L’effondrement des Forces Armées

Par le Col. Robert D. Heinl, Jr.
Extraits traduits du Armed Forces Journal, 7 Juin 1971

http://www.warbirdforum.com/collapse.htm

Les notes en bas de page sont de moi.


Le moral, la discipline et la combativité des Forces Armées U.S. sont, à quelques exceptions près, plus bas et pires qu’ils n’ont jamais été dans ce siècle, et peut-être dans l’histoire des Etats-Unis.

Sous tous les aspects imaginables, notre armée en poste au Vietnam est dans un état proche de l’effondrement, avec des unités évitant ou refusant d’aller au combat, assassinant leurs officiers et sous-officiers, infestées par la drogue, découragées quand elles ne sont pas proches de la mutinerie.

Ailleurs qu’au Vietnam, la situation est presque aussi sérieuse.

[…]


Des précédents historique existent concernant certains problèmes tels que la désertion, la mutinerie, l’impopularité, les attaques séditieuses et les troubles raciaux. D’autres, tels que la drogue posent des problèmes qui ne sont pas entièrement nouveaux. Jamais, cependant, dans l’histoire des Forces Armées, des troubles comparables ne se sont manifestés avec une telle amplitude, acuité ou concentration qu’aujourd’hui.

[…]


"Ils ont mis en place des compagnies distinctes," écrit un soldat américain de Cu Chi, cité dans le New York Times, "pour les hommes qui refusent d’aller sur le terrain. C’est rien de refuser. Si un gars s’est vu donner l’ordre d’aller à tel ou tel endroit, il ne prend même plus la peine de refuser; il prend juste sa chemise et s’en va rendre visite à des copains dans un autre camp de base. Les opérations sont devenues incroyablement dépenaillées. Beaucoup de types ne mettent même plus leur uniforme..... La garnison américaine dans les plus grandes bases est virtuellement désarmée. Les officiers (1) nous ont enlevé nos armes et les ont mises sous clé .... Il y a eu aussi quelques incidents de frag (2) dans le bataillon. "

Cela peut-il être général, ou même vrai? Malheureusement la réponse est oui.

Les " incidents de frag " ou simplement le "fragging" est dans l’argot des soldats au Vietnam l’assassinat ou la tentative d’assassinat d’officiers ou de sous-officiers trop stricts, impopulaires ou seulement combatifs. Avec une extrême répugnance, (après qu’un jeune issu de West Point ait été  fraggé durant son sommeil) le Pentagone a révélé que le nombre de fraggings en 1970 (209) a plus que doublé depuis l’année précédente (96).

La nouvelle de la mort d’officiers déclenchent les cris de joie dans les cinémas ou les bivouacs de certaines unités. Dans une division—la division Americal, moralement défectueuse—les fraggings durant 1971 ont été estimés avoir une fréquence d’environ un par semaine.

[…]


Des primes, collectées par simples souscriptions, d’un montant allant de 50$ à 1 000$, ont été souvent placées sur les têtes d’officiers que des privates et Sp4s (4) voulaient supprimer.

Peu de temps après l’assaut sanglant de Hamburger Hill à la 1969,le journal underground des soldats au Vietnam, G.I. Says, a offert publiquement une prime de 10 000 $ pour la tête du Lt. Col. Weldon Honeycutt, l’officier qui avait ordonné (et conduit) l’attaque. Malgré plusieurs tentatives, Honeycutt a réussi à finir son temps de service et à retourner au pays.

"Un autre Hamburger Hill, (5)" (c’est à dire un assaut fortement contesté,), a admis un major vétéran, est totalement hors de question."

La question du " refus de combat," euphémisme official pour désobéir aux ordres d’aller au combat –le plus grave crime du soldat—s’est posée encore récemment sur la frontière du Laos par la Troop B, du 1st Cavalry, avec le refus de masse de recapturer le véhicule de commandement de leur capitaine contenant le matériel de communication, les codes et autres ordres secrets d’opération.

Dès la mi 1969, cependant, une compagnie entière de la 196th Light Infantry Brigade s’est assise ouvertement sur le champ de bataille. Plus tard dans l’année, une autre compagnie d’infanterie, de la célèbre 1st Air Cavalry Division, refusa d’avancer –devant les caméras de CBS-TV—sur un sentier dangereux.

[…]


"Search and evade" (6) (qui signifie un accord tacite pour éviter le combat de la part des unités sur le terrain) est maintenant devenu un principe de guerre, exprimé crûment par l’expression des GI , "CYA (cover your ass) protège ton cul et rentre à la maison!"

Ce  "chercher-et-foutre le camp" qui n’est pas passé inaperçu aux yeux de l’ennemi, et la délégation du Viet Cong aux négociations de Paix à Paris Peace a souligné que les unités communistes en Indochine avaient reçu l’ordre de ne pas engager les troupes américaines qui ne les agressaient pas. La même déclaration se vante –non pas sans fondement en réalité—que des déserteurs américains se trouvent parmi les rangs des viet cong.

Des jeûnes symboliques contre la guerre (comme celui de Pleiku, où une unité médicale entière, conduite par ses officiers, a refusé la dinde de  Thanksgiving), des symboles de la paix, des signes "V"- pas pour victoire mais pour paix, les huées et les injures envers les officiers, et même envers des malheureux artistes comme Bob Hope, sont malheureusement des faits courant.

Comme concernant les question raciales et de la drogue, les problèmes du Vietnam aujourd’hui, non seulement reflètent mais aggravent ceux des Forces Armées dans leur ensemble. En avril, par exemple, une sous commission d’enquête de membres du Congrès a révélé que 10 à 15% de nos troupes au Vietnam consomment de l’héroïne et que la dépendance à la drogue atteint des "proportions d’épidémie."

L’année dernière seulement, un major de l’ Air Force et pilote pour l’Ambassador Bunker a été arrêté à la base aérienne de Ton Son Nhut près de Saigon avec l’équivalent de 8 millions de $ d’héroïne dans son avion. Ce major est maintenant à Leavenworth. (7)

[…]

Au bas mot, quelques 144 journaux underground sont publiés ou destinés aux base militaires U.S.dans ce pays ou à l’étranger. Depuis 1970 , leur nombre s’est accru de 40% (103 è l’automne dernier). (…) "Au Vietnam," écrit le Ft Lewis-McChord Free Press, "ce sont les engagés, les officiers (8) , qui sont le vrai Ennemi, et pas l’ennemi." Une autre feuille de la Côte Ouest conseille aux lecteurs: "Ne désertez pas. Allez au Vietnam et tuez votre officier commandant."

Au moins 14 organisations subversives de GIs (y compris deux composés exclusivement d’officiers) opèrent maintenant de façon plus ou moins ouverte. A côté de cela, il existe au moins six groupes de vétérans contre la guerre qui s’efforcent d’influencer les GIs.

Trois groupes de juristes bien établis se spécialisent dans le soutien aux Gis dissidents. Deux d’entre eux (GI Civil Liberties Defense Committee and New York Draft et Military Law Panel) opèrent ouvertement. Le troisième est un réseau semi-clandestin d’avocats qui ne peut être contacté qu’à travers la GI Alliance, un groupe de Washington D.C., qui essaie de coordonner les activités militaires séditieuses à travers le pays.

Un soutien juridique existe sur le théâtre même de la guerre. Un bureau de trois avocats, liés au Lawyers' Military Defense Committee, de Cambridge, Mass., a été installé l’automne dernier à Saigon pour fournir des services juridiques aux soldats dissidents , passés devant une Cour martiale au Vietnam.

En plus de ces initiatives, le Pacific Counseling Service (une organisation paravent Unitarienne servant à la prolifération d’activités antimilitaristes) soutient les Gis dissidents et leur fournit une aide juridique, non pas à travers une mais sept branches (Tacoma, Oakland, Los Angeles, San Diego, Monterey, Tokyo, et Okinawa).
Une autre activité du Pacific Counseling est le larguage paravion de littérature séditiuese au dessus de la Base Militaire d’ Oakland, notre dispositif majeur sur la côte ouest pour le Vietnam.

On compte à l’heure actuelle au moins 11 (certains avancent le nombre de 26) "coffee houses" antimilitaristes à l’extérieur des bases qui abreuvent les GIs de musique rock music, de café, de littérature pacifiste, de manuels sur comment déserter et autres conseils subversifs. Parmi les coffee houses les plus célèbres : Le Shelter Half (Ft Lewis, Wash.); le Home Front (Ft Carson, Colo.) et le Oleo Strut (Ft Hood, Tex.).

Pratiquement tous ces coffee houses sont ou ont été soutenues par le U.S. Serviceman's Fund,don’t les bureaux sont dans le Bronx à New York City. Jusqu’en mai 1970 cette organisation a été reconnu comme "organisation charitable" déductible des impôts, classification qui a changé lorsque les  fonctionnaires de l’ IRS (9) agents se sont rendus compte que sa principale activité était de semer la dissension parmi les GIs et qu’elle était un satellite du "The new Mobilization Committee," une organisation communiste consacrée à la subversion dans les Forces Armées.

Un autre satellite du "new Mobe" est le G.I. Press Service, basé à Washington, qui se nomme lui-même l’ Associated Press des journaux militaires underground . Robert Wilkinson, l’éditeur de G.I. Press, est bien connu du renseignement militaire et a été interdit de séjour au Sud Vietnam.

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L’offensive radicale des campus à travers tout le pays contre les ROTC (10)  est bien connue. Les évènements survenus l’année dernière à la l’Université de Stanford , cependant, montre à quels extrêmes est arrivée cette campagne (qui a connu son pic après le Cambodge (11)). Après que la direction de Stanford ait accepté un programme modifié et spécialement restructuré pour le ROTC, l’université s’est trouvée submergée par un cyclone de violence ininterrompue, ayant pour résultats des dégâts d’au moins 200 000 $ causés aux bâtiments (caractérisés par la destruction systématique de 40 vitraux de 6 mètres dans la bibliothèque) Pour finir, la direction, conduite par le président de l’université Richard W. Lyman, , est revenue sur sa décision. Lyman aurait déclaré alors que " le ROTC coûtait trop cher à Stanford."

"Entertainment Industry for Peace and Justice," le front contre la guerre du show-biz front organisé par Jane Fonda, Dick Gregory et Dalton Trumbo, revendique aujourd’hui plus de 800 noms venant du cinéma, de la TV, et de la musique. Cette organisation soutient la tournée antimilitariste de Miademoiselle Fonda qui sa débuté devant les grilles de Ft. Bragg, N.C., à la mi-mars.

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L’Action de Groupes

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Un groupe militant de la côte Ouest, le Movement for a Democratic Military (MDM), s’est spécialisé dans le vol d’armes sur les bases militaires de Californie. En 1970, d’importants cambriolages d’armureries ont été perpétrés avec succès contre la Base Militaire d’Oakland, celle de Fts Cronkhite et de Ord, et même contre la base du Marine Corps à Camp Pendleton, où une équipe, vêtue d’uniformes des Marines est sortie avec neuf fusils M-16 et un lanceur de grenades M-79.

Opérant dans le middle West, trois soldats de Ft Carson, Colorado, où est établie l’unité expérimentale de la 4th Mechanized Division, ont été récemment condamnés pour avoir dynamité le central téléphonique, les installations électriques et d’eau courante d’une autre base militaire, Camp McCoy, Wisconsin, le 26 Juillet1970.

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Lois sévères, tribunaux faibles

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Malgré les lois sévères en vigueur depuis de nombreuses années, ni l’administration Johnson, ni jusqu’à maintenant celle de Nixon n’ont engagé une seule poursuite contre la grande variété d’individus et de groupes, dont certains mentionnées ici, et dont le but avoué est de saboter la discipline et de pervertir l’allégeance aux forces Armées

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La justice fédérale est un secteur où les forces Armées sont confrontées avec un manque de soutien notable. […]A Oakland, Californie, l’année dernière, un tribunal fédéral a récupéré sur la passerelle d’un transport de troupe en partance pour le Vietnam quelques 37 soldats (où tous s’étaient soudain découverts objecteurs de conscience) et les a tiré d’affaire une nouvelle fois sur la côte Ouest 18 mois plus tard.

Les tactiques de harcèlement

Une partie du problème entre le secteur de la défense et celui du système judiciaire réside dans la pratique désormais commune des soldats dissidents de traîner les officiers commandant devant les tribunaux civils , soit dans un but de harcèlement, soit pour faire annuler des procédures normales administratives ou de discipline.

Il y a peu de temps, par exemple, un groupe dissident d’officiers d’active, membres du Concerned Officers' Movement (COM), a intenté un procès contre le Ministre de la Défense Laird lui-même, ainsi que contre ses trois secrétariats, demandant une reconnaissance officielle de leur "droit" à s’opposer à la guerre du Vietnam, accusant les secrétariats de les "harceler" et demandant une décision du tribunal pour interdire les "représailles" disciplinaires contre les membres du COM.

De telles requêtes nuisibles, venues de l’intérieur même des forces Armées (en général sur des questions constitutionnelles, comme l’affaire Laird) par des gens encore sous l’uniforme, qui plus est des officiers, étaient inconnues il y a encore deux ou trois ans. Maintenant, selon un général, la pratique est devenue si commune que, pour reprendre ses termes, , "je ne peux même plus donner un ordre avant d’obtenir la permission de mon équipe d’avocats."

Incidents raciaux
La Sédition, la subversion et le harcèlement juridique représente presque le summum de ce que l’on pourrait appeler les problèmes externes sans précédent que des éléments de la société américaine infligent aux Forces Armées.

Les conflits raciaux (la plupart, mais pas tous, déclenchée par des jeunes appelés) se multiplient de façon meurtrière dans tous les services.

Lors d’une récente réunion du haut commandement, le Général Westmoreland et d’autre généraux, ont entendu un rapport provenant d’Allemagne, selon lequel des soldats blans dans beaucoup d’unités ont maintenant peur d’entrer seuls de nuit dans les baraquements, de crainte des embuscades de "chasseurs de têtes" montées par des noirs.

Selon les termes cités d’un soldat en service en Allemagne de l’Ouest, "j’ai beaucoup plus peur d’être égorgé dans la caserne que d’être attaqué par les Russes."

D’autres rapports font état d’attaques de prisons militaires pour délivrer des prisonniers noirs et d’officiers battus en public par des soldats noirs.

Augsburg, Krailsheim et Hohenfels sont connus pour être le théâtre de nombreux troubles raciaux. Hohenfels fut la scène d’un fragging (2) racial, l’année dernière, --l’un des rares survenus en dehors du Vietnam.

A Ulm, à l’été dernier, un officier blanc a tué un soldat noir qui pointait un .45 chargé sur deux officiers blancs.

[…]

Kelley Hill, une zone de baraquements de Ft. Benning, Ga., a été la scène d’attaques nocturnes répétées sur des soldats blancs. Comme le fait remarquer amèrement l’un d’entre eux "Kelley Hill appartient peut être au commandement le jour, mais la nuit, il appartient aux noirs."

Même les quartiers protégés du WAC (12) ont été touchés par des crêpage de chignons (13) raciaux. Cette année, dans un détachement du WAC sur la côte Ouest, des femmes noires de corvée d’entretien des quartiers ont mis à profit leur tâches pour vandalisées des chambres occupées par des femmes blanches. Dans leur accès de rage, elles ont détruit des vêtements, vidé des tiroirs et mis sans dessus dessous les affaires de leurs soeurs blanches.

Mais l’armée de terre n’a pas le monopole des troubles raciaux.

Dès juillet 1969, les Marines (qui étaient auparavant réputés concernant la question des races) se sont retrouvés au premier plan au Camp Lejeune, N.C., lorsqu’une bagarre générale déclenchée par 30 à 50 Marines noirs s’est terminée tragiquement avec le crâne fracassé d’un caporal blanc et 145 autres Marines dans la baie. 

Cette même année, à Newport, R.I., une base navale, bdes noirs ont tué un officier blanc alors qu’en Mars 1971 le National Naval Medical Center de Bethesda, Md., à coté de Washington, fut le théâtre de combats raciaux si graves que le club des appelés dut être fermé.

Tous les services aujourd’hui s’efforcent énergiquement de calmer et de contrôler cette horrible violence, qui selon les termes d’un officier a fait ressemblé son unité, hier solidaire, à "deux gangs des rues."

[…]

Les drogues dans l’Armée


 Les problèmes causés par la drogue –comme la situation dans la société civile dont ils dérivent – se développent dans tous les services. En mars, La Secrétaire d’Etat à la Marine, John H. Chafee, parlant au nom des deux branches, a déclaré abruptement que le problème de la drogue était hors de contrôle, à la fois chez les Marines et dans la Marine. (14) En 1966, la Marine a renvoyé 170 contrevenants pour usage de drogues. Trois années plus tard, (1969), on comptait 3 800 cas. L’année dernière, en 1970, le total  est monté à plus de 5 000.
L’usage de drogues dans le Pacifique Ouest – avec l’ Asie d’un côté et le point faible de la Californie de l’autre –donne ses pires migraines à la Marine. Pour citer un exemple, l’année dernière, un destroyer devant se rendre de la côte Ouest en Asie, a manqué de peu de retarder son départ, quand cinq jour avant celui-ci, un groupe de 30 consommateurs de drogues (plus de 10% de l’équipage) fut découvert. 
La semaine dernière encore, huit enseignes de navire ont été renvoyés par la Naval Academy après la découverte d’un cercle de consommateurs de drogues. Alors que la Marine dénie avec virulence les allégations dans des articles reproduits dans le Annapolis Capitol , selon lesquelles plus de 12 000 marins consommeraient aujourd’hui de la marijuana, des sources parmi ceux-ci confirment que l’herbe est tout sauf inconnue à Annapolis.

L’Air force, malgré 2 715 enquêtes pour des questions de drogues en 1970, est tout de même mieux lotiei : son taux de 3 cas pour mille aviateurs est le plus bas de tous les services.

Par contraste, l’Armée de terre a connu 17 742 enquêtes impliquant la drogue la même année. Selon le Col. Thomas B. Hauschild, du Commandement médicale de nos Forces Armées en Europe, quelques 46 pour cent des 200 000 soldats qui y sont stationnés ont consommé des drogues illégales au moins une fois. Dans un bataillon stationné en Allemagne de l’Ouest, plus de 50 pour cent des hommes ont fumé de la marijuana de façon régulière (quelques-uns pendant leur service), alors que presque la moitié d’entre eux prenaient des drogues dures.

Ce que disent ces statistiques, c’est que l’es Forces Armées (comme la société civile) est prisonnière d’une pandémie de la drogue --conclusion renforcée par le fait que, depuis seulement 1968, le nombre total d’accoutumance vérifiée à la drogue a presque doublé. Un autre repère: selon des sources médicales militaires, les hépatites suite à l’usage d’aiguilles posent maintenant un aussi grand problème que les maladies vénériennes parmi les jeunes soldats.

A Ft. Bragg, la troisième caserne la plus importante du pays, près de Fayetteville, N.C. (une ville de garnison qu’une personnalité aime comparer à  "East Village" à New York's ou "Haight-Ashbury"à San Francisco) [et que les soldats appellent "Fayettenam"] une récente étude a montré que 4% (soit plus de 1 400) des 36 000 hommes sont des accros aux drogues dures (principalement héroïne et LSD) .
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Désertions

[…]
En 1970, l’Armée comptait 65 643 déserteurs, soit presque l’équivalent de quatre divisions d’infanterie. Le taux de désertion  (52.3 soldats pour mille) est plus que deux fois supérieur à celui le plus élevé durant la Corée. (22.5 pour mille). Il est plus de quatre fois supérieur à celui de 1966 (14.7 pour mille) de l’Armée de professionnels bien entraînés et au moral élevé.(15)

Si les désertions continuent à augmenter (comme elles continuent à le faire cette année), elles atteindront et dépasseront le pic de la Seconde Guerre Mondiale de 63 pour mille, qui s’était produit incidemment l’année même (1945) où les d’appelés exemptés pour troubles que psycho-nerveux étaient plus nombreux que ceux incorporés.

[…]

Les Marines en 1970 ont connu le plus haut taux de désertions de l’histoire moderne Corps et, pour cette année du moins, sensiblement plus élevé que celui de l’armée de terre. Comme les Marines se retirent maintenant du Vietnam (et qu’ils n’ont pas incorporé d’appelés depuis presque deux ans), on s’attend à ce que leurs désertions diminuent abruptement. Comme le fait remarquer crûment un officier, "laissons partir les bâtards. Nous sommes bien mieux sans eux."

Laisser partir les bâtard était une chose que les Marines pouvaient certainement se permettre. "Le Corps des Marines ne cherche pas beaucoup de recrues," indique actuellement une affiche pour le recrutement, "Nous avons juste besoin de quelques hommes biens." Telle est la situation heureuse d’un Corps réservé à une élite composée de vrais volontaires qui veulent être des professionnels.

Mais laisser partir les bâtards ne marche pas du tout pour l’Armée de Terre et la Marine, qui ont besoin de quantité de recrues et dont les problèmes de  ré-engagements sont réels.

L’Amiral Elmo R. Zumwalt, Jr., chef des Opérations navales, ne mâche pas ses mots. "Nous avons une crise de personnel," a –t’il déclaré récemment, "qui frôle le désastre."

[…]

Ou--selon les termes ironiques de Pogo (16)—nous avons rencontré l’ennemi, et l’ennemi, c’est nous-mêmes.




Ndt:

(1) Le terme employé est lifers, littéralement ceux qui ont été condamnés à perpétuité.

(2) Frag . terme qui vient de fragmentation, comme les grenades.

(3) Lire les témoignages de soldats US de la Division Americal à:http://lists.village.virginia.edu/sixties/HTML_docs/Resources/Primary/Winter_Soldier/WS_49_Americal.html

(4) Spécialiste de 4ème Classe. Rang dans l’armée US qui concerne les hommes qui ont terminé leur entraînement et ont quelques mois de service. Juste au dessus du rang de Private First Class

(5) Surnom donné à la colline Dong Ap Bia, (970 m d’altitude) dans la vallée de A Shau , occupée par une division nord-vietnamienne et des troupes du Viet-cong depuis l’offensive du Têt de 1968. L’attaque a commencé le 10 mai 1969 et la colline a été prise le 20 mai après des combats acharnés. 70 tués et 372 blessés du coté américain, plus de 600 du côté nord-vietnamien. C’est devenu un symbole d’une boucherie inutile. C’est également le titre d’un film de John Irvin (1987) qui relate cette histoire. http://www.historyinfilm.com/hamhill/

(6) Référence à "search-and-destroy" – chercher et détruire.

(7) Prison militaire

(8) The Brass – Littéralement cuivre jaune, en référence aux galons.

(9) Internal Revenue Service, les impôts américains

(10) Reserve Officers' Training Corps – Formation des officiers de réserve.

(11) Offensive américaine et sud vietnamienne contre le Cambodge, annoncée par Nixon le 30 avril 1970.

(12) Women's Army Corps – Unités féminines de l’armée US

(13) Sic. Je ne fais que traduire. Les plaintes doivent être envoyées au Journal des Forces Armées…

(14) Les Marines sont un corps (d’élite) à part dans l’armée US, avec des unités dans l’Armée de Terre, de l’Air et la Marine.

(15) Le service militaire n’existait pas à cette époque et il n’y avait donc pas d’appelés dans l’armée US.

(16) Personnage de bande dessinée de Walt Kelly (1913-1973)

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Avril 2005
Mise à jour: Novembre 2006