L'assaut total sur la culture des White Panthers par Jeff A. Hale, Ph.D.
Source : http://makemyday.free.fr/whitepanthers.htm
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IMAGINE NATION - The American Counterculture of the 1960s and
'70s
(section two 'Cutural Politics' chapter 5 The White Panthers'
"Total Assault On The Culture") par Jeff A. Hale / Peter
Braunstein (éditeur) & Michael William Doyle (éditeur)
Première partie

Le White Panther Party (WPP) de Detroit et Ann Arbor, Michigan était un groupe radical contre culturel qui devint une cible majeure pour le programme de contre renseignement du FBI (ou "COINTELPRO") entre 1968 et 1971. En Octobre 1970, le FBI faisait référence aux White Panthers comme "potentiellement la plus grande et la plus dangereuse des organisations révolutionnaires aux Etats-Unis". Néanmoins, seulement trois ans plus, les dirigeants du groupe organisaient un "Love-In" à Belle Isle, Detroit, présidé par John Sinclair, que le Detroit News décrivait comme le "Grand Prêtre des hippies de Detroit." (1). En rappelant comment et pourquoi le collectif du White Panther, à ses débuts un groupe culturel avant gardiste, évolua comme l'un des groupes "politiques" extrêmistes les plus influents du Midwest, cet essai traitera d'une question historique importante (et non résolue pour l'essentiel) : pourquoi quelques fractions de la contre culture évoluèrent - elles à partir d'idéologies strictement apolitiques vers des polsitions radicales extrêmistes. Une étude de cas, décrivant un exemple de ce processus, contribuera, je l'espère, à une réévaluation historique de la contre culture, en illustrant sa diversité et sa complexité.
Le White Panther Party se développa pour devenir, de son propre aveu, une organisation politique consacrée à la stratégie de confrontation d' "un assaut total assault sur la culture par tous les moyens nécessaires." Sa formation à l'automne 1968 doit beaucoup au contexte à la fois local et national. Sur le front local, La surveillance, le harcèlement et les mesures d'intimidation de la Police d'Etat du Michigan et de Detroit sur l'extrême gauche atteignirent un niveau sans précédent dans le remous des émeutes de Detroit de 1967, aussi bien qu'en réaction contre le succès populaire du "groupe maison" du WPP, le "MC-5." Des influences nationales, notamment l'attrait des Black Panthers et des Yippies, jouèrent aussi un rôle important dans la politisation du groupe. les dynamiques - et les interractions entre - de ces influences (et d'autres) sont d'une importance primordiale parce que l'historiographis existante des années soixante, encore dominée par des participants aux luttes diverses, n'offre pas de modèle satisfaisant pour expliquer la progression du White Panthers vers un extrêmisme radical. Pour citer juste un exemple, l'ancien dirigeant du SDS,Todd Gitlin, explique l'évolution pas à pas de la Nouvelle Gauche de la "protestation" à la "résistance" et jusqu'à la "révolution" comme émanant principalement de l'impatience et de la frustration du mouvement envers la poursuite de la guerre du Vietnam.(2). En un contraste saisissant, la question du Vietnam ne joua aucun rôle conséquent dans l'évolution des White Panthers; les forces et les motivations soustendant la "radicalisation" du groupe sont à chercher ailleurs, comme nous le verrons.
L'histoire du White Panther Party, se confond, à maints égards, avec la vie de John Alexander Sinclair, l'un des dirigeants les plus influents de la contre culture dans le Midwest dans les années soixante. Il est né le 2 Octobre 1941, dans la ville de Flint, Michigan, le berceau de General Motors. Son père était employé à l'usine locale Buick, commençant sur la châine en 1928 et parvenant plus tard jusqu'à une position de cadre moyen; Elise, sa mère, était femme au foyer. John, son frère David, et sa soeur Kathy, profitèrent d'une éducation de classe moyenne confortable à Davison, une petite ville à quelques miles de Flint. Le truc le plus approchant du radicalisme que John expérimenta en vieillissant fut de boire de la bière le vendredi soir en écoutant du rock and roll sur une radio "black" de Detroit station, et de temps à autres, en passant la nuit dans des spectacles de rhythm and blues black à Flint avec ses amis. Il sortit de Davison High avec de bonnes notes et suivit des cours à Albion College, une petite institution méthodiste dans la sud du Michigan. C'est à Albion qu'il entra en contact pour la première fois avec la culture beatnik, qui influera sur sa vie, plus tard. En se liant d'amitié avec le seul hipster du collège, Sinclair devint un dévôt instantané et obsédé de jazz d'avant-garde (à la John Coltrane) et de la poésie beatnik (Allen Ginsberg, Lawrence Ferlinghetti, Gregory Corso, etc.). Il découvrit aussi la marijuana, qui faisait partie de la scène américaine du jazz noir urbain depuis les années vingt, avant que les beatniks ne l'introduisent dans la culture blanche. Sinclair croyait que "l'herbe"(3) développait sa conscience du monde qui l'entourait, l'aidait à se centrer et accroissait sa créativité. C'est un credo dont il n'a jamais démordu
Après deux ans au Albion College, Sinclair laissa tomber les études et retourna à Flint, où il continua son exploration de la culture noire dans les clubs de jazz et de blues situés dans le ghetto au nord de la ville. Comme ses prédécesseurs beatniks Sinclair vit la culture afro américaine urbaine, communautariste et expressive, comme une alternative attirante à la culture dominante individualiste des Etats-Unis d'après-guerre. Quelques années plus tard, en réfléchissant sur le livre de Norman Mailer "The White Negro", Sinclair a affirmé "J'étais un Nègre Blanc au sens le plus pur. A cette époque, lorsque ce livre parut, j'étais dans la rue, je trainais dans les salons de coiffure, dans les salles de billard...Je l'étais." (4)
Durant cet automne, John, Leni et leurs amis et connaissances commencèrent à discuter de la possibilité de mettre sur pied une organisation de poètes, musiciens et autres artistes locaux, avec pour objectif immédiat de fournir un lieu de rencontres en dehors du campus de la WSU. Un "document d'auto détermination" fut élaboré, qui, entre autres choses, prêchait la vertue de ne pas succomber à la culture dominante "square" (5). Peu après, le "Artists' Workshop" (6) fut installé au rez-de-chaussée d'une maison de deux étages au coin de John Lodge et de Warren Avenue. Chaque dimanche, l'Atelier faisait portes ouvertes, avec des lectures de poésie, des concerts de jazz, des expositions de photographies et d'art original, et des projections de films d'avant-garde films. Sinclair et Charles Moore jouaient ensemble dans un quartet de jazz expérimental connu sous le nom de "DC-4," et Leni commenca à se lancer dans la photo et la réalisation de films.
Pendant les deux années suivantes, l'Atelier des Artistes prospéra. Les talents d'organisation du groupe des dirigeants furent évidents immédiatement. La Artists' Workshop Press devint une maison d'édition alternative, publiant plus tard les premiers livres de John Sinclair, George Tysh, Bill Hutton, J.D. Whitney, Ron Caplan, et John Kay. Des membres du collectif publièrent également quelques-uns des premiers journaux underground du Midwest, y compris Guerrilla, un journal dont l'en-tête proclamait "Un Journal de la Révolution Culturelle." Les activités de Sinclair étaient les plus prolifiques de toutes; en plus de fréquenter l'université, il s'occupait de plusieurs maisons du coin, (sous-louant des chambres à des artistes et à des micro-entrepreneurs), écrivait des critiques de jazz pour Downbeat, JAZZ, et autres magazines nationaux de musique, et avait écrit et publié trois livres de poèmes: "This is Our Music"; "Fire Music: A Record" et "Meditations: A Suite for John Coltrane".
L'idéologie de la communauté hip de Detroit reflètait un isolement volontaire et un mépris profond envers la société extérieure. Comme se souvient John : "Du jazz, c'était tout ce que nous faissions. On avait l'habitude de s'assoir en rond et de fumer de la drogue. . . .On ne voulait pas sortir de trop, parce que, les gens étaient des boulets.
Ils pouvaient te voir [rires]. Tu n'étais pas une vision plaisante pour eux. Et puis, il n'y avait pas tant d'endroits que cela où aller . . . . Voilà comment çà se passait." Dans sa démarche pour créer une existence culturelle entièrement nouvelle, l'Ateleir des Artistes faisait preuve de tendances élististe ; les tracts qui annonçaient leurs spectacles n'étaient distribués qu'à ceux qui avaient une "allure hip." L'idée d'amener la jeunesse américaine à une révolte culturelle - le credo du White Panther Party - était antinomique à l'analyse du groupe.
Tout en s'isolant de la culture dominante de Detroit, le Artists' Workshop collaborait régulièrement avec d'autres communautés bohémiennes/hip communities sur les deux côtes. . En assistant à la Berkeley Poetry Conference en 1965, Sinclair rencontra Allen Ginsberg, Ed Sanders, Charles Olson, et d'autres -- une expérience qui l'amena à la conclusion que le Artists' Workshop était aussi hip que n'importe quelle autre "scène" beatnik du pays. Et, en accueillant de nombreux poètes et artistes d'avant-garde en tournée dans le Midwest, le Artists' Workshop acquit ses lettres de créances hip.
Le spectacle d'un nombre toujours plus important de beatniks se rassemblant autour de la WSU attira bientôt l'attention de la police de Detroit qui avait derrière elle une longue histoire d'aversion envers la non conformité. (7) Frank Donner pense que, depuis les années trente, Detroit avait l'une des forces de police la plus répressive du pays. Le "Red Squad," de Detroit ou le "Special Investigative Bureau" (SIB), fut créé en 1930, ouvertement pour "travailler sur les activités bolchéviques et communistes dans la ville" Cette unité spéciale se transforma bientôt en une machine de surveillance abusive, surveilant toutes les formes d'activités politiques, sous prétexte de traquer les "radicaux." Un allié fidèle du SIB apparut en 1950, avec la création du "Security Investigation Squad" (SIS), une unité contre subversive de la Police d'Etat du Michigan, dont l'objectif premier était de décourager les employeurs d'embaucher des personnes suspectées d'être des radicaux. Les deux Red Squads établirent une relation d'étroite collaboration, caractérisée par un échange sans précédent d'informations et des opérations communes de renseignements. Au milieu des années 1970, lorsque l'éventail entier de leurs activités fut rendu public lors d'une affaire célèbre devant le tribunal du Michigan, les Red Squads avaient amassé des dossiers sur plus d' 1.5 million de citoyens (8)
A la lumière du rôle historique des forces de police de Detroit comme défenseurs prétoriens du status quo, il n'est pas surprenant de constater qu'elles utilisèrent les mêmes tactiques de surveillance et d'intimidation contre le Artists' Workshop (et son successeur "Trans-Love Energies") que celles employées avec succès contre les suspects "subversifs" depuis le début du siècle. Une tactique favorite employée contre les artistes beatniks et utopistes de gauche était l'utilisation des lois draconniennes du Michigan concernant la marijuana, qui considérait la possession d'une quantité minime comme un crime. La première arrestation de John Sinclair liée à la first marijuana eut lieu le 7 Octobre 1964, quand il fut "pris" avec deux amis dans une opération coup de poing de la police de Detroit Police. Condamné à deux ans de mise à l'épreuve et à une amende de 250$, Sinclair continua son travail avec le Artists' Workshop, refusant d'attacher une grande importance à cet incident. Néanmoins, cette arrestation était un signe avant-coureur des évènements futurs : le Red Squad de Detroit ouvrit immédiatement un dossier sur lui et ses associés, et commenca à montrer un grand intérêt pour la communauté beatnik (9). L'été suivant, l'agent de police Vahan Kapagian du Narcotics Bureau de Detroit, infiltra le Artists' Workshop, une tâche qui fut facilitée par les invitations ouvertes au public pour assister aux lectures de poésie du dimanche. Habillé comme quelqu'un de la rue et se présentant comme "Eddie," Kapagian importuna Sinclair sans arrêt avec ses demandes d'aide pour trouver de la marijuana. Le 16 août 1965, Sinclair céda finalement et conduisit Kapagian chez un ami pour "faire affaire." (10) De retour au Artists' Workshop, la bagatelle de vingt cinq agents du Narcotics Bureau firent irruption au 4825 John Lodge, arrêtant sept personnes, parmi lesquelles John et Leni Sinclair. John fut inculpé sous l'accusation de possession de marijuanapour la seconde fois le 22 février 1966, et condamné plus tard à six mois de détention à la Detroit House of Corrections ("DEHOCO"). Les journaux de Detroit décrivirent Sinclair comme le chef d'une filière de la dogue sur le campus de la WSU
En plus de l'incarcération de Sinclair pour six mois, les évènements de 1966 apportèrent des changements considérables pour le Artists' Workshop. La scène de Detroit entreprit une transformation radicale, comme bon nombre du noyau dur de ses membres quittait la ville pour différentes raisons, y compris par crainte de la police et le désir de découvrir la communauté hip émergeante de San Francisco. Ecrivant de prison, John les avertit du danger d'abandonner Detroit: "Vous avez en votre pouvoir maintenant de créer des conditions de vie indispensables ici à Detroit -- si vous avez la volonté de vous engager dans un tel combat . . . nous allons tous devoir commencer à travailler les uns avec les autres et tirer avantages des possibilités locales ". Après sa libération de DEHOCO le 6 août, Sinclair commença aussitôt à mettre en pratique son engagement d'organiser la vie locale. Le fruit de ses efforts fut la création de "Trans-Love Energies" (TLE), une tentative d'union de la contre culture, des étudiants et d'autres groupes alternatifs de Detroit, nommé d'après un vers d'une chanson de l'artiste folk-rock Donovan, demandant à son auditoire de "Prendre le vol Translove Airways" (le titre sera popularisé plus tard lors de concerts "live" par le groupe rock de San Francisco The Jefferson Airplane).

Photo par Leni Sinclair
By courtesy of Leni
La création de Trans-Love Energies durant la première moitié de 1967, doit beaucoup à la conjonction de deux phénomènes: l'apparition du LSD et des flower children. Un changement profond s'était produit dans la communauté de la WSU pendant les six mois d'emprisonnement de Sinclair, alors qu'un grand nombre de "Baby Boomers" arrivés à maturité, se rassemblait sur et autour du campus.
Beaucoup devinrent des habitués du Artists' Workshop. Le LSD-25, qui venait juste d'arriver à Detroit, facilitait l'union entre beatniks plus âgés et hippies plus jeunes. Pour les deux groupes, l' "acide" mettait un terme au pessimisme qui leur faisait penser que la société américaine ne sortirait jamais de son état de stagnation culturelle. Comme l'explique Sinclair : "Quand les beatniks commencèrent à prendre de l'acide, cela nous fit sortir du sous-sol . . . . des franges de la société -- et nous en expulsa. Auparavant cyniques et désireux de s'isoler définitivement des squares . . . . ont était brusquement empli d'un sentiment messianique d'amour et de fraternité . . . . le LSD vous faisait réaliser que vous aviez des liens avec le reste de l'humanité." L'élitisme beatnik disparut rapidement et une pléthore d'organisations alternatives et de micro-entreprises virent le jour -- créant essentiellement une nouvelle culture alternative, avec sa propre économie en dehors de la société dominante de Detroit
TLE essaya d'unifier une communauté étudiant et/hip éparpillée dans une organisation paravent , ou "conseil tribal." Ses co-fondateurs Sinclair et l'artiste Gary Grimshaw essayèrent de réunir des représentants de toutes les organisations hip de la région pour se réunir régulièrement dans le but de discuter de comment utiliser au mieux les talents et services de chacun, pour le bénefice des centaines de jeunes convergeant vers l'endroit. Quelques-uns des services fournis comprenaient l'hébergement gratuit, des informations sur les boulots disponibles, les concerts, les transports à Detroit et dans les environs, et une agence de réservation coopérative pour les artistes et les organisations. Bien que TLE ne devint jamais le modèle de coopération inter-organisationnelle espéré, "Trans-Love Energies, Unlimited," l'unité centrale du montage, connut rapidement le succès, organisant des évènements culturels locaux et collaborant avec d'autres enclaves hip à travers l'Amérique, pour présenter des artistes célèbres tels que Allen Ginsberg, le Grateful Dead, et les "Fugs" de Ed Sanders'
L'organisation Trans-Love, comme la plupart des autres collectifs de la contre culture, respectait peu le concept égalitaire du "pas de leaders". En théorie, l'organisation était composée de nombreux groupes alternatifs et d'avant garde, tous égaux dans le conseil tribal; chaque individu était par conséquent encouragé à être son propre chef. En réalité, le notau dur du Artists' Workshop était la force motrice derrière le collectif TLE, du fait de son énergie, de ses capacités organisationnelles et sa détermination à voir l'expérience réussir. De la même manière, l'organisation hiérarchique et la présence d'un leader charismatique (Sinclair) à Trans-Love Energies, contrastait fortement avec la situation d'autres groupes de la contre culture, comme le collectif Digger de San Francisco. Ces particularités, considérés par beaucoup (à l'époque et encore maintenant) comme des contradictions, continueront à caractériser le groupe de Sinclair jusqu'à la période White Panther.(11)
Ces particularités soulignent à la fois la diversité des formes prises par la contre culture qui ont émergé dans la seconde moitié des années soixante et le danger qui consiste à stérétyper trop étroitement des mouvements historiques.
En même temps que le TLE étendait son influence, le noyau dur de ses membres changeait. Il fut rejoint par David, le frère de John, qui avait passé toute sa scolarité à Dartmouth. Deux nouveaux arrivèrent en 1967, "Pun" Plamondon et Genie Parker, qui assumeront plus tard un rôle de dirigeants chez les White Panthers. Lawrence Robert "Pun" Plamondon était né à Traverse City, Michigan, fils illégitime d'une "demi-sang Ottawa [Indien] et d'un routier longue distance." Il fut recueilli par des parents adoptifs de la classe moyenne, estimés à Traverse City. Malgré son cadre de vie agréable et son excellent potentiel scolaire, Pun manifesta des tendances rebelles dès son plus jeune âge. A seize ans, il fugua du domicile, faisant du stop à travers le pays, et travailla plus tard avec des ouvriers agricoles immigrés en Californie. Il arriva à Detroit en 1967, fit connaissance avec le Artists' Workshop/TLE, se lia d'amitié avec Sinclair, et rejoignit le groupe justa à temps pour faire son premier trip au LSD au "Love-In" du 30 avril (traité ci-dessous). Au sein du TLE, il trouva un dérivatif approprié à son énergie débordante et au développement de sa conscience sociale. Lui et Sinclair devinrent bientôt des amis proches; plus tard Pun assuma une position de dirigeant dans l'organisation. Genie Parker, la fille d'un colonel de l'armée, avec une expérience de combat au Vietnam, arriva au local du TLE peu après le "Love-in." Une "mioche de l'armée" qui avait été élevée au Texas, en Géorgie, et dans le New Jersey, fut immédiatement attirée par les Sinclair, et elle s'installa avec le groupe le jour même de son arrivée à Detroit. Après quelques mois, elle et Pun devinrent inséparables, et tous deux devinrent peu à peu célèbres dans les cercles radicaux à travers le pays.

Deux des modes d'expression culturelle les plus fréquentes de Trans-Love Energies étaient la presse underground et le groupe de rock band "MC-5." Au début de 1967, Sinclair écrivait de façon régulière un éditorial pour Fifth Estate, tout en contribuant également à Warren-Forest Sun, le journal "officiel" de TLE, publié sporadiquement. Avec l'éditeur de Fifth Estate, Peter Werbe, il participa au dialogue avec les éditeurs de la presse alternative du pays, qui donnera naissance plus tard au "Underground Press Syndicate," un système national d'acquisition et de diffusion de nouvelles. Du fait de ces liens, la couverture par le Fifth Estate de la Nouvelle Gauche naissante, du Black Power, et des mouvements de la contre culture put se développer.(12) .
A cette époque, seuls Tyner et Davis avaient fini leurs études. Les deux années suivantes, le quintet développera et perfectionnera un son dur et unique , crédité comme ayant influencé (certains disent qu'ils en ont été les pionniers) les genres "punk" et "heavy metal" apparus plus tard. (13)
Le MC-5 commença à travers une collaboration entre Kramer et Smith, deux étudiants de la banlieue "col bleu" de Lincoln Park à Detroit. Les choses commencèrent à se préciser pour les deux guitaristes après que Kramer ait fait la connaissance du chanteur Rob Tyner, de deux ans son aîné. Passionné de jazz d'avant-garde et de culture beat, Tyner n'avait découvert que récemment les potentiels du rock . Après avoir inclus le batteur Dennis Thompson (qui était le distributeur de journaux dans le quartier de Kramer) et le bassiste Michael Davis (un ami de Tyner), le groupe apparut sous le nom de "MC-5," qui pour Tyner, son auteur, sonnait comme un numéro de série de moteur pour voiture de course; il réalisa plus tard, seulement, que le nom pourrait aussi signifier "Motor City 5." Jouant dans des clubs locaux et des soirées universitaires, le groupe créa bientôt un son électrique énergique, qui reflétait la combinaison d'influences rock, R & B, et jazz expérimental influences. Une caractéristique unique de leur son, son aspect assourdissant, fut rendu possible par l'acquisition d'une sono nec plus ultra d'une valeur de 3000$. Les expériences du groupe avec ce nouveau système débouchèrent sur l'utilisation régulière du "feedback" durant leur concert. ainsi que sur plusieurs vieilleries signées Tyner, comme brancher un micro sur un ampli sur scène. A la mi-1967, le MC-5 s'était bâti une réputation honorable sur le plan local et avait sorti son premier 45T.
L'union entre le MC-5 et Trans-Love Energies plonge ses racines dans les changements sociaux et culturels survenus à Detroit, aux alentours de 1967. Aficionado strict de jazz une année plus tôt seulement, Sinclair redécouvrit la musique rock, via la population hip plus jeune, et pris rapidement conscience de son potentiel pour attirer la jeunesse sous la bannière de TLE. Pour sa part, le MC-5 vit en lui un artiste expérimenté, plus âgé, avec des lettres de créances hip indiscutables. Par conséquent, lorsque Sinclair proposa de manager le groupe, ils acceptèrent immédiatement. Une autre raison supplémentaire de l'accord rapide du groupe fut l'ouverture du "Grande Ballroom," un grand club rock de Detroit sur le modèle du Fillmore West de San Francisco. Russ Gibb, le propriétaire "hip capitaliste" du club, produisit MC-5 comme le "groupe maison," ce qui lui garantissait une apparition de premier plan hebdomadaire. Bientôt, le collectif TLE dans son entier participa à l'évènement en assurant des light shows psychédéliques, éditant des posters et des affiches psychédéliques pour les concerts réalisés par Gary Grimshaw, fournissant même un maître de cérémonies en la personne de "Frère" J.C. Crawford. A partir de cela, Trans-Love Energies recrutera des centaines -- peut-être des milliers-- de fans
L'apogée de cette période d'optimisme pour Sinclair et son groupe survint le 30 Avril 1967, lorsqu'ils organisèrent un "Love-in" dans le grand parc métropolitain à Belle Isle, sur la Detroit River. Influencé par le "Human Be-In" de San Francisco, en janvier dernier, aussi bien que par l'apparition de célébrations contre culturelles semblables dans les enclaves hip à travers le pays, Trans-Love Energies présenta l'évènement comme un rassemblement de "paix et d'amour" où hippies et "straights" se rejoindraient pour célébrer une nouvelle vision de la société . Le Detroit News et la Detroit Free Press accordèrent au Love-In une couverture médiatique importante et plusieurs milliers de "freaks" étaient présents le jour de l'évènement, fumant de la marijuana, prenant du LSD, chantant, et prenat du plaisir sans incident majeur. Bien que la police était présente en grand nombre, elle garda profil bas jusqu'au crépuscule, quand l'arrestation d'un motard déclencha les injures et les lancers de pierres. . Il en résulta une véritable émeute, avec de nombreuses arrestations, prétendûment pour "dégats sur des véhicules de la police". Les commentaires de la presse qui suivirent étaient presque unnimement du côté de la police, décrivant Sinclair et TLE comme des hédonistes sans cervelle, plus intéressés par la bagarre avec la police que par le "peace and love".
L'expérience de Belle Isle eut un profond impact sur l'évolution future de Trans-Love Energies. La philosophie hippie de planer, de créer des institutions alternatives, et d'attendre que la machine capitaliste rouille sur place s'affirma comme une analyse inadéquate. Sinclair admit plus tard: "[Nous avions] une vision simpliste de ce qu'était la 'révolution' . . . . nous disions que tout ce que nous avions à faire c'était 'tune in, turn on, and drop out,' comme si cela résolvait tous les problèmes de l'humanité . . . et ce que nous ne comprenions pas, planant comme nous le faisions avec tout cet acide, c'était que la machine était déterminée à conserver les choses en l'état . . . A cette époque, une campagne de destruction totale du mouvement était en préparation." Sinclair se trouva confronté à l'idée que la police locale répondait à la révolte culturelle par la répression politique. Progressivement, dans le courant de l'année suivante, il parvint à la conclusion que les formes de contre culture choisies et mises en pratique par Trans-Love Energies représentaient un réel positionnement politique. Suite à cela, les activités de TLE se focalisèrent sur l'éducation de la jeunesse concernant à la fois les aspects positifs et libérateurs des formes culturelles nouvelles , et aussi leurs risques potentiels. Sinclair commença à apparaître autour des collèges et universités began appearing at area colleges,et autres lieux de rassemblements de la jeunesse, pressant les gens de s'unir dans un "assaut total sur la culture" -- une phrase de William S. Burroughsau début des années soixante, popularisée par le poète/artiste de New York(et futur Yippie) Ed Sanders.Le collectif organisa également la distribution de ses propres journaux et autre propagande aux concerts de MC-5 concerts, mettant en garde contre la surveillance et le harcèlement policier. Une autre initiative encore consista à aider les étudiants à publier leurs propres journaux alternatifs, activité qui valut une fois encore à Sinclair une réaction hostile de la presse.(14)
Bien que TLE était encore loin de prôner l'action militante contre la police et "l'état", le groupe néanmoins, prenait plaisir à se moquer de la police et autres symboles de l'autorité a travers d'écrits anti- establishment (souvent insolents) dans ses journaux, par des actions de"théâtre de rues" et une réthorique enflammée durant les concerts de MC-5. Et dans une ville comme Detroit, où les tensions raciales sont toujours élevées et la police rarement appréciée, l'humour perpétué par les hippies à ses dépens et les actions de Trans-Love Energies' renforca l'intérêt policier pour le groupe. Le résultat final fut des représailles de plus en plus sévères.
La troisième arrestation de John Sinclair liée à la marijuana survint le 24 janvier 1967,lorsqu'une troupe de trente quatre policiers, représentant les agences locales, d'état et fédérale, lanca une opération contre le groupe communautaire (encore connu officiellement sous le nom de Artists' Workshop), arrêtant cinquante six personnes. Ce raid marquait le point culminant de quatre mois d'opérations camouflées, menées encore une fois par le rusé (et depuis peu barbu) agent Vahan Kapagian,qui avait inflitré l'organisation sous le nom de "Louie" le fabricant hip de bougies. L'assistait dans sa tâche sa collègue des Narcotics Jane Mumford, qui portait avec assurance la mini-jupe, dans son rôle de "Peg", la "minette" (15) de la contre culture. Si serviables et amicaux qu'étaient "Louie" et "Peg", ils furent incapabled de seprocurer de la marijuana pendant plusieurs mois. La police fut obligée, en dernier recours, à intervenir avec peu de preuves : deux achats mineurs de "pot" à des étudiants de la WSU, associés seulement à la périphérie du Artists' Workshop et un "cadeau" de Sinclair sous la forme de deux "joints" de marijuana à l'agent Mumford peu de temps avant noël 1966.
Les conséquences de la troisième arrestation de Sinclair se firent attendre pendant deux ans et demi, alors que ses avocats, Sheldon Otis et Justin "Chuck" Ravitz, contestaient habilement la constitutionnalité des lois de l'état concernant la marijuana. Sinclair resta en liberté pour diriger Trans-Love Energies à travers les années les plus turbulentes des années soixante. (16)
NdA Note de l'auteur
NdT Note du traducteur
(1) Detroit News, 2 Mai 1967 NdA
(2)Todd Gitlin, The Sixties: Years of Hope, Days of Rage, (New York: Bantam Books, 1987), 229, 380-82. NdA
(3) Weed Littéralement la mauvaise herbe. Argot pour Marijuana(4)Après avoir achevé une licence à l'annexe de Flint de l'université du Michigan au printemps 1964, Sinclair s'installa à Detroit, s'inscrivant au Wayne State University (WSU). Ses relations avec le milieu de la drogue à Flint, ainsi que sa sensibilité bohémienne, le firent accepter rapidement dans la petite communauté fermée de la ville, installée près du campus de la WSU . Là, dans des lieux de rendez-vous beatnik comme la "Red Door Gallery," John entra d'abord en contact avec un musicien de jazz, Charles Moore, des poétes comme George Tysh et Allen Van Newkirk, et d'autres hipsters. Et grâce à ces nouvelles relations, Sinclair rencontra aussi sa future femme, Magdalene "Leni" Arndt, une artiste/photographe douée d'Allemagne de l'Est qui avait émigré à Detroit en 1959 et qui suivait également des cours à la WSU.NdA
(5) Pas dans le coup, ringarde.
(6) L'Atelier des Artistes
(7) Dans une ville qui était à 35 pour cent noire,seulement 5 pour cent des policiers étaient afro-américains. les deux tiers des policiers téaient issus de familles col-bleu. Il y avait un manque d'entraînement pour la maîtrise des problèmes modernes urbains et le résultat final était des relations très pauvres entre la police et la communauté. .NdA
(8) Benkert et. al. v. Michigan State PoliceNdA
(9) La police de Detroit avait "recruté" un ami de Sinclair de Jackson, Michigan,qui avait été arrêté sur accusation de vente de drogue . En échange d'une réduction de peine de prison, l'ami retourné comme informateur s'était arrngé pour acheter de la marijuana auprès de Sinclair et d'un ami, au cours d'un coup monté par la police de Detroit Police. Voir aussi Sinclair, Guitar Army, NdA
(10) a score
(11) Le Artists' Workshop exista pendant un temps au sein du collectif TLE plus large. Fin 1967, cependant le Artists' Workshop ferma et les énergies du groupe se focalisèrent presue exclusivement dans l'organisation TLE .NdA
(12) L' union entre MC-5 et Trans-Love Energies à la mi-1967 contribua à des changements majeurs au sein du collectif,y compris l'attirance rapide de la masse des jeunes..L'association entre Sinclair et mles membres de MC-5 Rob Tyner, Fred Smith, Wayne Kramer, Dennis Thompson et Michael Davis commenca en 1966, lorsque le groupe utilisa une maison de TLE pour ses répétitions.NdA
(13) Goldmine, 17 Avril 1992; Rolling Stone, no. 25, 4 janvier 1969 NdA
(14) Detroit News, 1 Mai 1967 et 2 Mai 1967 NdA(16) C'est également à cette époque que John et Leni, qui avaient vécu ensemble depuis 1965, décidèrent de se marier. Leni était alors enceinte de Sunny,leur premier enfant.