est
une nation qui a perdu une partie de son avenir. Une nation dont les
jeunes sont devenus intolérants face à la
différence,
intolérants vis à vis des autres citoyens et vis
à
vis de toutes les valeurs traditionnelles simplement parce
qu’elles
sont traditionnelles, ne possède pas une
génération
digne ou capable d’assumer des responsabilités
dans les
années à venir..
* * *
Nous appelons de
façon urgente à la réconciliation.
Il
existe une profonde continuité entre tous les
américains,
jeunes et vieux, une continuité qui a
été
obscurcie par notre polarisation croissante. La majeure partie de la
jeunesse dissidente lutte pour les valeurs ultimes défendues
par leurs aînés et leurs ancêtres. Dans
chaque
américain, il y a toujours eu un respect latent pour
l’idéalisme des jeunes. Le but ultime
d’un gouvernement
libre est de permettre à la nation de re définir
ses
objectifs à la lumière de nouveaux besoins sans
sacrifier la sagesse accumulée des ses traditions vivantes.
Nous ne pouvons pas réaliser cela les uns sans les autres.
[…].
La violence doit se terminer.
La
compréhension mutuelle doit être
renouvelée.
Tous
les américains doivent se voir non comme des
stéréotypes
ou des symboles mais comme des êtres humains.
La
réconciliation doit commener.
Nous partageons
l’impatience de ceux qui appellent le changement. Nous
croyons
qu’il y a encore le temps et la possibilité pour
remplir
notre engagement national en faveur de la paix, de la justice, de la
décence, de l’égalité et de
la célébration
de la vie humaine.
Nous devons commencé. Tous.
[…]
Février 2005
Mise à jour Novembre 2006