Liberation News Service

Source :

The Movement and the New Media
http://www.nuevoanden.com/rag/newmedia.html


Thorne Dreyer est l'un des fondateurs du Rag. Victoria Smith a commencé comme journaliste au St. Paul Dispatch. Dreyer et Smith ont travaillé ensemble à Liberation News Service et à Space City à Houston.


(1) Sur le SF Oracle voir :
Notes Additionnelles sur le S.F. Oracle
Allen Cohen

(2) Plus sur EVO

(3) Plus sur Fifth Estate

(4) Des numéros du Realist en ligne

(5) Ray Mongo donne le point de vue de l’autre partie dans Famous Long Ago My Life And Hard Times With Liberation News Service Citadel Press 1970

Il parle du sentiment de dépossession, d’un sentiment d’injustice que "tous ces gens qui avaient fait LNS" serait "privés de tout rôle au sein de l’agence de presse ". et d’un désaccord politique " LNS serait un outil de propagande pour le SDS"

Il accuse l’autre faction, appelée "Vulgar Marxists", d"avoir recruté "un groupe important de gens pour les aider à diriger l’agence et notre petit groupe ne pouvait pas s attendre à survivre longtemps dans une atmosphère de rejet et d’hostilité non seulement envers les flics et le gouvernement mais aussi envers leurs collègues Nous avions un recours légal puisque nous étions propriétaires de l’entreprise et du nom Liberation News Service , mais cela n’empêcherait pas ceux de New York de publier sous la même appellation et l’idée même de leur intenter un procès coûteux en temps et en argent nous répugnait. Clairement, donc, la seule solution était de déménager l’agence de presse, assembleur, documents, machines à écrire, en dehors de New York, quelque part.où nous pourrions être nous-mêmes à nouveau."

Il ne fait pas mystère du complot, organisé autour de Steve Diamond, et soigneusement monté pour se servir dans la caisse de LNS.

"Je me sens embarrassé lorsque je raconte cette histoire. Peut-être parce que je la raconte comme je l’aurais racontée alors, en me souvenant de la manière dont fonctionnait alors mon esprit dans ces temps troublés, toute la rigidité, la vanité, l’hostilité et le ressentiment. Je me sens très différent maintenant. Comme si des milliers d’années s’étaient écoulées depuis ces événements"

Ray Mongo raconte également le "raid" du groupe New-yorkais pour récupérer le matériel et l’argent ,la violence contre Bloom et comment Cathy Hutchison signa un chèque de 6 000 $ pour mettre un terme aux coups. Chèque qui sera plus tard annulé.

(6) Le tribunal transformera l’accusation en trouble de l’ordre public et les amendes iront de 25$ à 50$

(7) United Auto Workers (UAW) - syndicat des ouvriers de l'automobile, l'un des plus importants syndicats américains

(8) Avril 1968 Voir le chapitre Columbia


(9) Large offensive de l’armée nord-vietnamienne et de vietcong lancée dans la nuit du 30 au 31 janvier 1968 sur les principales villes du Sud Vietnam et la base américaine de Khe Sanh.
lLambassade américaine à Saigon est occupée et sera tenue pendant près de sept heures.
Si sur un plan purement militaire, cette offensive n'eut pas de résultats immédiats, elle contribua au retournement de l'opinion américaine quant à l'issue du conflit.

(10)
Ron Cobb a commencé à travailler pour...Disney à Burbank, Californie. Licencié en 1957, il fait différents boulots avant de partir au Vietnam en 1963. A son retour, il rejoint le Los Angeles Free Press en 1965.

Il réalisera la couvertures de l'album After Bathing at Baxter's pour Jefferson Airplane en 1967

Il participera ensuite au design de nombreux films Star Wars (1977), Alien (1979), and Conan the Barbarian

Dessin de Cobb


"Mes chers compatriotes ..."
(Réelection de Johnson 1968)
 

(11) Newsreel existe toujours.

(12) Federal Communications Commission

(13) Lire à ce sujet  History of student activism at the University of Texas (1960-1988) Beverly Burr Printemps 1988
Et sur Freakence Sixties Austin Texas, en cours de rédaction.

(14) Ce jeune homme était George Vizard. George fut assassiné 23 juillet 1967 par Robert Joseph Zani , un ancien étudiant de l’université du Texas. Celui-ci ne sera arrêté qu’en mars 1980 où il avouera le crime de ce "petit malin de communiste"
Susan Torian Olan
THE RAG: A Study in Underground Journalism




George et Mariann Vizard vendant The Rag dans une rue d'Austin (auteur inconnu)

(15) Voir page sur The Rag

Un chapitre de la Seconde Révolution Américaine essaiera de  traiter de l'histoire du mouvement radical à Austin  (Rag et Université du texas)



The Rag aujourd'hui  "qui vous est apporté par le miracle de l'anarchie fonctionnelle"



eeer ... a cheerful hello ? 










Le Mouvement et les nouveaux médias - Thorne Dreyer et Victoria Smith

Article distribué à l'origine par Liberation News Service le 1er mars 1969


“Ces feuilles obscènes sont aujourd'hui des cocktails Molotov jetés à la face de la respectabilité et la décence de notre nation.”
—Joe Pool, ancien représentant du Congrès pour le Texas et Président en exercice du House Un-American Activities Committee

Quand une nation comme l'Amérique qui a tant à coeur sa 'démocratie’parlementaire, qui ne jure que par ses droits inaliénables, censure ouvertement ‘la liberté d'expression’ quelque chose ne doit pas tourner rond.

Dallas Notes: Local saccagé deux fois par les flics à la recherche de “pornographie.” Les flics ont confisqué quatre machines à écrire, des appareils photo, du matériel pour chambre noir et dessin, les livres de compte, des livres, des posters, un bureau, une table à dessin, tout ce qui pouvait être volé en vrac et embarqué. Ils ont gardé les trophées. Arrêtés le personnel pour “pornographie.”

Kaleidoscope (Milwaukee): L'éditeur est condamné pour “obscénité” — 2 000 $ d'amende et deux ans de mise à l'épreuve en appel.. La loi sur l obscénité a été écrite spécialement pour les journaux. La voiture de l'éditeur a été détruite par une bombe incendiaire et les vitres soufflées. Le local a été victime d'un attentat à la bombe.

Great Speckled Bird (Atlanta): La Local Parents’ League for Decency commence une campagne nauséabonde contre les journaux. Les tracts disent , “…les personnes responsables sont dérangées à juste titre par le sacrilège, la pornographie, la dépravation l'immoralité et les appels à l'insoumission… Mettons fin à ce flot d'immondices avant qu'il ne blesse DAVANTAGE d'enfants qu'il ne l'a déjà fait” La municipalité est à l'origine du harcèlement, menaçant d'une enquête par un grand jury.

Xanadu (St. Louis): Le chef de la police guerroie contre le journal et son prédéceseur le Daily Flash. Un de ses membres a été arrêté pour détention d'herbe par un agent en civil déguisé en hippie.

Kudzu (Jackson, Miss.): Des membres de la rédaction arrêtés pour “obscénité” rap. quatorze membres et amis frappés par les policiers municipaux. Appareils photos et journaux confisqués

Open City (Los Angeles): Editeur condamné pour obscénité. A pris six mois et 1 000$ d'amende. Arrêté une seconde fois, même accusation. .

Tous les autres journaux underground du pays : vendeurs arrêtés, panneaux publicitaires perdus, écoutes téléphoniques, intimidation dans les dépôts, membres des rédactions arrêtés, attaqués ou appelés à l'armée, harcelés de toute les façons imaginables.

La presse underground a évolué depuis la lumière et la suavité de ses premiers jours et est devenue culturellement outrancière et politiquement révolutionnaire. Ce qui a entrainé colère et inquiétude parmi ceux dont les intérêts s'y opposent.

En même temps que se développent les médias radicaux, et en même temps qu'ils se radicalisent, il en va de même pour les tentatives de les réprimer.

Le réveil

La presse underground est née par nécessité. Quelque chose se passait, qui demandait de la visibilité. Des poches de vie commençèrent à percer dans les terres arides de l'Amérique Un souffle étrange de découverte soufflait à travers le pays, portant avec lui l'odeur prégnante de l'herbe et du sperme . Les jeunes commençèrent à fumer, à baiser à découvrir leur tête et leur corps , et le plus important, leur manque de liberté. Et en même temps qu'ils se rassemblèrent, le Flic survint — faisant de la joie et de la paranoïa les compagnons de lit du nouveau réveil.

C'étaient ces deux états d'esprit qui avaient besoin d'une expression. Pour diffuser la glorieuse parole et pour rendre publique les réalités douloureuses du système, il y avit besoin d'un medium . Les tabloïdes variés apportèrent eux-mêmes les étranges cris de joie beaux et colorés . Et la nécessité de consolider les forces contre l'ennemi (encore à définir mais certainement omniprésent) ont fait du journalisme une tactique extrêmement judicieuse.

Ce sont ces mêmes deux éléments —le positif et le négatif, la vision d'une nouvelle voie et la nécessité de détruire l'ancienne, l'amour et le feu— qui se sont engagés dans une interraction dynamique alors qu'avait émergé une gauche d'un genre nouveau en Amérique.

Au début, il y eut beaucoup de foi en ce que la joie et la liberté pourrait réaliser maintenant et ici, dans les entrailles même du leviathan. Nettoies juste ton esprit des mauvaises vibrations, envoies-toi beaucoup en l'air, parles-en à un ami.. La Parole se répandra si vite que l'ordre ancien s'écroulera avant même que vous ayez le temps de prononcer acid-head. Et sinon, nous pouvons toujours créer notre communauté d'amour.

Ce qui s'est effondré ne fut pas l'ordre ancien. Ce fut le désenchantement vis à vis de la réalité objective qui dégrisa beaucoup de prophètes. La Parole sortit haut et claire : il faudarait plus d'un chuchotement et d'une pilule pour faire s'écrouler ces murs. Et qu'importe si les vibrations que vous émaniez étaient belles, vous ne pourriez pas créer une bonne société dans les entrailles du corps pourrisant.

La leçon fut retenue: Nous ne pouvions pas remodeler nos vies individuellement; les institutions du systèmes capitalistes les déterminent trop; la lutte collective est une nécessité et une nouvelle liberté ne peut être construite que sur les cendres de l'ordre ancien. Non pas que nous nions ou réprimions notre joie, sans quoi nous rendrions notre vision purement intellectuelle, mais parce que nous devons comprendre les limites de ses possibilités, en essayant continuellement de rendre nos vies meilleures dans le contexte d'une lutte plus large.

Nous parlons de cette dynamique parce que la comprendre est essentielle pour la compréhension des changements survenus dans la presse underground depuis sa naissance jusqu'à maintenant et où nous pensons qu'elle doit aller à partir de là.

“(Ces journaux) encouragent la dépravation et l’irresponsabilité et ils engendrent une rupture dans la capacité du gouvernement à à diriger une société ordonnée et constituionnelle..”
—Joe Pool

Nos racines underground

Les journaux underground ont évolué en moins de cinq ans, passant souvent de torchons mal dégrossis, exaltant les vertus de la dope et de la bonté (de l’espèce mystique orientale principalement), à des tabloïdes assez sophistiqués et attractifs, commençant à présenter une synthèse des aspects politiques et culturels d’une révolution en marche dans ce pays.

Les médias et la révolution se sont rencontrés pour la première fois le jour de Thanksgiving 1968, à Madison, Wisconsin. La presse underground s’était réunie trois fois auparavant mais cette rencontre était une nouveauté. Pour la première fois, des gens ont réalisé que la vieille presse underground avait entrepris une vaste transformation en profondeur. (Même le nom était devenu un anachronisme. Il a toujours été erroné, en fait) . Les précédentes réunions nationales de l’underground étaient occupées par des querelles. Elles mettaient en scène des combats de mammouths entre politicos et mystiques—il y avait peu de terrain d’entente, seulement un ennemi commun Mais la conférence de Madison fut un rassemblement de révolutionnaires. Les différences étaient d’ordre tactiques, de style, mais le terrain d’entente était présent.

Les représentants des nouveaux médias tinrent leur première réunion à Pâques 1967. La conférence était sponsorisée par le Underground Press Syndicate (UPS) formé l’été précédent. Le San Francisco Oracle (1) avait rédigé un appel pour un “pow-wow”; une trentaine de personnes se réunirent chez le guru de l’Oracle Michael Bowen à Stimson Beach près de San Francisco. Pas plus d’une demie douzaine de journaux était représentée.

Le ton était donné par le plus mystique des journaux . L’appel pour la conférence, rédigé par Ron Thelin, gérant de l’Oracle et propriétaire de la toute récente Psychedelic Shop dans Haight Ashbury, opta pour le style apocalyptique:

“Nous voici réunis. Oncle Sam est au bord de la mort. Un sommeil-stupeur symbole de dépendance hante nos coeurs et qu’allons nous faire face à cela? …Nous présentons cette invitation des plus urgente pour que nos compagnons tribaux journalistes se réunissent en vue d’un conseil spirituel et pour s’amuser.”

La conférence fut chaotique. Le summum fut pour beaucoup une longue séance avec un indien Hopi qui avait fait le grand saut pour établir la communication. Le style indien était le truc dans les premiers jours de l’ underground—l’Oracle avait même suggéré que l’UPS se renomme le Service de Messagerie Tribale. La conférence tourna en rond avant que de prendre quelques décisions concernant le fonctionnement de l’UPS, mais ne mit en place aucun mécanisme pour une participation démocratique des journaux Et cela n’avait pas une réelle importance que l’UPS ne soit rien de plus qu’un nom à cette époque. Il servait de symbole, créant un sentiment de communauté nationale auquel pourrait se joindre de nouveaux journaux et se sentir un peu moins isolés dans leurs efforts.

Les trois conditions pour être membre étaient simples, et aucune coordination centralisée n’était nécessaire. Les journaux étaient sensés échanger des souscriptions gratuitement, à l’occasion de faire paraître une liste de journaux membres de l’UPS avec leur adresse et, le plus important, s’étaient mis d’accord pour une politique de reprise d’articles: les journaux pouvaient s’emprunter des articles les uns aux autres sans demander l’autorisation et sans payer. Ainsi, le concept du copyright fut aboli dès le début . De nouveaux journaux pouvaient profiter de l’expérience de ceux mieux établis, en apprenant des techniques fiables et en bénéficiant d’une source nationale d’informations. Ces pratiques donnèrent le ton de la coopération qui fut extrêmement important pour le développement du nouveau média.

L’UPS avait été concocté par Walter Bowart et John Wilcock du East Village Other (EVO) à New York et Mike Kindman de The Paper à East Lansing, Michigan. Pour certains, cela était un“pseudo évènement,” ayant pour but de leurrer la presse commerciale. Pour créer l’illusion d’un réseau géant coordonné de journaux freaks prêts pour la tuerie. Mais ce caractère mythique allait se révéler extrêmement important : les chaussures pourront devenir assez grandes.

L’UPS a débuté avec six journaux : l’Oracle, EVO (2), The Paper, la Los Angeles Free Press, le Berkeley Barb et Fifth Estate (3) de Detroit. Parmi ceux-ci aucun, excepté peut-être The Paper, navit conscience d’appartenir à un mouvement politique. Le Fifth Estate, la Free Press et le Barb avait quelques contenus politiques, EVO était seulement freak et scandaleux, et l’Oracle était sincèrement mystique (et, incidemment, somptueux). Le journal suivant à rejoindre l’UPS, The Rag d’Austin, Texas, était probablement le premier journal underground issu d’un mouvement communautaire et qui se définissait comme un outil d’organisation.

Les premiers journaux n’étaient d’aucune façon monolithiques. Ils variaient grandement en style visuel, en contenu et même en conception de base. Mais ils avaient une vision similaire et le même Flic respirait dans leur nuque. Le plus impressionnant de tout fut que la presse underground s’est développée principalement à partir d’un vide journalistique. Il n’existait que peu de précédents pour ces petits tabloïdes bizarres, enragés et irrévérencieux.

La scène beatnik des années cinquante avait eu ses manifestes littéraires et anthologies ésotériques comme Beatitude et Entrails. Mais leur diffusion était limitée et ils n’ont certainement jamais prétendu être des journaux. Il y eut aussi les torchons polémiques des gauchistes sectaires comme le Daily Worker et The Militant, déclamant une rhétorique si terne que leur impact fut négligeable. Seulement, peut-être le Realist (4) de Paul Krassner commencé en 1958, avait mis en place un style dont les nouveaux médias pourront s’inspirer largement —bien que son approche consistant à “faire la satire de toute chose” est loin de l’engagement et des plaidoyers si inhérents à la presse radicale.. Mais l’iconoclasme bouffon, en fait de Harvey Kurtzman, de Mad, de Humbug et de Help, offrirent des précédents à l’underground pour son irrévérence.

The Village Voice fut peut-être le prédécesseur le plus direct de la presse underground . Il fut fondé en 1955, et son format tabloid, sa mise en page, son style et son contenu “hip” a offert un modèle à l’underground. Mais les différences surpassent les similitudes. Même Norman Mailer, certainement pas un radical enragé, a fondé le Voice trop apprivoisé. Bien que associé au journal à ses débuts, il le quittera bientôt et écrira :

“Ils le voulaient à succès. Je le voulais outrageux Ils voulaient un journal qui puisse satisfaire la communauté conservatrice, l’église, les organisations politiques, etc. Je pensais que nous ne nous développerions qu’à condition d’atteindre un public qu’aucun journal n’avait encore intéressé. J’avais le sentiment d’une révolution souterraine en marche et je ne savais pas que j’avais tort.”

Le Voice, alors, établi bien confortablement, n’aurait pas pu se désintéresser plus de la presse underground. John Wilcock a écrit dans Other Scenes:

"Le Village Voice, ironiquement, est dans la position du professeur surpassé par ses élèves . c’est le Voice avec son pseudo-libéralisme et sa volonté d’imprimer ce qui à une époque paraissait osé, qui a pavé la route pour tous les journaux underground qui ont suivi . Mais le conservatisme maladif de l’éditeur Ed Fancher (et son avidité) ne lui permettaient pas de collaborer avec les journaux de l’ UPS . Tous les journaux qui voulaient reproduire un article provenant de The Voice devait formuler une demande spéciale (parfois refusée) et n’était pas autorisé à l’utiliser de manière cooprérative avec les autres journaux de l’ UPS.”

Le manque de coopération de The Voice fut probablement une bonne chose. La presse underground évita le danger de pollution provenant du libéralisme merdique du Voice.

EVO, commencé comme un cadeau de Noël dans le Lower East Side à New York en 1965, était une réaction directe au Voice, ses fondateurs étant des transfuges du Voice . Là où le Voice était modéré et extrêmement prudent, EVO était outrancier et intentionnellement agressif. .Et il avait une relation plutôt directe avec la communauté née dans le Lower East Side.de Manhattan . Mais EVO n’a jamais rempli une fonction autre que de prendre son pied, être un National Inquirer freak. Tout comme EVO avait été une réaction à the Voice, un autre journal, Rat, fut lancé au début de 1968 pour combler le vide que laissait EVO.

Art Kunkin avait fondé le Los Angeles Free Press une bonne année et demie avant que EVO n’apparaisse dans les rues de New York. Le “Freep” fut modelé un peu à partir de the Voice. Bien que ses idées politiques soient plus radicales et ses prises de position plus courageuses, il n’a jamais été très loin dans l’expérimentation et est resté plutôt guindé. D’un point de vue traditionnel, il est le journal underground qui a connu le plus gros succès, servant d’alternatives aux quotidiens de Los Angeles pour l’immense communauté de la gauche libérale nord californienne. Les radicaux critiquent le Free Press, parce qu’il est conçu principalement comme un journal commercial .Un de ses membres, John Bryan l’a quitté pour fonder un journal plus freak nommé Open City. Il a critiqué le Freep pour sa structure hiérarchique, ses horaires et ses règlements plus restrictifs , prétend-t’il, que ceux de Scripps Howard (pour qui il avait travaillé précédemment).

Le San Francisco Oracle a été peut-être le plus révolutionnaire des premiers journaux, dont les innovations graphiques furent une source d’inspiration pour les autres journaux underground et donnèrent des idées à beaucoup de journaux du système. John Wilcock a dit au sujet de l’Oracle :

“Ses créateurs utilisent les couleurs comme seul Lautrec l’a expérimenté en lithographie—testant les capacités du méium jusqu’à leurs extrêmes limites et produisant ce que n’importe quel journaliste expérimenté vous dira être impossible…c’est une dynamo créative dont l’influence changera sans aucun doute l’aspect de l’édition américaine.”

L’Oracle accordait peu d’importance au texte et était généralement difficile à lire mais il montra à l’ underground comment l’imprimerie pouvait être utilisée autant comme un médium visuel que intellectuel. Plus tard des journaux comme le San Francisco Express Times et Kaleidoscope travaillerons à faire la synthèse entre ces deux aspects du nouveau journalisme.

Les autres premiers journaux membres de l’UPS, le Barb et The Paper, étaient tournés vers des communautés universitaires. Le Barb, dont l’éditeur Max Scherr fait figure d’ancien dans la quarantaine, est le reflet de la scène chaotique de Berkeley. Jamais très attractif, il couvre les aspects les plus sensationnalistes de la gauche, prospérant surtout à partir des arrestations liées à la liberté sexuelle, orgies et dope et des rumeurs fumeuses. The Paper, d’un autre côté, était pépère. Reconnu comme second journal étudiant à Michigan State, il a aidé à construire une communauté radicale là où iln’en existait pas auparavant. De nouvelles initiatives s’inspirèrent largement, en inspiration et en reprises d’articles de ces pionniers. Celui qui eut le plus d’influence fut peut-être l’ Oracle; beaucoup de journaux le prirent pour modèle et pratiquement tous furent inspirés par sa créativité.

Mais la presse underground alla plus loin que l’Oracle. De la naissance de l’UPS, et la première réunion déjantée chez Michael Bowen, jusqu’à la conférence de Madison, une tendance a dominé : les journaus sont devenus de plus en plus politisés. La presse underground, qui compte maintenant près de 200 journaux avec un tirage que la revue Fortune (une “source habituellement fiable”) estime à un petit million, est désormais une force politique avec laquelle il faut compter. .

En même temps que les journaux hippies se politisaient, une autre dynamique avait fait son apparition. Comme la presse underground se rapprochait progressivement de la nouvelle gauche, beaucoup d’organes politiques gauchistes avaient pris une orientation plus visuelle et plus agréable à lire. The Guardian, auparavant un hebdomadaire Vieille Gauche ennuyeux, a entrepris un renouveau politique et culturel qui a eu pour résultat un journal intéressant et attractif. Bien qu’il s’adresse à des lecteurs qui se considèrent déjà comme radicaux, son apparence est semblable aux journaux underground les plus politisés. The Movement, un hebdomadaire proche du SDS publié sur la côte ouest ressemble beaucoup, par son style et son format, à un journal underground . Et New Left Notes, le journal national du SDS publié à Chicago, et qui était désespérément affreux et ennuyeux , est devenu plus attrayant dans sa mise en page et ses textes plus lisibles. Même le Daily World du Parti Communiste utilise les articles et les graphismes de Liberation News Service. Un jour,Allen Young de LNS découvrit ses articles repris dans le Daily World, le Militant trotskyste et le coloré Chicago Seed hip. Peut-être que l’esprit vital de l’ underground pénétrear même la clique sectaire de la Vieille Gauche.

Les journaux avec le plus d’influence dans l’ undergroundne ressemblent plus à EVO et au L.A. Freep. Le radical et éclatant San Francisco Express Times (que nous décrirons plus tard) a pris la relève de l’Oracle. Sa mise en page est soignée et hip, son écriture est pointue et imaginative—le mieux qu’a produit l’underground.

The Rat à New York, fondé par Jeff Shero, ancien vice président du SDS et un des fondateurs du Rag à Austin, a pris la place de EVO comme modèle journalistique sur la Côte Est.

Kaleidoscope, avec des éditions publiées à Milwaukee et Chicago, est peut-être le journal le plus impressionnant du Midwest, extrêment imaginatif dans l’utilisation des couleurs et du graphisme. Cependant, Kaleidoscope se voit encore comme un outil d’organisation radicale, utilisant beaucoup de matériel de LNS, avec son contenu largement politique.

Great Speckled Bird à Atlanta, le plus important journal underground du Sud Profond, avec un style de mise en page inspiré de l’Express Times, est édité par des radicaux du sud, beaucoup d’entre eux étant des vétérans de la lutte pour les droits civiques.

Ce sont ces journaux , et tant d’autres, comme Distant Drummer à Philadelphie, Connections à Madison, Ungarbled Word à New Orleans, Peninsula Observer à Palo Alto, Helix à Seattle, ainsi que les survivants des premiers jours comme Fifth Estate et The Rag, qui donnent le ton pour les nouveaux journaux en lutte qui fleurissent partout en Amérique.

Ce fut à Madison que les journaux discutèrent pour la première fois de leur nouvelle identité. Cette première conférence de l’ UPS a été suivie de deux autres, l’une à Washington, D.C., juste avant la marche du Pentagone en octobre 67, l’autre à Iowa City durant l’été 68. Les deux furent de lamentables échecs. Les deux réunions furent dominées par quelques individus costumés et déclamant des proclamations poétiques A Iowa City, les gens étaient tellement dans leur propre truc que toute communication se révéla impossible, beaucoup étaient si désillusionnés qu’ils doutaient qu’une réunion constructive puisse être organisée un jour.

Madison fut un succès pour plusieurs raisons. Elle eut lieu au bon moment—les médias radicaux poussaient comme des champignons. La répression était aussi croissante. Les gens ressentaient le besoin de travailler ensemble et, pour la première fois, ont commencé à mettre en place une stratégie politique pour la presse underground.

Ces préoccupations reflétaient celle du mouvement lui-même: l’époque était très chaotique, les confrontations étaient à leur summum et les gens ne savaient pas vers où se tourner. C’était clairement une période de transition.. Le mouvement avait besoin d’une nouvelle orientation et ses médias prenaient conscience de la nécessité de modeler une nouvelle définition pour eux-mêmes.

Les journaux qui vinrent à Madison n’étaient pas tous sophistiqués politiquement mais tous ressentaient le besoin d’être politiquement pertinents dans une Amérique menacé par un traumatisme potentiellement fatal et au sein d’un mouvement prenant juste conscience de la complexité fantastique de l’ennemi et de la tache entreprise. C’était un cri bien éloigné du premier pow-wow du San Francisco Oracle.


“Ils savent que plus leurs journaux sont sales et obscènes, plus ils attireront de lecteurs irresponsables qu'ils veulent recruter dans leur croisade pour détruire ce pays ”
—Joe Pool

Nous allons vers des changements

La presse commerciale, les faits après des mois cessent d'être de l'information, a sorti un vrai scoop: la presse underground est devenue politique ! Des articles simplistes, comme celui de John Leo paru dans le New York Times du 4 Sept.1968, théorisait sur le fait que Liberation News Service était le coupable—responsabled'avoir mené les journaux hippies dans la boîte de pandore de la politique.

C'est faux. Ce sont les conditions de la société qui ont mené les journaux à la politique. Mais il est tout aussi indéniable que LNS fut instrumental dans cette évolution, ne serait-ce qu'en aidant à la rendre techniquement possible.

A l'automne 1967, lorsque LNS commença à envoyer des paquets de nouvelles sporadiques à partir d'un local-communauté de Washington, D.C., des changements majeurs pour le mouvement étaient en train de l'extérieur et de l'intérieur. Les rebelions à grande échelle dans les ghettos de Detroit et Newark avaient infecté l'Amérique et le mouvement avec un sentiment d'apocalypse violente. La présence inéluctable de la répression, faisant sentir son haleine derrière le dos des radicaux aussi bien blancs que noirs, stimula la naissance d'une “nouvelle militance” parmi la jeunesse.

En un mois, Octobre 1967, nous avons vu des confrontations sanglantes entre les flics et les jeunes au  Pentagone, à l'Université du Wisconsin et à Oakland, Californie, pendant la semaine de Stop the Draft. Les jeunes ont combattu les force de l'ordre et de la loi sur les campus et dans les rues. Et ce n'était pas seulement les jeunes qui prenaient les grumeaux. .

L'Amérique straight fut outragée, mais le mouvement tirait son énergie de sa nouvelle image.Ces luttes, et la couverture dont elles bénéficiaient dans les médias de l'establishment, firent de la nouvelle gauche une réalité que l'Amérique ne pouvait pas ignorer plus longtemps. Pour ceux dont les intérêts demandaient le maintien du status quo, une chose était claire: ces jeunes étaient sérieux à mort. Ils n'étaient pas simplement des mutants hédonistes indulgents des classes moyennes cherchant une paix intérieure; ils étaient porteurs d'une analyse qui désignait les institutions de l'état comme l'ennemi et ils commençaient à agir en accord avec leur analyse.

Les gens qui faisaient les journaux underground étaient les mêmes qui étaient dans les rues. Beaucoup avaient été des flower children: leur perspicacité prophétique avait été matraquée par les flics et marchandisée auprès de la populace par les maîtres de la récupération. Mais si l'harnachement était récupérable, la vision ne l'était pas. C'était comment concrétiser cette vision qui demandait une réévaluation. Cela ne viendrait pas par l'isolement de la société. Vous ne pouviez pas échapper à la réalité extérieure—elle te brisera à coup sûr. Et même si vous étiez capables de créer un paradis sur terre, une poche d'utopie, qu'en serait-il du reste du monde? Et de ceux qui ne partiraient pas d'une situation de privilègiés matériels, pour ceux pour qui fais ton truc est inimaginable?

C'était ce genre d'évolution que traversaient les jeunes. Les journaux, qui étaient tous des extensions des communautés hip, reflétèrent ces évolutions.

Et les journaux ont un rôle extrêmement important à jouer dans ce domaine : généraliser les réactions viscérales. Re-situer les évènements locaux dans un contexte national context. Les journaux isolés ont besoin de recevoir rapidement les informations concernant les actions du mouvement ailleurs dans le pays. Ce qui arrivait en dehors des sphères de l’expérience personnelle s’est enrichit d’une nouvelle signification lorsque nous avons commencé à comprendre la nécessité de montrer que les évènements sont en fait liés entre eux

Changer d'état d'esprit n'était pas suffisant : des conditions objectives créent ces mauvaises vibrations. Il était maintenant nécessaire d'analyser ces conditions sur un plan national et international. Le mouvement avait mis en place une variété d'organismes dynamiques—le besoin évident maintenant était un système nerveux central.

Un service national d'information était clairement l'étape suivante. La seule question était de savoir qui lui ferait voir le jour. Il advint que Marshall Bloom, un jeune homme imaginatif, fut celui-ci.

Bloom a été directeur de la United States Student Press Association—un regroupement de journaux étudiants de la gauche libérale. Il s’avéra être plus freak qu’ils ne l’avaient supposer et fut viré—pour des raisons à la fois personnelles et politiques. Marshall tira le maximum de cet incident, réunissant un petit groupe d’amis comprenant un ancien éditeur de journal étudiant, Ray Mungo, et fonda Liberation News Service. Faisant cela, il assumait une responsabilité collective —le besoin pour une agence de presse était ressenti par beaucoup dans la presse underground . Ce n’était certainement pas la propriété privée de Bloom. Plus tard, un fossé gigantesque se creusera, lorsque dans le personnel et dans le mouvement certains ressentirent que la possessivité de Bloom concernant LNS rendait impossible pour l’agence de presse d’éviluer en même temps que le reste des nouveaux médias.

Liberation News Service n’était guère la réplique du mouvement à Associated Press, et il n’en avait pas l’intention. Déclarée sous le nom de The New Media Project, c’était une tentative pour développer un nouveau type de journalisme—un style plus personnel de reportage, la mise en cause de la conception bourgeoise “d’objectivité” et la réévaluation des notions établies au sujet de la nature de l’information. Mais, dans ses premiers jours, LNS avait établi des relations avec le mouvement essentiellement au niveau culturel et manquait de contenu politique sérieux .

Bien que LNS était un tambour de résonance pour quelques évènements locaux, il ne devint pas le système nerveux vital dont avait si cruellement besoin le nouveau média toujours plus radical. Beaucoup de ses membres semblaient considérer tout cela comme un grand jeu - “le sérieux” était vu comme un concept de l’ordre ancien. LNS disposait de peu de journalistes fiables et les articles arrivaient de façon sporadique et désordonnée. A un moment où beaucoup de journaux underground luttaient pour développer une prise de conscience politique en leur sein, les membres de LNS staff ne répondaient pas à ce besoin.

Mais, malgré cela, LNS commença à attirer des journalistes du mouvement qui étaient capables de voir le potentiel dynamique d’une agence de presse. Allen Young, un transfuge du Washington Post, est en grande partie responsable pour avoir gardé LNS à flot, en réunissant des personnes capables et en produisant systématiquement des articles fiables et lisibles. A l’époque où LNS décida de déménager son quartier général de Washington à New York au printemps 1968, un groupe de journalistes, d’éditeurs et de photographes de diverses tendances politiques travaillait à temps plein pour l’agence de presse.

Ce fut peu après l’installation à Manhattan qu’éclata une sévère dispute entre faction au sein du personnel. (5) La fracture est bien trop complexe pour être traité dans son ensemble ici (ou, peut-être, n’importe où) mais elle soulevait deux questions majeures : le contrôle démocratique de l’agence de presse et davantage de contenu politique dans les informations collectées. Des conflits de personnes étaient aussi en jeu dans la querelle. Après plusieurs réunions acharnées des nuits entières, un vote eut lieu : le pouvoir de prise de décision au sein de l’organisation irait au personnel dans son ensemble.

Une faction minoritaire, revendiquant le contrôle de l’entreprise et conduite par Marshall Bloom, s’enfuit avec du matériel d’une valeur équivalent à des milliers de dollars et une grosse somme en liquide gagnée lors d’une manifestation de soutien à LNS. Bloom avait secrètement acheté une ferme dans le Massachusetts avec des fonds de l’agence. Pendant un temps, il avait plaidé pour quitter New York,qu’il considérait psychologiquement corrompu, et pour installer LNS dans une ferme mais l’idée n’avait reçue que peu de soutien.

Ce départ laissa la majorité du personnel, stupéfait, fauché et sans aucun matériel d’imprimerie dans des locaux vides à New York. Choisissant, par principe, de ne pas faire appel aux flics, le personnel de New York fit une tentative pour récupérer la propriété collective. Il s’ensuivit un raid de nuit bizarre sur la ferme. Le matériel n’y était pas entreposé et le groupe du Massachusetts porta plainte pour enlèvement contre les envahisseurs, prétextant qu’ils avaient été retenus contre leur volonté. Les new yorkais se retrouvèrent devant les atroces tribunaux du Massachusetts. Un terrain d’entente fut trouvé, les accusations furent atténuées et une amende fut payée.(6)

Maintenant, les deux groupes éditent et distribuent régulièrement des informations, les deux sous le nom de LNS. Sous tous les aspects objectifs , le groupe de New York connait le plus grand succès . Ses envois sont plus réguliers (deux fois par semaine) , sa qualité est meilleure et ses articles sont repris par la plupart des journaux. Une grande partie de la nouvelle gauche et un grand pourcentage de journaux underground a boycotté le groupe du Massachusetts, notamment à cause de l’infâme accusation d’enlèvement. C’est une doctrine de base du mouvement que de régler par nous-mêmes nos problèmes internes sans faire appel aux tribunaux des flics. Mais la principale raison pour laquelle LNS de New York a si bien réussi, est, croyons-nous, qu’il est bien plus en phase avec les besoins du mouvement, tant sur le plan de sa forme d’organisation que dans le contenu de ses articles envoyés aux journaux.

Le personnel de LNS de New York, dont nous faisons partie, travaille avec un groupe de 14 membres. Il a essayé de mettre en place des conditions de travail démocratiques avec tous ses membres partageant la responsabilité des décisions prises . Il n’y a pas de patrons— une situation impensable dans la presse du système, et une relation assez difficile à établir dans le mouvement.

Dans les derniers mois, LNS a joué un rôle extrêmement important pour les journaux underground . Il a distribué des articles originaux sur des évènements tels que le soulèvement au San Francisco State College, l’invasion russe en Tchécoslovaquie et la rébellion étudiante à Mexico, ainsi que des photographies créatives, des oeuvres d’art pleines d’humour, de la poésie satirique et des informations culturelles.

LNS a assuré la couverture d’évènements auxquels la plupart des journaux n’auraient pas pu avoir accès autrement et a re-situer ces évènements dans leur contexte, aidant de nouveaux journaux dans leur tentative de développer une analyse politique. Et quand ces journaux ne peuvent pas payer les 15$ mensuels pour les services de LNS, ils les obtiennent gratuitement. Dans beaucoup d’endroit, où il existe peu de radicaux et où l’expérience journalistique fait défaut, l’existence de journaux a été rendue possible essentiellement parce que les articles de LNS sont venus compléter des matériaux locaux rares.

“Le plan de ce syndicat de la presse underground est de tirer avantage de cette partie du Premier Amendement qui protège les journaux et leur garantit la liberté de la presse .”
—Joe Pool

En quoi nos médias sont-ils différents ?

Chaque jour, des millions de feuilles grises sortent des grosses presses commerciales d’Amérique. Chaque jour, ces feuilles grises se fraient un chemin dans les foyers américains, dans les esprits américains. Mais dans cet océan gris surgit une tache de couleur —la presse underground. Des petites presses offset remplirent leurs fontaines d’encres multicolores, en même temps que des artistes graphiques libéraient leur imagination.. Des écrivains libérèrent le pronom personnel de son exil journalistique et les forces créatives tabous dans la presse du système. Des poèmes se lisent d’eux-mêmes à leurs lecteurs. L’imprimé devint un médium visuel autant que intellectuel Partout, les pages de la presse underground crie un implicite (et parfois explicite) “Fuck You”aux journaux du système.

La presse underground représente une fracture révolutionnaire par rapport à la tradition du journalisme américain. Des journalistes radicaux apparurent et disparurent au cours du siècle dernier mais leurs travaux n’approchèrent jamais l’impact stylistique ou contextuel du mouvement actuel de la presse. Pour la bonne raison que puisqu’il existe un sérieux mouvement révolutionnaire qui se bat pour voir le jour, il y a sujets à écrire. Egalement important, le mouvement de la presse expérimente de nouvelles manières de communiquer, de nouvelles manières pour les gens d’être en relation avec d’autres.

Une "évidence" journalistique que le nouveau média refuse d’accepter est "l’objectivité". L’objectivité journalistique est si basique dans le métier que les écoles de journalisme n’ont meme pas besoin d’en discuter beaucoup. Les journalistes l’acceptent comme un axiome. Le principe d’objectivité suppose que la distance et le non-engagement de celui qui écrit par rapport à son sujet implique l’exactitude. Le fait est valide et l’opinion invalide (excepté pour la page éditoriale). Dans le mouvement des médias, cependant, l’engagement et l’expérience sont des pré-requis pour un bon journalisme, pour un journalisme libéré. Une fois libéré des contraintes illusoires de l’objectivité, vous pouvez explorer d’autres niveaux de créativité et de communication. Personne n’attend de vous que vous faisiez appel à un "porte-parole pour des sources fiables et reconnues proche d’un porte-parole bien informé…” Quand vous voulez dire quelque chose, vous le dites. Et si vous êtes vraiment dans ce que vous dites, ce sera honnête. Voici un exemple pour illustrer de quoi nous parlons venant de Paul Samberg, LNS et Rat, sur une manifestation à l’université de Columbia, des mois après l’ insurrection de 1968 là-bas .

“Nous nous sommes rassemblés sur la pelouse sous Low Library. Cordier (président n fonction} n’était pas là. Nous tournions en cercles sans arrêter. Un étudiant a crié ‘Nous avons besoin de quelqu’un pour prendre les commandes … Que quelqu’un prenne les commandes!’ Rudd et d’autres figures historiques n’étaient pas là . Quelqu’un s’est saisi de la sono ‘…dans la dernière décennie, Columbia a expulsé 10 000 locataires…’ Peut-être pensait-il que nous avions oublié. J’ai grimpé sur un rebord et j’ai essayé de casser le plexiglas de la fenêtre de Cordier. Ca a sonné comme du plastique mou.: à l’épreuve des balles. Le bruit de vitre cassée. Quelqu’un avait brisé une fenêtre sur le côté. J’ai sauté sur le rebord. Il y avait du sang sur l’appui de fenêtre.”

Et Todd Gitlin dans le San Francisco Express-Times, pendant une grève au San Francisco State College commencée à l’automne 1968:

“Au lieu de nous enfermer dans un bâtiment, isolés des étudiants, nous sommes dehors, partout, parmi eux. En ce qui concerne le théâtre éducatif, on peut faire confiance à la rigidité des administrateurs du State College et à l’incapacité désespérante de l’administration, pour amener des étudiants et le corps enseignant dans le mouvement, à une perception radicale de qui ils sont, ce dont ils ont besoin, qui sont leurs ennemis.”

Ceux qui écrivent, impliqués dans l'action, gardent une perspective analytique. Ils n'endossent certainement pas le rôle d'un observateur détaché, cherchant seulement les "faits" bruts Comparez cela à n'importe quelle couverture par un journal commercial d'une même grêve —information, minimale; analyse, non-existante; penchant, implicitement vers le côté de la “loi et de l'ordre” (sous le saint prétexte de l “objectivité,” bien sûr).

L'implication de la plupart des journalistes du mouvement va au delà de l'engagement sporadique dans des actions spécifiques. Gitlin, par exemple, un des fondateurs du SDS, s'est impliqué dans différents projets du mouvement depuis des années. A l'époque, il écrivait des articles sur [l'université de] San Francisco State, il était un élément important du Express Times. Les personnes impliquées dans le mouvement journalistique se voient généralement d'abord comme des militants ou des organisateurs, ensuite comme des journalistes Un engagement premier dans le journalisme en tant que journalisme ressemble à du professionnalisme bourgeois pour beaucoup d'entre nous : Tu es un organisateur radical, pas un journaliste qui n'aime seulement pas la définition de establishment de ton travail.Plus à ce sujet bientôt. Pour l'instant, examinons la presse commerciale et comment elle utlise l' “objectivité” pour déguiser ses propres partis pris.

Le journalisme radical place des évènements isolés et des données dans un contexte Les médias commerciales n'amettent pas seulement de lier entre eux les faits qu'elles présentent mais elles détruisent en outre le sens de la continuité et de l'histoire dans l'esprit des américains. Au nom de l'objectivité, elle raconte des évènements; les lecteurs sont supposés libres de se faire leur propre jugement mais les gens lisent leur quotidien et ne sont font pas de jugement du tout, si ce n'est qu'une grande partie de ce qu'ils lisent n'a pas beaucoup de rapports avec leur vie quotidienne. Il parle de Jackie Onassis, Lyndon Johnson, des patrons de l' UAW (7), Charles De Gaulle, de la police locale. De tous les personnages et institutions que les médias transforment en légendes. Généralement, les gens répondent à ce qu'ils lisent dans les journaux à un niveau conscient ou semi-conscient. La révolte à l'Université de Columbia (8) est mal Le vol des astronautes vers la lune est bien . Les Etats-Unis négocieront un accord honorable au Vietnam.

Des sujets “neutres” comme la constitution du nouveau cabinet du Président laisse un blanc. La presse américaine ne permettrait jamais aux journalistes et aux analystes de rechercher les intérêts économiques derrières personnalités gouvernementales. Même si quelque journaliste entreprenant pensait à la faire, et même si une telle recherche était publiée, les lecteurs ne sauraient quoi faire de cette information.. La presse a réussi à fragmenter la conscience de son audience. Une grève des étudiants noirs au New York College, une grève d'ouvriers intérimaires à Chicago et une interminable guerre inflationniste dans le Sud-Est asiatique sont des évènements liés, mais cette perspective ne fait pas partie de la conscience américaine.

Pourquoi les gens ne peuvent-ils pas mettre en rapport ces évènements par eux-mêmes, pourquoi ne les placent-ils pas dans un contexte par eux-mêmes ? La réponse nous entrainerait dans une explication sur la manipulation des esprits américains sous toutes ses formes par le pouvoir, la presse américaine étant peut-être l' institution cruciale dans ce contexte, avec le système éducatif américain. Ce qui ressort de tout cela : l'attitude de la presse commerciale qui sert à parcelliser la compréhension de ses lecteurs est devenue une seconde nature chez les membres de la hiérarchie de l'information, du directeur de la publication à l'éditeur jusqu'au journaliste.

...La presse commerciale, du prestigieux Washington Post jusqu'au provincial St. Paul Dispatch, possède un langage commun . C'est un langage rebatu, mais un langage que la plupart des américains reconnaissent, intériorisent et acceptent. Les distortions à la fois du langage et du reportage général au sujet de la guerre du Vietnam démontre comment opère l'“objectivité” journalistique dans la presse américaine (...) Nous lisons ou nous entendons fréquemment parler de“mitrailleuses communisest ,” ou de“ forces communistes” Mais le communisme est un système politico-économique. Quand avez-vous entendu parler pour la dernière fois de  “mitrailleuses capitalistes ?” La presse transforme le terme “officiel”en synonyme de "vérité". quand des statistiques “officielles” sont citées, elles ont le poids de la parole de Dieu. La terminologiequi se développe dans les sources“officielles” américaines deviennent rapidement des lieux communs journalistiques. Comme un terme aussi faussé que “pacification”

Bien sûr, l'offensive du Tet (9) par le FLN au début de 1968 a démasqué la façon dont la presse avait distordu le cours de la guerre. L'évenement fut ressenti comme un tel choc par le peuple américain parce que la presse ne leur avait fourni aucune indication sur le fait que les Etats-Unis étaient en train de perdre la guerre.

Ce que nous avons dit ici au sujet de la presse commerciale ne représente qu'une partie de l'analyse complète des médias que le mouvement voit comme nécessaire. Comme un réalisateur radical l'a dit , “si tu as une critique des médias, tu as une critique de la société.” une telle critique doit dépasser le seul fait de déplorer la consolidation des médias par exemple. Quelle différence cela fait-il si une ville a un, deux ou même trois journaux pro- establishment? Ou si le pays a deux agences de presse ? La compétition entre les agences de presse commerciales est morte, si elle n'a jamais existé. Comme partie intégrale du capitalisme d'entreprises, la presse doit seulement servir les intérêts majoritaires de la grande entreprise: Ainsi une critique radicale des médias parle de la manipulation, du contrôle, des relations de la presse avec l'ordre capitaliste dans sa totalité.

Le mouvement ne fait pas cette critique encore. En même temps que le mouvement de la presse se politise, il réalise l’impossibilité de travailler efficacement isolé de l’ennemi. Il doit comprendre l’ordre capitaliste et ses parties vitales. Et il est en train de construire une solide "contre-institution" au sein de laquelle les gens peuvent travailler, combattre, s’amuser et peut-être se soutenir.Ainsi, des journalistes radicaux ont une nouvelle conception de l’information, de nouvelles façons de concevoir la communication et l’engagement journalistique. Mais quelles formes ces innovations prennent-elles ? Quelles techniques sont utilisées pour fusionner le style et le contenu dans un tout qui représente quelque chose pour les gens ?

Le mouvement de la presse lutte pour transformer le medium textuel et linéaire en un medium visuel qui communique sur davantage de plans que celui strictement intellectuel. Chaque numéro d'un journal bien fait est conçu comme un tout artistique et non seulement comme X pagesà imprimer. La presse offset a rendu possible la créativité dans les journaux. Le procédé offset est moins cher, plus flexible et plus facile à manier que la presse à caractères.

Le texte et les graphiques sont conçus et assemblés tels qu’ils apparaitront lorsque le journal sortira des presses offrant un aperçu précieux du produit fini. Un photographe réalise une copie de l’esquisse typographique de la page, réalise une planche à partir du négatif et l’imprimeur prend le relais à partir de là. La photo-offset est si peu chère et simple comparée à d’autres formes de reproduction que l’ imagination graphique a libre cours pour galoper.

Quand les freaks défoncés regardaient les pages du vieux San Francisco Oracle, c’étaient les couleurs qui les bluffaient. Et l’usage de la couleur est resté une caractéristique distinctive majeure des journaux du mouvement. Des couleurs éblouissantes rendus financièrement possibles grâce au procédé offset.

Certains journaux n’utilisent pas la couleur mais s’appuient sur d’autres techniques graphiques comme des alignements de photographies, le filtrage, des polices de caractères inhabituelles et souvent dessinées à la main pour les gros titres, sur-impression d’images sur le texte, collage et montage. Les artistes ont toujours été un facteur crucial, remplissant les journaux avec d’étranges et beaux dessins. De plus en plus, les journaux ont recours à la photographie créative, comme les nus éclaboussés de soleil de Belmer Wright (Rag) et les portraits socialement incisifs de Miriam Bokser (pour LNS)

La poésie vit une sorte de renaissance dans le mouvement de la presse. Pour les radicaux, un poème peut être une forme de représentation politique, au sens le plus large, même si il ne parle pas directement de révolution politique. Vous voyez souvent une double page avec des dessins, consacrée à un ou deux poèmes, imprimée en gros caractères imposants . Et, en fait, beaucoup des meilleurs écrits dans les journaux du mouvement reflètent le langage de la poésie—libre, imaginatif, sans retenue, presque visuels.

Les caricatures et les bandes-dessinées sont un autre medium dans lequel l'impression devient visuelle. Ron Cobb (10) , un dessinateur du L.A. Free Press, a fourni quelques-unes des satires les plus mordantes apparues dans le monde de la caricature américaine actuelle. Grâce à la politique de reproduction de l' UPS, les journaux du mouvement diffusent ses oeuvres dans le pays entier.

Le mouvement des journaux utilise une variété de bandes dessinées dont la plupart sont dix fois plus déjantés que B.C ou The Wizard of Id. Beaucoup pense que la B.D n’est pas loin d’être la forme idéale de communication, et elle attire naturellement des lecteurs. Comme la poésie, les B.D les plus efficaces sont rarement directement politiques mais leur conception est considérablement différente de celles purement commerciales. Bien sûr, tous les artistes de B.D n’y parviennent pas. Nous avons vu des exemplaires de EVO, par exemple, emplis de BD qui ne sont rien de plus que des étalages existentialistes sadomasochiste. D’un autre côté, il y a R. Crumb, un génie de la B.D largement diffusé. Son centre d’intérêt est existentiel mais il bâtit des constructions simples de sagesse modérée qu’il communique avec un humour profond. Il est excentrique mais parfois sérieux aussi. Gilbert Shelton, qui est plus satirique que existentialiste, est un autre artiste influent dont les Fabulous Furry Freak Brothers (les épreuves et tribulations de chaque beatnik de la porte à côté) apparaissent dans tous les journaux.

Ne nous leurrons pas : tous les journaux ne sont pas d’étonnantes oeuvres d’art. Beaucoup sont difficiles à lire, la plupart des articles sont mal fichus et incohérents, la mise en page trouble souvent plus qu’elle n’aide à communiquer. Le manque de moyens financiers et d’expérience est responsable des défauts de quelques journaux. C’est le San Francisco Express Times qui utilise probablement le mieux les formes et les techniques dont nous avons parlé.

Le Express Times a été créé par Marvin Garson au début 1968. Ses lecteurs, habitant San Francisco , sont plutôt hip. La mise en page et le design sont saisissant mais simple. La première page rappelle souvent le New York Daily News, avec une grande photo et des gros titres en caractères gras comme HAYAKAWA BLOWS STATE et DON’T VOTE FOR SHIT. Les pages sont illustrées de grandes photos, de poésies, de dessins et des colonnes de caractères propres et alignés. Le journal est lisible : il vous incite à le lire, une qualité dont manque beaucoup de journaux à cause de leur mise en page de junky.

Le Express Times a regroupé un noyau de brillants journalistes comme Lenny Heller, Todd Gitlin, Marjorie Heins. Et des photographes talentueux comme Nacio Jan Brown et Jeff Blankfort. Il contient de nombreuses informations, de graphisme et personne n’a d’état d’âme au sujet de "l’objectivité"

La créativité et l’ imagination utilisées pour construire une presse radicale prouvent, semble-t’il, que la presse est encore un médium vital. Mais d’autres radicaux vont vers les communications électroniques comme le film et la radio.

Le projet Newsreel (11) a été commencé fin 1967 par un groupe de cinéastes radicaux de New York qui voulaient faire des films pour et sur le mouvement. L’expérience de tournage de films radicaux est devenue rapidement populaire et d’autres groupes Newsreel se sont répandus à travers le pays. Les films eux-mêmes sont souvent des documentaires sur des actions, comme Columbia et Berkeley, réalisés soigneusement pour exprimer des messages politiques. Pour la plupart, les gens de Newsreel sont des artistes radicaux coriaces, politiquement sophistiqués, qui, comme beaucoup de journalistes du mouvement, intègre leur militantisme à leur art.. Ils s’arrangent pour obtenir des images de presque toutes les manifestations de la nouvelle gauche, et à cause de l’antipathie du mouvement envers les journalistes commerciaux, les équipes de caméramen de Newsreel ont accès à des endroits où ceux de NBC n’oseraient pas mettre les pieds. Les gens de Newsreel ont réalisé autant que les militants les plus hardis du mouvement, faisant l’information en même temps qu’ils la filmaient.

A New York également, Peter Sutheim a rassemblé un petit groupe de freaks passionnés de radio et d’électronique et a mis en place un service appelé Radio Free People. Sachant le coût et l’équipement qu’impliquent les communications radio, le groupe a commencé modestement. Ils se sont lancés dans des projets comme le mixage de sons enregistrés et la réalisation d’enregistrements pour le mouvement. Certains de ceux-ci sont diffusés par WBAI, radio de la gauche libérale de New York, financée par les auditeurs, qui fait partie du réseau Pacifica. .

Bien sûr, chaque radical veut une station de radio ouverte sur la vraie vie pour le mouvement mais jusqu’à maintenant, cela est resté au stade du rêve éveillé. Nous avons entendu parler de radios pirates sur les deux côte, de radios itinérantes, de réseaux de citoyens sur ondes courtes, d’unités mobiles illégales avce des émetteurs se déplaçant dans une ville pendant une crise. Généralement, les gens qui ont mis au point ces plans grandioses pour battre le système sur son propre terrain ne connaissent rien, ou peu, à la radio . Tous ces projets seront trop coûteux, trop risqués ou inefficaces. De toutes les manières, une fois que vous avez commencé à tripoter en douce les ondes, la FCC (12)  vous tombera dessus dès le moment où apparaitront vos idées politiques.

Ainsi, l’imprimerie reste-elle le médium principal de communication de masse dans le mouvement. C’est un médium réaliste, exploitable et le mouvement commence à l’utiliser pleinement.

Mais créer un journal n’est pas facile aujourd’hui. L’Amérique, pays du capitalisme monopoly, offre un sol stérile pour la plantation de nouveaux journaux. Environ 400 d’entre eux ont disparu ces 20 dernières années. Sur la scène journalistique commerciale de nos jours, c’est le gros commerce ou pas de commerce et il n’y a pas de place pour de petits arrivistes dans la compétition. Alors, pourquoi plus de 200 journaux radicaux ont-ils été capables de démarrer et de survivre ces quelques dernières années? En partie, parce que ces journaux ne s’adresent pas au même marché que la presse commerciale. La menace qu’ils représentent n’entre pas dans la définition de "compétition" Mais peut-être que la raison principale du succès de ces journaux radicaux là même où de nouveaux journaux commerciaux ont échoué est l’absence de la motivation du profit dans le mouvement. L’investissement en capital est minime dans un journal et donc, même en cas de faillite, les pertes sont peu élevées. Les journaux radicaux sont, en règle générale, mais les gens qui le réalisent n’en font que peu de cas. Le travail dans le mouvement est rarement salarié en principe—il est offert sur une base de conscience ou d’amour La plupart des journalistes radicaux gagnent leur croûte en dehors du mouvement, ou n’en tire que ce qui est nécessaire à leur subsistance.

En fait, il est prouvé que il est pratiquement impossible pour un journal d’être politiquement efficace et, en même temps, solide financièrement. Quelques journaux, comme la L.A. Free Press et le East Village Other, ont de l’argent, mais leurs contenus sont relativement inoffensifs pour le système. Ils s’adressent également à une audience large et variée et peuvent vendre un tas de publicité commerciales aguichantes. Les journaux plus politiques éprouvent des difficultés pour obtenir assez de publicités pour les financer. Les radicaux ne sont pas puristes au point de ne pas prendre l’argent du système, mais il est difficile de l’avoir si vous êtes en accord avec vos idées politiques. Alors vous ne trouvez pas beaucoup de publicités tapageuses un journal politique comme Connections.

Au lieu de cela, il y aura des petites publicités rédigées à la main pour des boutiques pour heads, des magasins de sandales, des restaurants coopératifs, et autres petits commerces à la marge du mouvement. Dans tous les cas, la publicité ne joue qu’un rôle relativement peu important dans le financement de la presse radicale, malgré que quelques groupes ont essayé avec peu de succès de mettre en place des agences de publicité. Celle-ci n’occupe jamais plus qu’un vingtième de la place prise dans la presse commerciale, qui en contient toujours plus que d’articles éditoriaux La vente dans la rue et dans des boutiques, les souscriptions, les donations et les bénéfices tirés de différentes formes de manifestations de soutien (avec des groupes rock, des films underground et des discussions politiques) représentent les principales sources de financement. Ce n’est pas beaucoup , mais tant que les gens peuvent continuer à sortir le journal, ils s’en fichent.

Un cas historique : Un journal et sa communauté

Peut-être plus significative que l’organisation économique, que les innovations de styles, que l’approche journalistique de l’information, est la manière avec laquelle beaucoup de journaux radicaux ont drainé des gens dans le mouvement, ont soutenu des communautés politiques et ont été à l’origine d’actions militantes et d’efforts d’organisation. Cette fonction a été plus spécialement capitale dans des villes où n’existaient pas ou peu d’activités radicales. Dans de semblables territoires vierges, les journaux ont catalysé l’action radicale ou, au moins, ont commencé un travail d’éducation et de rassemblement d’une communauté au sein de laquelle de telles actions pourraient voir le jour plus tard .

Les journaux offrent souvent une place aux nouveaux radicaux pour agir dans le mouvement et, en fait, travailler dans un journal peut-être une expérience de radicalisation en soi. La plupart des journaux essaient de créer un environnement démocratique de travail et de prise de décisions. Souvent, leurs membres sont énumérés par ordre alphabétique ou de façon aléatoire pour éviter l’établissement d’une hiérarchie de pouvoir. Essayer de travailler ensemble est toujours un défi —nous sommes tous corrompus par l’éthique égocentrique du capitalisme. Les conflits entre membres sont souvent violents, la tension monte dangereusement les soirs de tirage, mais les gens développent progressivement les capacités pour travailler ensemble, partager les responsabilités et commencer à se débarasser du besoin de donner des ordres aux autres.

Mais il existe des problèmes réels. La pression est si grande parfois que des personnes qui traînent dans les locaux sont fréquemment ignorées ou traitées de manière brusque. Le travail merdique retombe souvent sur les mêmes. La plupart du personnel est encore à dominante mâle—les filles, maintenues dans leurs rôles assignées dans la société, sont souvent systématiquement confinées à la frappe. Mais les gens sont conscients de ces genres de problèmes, en parlent et essaient de les résoudre.

Nous voulons discuter de quelques expériences au sein de The Rag, à Austin, Texas. Nous le connaissons personnellement et pensons qu’il illustre comment un journal du mouvement peut établir une relation dynamique avec sa communauté. L’étude de The Rag est aussi intéressante parce qu’il semble perdre beaucoup de son intérêt. Nous pensons que les problèmes auxquels il est confronté sont similaires à ceux rencontrés, ou bientôt rencontrés peut-être, par d’autres journaux radicaux.

Depuis ses origines à l’automne 1966, The Rag a été le bien commun de la communauté radicale de Austin . Ses locaux ont été un lieu de rencontre et un centre de communications, ses pages ont reflété les sentiments de la communauté en même temps qu’elles ont servi à les rassembler autour de centres d’intérêts communs. Il existe une raison simple à cela : les gens qui ont créé ensemble le Rag étaient ceux-là mêmes qui concevaient les manifestations et les love-ins, qui étaient parmi les meneurs dans les confrontations avec les autorités et qui étaient aux avant-postes des happenings culturels locaux.

En 1967, les radicaux et l’administration de l’université du Texas se sont affrontés violemment, donnant naissance au University Freedom Movement (13). Six meneurs furent mis à l’épreuve par l’université, cinq d’entre eux étaient des membres de The Rag. Trois militants furent emmenés de force par les flics locaux et fédéraux suite au conflit : tous les trois incluaient le Rag parmi leurs activités radicales. The Rag ne publiait pas seulement l’information au sein de la communauté de la nouvelle gauche, mais était intégralement impliqué dans la création des situations à partir desquelles émergeait l’information.

Les membres du personnel étaient non seulement impliqués dans l’organisation d’actions radicales, mais le journal en lui-même était de l’information. Par le biais de ses affrontements avec l’université et les autorités locales, il obtint le soutien des communautés universitaire et marginales . Par exemple, lorsque le premier numéro encore chaud sortit des presses, un membre fougueux de la rédaction (14) se rua en plein milieu du campus et commença à vendre des exemplaires. Cet acte violait une vague loi texane sur l’interdiction de la sollicitation de nature commerciale sur un campus d’université d’Etat . Il était vêtu d’habits colorés, tenait un gros ballon gonflé à l’hélium avec inscrit dessus RAG, et se lança dans un boniment vociférant de colporteur “Propagande coco —achetez-la pendant qu’elle est chaude. La page 6 a été trempée dans du LSD—c’est un trip pas cher. Informez-vous sur les freaks!!” Une importante foule d’étudiants s’attroupa pour acheter le Rag et hurler avec le fada. Le doyen et les flics lui ordonnèrent de quitter le campus, il les défia joyeusement et la foule grossit encore. Ils n’osèrent pas l’arrêter. Le millier d’exemplaires, que les membres du Rag avaient pronostiqué comme plus que suffisants pour un premier numéro, avait disparu en quelques heures. Les presses étaient huilées et 1500 exemplaires supplémentaires furent imprimés cette nuit-là et disparurent rapidement le lendemain. L’enthousiasme et la vitalité du style du Rag avaient électrisé la communauté.

Austin a toujours eu une grande scène “underground”—beaucoup de politicos radicaux, de folk-niks ethniques, d’universitaires libéraux de gauche, d’accros au peyotl et de motards barbus. Ils étaient tous là, dispersés autour de la zone du campus, mais il n’y avait rien pour les rassembler, pour leur donner une orientation politique, pour les pousser à l’action, pour leur donner un sentiment d’identité. The Rag a été à l’origine du rassemblement d’une gauche hip cohérente et, durant ses deux premières années d’existence, a été le lieu de rencontre principale de cette communauté.

Les locaux eux-mêmes ont joué un rôle central dans cette évolution. Vous appeliez The Rag où vous y faisiez un saut pour être au courant des manifestations, des arrestations ou des chiens perdus. Ou seulement pour discuter politique. Et souvent, vous vous retrouviez à travailler sur le prochain numéro. Les manifestations de soutien au Rag réunissaient les hips et les politicos pour des célébrations musicales et offraient un forum pour des jeunes artistes. Et The Rag aidaient à diffuser des rumeurs d’arrestations pour de l’herbe, la fonction peut-être qui illustre le mieux le sentiment de responsabilité du journal envers la communauté. Plus d’une fois, la mise sous presse nocturne fut interrompue par un coup de téléphone urgent de quelqu’un "qui savait". Et l’impression était arrêtée le temps que les freaks du Rag sautaient dans leurs véhicules pour répandre la nouvelle. Les arrestations avaient rarement lieu mais les gens appréciaient le fait que leur Rag pensait à eux dans des moments de grave inquiétude.

Tous les journaux n’ont certainement pas réussi à crére ce genre de liens avec leur communauté locale et beaucoup n’ont probablement même pas essayé. l’expérience de la Washington Free Press, par exemple, a été totalement différente. La Free Press n’a jamais été capable de rassembler une communauté et ses membres ont eu tendance à se refermer sur eux-mêmes et à se diviser en factions. Elle a fonctionné avant tout pour présenter des informations ignorées par les médias institutionnels et n’a jamais mis en place un nouveau style significatif dans sa manière de faire. Pourtant, l’expérience du Rag n’est pas unique. Beaucoup d’autres journaux en font écho.

Mais The Rag devrait être étudié pour une autre raison. Le journal n’est plus ( au moment où nous écrivons —la situation pourrait changer) au centre de l’activité politique à Austin. La communauté radicale, en devenant plus sophistiquée politiquement, va vers l’organisation d’autres projets, laissant pérécliter le Rag . The Rag a touché beaucoup de nouveaux lecteurs; maintenant des tentatives sont faites pour incorporer ceux-ci dans le mouvement . La communauté n’est plus unifiée; des tentatives d’organisations sont basées sur des stratégies disparates et souvent conflictuelles. Le rôle du Rag n’est plus si simple ni évident. Il ne rencontre plus à présent les besoins des organisateurs locaux.

Les enseignements des maladies du Rag sont instructives: la presse radicale doit évoluer en même temps que les attentes du mouvement. Et le mouvement semble entrer dans une nouvelle étape actuellement. Dans leur tentative pour définir une classe révolutionnaire, les gens sont près à s’aventurer en dehors des groupes du mouvement et à entrer en relation avec de nouvelles personnes étranges et “straight”. La question à laquelle est confrontée le mouvement n’est pas de savoir si il faut élargir sa base au sein du peuple américain, mais comment élargir cette base. La presse radicale, tout en continuant à servir de système de communication interne pour le mouvement, doit aussi devenir un outil de construction pour cette nouvelle base. Cela signifie que les journaux doivent prendre conscience d’eux-mêmes et de leurs lecteurs. Ils doivent acquérir la perception des nouvelles personnes qu’ils ont besoin d’atteindre et essayer de les amener quelque part, que ces lecteurs soient des gosses hip ou des ouvriers blancs. . Ce qui est en jeu pour la presse radicale c’est un travail beaucoup plus critique et sérieux que celui requis lors des jours hippies heureux. (Ce qui ne signifie pas que nous ne pouvons plus être heureux.; après tout le FLN nous dit que les guérilleros n’auraient pas pu rester dans les jungles vietnamiennes pour continuer la lutte si ils n’avaient pas été capables de chanter et de danser.) D’autres journaux, comme The Rag pourraient perdre de leur pertinence si ils échouaient à rester en contact avec les nouvelles orientations du mouvement et de l’Amérique.(15)

Où aller à partir de là?

La tâche peut-être la plus difficile à laquelle doit faire face la presse du mouvement (à laquelle certains commencent à être confrontés) est la réalisation d’une auto-définition. Vous devez savoir à qui vous parlez si vous voulez prendre des décisions intelligentes au sujet de quoi dire et comment le dire. Beaucoup de journaux donnent l’impression de n’être rien d’autres que des jeux amusants pour ceux qui les éditent. Cette attitude est stérile lorsque l’on essaie de construire un mouvement révolutionnaire. Le travail que vous faites doit avoir un sens pour vous-mêmes et pour les personnes que vous essayez de toucher.

Un groupe de journaux qui établit une relation directe avec ses lecteurs—autrement peut-être que par le biais d’une prudence stratégique—représente l’équivalent underground du lycée. Ces journaux, comme le mouvement lycéen lui-même, sont relativement nouveaux mais reflètent la tête de pont que le mouvement a établit dans les usines de connaissances du secondaire en Amérique. Tom Lindsay, un lycéen de 16 ans de la Brandeis High School de New York, qui travaille maintenant pour le High School Independent Press Service (HIPS) , une version lycéenne de LNS, estime qu’il y avait environ 500 journaux lycéens underground au début de 1969. La plupart de ces journaux n’étaient pas politiques à leur lancement, dit-il, mais les gamins qui les faisaient se sont radicalisés rapidement dans la lutte contre la suppression de la liberté de parole dans les écoles.

Un journal, souvent une simple feuille bordélique ronéotypée, est généralement la première chose à apparaître lorsqu’un mouvement lycéen commence à prendre forme. Les gamins qui le sortent sont souvent les plus hip de l’école. Etant donné l’atmosphère oppressante et étouffante du lycée moyen punlier un journal contre l’institution est un acte plutôt héroïque. Un tel journal, né de la frustration et de la colère généralisée contre l’Amérique bourgeoise, et notamment contre les citadeles de l’endoctrinement connues sous le nom de lycées, reflète ce que ressentent tous les gamins à un certain degré. L’avantage évident d’un journal lycéen, c’est que les auteurs connaissent réellement leurs lecteurs (et qu’ils bénéficient d’une clientèle captive). l’éducation secondaire est obligatoire. Votre jeune existence est définie par ce trou infernal, que vous soyez un hippy ou un athlète. Des gamins qui sortent un journal lycéen sont en excellente position pour comprendre les besoins de leurs lecteurs. Et les meilleurs journaux s’adressent directement à ces besoins. Même si cela signifie aborder le sujet du service militaire à travers des questions plus immédiates comme les codes vestimentaires répressifs.

Le Express-Times semble s’adresser à une communauté définie (hip, jeunesse de gauche en voie d’apprentissage), raison pour laquelle nous lui avons accordé autant d’attention. LeRat essaie d’atteindre le même groupe à New York, des journaux des communautés noires et mexicaines ont fleuri à travers tout le pays. Et peut-être le plus étonnant de tout, il existe plusieurs journaux de GI comme la Fatigue Press à Fort Hood, Texas, capables de s’adresser aux problème uniques mais certainement cruciaux des soldats. Le Firing Line, un journal pour blancs défavorisés qui a migré du sud de vers la banlieue de Chicago, montre les chances de succès mais aussi les risques inhérents aux journaux qui ne s’adressent qu’à une audience particulière. Le Firing Line s’est développé à partir des efforts de JOIN, un projet pour organiser les blancs défavorisés par des membres du SDS. Skeets Millard, un ancien organisateur de JOIN, qui travaille maintenant avec Kaleidoscope et Newsreel à Chicago, nous a dit qu’à son apogée, Firing Line atteignait peut-être les deux tiers de la communauté des 80 000 habitants de la banlieue. Mais son contenu très spécialisé a échoué à établir une identité nationale collective parmi ses lecteurs. Quand un journal commence à s’adresser à une communauté ou une classe sociale spécifique, il doit éviter une attitude du genre ne-pense-pas-plus-loin- que tes-propres-problèmes. Cela pourrait aussi être un problème pour les journaux lycéens, sauf que le passage continuel du lycée vers l’université, le travail ou la marginalisation aident à prévenir le provincialisme. Les gens des banlieues n’ont pas l’avantage de la mobilité sociale.

En même temps que les journaux doivent identifier précicément et étendre leur public, ils doivent aussi leur injecter ce sens de la communauté nationale, de classe, de lutte collective qui donne au mouvement la force pour s’auto-préserver et pour mener des actions offensives.. LNS peut aider à offrir cette perspective nationale. La nouvelle gauche aussi, en dépassant son identité hippie/classe moyenne. De nouveaux journaux peuvent commencer à s’adresser à des ouvriers blancs, à des jeunes comme classe sociale, à des femmes travaillant à temps partiel.. Ils peuvent exposer les mécanismes de l’oppression qui maintient ces groupes isolés dans leurs rôles sociaux et économiques, tout en leur parlant sur un plan compréhensible par rapport à leur vie.

Il y a bien sûr deux fonctions que doivent remplir les journaux du mouvement. D’abord l’éducation et la communication internes au mouvement et, ensuite, atteindre de nouvelles personnes pas encore hip qui doivent rejoindre la classe révolutionnaire. Les journaux existant remplissent la fonction interne jusqu’à un certain point et ont remporté des succès dans certains endroits en s’adressant à des étudiants non radicaux et des marginaux.. L’affiche murale est peut-être le nec plus ultra de la communication interne dans le mouvement. Les radicaux l’ont utilisé de façon efficace en 1968, durant le soulèvement dans les rues de Berkeley, les manifestations pendant la Convention Nationale démocrate et la grève au San Francisco State. Des personnes directement impliquées dans ces actions ont édité de grandes affiches à la manière de feuilles d’information et de conseils stratégiques tracts à chaque fois que quelque chose devait être dit. L’affiche murale est un moyen utile et souple d’usage, publié sur le coup pendant une action radicale, sans échéancier à respecter, qui devrait être davantage utilisé à l’avenir. L’hebdomadaire Guardian et le mensuel Movement sont des journaux lisibles et instructifs qui s’adressent à un mouvement communautaire national.

Mais les journaux du mouvement n’ont pas réellement essayé d’atteindre le reste de l’Amérique. Bien sûr le vendeur du nord de la Californie va feuilleter à l’occasion le Berkeley Barb pour savoir où en sont les freaks et être titillé par les petites annonces. Mais il n’y a rien qui lui parle dans ce journal, rien qui lui montre comment il se fait baiser. Non pas que l’on devrait mettre en place un "vendeur undergound" . Mais nous devrions concevoir un journal qui serait hip et radical tout en s’adressant aux personnes qui travaillent dans les zones urbaines.

Des journaux continueront à apparaître spontanément, rassemblant des mouvements communautaires embryonnaires. Ils devraient le faire. Mais le mouvement est confronté au plus effrayant Goliath de l’histoire: il faudra davantage qu’une fronde pour l’abattre. Nous avons besoin d’un mouvement de masse de jeunes ouvriers, du métallurgistes au bio-chimiste, doté du pouvoir collectif de remplir sa mission historique. Notre presse doit être utilisée pour montrer à ces gens combien l’Amérique a besoin d’une autre révolution.



novembre 2007
mise à jour : septembre 2009

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