Fifth Estate Detroit - Liberty 


(1) Il en sera l'éditeur jusqu'en 1968, date à laquelle il est appelé pour le Vietnam. Il obtiendra le statut d'objecteur de conscience En 1970, il entre à WABX, une station de radio alternative de Detroit, comme directeur de l'information. réalisateur de film, journaliste, écrivain, Ovshinsky est aujourd'hui président d'une maison de production HKO Media.

(2) Auteur de bandes dessinées parues dans The Village Voice pendant 42 ans et regroupés en 19 livres, ce qui lui vaudra le Prix Pulitzer en 1986. Il écrit aussi des scénari comme Popeye de Robert Altman et I Want To Go Home d' Alain Resnais

(3) Voir sur ce site http://www.freakencesixties.yi.org/jsinclair.html

(4) History of the Fifth Estate: The Early Years Peter Werbe http://www.corridortribe.com/tribes/
fifth_estate/index.htm





Vol.5, no.19, 1971



Automne 2007

(5) Fredy Perlman (20/08/1934- 26/07/1985)
Ecrivain, éditeur et militant. Son ouvrage le plus connu Against His-Story, Against Leviathan!
Traducteur (controversé) de La Société du Spectacle de Guy Debord

(6) Intraduisible jeu de mot sur is et was Tous les ismes sont du passé

(7) Le site de la communauté :
http://pumpkinhollow.net/

(8) On peut lire quelques articles en ligne de Fifth Estate sur le site du journal http://www.fifthestate.org/FE376.html



Autres liens

Le site de Peter Werbe
http://www.peterwerbe.com/estate.htm

Un article sur les quarante ans de FE dans Metrotimes

Un forum de discussion de la "tribu" Fifth Estate


Edition spéciale pour la commémoration du 40ème anniversaire de FE


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Fondé par Harvey Ovshinsky (1), (17ans à l'époque) qui avait passé l'été 1965 à travailler pour le Los Angeles Free Press. Il ramenera aussi le titre, emprunté à une coffee house qu'il fréquentait sur Sunset Strip. Fifth Estate - ou le Cinquième Pouvoir, c'est aussi la presse

Le premier numéro de F.E sort le 19 novembre 1965 à Detroit et contient un compte-rendu d'un concert de Bob Dylan, une bande dessinée empruntée à Jules Feiffer (2), une liste de manifestations alternatives et l'annonce d'une prochaine marche contre la guerre du Vietnam. Autant de sujets ignorés à l'époque par la presse traditionnelle.

La maison familiale sert de "bureaux" au journal jusqu'en 1966, date à laquelle il déménage dans un local près de la Wayne State University. le déménagement sauva probablement F.E d'une rapide disparition. Alors qu' Ovshinsky était pratiquement seul à porter le projet, le nouveau local fut rapidement découvert par le milieu radical de Detroit, comme les militants du Detroit Committee to End the War in Vietnam, l'Artist Workshop autour de John Sinclair, et le milieu étudiant.(3)

Fin 1966, le journal déménagea à nouveau pour Plum Street où fut ouvert également une librairie au premier étage, tenue par John Sinclair.

Peter Werbe (4) se souvient de cette époque :

"Le mouvement de la presse underground nationale avait une portée immense à l'époque, avec au moins 500 tabloids apparaissant régulièrement en1970 et peut-être des miliers de plus qui disparaissaient après seulement un numéro ou deux. La ronéo du local de F.E était souvent utilisée par des groupes d'étudiants, des militants pour les droits civiques ou contre la guerre, des syndicalistes dissidents, et même des GIs, pour imprimer leurs bulletins. A la grande horreur des officiers, les GIs en service actif faisaient circuler des centaines de journaux contre la guerre, sous forme de tabloïds ou ronéotypés, dans les bases US, sur les navires et même au Vietnam.

Liberation News Service, une sorte d'Associated Press gauchiste, basée à New York City, envoyait des paquets d'informations deux fois par semaines. Cela incluait des rapports sur les manifestations nationales et les activités radicales aussi bien que des sujets sur les luttes des guerillas autour du monde, dont beaucoup concernant les vues de la guerre du côté Nord Vietnamien/FLN. Le Underground Press Syndicate fut créé pour coordoner les relations entre journaux et promouvoir leur diffusion. La circulation hebdomadaire de l'ensemble des journaux alternatifs a été estimée à deux milions d'exemplaires à la veille des années 1970 .

Le jour de la sortie de FE , des milliers d'exemplaires étaient distribués dans des dépôts locaux par un groupe d'amis spécialisé dans la distribution de périodiques radicaux - le collectif Keep on Trucking. Des centaines d'exemplaires étaient envoyés par courrier au GIs au Vietnam qui n'étaient pas offensés apparement par nos apels à la victoire de leurs ennemis sur le terrain ou, les concernant, par les appels à la mutinerie comme façon de mettre fin à la guerre. Des soldats nous écrivaient souvent pour nous raconter comment nos journaux se passaient d'unité à unité à travers la zone de combat ou autour des bases US. En retour, ils racontaient des histoires de première main, sur les atrocités dont ils étaient les témoins et combien ils haïssaient le conflit dans lequel ils étaient engagés et leurs officiers. Bien que le journal affichait souvent des titres comme, "Victoire pour la Révolution Indochinoise," et que le drapeau du Viet Cong apparaissait régulièrement sur nos couvertures, nous n'avons jamais reçu une seule lettre de condamnation venant de ceux qui combattaient du côté de l'empire US contre ceux que nous soutenions.

Chaque semaine, le jour de la publication, une petite armée de vendeurs de rues se rassemblait dans notre bureau pour attraper une pile de journaux pour les revendre dans des manifs, à des concerts ou dans des galeries marchandes. Le prix sur la couverture était de 15cents et les vendeurs gardaient un nickel. Nous devions nous battre constament avec les flics, les gradés, les gardes de sécurité, les proviseurs et les contremaîtres pour avoir le droit de distribuer notre journal. Plus tard le FE fut disponible via un réseau de 80 distributeurs que nous avions installés dans les rues à travers la ville. Nous devions nous battre constamment contre la municipalité, ainsi que contre les vandales d'extrême-droite pour les garder dans les rues"

La première époque verra un mélange d'articles sur des sujets comme les substances psychédéliques , le mouvement anti-guerre, le rock, la culture alternative.

Les évènements allaient radicaliser l'éditorial. Localement d'abord, avec les émeutes de Detroit en 1967 duarant lesquelles les locaux de FE seront arrosés de gaz lacrymogènes par la Garde Nationale. Puis la Convention Démocrate de Chicago en 1968 , l'escalade de la guerre au Vietnam, la répression contre le Black Panther Party, l'assassinat de Martin Luther King et de Bobby Kennedy , les meurtres des universités de Kent et de Jackson...

Peter Werbe :(4) 

"Nous avons pris soudainement conscience que l' empire que nous avions décrit comme un "chateau de cartes" rendait coup pour coup avec tenacité et avec une force mortelle. Notre ligne éditoriale refléta ce changement. Il y eut moins de "fun" et plus de "lutte" dans nos pages. Nous sommes devenus hebdomadaire en 1970 avec un tirage de 15 à 20 000 exemplaires; les appels criards pour la révolution devinrent monnaie courante sur nos unes avec de fréquentes photos de Black Panthers armés ou de combattants Viet Cong ."

Au début des années 70 également, un groupe de membres de FE se rendent au Nord Vietnam au Cambodge et à Cuba , démonstration de "solidarité " avec ceux qui combattaient sur le front "l'impérialisme américain" Une naîveté reconnue - et assumée par Peter Werbe (4) "les critiques anarchistes des états policiers communistes nous étaient inconnus à l'époque , même si elles existaient"

Les "années soixante" étaient finies.

Peter Werbe (4) 

" Bien que les raisons de l'effondrement des mouvements de cette époque et parmi eux, celui de la presse underground, sont complexes je daterais comme date pivôt de la fin officielle de ce que l'on a appelé "les années 60."les élections de 1972.

L' émergence de la "Me Generation" des années 1970 suivie par les années Reagan-Bush dans les années 1980 commença avec la défaite massive du "candidat de la paix" aux présidentielles George McGovern, et la ré-élection écrasante du criminel de guerre, Richard Nixon. Notre prise de conscience que les électeurs américains ne voulaient pas élire un démocrate avec un programme anti-guerre tout juste tiède , et qu'au lieu de cela, ils choisissaient le retour aux affaires d'une personne responsable d'assassinats de masse au Vietnam, fut un coup dont le mouvement contre la guerre et la Nouvelle-Gauche ne se remettront jamais."

En 1972, F.E n'apparaît plus que deux fois par mois. Les militants sont épuisés. "(Des gens mouraient au Vietnam; comment pouvait-on justifier "de s'amuser"?)" S'ajoutent à cela les disputes internes et les problèmes financiers.

En 1975, le Liberation News Service et le Underground Press Syndicate ont disparu, suivis très rapidement par la majorité des journaux underground.

En août 1975, le No.1 Vol. 11, du FE déclare "le numéro que vous avez en main est le dernier numéro de Fifth Estate - le dernier numéro d'une entreprise capitaliste défaillante . . . C'est aussi le premier numéro d'un nouveau Fifth Estate." Le journal moribond est pris en main par un groupe nommé "Eat the Rich Gang"; inspiré par des gens aussi divers que Fredy Perlman (5), Jacques Camatte, Jean Baudrillard, et des idées communistes révolutionnaires ainsi que des situationnistes

"Quand notre groupe arriva au local de Fifth Estate, les trois membres restant étaient tout sauf enthousiastes de nous voir se joindre à eux, mais par un vote de 11 voix contre 3, nous décidâmes de devenir mensuel, de ne plus accepter de publicités (c'était la voix du capital, disions-nous) et d'arrêter de payer les salaires.Les trois rescapés de l'ancienne équipe furent horrifiés et partirent après quelques numéros." [...]

Dans nos articles, nous mettions en avant des idées qui horrifiaient nos anciens camarades gauchistes : nous affirmions que les mouvements de libération nationale plutôt que d'être des agents de la liberté étaient la façon qu'avait le capitalisme de s'établir dans d'anciennes régions coloniales; que la fonction des syndicats était en fin de compte de défendre le prix de vente moyen du travail et que les syndicats eux-mêmes représentaient la défaite historique du genre humain parce qu'ils acceptaient la dualité du travail et du capital; que la lutte des classes, au lieu d'être le mode de confrontation entre ouvriers et patrons, était la façon qu'avait le capitalisme de progresser et de se moderniser; que les partis politiques radicaux étaient des instruments de la contre révolution, particulièrement en Russie; que même les organisations radicales étaient des "gangs à l'intérieur du capital," dont le but était de parvenir au statut de"racketteur." Nous ridiculisions les dirigeants staliniens , à travers la parodie et l'analyse et déclarions que tous les pays qu'ils dirigaient étaient des états policiers. Tout cela amena tout le monde, des gauchistes aux anarchistes, à nous dénoncer comme "contre révolutionnaires" jusqu'à (ma favorite) "des puristes.idéologiques" (4)

Ce nouveau tournant radical permettra à FE de survivre à une époque où la quasie totalité de la presse underground des années soixante avait déjà disparu.

Dans les années 80, la ligne éditoriale s'ouvrira aux questions de l'environnement, à l'anti-technologie et à une conception plus large de l'anti-autoritarisme "All isms are was-isms." (6)

Au milieu des années 1980 Andy “Sunfrog Bonobo” Smith et sa femme, Victoria “Viva Bonobo” Jackson, ont pris la barre de FE dans la communauté de Pumpkin Hollow  (7) Liberty, Tennesse qui en assure la publication. (8)

"Il serait facile de décrire ces quarante années passées comme uniquement "un long trip étrange" qui a peu accomplit. Le monstre Leviathan de l'Etat et du capital n'est devenu que plus destructeur et apparemment moins attaquable qu'il ne l'était durant notre tenure. Il me semble, cependant, que la fonction de ce journal, à la fois pour les lecteurs et les rédacteurs - qui représentent des centaines de personnes durant ces dizaines d'années - ne peut pas être mesurée par les euls accomplissements concrets. [...]

Ce que les vieux camarades appellent L' Idéal est ce qui nous permet de maintenir un esprit visionnaire et d'espoir - et même de joie - dans un monde dont il semble que la lumière pourrait disparaitre à tout instant..

Nous l'espèrons, ce que nous disons et ce que nous faisons aujourd'hui fournira l' inspiration pour les rebelles de demain qui triompherons des forces de l'avidité, de la guerre et de la destruction, permettant, à nous ou à nos héritiers rebelles, de publier un journal empli principalement de poèmes pastoraux, de pensées méditatives obscures et d'art merveilleux."(4)






novembre 2007