L'assaut total sur la culture des White Panthers par Jeff A. Hale, Ph.D.
Source : http://makemyday.free.fr/whitepanthers.htm
Deuxième partie

Les locaux de Trans-Love Energies, lors
des émeutes de Detroit (1967)
Photo Leni Sinclair - By courtesy of
Leni
Un moment charnière significatif dans l'histoire de Detroit fut les émeutes sanglantes qui eurent lieu du de 24 au 31 juillet 1967, les pires de l'histoire américaines. Après les émeutes, le comportement de la police de Detroit se radicalisa à droite, reflètant la mentalité toujours plus forte d'assiégés qui prévalait chez beaucoup de blancs de la ville. Durant l'hiver et le printemps 1968, la situation devint insupportable pourTrans-Love Energies. Sinclair a résumé ses sentiments au sujet de l'époque : "Rien d'autre n'arrivait que la police. Elle était partout et si vous sortiez après le coucher du soleil, vous étiez pris et mis en prison sans caution. Si vous restiez chez vous, ils venaient vous chercher, enfonçant la porte et fouillant partout . . . . Detroit c'était Police City, bébé, et tu ne l'oubliais jamais -- pas même une minute." La dernière preuve en fut apportée suite à l'assassinat du Dr. Martin Luther King, Jr. le 4 avril lorsque la police de Detroit, craignat une autre grande émeute, établit un "couvre-feu préventif" dans la ville après le coucher du soleil. Comme le groupe de Sinclair gagnait la plupart de ses revenus en produisant les concerts de MC-5 et par leurs à-côtés, qui avient généralement lieu le soir, le couvre-feu menaçait directement sa survie. C'est pourquoi, en mai 1968, TLE déménagea quelques quarante-cinq miles à l'ouest dans la ville universitaire de Ann Arbor.
La nouvelle communauté Trans-Love Energies était composée de vingt huit personnes, comprenant trois enfants et les membres de MC-5 members. Elle occupait deux vieilles maisons au 1510 et 1520 Hill Street, à la lisière du campus de l'universit du Michigan (UM). Deux nouveaux membres notables étaient Ken Kelley, 19 ans, un étudiant de l' UM originaire de Ypsilanti, Michigan, et Milton "Skip" Taube, venant de Detroit qui était entré à l'UM en 1965 et qui était étroitement lié au SDS. Kelley avait publié l'un des tous premiers journaux underground du campus, l' Argus, et reconnu immédiatement en Sinclair un alter ego. Taube avait connu dernièrement une désillusion avec la scission du SDS local. Deux de ses plus proches amis, Bill Ayers et Diana Oughton, dirigeait la nouvelle fraction de l'organisation , le "Jesse James Gang," qui deviendra plus tard le Weather Underground

La communauté de
Hill Street , Ann Harbor
Photo par leni Sinclair. By courtesy of
Leni.
L'intérêt principal d'alors de Trans-Love Energies était la musique, qui était devenu dernièrement une source de conflit local. Durant l'hiver 1968, le conseil municipal de Ann Arbor avit sortit un arrêté interdisant la musique amplifiée dans les parcs de la ville. Lorsque Sinclair décida d'organiser un concert de MC-5 pour défier la loi, la petite police de Ann Arbor menaça d'arrêter toute personne impliquée dans l'affaire.
Sinclair ne recula pas. Grâce à la couverture médiatique du Michigan Daily, la communauté étudiante s'engagea. Deux semaines plus tard, le conseil municipal revint sur sa décision, autorisant le TLE à organiser une série de concerts gratuits à Gallup Park, à l'entrée de la ville. Ce fut un moment charnière important pour le groupe. Trans-Love Energies s'était dressé contre la police et les autres "symboles de l'autorité" et avait gagné. Du point de vue de Sinclair', l'incident démontrait par sa conclusion le pouvoir potentiel d'une révolte orgnisée de la jeunesse. Les membres de TLE poursuivirent donc une stratégie de recrutement caractérisée par des prises de positions militantes et arrogantes face aux représentants de l'autorité,faisant étalage (par écrit et sur scène) du fait qu'ils n'en faisaient aucun cas .
Libéré de l'atmosphère répressive et etouffante de Detroit l'urbaine et fortifié par son succès dans l'épreuve de force du concert gratuit à Ann Arbor, Trans-Love Energies fut à l'initiative d'un " assaut total sur la culture" tout le long de l'été. La pointe de son attaque était le MC-5, qui, grâce aux prouesses de management de Sinclair, était devenu un groupe régional à succès . Chaque concert MC-5 était un évènement multimédia, avec lumières psychédéliques, projections à l'arrière de la scène, plus les déclamations spirituels de "Frère" J.C. Crawford. La musique électrique sur saturée de MC-5 était ponctuée par les discours radicaux de Sinclair , appelant la jeunesse à rechercher la liberté individuelle jusque dans ses limites les plus extrêmes. Les spectacles du MC-5 firent cohabiter deux formes très nouvelles de la contre culture : musique électrique rock alternative et rhétorique d'une culture de libération de la jeunesse. Les souvenirs de Ken Kelley de son premier concert de MC-5 donne une idée de l'énergie et de l'excitation qui entouraient le groupe :
"Je n'oublierai jamais la première fois que j'ai vu MC5 en concert, en cette chaude nuit de juin 1968 au Grande Ballroom . . . . L'odeur d'ozone de l'anticipation accéléra mon pouls lorsque Rob Tyner sauta au centre de la scène en hurlant 'Kick out the jams, motherfuckers!,' la provoc introduisant la chanson culte dans l'underground de MC5. Alors que Tyner chantait en se tortillant, se tenaient derrière lui deux guitaristes étincelants [Fred 'Sonic' Smith et Wayne Kramer] qui s'échangeaient des solos dans une fusillade fièvreuse de notes enflammées. . . . . Quand Fred jouait le solo de son incomparable 'Rocket Reducer No. 62', tu comprenais pourquoi on l'appelait 'Sonic' -- le seul mot qui contient assez de 'force-G' . . . . Il sautait à droite et à gauche . . . dans un tourbillon orgiaque de frénésie musicale . . . . Quand Fred jouait, le sexe lui-même explosait sur scène"
La politique économique de TLE était assez éloigné de cellede la plupart des autres collectifs hippies. Les gains issus des spectacles de MC-5 finançaient toutes les initatives de Trans-Love, incluant deux communautés, plusieurs douzaines de membres, et une machine de propagande très active. Cet aspect unique reflétait l'histoire et l'évolution du groupe; dès les premiers jours du Artists' Workshop, Sinclair avait jonglé avec des tâches semblant contradictoires telles que l'organisation d'un "Love-Ins" gratuit et la responsabilité de collecter les loyers des locataires de plusieurs maisons qu'il gérait. Et de la même manière, la communauté Trans-Love de Ann Arbor organisait des concerts payants de MC-5 la plupart du temps, tout en en présentant d'autres gratuits ceux-là ou en soutien à une cause. Sinclair défendait la politique économique du groupe en assurant que MC-5 était un vrai "groupe populaire," qui jouait autant de concerts gratuits et de soutien que possible. Il ajoutait que les recettes des concerts payants étaient avant tout utilisées pour "diffuser l'idée qu'il existe une autre façon de faire . . . pour faire naître un nouvel ordre mondial."
La popularité grandissante de MC-5 n'échappa pas à l'attention de la police locale de Ann Arbor, pas plus qu'à celle du Bureau du Shériff du Comté et de la Police d'Etat du Michigan. Durant tout l'été, summer, se déroulait un nombre croissant de ce que Sinclair appelait "creep scenes"[], dans lesquelles la présence policière aux concerts de MC-5 conduisaient à des arrestations incessantes et à une surveillance intimidante de type " jeu du chat et de la souris". Les articles bi-hebdomadaires de Sinclair dans Fifth Estate, intitulés "Rock and Roll Dope," chroniquaient à la fois la popularité grandissante de MC-5 et ce que Sinclair croyait être une contre attaque des forces de l'establishment conservateur. La réponse de la police incluait des arrestations liées à la marijuana sur des parking, une pression sur les propriétaires de clubs (en réponse à la désacralisation par le MC-5 du drapeau américain et la fréquente utilisation de blasphèmes sur scène), et une présence toujours plus constante. A plusieurs occasions, la police coupa l'électricité dans des clubs pour empêcher des groupes de jouer; lors d'un bizarre incident, le MC-5 se vit coller une contravention pour être "un groupe bruyant." En juin, les dirigeants de TLE, Gary Grimshaw et "Pun" Plamondon furent inculpés par la police de Traverse pour possession et vente de marijuana dans leur communauté, en mars dernier, un incident qui fit fuir Grimshaw dans un autre état et envoya Plamondon en prison (une caution de 20 000$, bien au-delà des moyens du groupe, l'a maintenu en prison pendant trois mois dans l'attente du procès). Le côté imprévisible et fou de l'été 1968 culmina le 23 juillet, lorsque Sinclair et le guitariste de MC-5 Fred "Sonic" Smith furent arrêtés par les policiers du Comté de Oakland County à Leonard, Michigan et inculpés pour "aggression et coups sur un officier de police." Alors qu'il était en prison , les autorités du Comté de Oakland County raccourcirent sévèrement les longs cheveux de Sinclair. Trois jours après, tous les membres de MC 5 furent arrêtés par la police de Ann Arbor et accusés de "perturber la paix publique" en jouant lors d'un concert gratuit dans West Park.
Le harcèlement par les autorités de maintien de l'ordre étaient sans aucun doute motivé par plusieurs facteurs, y compris leur répulsion à la vue des hippies chevelus, consommateurs de drogues, mutilant le drapeau de la nation en public, et, par là-même, influençant d'autres jeunes à imiter leur façon de vivre contre culturelle. Comme ce fut le cas à Detroit, la police dans l'arrière pays du Michigan n'était pas préparée à faire face à la résistance et la haine criante envers la police d'une jeunesse rebelle blanche issue des classes moyennes. La réaction exagérée de la police fut aussi influencée par les provocations de TLE sur scène et dans les pages de Fifth Estate et du Sun. Cherchant à (selon la terminologie de l'époque) "exposer la nature répressive du système de la mère patrie", Sinclair et Rob Tyner, le chanteur de MC-5 informaient régulièrement les foules de la jeunesse hip au sujet des formes variées de harcèlement auquelles elle était confrontée . La réaction frôlait souvent l'émeute . En outre, Sinclair harcelait la police, article après article dans le Fifth Estate. Il avait réalisé que la journal était désormais lu par de nombreux policiers locaux dans le cadre de leur recherche de renseignements. Le passage suivant est typique de la prose de Sinclair cet été-là:
"Nous opposons notre magie aux tactiques brutales utilisées par les porcs et ça marche - toute forme de respect que les gens ont pu avoir pour la "loi et l'ordre" telles qu'elles sont representées par la police de Ann Arbor a disparu et ses ruses vaines ont été exposées au grand jour. Toute cette merde était complètement inutile -- nous voulons juste faire notre truc et laisser les gens faire le leur, mais la police ne laissera pas se passer les choses comme ça sans essayer de nous mettre des bâtons dans les roues d'une manière ou d'une autre . . . . Les gens deviennent hip face aux mensonges et aux perversions des plus âgés, et ils ne vont pas supporter ça encore longtemps. Nous, certainement pas."
Le ton "politique" de défiance des écrits de Sinclair était intentionnel et laissait apparaître l'évolution progressive de son idéologie. Il avançait la théorie que "notre culture elle-même représentait une menace pour l'ordre établi, et toute action qui a une conséquence politique est de fait une action politique". Cependant, Sinclair reconnaissait aussi que le fan type de MC-5 était généralement peu réceptif faute d'éducation aux nuances concernant la révolte culturelle opposée à la révolte politique, et il méprisait généralement la "politique" sosu sous formes conventionnelle et/ou façon Nouvelle-Gauche. Par conséquent, TLE commença à utiliser sa popularité grandissante pour éduquer les jeunes concernant la politique sous l'angle de leur nouvelle cuture et mouvement.
Des évènements nationaux, tels que le développement et la convergence de la Nouvelle-Gauche, du Black Power, du mouvement contre la guerre et des révoltes contre culturelles en un seul "mouvement" pour des changements sociaux radicaux, jouèrent aussi un rôle dans la politisation croissante de Trans-Love Energies. Grâce à leur réseau de journaux underground et aux tournées avec MC-5, Sinclair et le groupe étaient mieux informés que les groupes contre culturels plus isolés au sujet de la résistance croissante du Mouvement envers l'establishment. Fifth Estate à Detroit, avec les Black Panthers et la police, les révoltes des campus et le nombre toujours plus importants d'affrontements de rue entre police et "freaks" qui se déroulaient à travers le pays. L' importance de cet état de fait doit être souligné, car les membres de la comunauté hip de Detroit commençèrent alors à faire le lien entre les évènements de leur vie quotidien (usage de la drogue/ mise en place d'institutions alternatives et détérioration des relations avec la police) avec des situations similaires dans d'autres communautés hip à travers les Etats-Unis. Le réseau national des médias "underground", un phénomène inédit, deviendra un catalyseur pour l'émergence future des mouvements radicaux.
Le début de l'inter-action de Trans-Love Energies avec des enclaves contre culturelles sur les côtes Est et Ouest fournirent également un marche-pied pour une prise de conscience nationale croissante. En 1968, Sinclair s'était lié d'amitié avec un pote artiste/poète d'avant-garde Ed Sanders et avec Allen Ginsberg, et par leur intermédiaire, avait rencontré les militants du Youth International Party ("Yippie") Jerry Rubin et Abbie Hoffman. Les bouffonneries du " théâtre de rue"des Yippies de New York avaient beaucoup en commun avec celles choquantes de MC-5 sur scène. Par conséquent, quand Ed Sanders invita Sinclair et le MC-5 à se produire au "Festival of Life" Yippie à Chicago à la fin août, ils acceptèrent sans hésitation. Sinclair se souvient du concert que donna le groupe le dimanche 25 août -- et les perturbations qu'ils provoquèrent performance :
"Comme on le constata,nous étions les seuls dans le pays à nous montrer pour jouer . . . Même les Fugs [groupe de Sanders] ne viendront pas . . . . Ils étaient terrifiés! . . . [Les Yippies] n'avaient même pas prévu une scène. Ils n'avaient pas de permis. Ils n'avaient pas de pouvoir . . . . Alors, on a joué sur l'herbe. On s'est branché sur un stand qui vendait des hot dogs. . . . On a joué quelques morceaux sur l'herbe, tout comme à Ann Arbor pour les concerts gratuits . . . [et puis] Abbie Hoffman a décidé qu'il était temps de commencer à mettre la merde. Il avait ce camion à grand plateau arrière qui allait être utilisé pour faire office de scène , mais ils ne nous laisseraient pas l'amener. Alors il a décidé, 'On les emmerde, je vais l'amener ici.' Il savait que ça allait provoquer une confrontation. . . . Il a approché le camion ce qui a attiré des milliers de personnes. Puis il est monté sur le plateau arrière et a saisit le micro entre les morceaux, et a commencé à charrier la police et à pester contre elle . . . . La police avait déjà commencé à progresser dans le park . . . . Alors j'ai été cherché les gars du matériel et on a commencé à descendre le matos et à le mettre dans le camion . . . . The police était de plus en plus proche . . . . Quand on a eu fini, la police montait de partout sur le coin et la merde a vraiment commencé. Nous sommes rentrés direct [à Ann Arbor].
Sinclair revint de la débâcle de Chicago convaincu de deux choses. D'abord que la police répondait de façon disproportionnée à toute menace réelle que présentait un rassemblement de "freaks," de membres de la Nouvelle-Gauche, de militants contre la guerre, du Black Power ou autres. Pour Sinclair, cela signifiait que le Mouvement -- incluant la contre culture -- allait devoir s'organiser politiquement à des fins d'auto-défense ou être confronté à la répression des services de maintien de l'ordre. Deuxièmement, après avoir expérimenté les talents d'organisateurs, tout sauf prolifiques, des Yippies, Sinclair devint convaincu que Trans-Love Energies possédait l'organisation requise, l'expérience et l'audience populaire pour servir de modèle viable à la politisation de la culture de la jeunesse au plan national. La création du "White Panther Party", comme aile politique de TLE, annoncée officiellement le 1 Novembre 1968, représenta le point culminant de ces "leçons."
Le choix du nom "White Panthers," qui soulignait l'identification étroite avec les Black Panthers, pourrait apparaître comme contradictoire, si l'on considère que les membres de TLE étaient essentiellement blancs et les rares marques d'attention quant aux causes des noirs à Detroit. Néanmoins, Sinclair ne s'écarta jamais de cette identification avec la culture noire (notamment sa musique), et le Artists' Workshop avait été une organisation multi-raciale La plupart des membres de TLE enviaient et respectaient la stratégie d'auto-défense armée des Black Panthers et leur modèle d'organisation discipliné. L'avocat le plus influent des Black Panther dans le colllectif était Pun Plamondon,qui avait passé l'été en prison, dans une cellule de Traverse City, lisant des livres écrits par ou au sujet des dirigeants des Black Panthers, Huey Newton et Eldridge Cleaver. A cette époque, les Black Panthers recherchaient activement des alliances avec des "radicaux blancs de la mère patrie" dans la Nouvelle Gauche, la contre culture et les mouvements pour la Paix. Pour Plamondon, l'appel des Black Panthers auprès d'alliés blancs, pour l'essentiel des blancs Black Panthers, fut une révélation. Dès son retour à Ann Arbor en septembre, il fit pression sur Sinclair pour former un groupe de soutien blanc aux Black Panthers. (1). La coïncidence entre la demande de Plamondon et le retour de Sinclair de Chicago fut cruciale: les Black Panthers semblaient présenter exactement le modèle national d'organisation politique que cherchait le TLE. En outre, le nom de "White Panthers" donnait au groupe des lettres de noblesses radicales instantanées et, espérait-il, la crédibilité comme organisation révolutionnaire blanche "d'avant garde"
Au départ, le WPP n'était rien de plus qu'une organisation sur le papier. Le "Programme en Dix Points" présentait une mixture de thémes contre culturels Yippie-esque et "politiques fantaisistes". Le programme incluait des points tels que: le soutien total au programme en dix points du Black Panther Party ; un " assaut total sur la culture par tous les moyens nécessaires incluant le rock and roll, la drogue, et la baise dans les rues; la nourriture, les vêtements, le logement, la drogue, la musique, les corps et les soins médicaux gratuits; et la liberté envers les 'leaders escrocs' -- tout le monde doit être un leader -- la liberté signifie de libérer tout le monde." La nature insolente de ces premiers slogans du White Panther furent compris par peu de monde en dehors du Mouvement, et da'abord par la police et le FBI. En fait, le WPP était conçu à l'origine comme "le bras armé du Youth International Party." La nomination d'un "Comité Central" démontra le penchant de Sinclair pour la théâtralité d'nspiration Yippie, avec des fonctions telles que "Ministre de la Religion" et "Ministre de la Démolition."(2)
Propagande et voeux pieux mis à part, les White Panthers possédaient un "ticket" potentiel pour une visibilité nationale cet automne-là : Le MC-5. Le 26 Septembre 1968, le groupe signa chez Elektra Records pour enregistrer un album "live" au Grande Ballroom de Detroit. Le jeune directeur de la publicité chez Elektra, Danny Fields, avait apparemment pris conscience du potentiel commercial de la révolte de la jeunesse. Le premier album de MC-5 "Kick Out The Jams," et le 45t du même nom (avec en face B"The Motor City is Burning") sortirent début 1969, et entra immédiatement dans le Billboard Hot 100. L'album parvint à la vingtième position; le single en quatre-vint deuxième. Rolling Stone consacra sa couverture au chanteur Rob Tyner dans son numéro du 4 janvier 1969. Peu de personnes, à l'époque, réalisèrent la signification de l'expressionnisme musical de la contre culture radicale atteignant une reconnaissance populaire.
Pour Sinclair, un contrat national avec Elektra, plus une avance sur recette de 50 000 $,ne représentait ni un "aboutissement" ni une abdication devant la marchandisation de la "musique populaire".En 1972, adans son livre Guitar Army, il fournit une justification idéologique à cette situation, soulignant deux aspects clefs de la thèse de "l'assaut total sur la culture" de Trans-Love. D'abord Sinclair que les révolutions couronnées de succès demandent la participation des masses. Il avance l'hypothèse que, de manière à toucher le maximum de jeunes pré-révolutionnaires, le WPP devait utiliser tous les "outils du vieil establishment" possibles, y compris les médias, les stations radios, et bien sûr, les maisons de disques. deuxièmement, Sinclair croyait qu'en se dguisant en "une simple force économique" comme un groupe de rock, le MC-5 pourrait parasiter de l'intérieur l'industrie capitaliste du disque pour mettre en cause sa domination sur la distribution musicale nationale; il ajoutait
" .. . Nous sommes déterminés à changer la structure de. . . la scène de lapop music -- et des gens qui vivent dans son orbite, en la traversant sur notre route pour construire une structure entièrement nouvelle bien à nous " Enfin, Sinclair prédisait qu'une fois sorti le disque du MC-5, et une fois gagnée une audience nationale, le WPP, en collaborant avec d'autres groupes radicaux et d'autres "groupes populaires" à travers le pays, pourrait créer un système d'enregistrement et de distribution alternatif pour rivaliser abec, et plus tard remplacer, la structure capitaliste existante.
Les détails du contrat de MC-5 avec Elektra semblait aller dans le sens de l'idée de Sinclair selon laquelle le WPP était en fait en train de "marquer un point face au vieux système," et non de se vendre à lui. La preuve la plus évidente de cela, c'est l'annotation de Sinclair sur l'album, déclarant hardiment : "Le MC-5 est la révolution . . . . la musique vous rendra fort . . . et il n'y a aucune façon de l'arrêter maintenant . . . [alors] Kick out the jams, motherfucker!" détail également significatif, Elektra autorisa l'album à sortir avec une version complète non censurée de "Kick Out The Jams," avec les blasphèmes de Tyner. Alors que la motivation première de Elektra était sans aucun doute les ventes de l'album, c'est à dire une tentative de marchandisation de la nouvelle musique de la contre culture, en acceptant les demandes de Sinclair d'inclure le coeur de la philosophie des White Panther dans le disque, la maison de disque devint la complice de la dissémination du credo du WPP auprès d'une large audience. Et lorsque l'on considère que les paramètres préçis des relations entre maisons de disques et groupes de rock hip n'étaient pas encore établies en 1968, il n'est pas défendu de se demander "qui manipulait qui?"
La première année du WPP coïncidait avec l'élection de Richard Nixon à la présidence et avec une atmosphère générale de confrontation à l'échelle du pays. le FBI initia COINTELPRO (une initiative nationale et secrète de contre-renseignement) spécialement conçue pour perturber et détruire la Nouvelle gauche et ses groupes affiliés. En 1969, survint la scission du SDS et le premier incident de Gardes nationaux ouvrant le feu sur des hippies et des étudiants désarmés pendant les émeutes de "People's Park" à l'Université de Californie de Berkeley. Des confrontations sur d'autres campus paralysaient des universités à travers le pays . Le poète beat Allen Ginsberg, un des porte paroles favoris dans le circuit des campus, prétendit que les gardes nationaux et la police gazaient et battaient de si nombreux étudiants qu ''ils fabriquaient des radicaux violents par miliards" Todd Gitlin résuma avec justesse l'atmosphère de désordre social :
" Dans l'année qui suivit août 1968, c'était comme si à la fois le pouvoir officiel et le mouvement de contre pouvoir, de la même façon et avec la même passion, avaient pour but de reproduire 'deux,trois, plusieurs Chicago,' chacun croyant que la victoire entre bien et mal, ordre et chaos, s'y dessinerait . . . . Le coeur autrefois solide de la vie américaine -- le ciment de loyauté que les gens montraient envers les institutions, garantie du maintien de l'ordre social existant, -- cette loyauté,, dans certains secteurs, se décomposait . . . souterrainement grandissait une foi sublime selon laquelle les apparences [du vieux régime] qui semblaient solides pouvaient être en papier mâché et que un souffle juste de trompette -- une analyse correcte, des tactiques correctes -- pourraient les faire s'effondrer".(3)
Nixon ne cacha pas ses intentions d'utiliser toute les forces de police de la nation et les institutions militaires et de renseignements pour écraser toute forme de contestation, incluant la contre culture. Qui plus est, la volonté de son Administration de définir l'ennemi à l'aide de traits de plus en plus larges enhardissait et renforçait les forces prétoriennes de l'autorité. Dans ce contexte, le seul acte de prôner la "révolution" était considéré par la police et le FBI comme l'équivalent d'un acte violent de trahison.
la détérioration des relations entre la police et le Mouvement dans le sud-est du Michigan est à mettre en parallèle avec la situation nationale. Les flics auraient peut-être agi avec une plus grande retenue si la rhétorique et les attitudes radicales n'avaient pas représenté ce qu'ils détestaient le plus au monde. Cependant, les souvenirs des émeutes de 1967 subsistaient , et à l'automne 1968, une vague d'attentats à la bombe apparut, visant des voitures de police vide de ses occupants et autres symboles de l'establishment, incluant un centre de recrutement clandestin de la CIA à Ann Arbor. Le responsable de beaucoup de ces destructions était le "poseur de bombes-hippie-devenu-fou " David Valler, dont la philosophie était passée du LSD au TNT en l'espace de quelques mois.Bien évidemment, les attentats à la bombe de Valleraidèrent beaucoup la police locale à commencer à considérer tous les hippies comme potentiellement violents.
Dans cette atmosphère de tension croissante, les White Panthers faisaient étalage de leur attente d'une révolution en termes de plus en plus militants. Plamondon apparaissait comme le plus radical du groupe, faisant des déclarations telles que: " . . . prends un fusil,frère, apprends comment t'en servir. Tu en auras besoin, très bientôt. Très bientôt. Tu es une Panthère Blanche, agit comme telle.". Pour sa part, Sinclair avançait une thèse de "colonisation de la jeunesse", assurant que la jeunesse hip américaine était en fait une "colonie" persécutée, semblable à la fois au noirs urbains et auxmouvements anti-impérialistes du Tiers Monde, tels que le VietCong ( Front de Libération National) au Sud Vietnam. "Notre culture est une culture révolutionnaire," déclarait-il, ajoutant "nous devons prendre conscience que la putain de culture des chevelus rock des rues est un tout, un mouvement culturel international révolutionnaire, tout à fait légitime et irréfutable." A la colonie de la jeunesse, Sinclair opposait une "structure du pouvoir des porcs," représentant la "culture sans énergie de la mort" de la société capitaliste américaine, qui, pensait-il, en viendrait à "nous tuer si nécessaire."
Le point culminant de cette attitude de plus en plus militante fut la création d'un "Mythe du White Panther," à travers lequel le groupe se présentait comme des révolutionnaires authentiques, qui n'hésiteraient pas à porter la lutte à un niveau supérieur - la violence contre l'état. Le Mythe du White Panther comprenait à la fois des composantes offensives et défensives. Rhétoriquement, Sinclair et Plamondon promettait "d'attaquer" et "d'assaillir" tla structure du pouvoir capitaliste ; ils se vantaient de la création de leurs "groupes de rock and roll énergisants," dans le but "d'infiltrer la culture populaire." Cependant, leur propagande parlait aussi d'être "attirés dans la lutte" contre leur volonté, en raison du harcèlement policier de plus en plus dur.L'image d'ex hippies amoureux de la paix obligés de se défendre (semblable à la raison d'etre des Black Panthers) était, par conséquent, un aspect important du Mythe du White Panther. cependant, mis à part leur emphase écrite et oratoire, et la pose occasionnelle pour des photographes avec des fusils fermement tenus en mains, les White Panthers étaient loin de la violence révolutionnaire qui caractérisait des groupes comme les Weathermen et le New Year's Gang; leur "assaut" existait avant tout dans le domaine culturel . Mais au cours des deux années suivantes, du fait de l'intérêt croissant porté au groupe par la police, le FBI et le Département de la Justice, l'aspect militant, offensif du Mythe du White Panther acquèrera en réalité une base plus large.
Les évènements de 1968-1969 confirmeront les suspicions de Sinclair et Plamondons envers la "culture de la mort", alors que la surveillance de la police se renforçait et que le WPP était confronté à des "coups montés" de plus en plus fréquents. Quelques semaines après la sortie de l' album du MC-5, Elektra Records, vraisemblablement sous la pression de l'industrie du disque,retira les annotations de Sinclair des rééditions de l'album et sortit une version censurée du titre "Kick Out The Jams." Beaucoup de magasins de disques avaient refusé de mettre en rayons l'album du fait de son aspect blasphématoire. Frustrés et en colère, les White Panthers demandèrent aux fans du groupe de défoncer les portes des magasins qui refuseraient de vendre la musique de MC-5. Elektra répondit sur le même ton en laissant tomber le groupe au printemps 1969. La première grande tournée dans l'Est de MC-5 se termina aussi de mauvaise façon après un vilain incident dans un club, ce qui convainquit le promoteur "hip capitaliste" Bill Graham à mettre le groupe sur une liste noire nationale. Le harcèlement policier empira et des membres du WPP continuaient à être arrêtés sous des accusations diverses.
L'intérêt du FBI pour les White Panthers, commencé en fin 1968,(4) resta discret jusqu'aux prétendues "Emeutes de Ann Arbor" des 16-18 juin 1969, qui consistèrent en trois jours d'affrontements entre des "freaks" lanceurs de pierre et un contingent massif de police anti-émeute. Pour le directeur du FBI J. Edgar Hoover, qui avait été exaspéré par les paroles du MC-5 "dégoutantes" et "obscènes", selon ses termes, la présence même des White Panthers lors des émeutes était la preuve qu'ils avaient coordonné la révolte. Après avoir lu des rapports sur l'émeute, Hoover ordonna que soient entreprises des actions pour contrôler, démembrer et causer du tort au WPP.
Le pire revers pour le groupe survint le 28 juillet 1969, lorsque le Procureur du tribunal de Detroit Robert J. Colombo condamna John Sinclair de neuf ans et demi à dix ans de prison pour sa troisième accusation de possession de marijuana, datant de janvier 1967. Et pour mettre du sel dans la plaie, le juge Colombo refusa le sursis, arguant que Sinclair montrait "une propension et une volonté de toujours commettre le même type d'infractions lorsqu'il est placé en sursis." L'impact de l'incarcération de Sinclair sur le WPP fut énorme, et la situation de mauvaise, passa bientôt à pire. Le 7 octobre 1969, un Grand Jury Fédéral de Detroit inculpa Sinclair, Pun Plamondon, et le membre du WPP de Detroit "Jack" Forrest pour conspiration en lien avec l'attentat à la bombe du 29 septembre 1968, contre le bureau de la CIA à Ann Arbor. Le fait d'inclure David Valler comme co-conspirateur non passible de poursuites, dans l'acte d'accusation montrait que l'ancien poseur de bombe servirait de témoin phare au gouvernement. Cependant, le Procureur Général du attendre plus d'un an pour commencer le procès, après que Plamondon eut entré dans la "clandestinité" pour éviter l'arrestation .
Durant la première moitié de 1970, le Mythe du White Panther atteignit son apogée. Plamondon, entré dans la liste des "Dix les plus recherchés" du FBI, voyageait facilement au sein de l'underground, se cachant pendant quelques mois sur la côte Ouest, avant de partir pour le Canada, l'Europe centrale et du Nord et finalement pour l'Algérie, où il rencontra Eldridge Cleaver, le dirigeant en exil des Black Panther, dont la philosphie de coopération entre noirs et blancs au sein du Mouvement avait été fondamentale dans la création des White Panthers. En rentrant aux U.S. à la fin du printemps, Pun se cacha dans les bois du nord du Michigan, rassemblant des armes et écrivant des articles enflammés, dont l'un assurait "Je ne veux pas que cela apparaisse comme tout ce que vous avez à faire c'est de tuer des gens, des porcs, de déclencher la révolution . . . [mais] il nous appartient d'apprendre aux gens que c'est la guerre et une guerre révolutionnaire juste. . . . . Il appartient à l'avant-garde d'entreprendre les actions" Au plan national, les attentats à la bombe des Weathermen et le spectacle de la Garde national de l'Ohio abattant quatre étudiants désarmés à l'université d'état du Kent poussèrent beaucoup de monde à se poser la question de savoir si la machine sociale de l'Amérique ne partait pas en lambeaux. Pour le WPP, le moment choisi par Plamondon pour son escapade underground ne pouvait arriver à un pire moment; le groupe était parvenu à une visibilité nationale au moment précis ou l'Administration Nixon cherchait à faire un exemple avec le plus possible de groupes radicaux.
Les
White Panthers rescapées
devaient faire face à l'emprisonnement de Sinclair, les
inculpations pour attentat à la bombe et conspiration du
gouvernement contre Sinclair, Plamondon et Forrest, et à la
surrveilance et au harcèlement croissant de la police et du
FBI. Abandonnés par le MC-5, parti pour faire de la musique
moins révolutionnaire avec le jeune producteur Jon Landau,
le
WPP fut confronté à une crise
financière aigüe.
Cependant, l'autorité de Leni et David Sinclair, tout comme
celle de Genie Plamondon, Skip Taube et Ken Kelley, parvint
à
maintenir le collectif intact. Plus miraculeusement encore, ce
petit noyau de combat trouva le temps et les ressources pour
parrainer et correspondre avec des douzaines de sections du White
Panther émergeant à travers le pays et au Royaume
Uni,
(5) et pour entamer des
discussions avec les Yippies concernant une possible fusion.(6)
Le
mouvement "Libérez
John" fit son apparition en même temps qu'un mouvement
plus vaste de défense contre les "Procès pour
Conspiration de la CIA ", qui avait attiré des
personnalités comme Jane Fonda, Donald Sutherland et Allen
Ginsberg. Et les désormais célèbres
avocats du
"Procès pour Conspiration de Chicago " William
Kunstler et Leonard Weinglass se portèrent volontaires, avec
le Detroit National Lawyers Guild, Hugh "Buck" Davis pour
défendre les White Panthers lors de leur prochain
procès
pour conspiration contre la
CIA
D'importants débats eurent lieu au sein des rangs du WPP concernant l'opportunité de porter la lutte à un niveau supérieur-- par exemple, en actualisant le Mythe White Panther. De sa cellule, Sinclair commença à exprimer des doutes concernant l'"aventurisme" dont Eldridge Cleaver et les Weathermen se faisaient maintenant les avocats. D'autres membres du WPP , comme Skip Taube et Jack Forrest, exprimaient un soutien aux objectifs liés aux actions violentes, tout en contestant l'utilité et les conséquences actuelles de ces actions. Plusieurs membres du WPP commençèrent ouvertement à brandir des armes et à s'entraîner au tir dans des zones rurales aux environs de Ann Arbor. Ces activités étaient encouragées par un mystérieux nouveau venu, Dennis Marnell, qui se parait du titre de "Ministre de la Défense" et qui faisait de gros efforts pour rendre le groupe plus à l'aise avec le maniement et l'usage des armes. Les éléments à disposition tendent fortement à penser que Marnell était un agent provocateur gouvernemental, qui avait infiltré la communauté du WPP pour collecter des renseignements concernant la localisation de Plamondon et préparer la future arrestation de tout le groupe.
L'infiltration était une tactique courante du COINTELPRO durant cette période. Dans tous les cas, Marnell fut mis en fuite par des White Panthers, prudentes, avant qu'il ne puisse remplir sa mission. (7)
Un autre moment charnière pour le WPP survint avec l'arrestation de Plamondon par la police d'état du Michigan le 23 juillet 1970, près de Cheboygan, Michigan. Des articles de presse citant des agents du FBI rapportent que Plamondon avait en sa possession un Derringer calibre .38 , une carabine, un fusil et "deux cartons de dynamite". La caution fut fixée à 100,000$, et Pun fut rapidement conduit à Detroit pour être inculpé dans le cas de Conspiration contre la CIA. Voyageaient avec Plamondon Taube et Forrest, tous les deux accusés d'avoir caché un fugitif et placés sous caution d'un montant de 25 000 $. Le choc d'avoir perdu trois dirigeants de plus aurait suffi au WPP -- mais le matériel prétendûment trouvé dans le minibus Volkswagen dans lequel les trois hommes voyageaient allaient avoir des conséquences à plus long terme pour le groupe.(8) Le nouvel Agent Special du FBI en poste à Detroit, Neil J. Welch, étudia méticuleusement le matériel , rédigeant plus tard un rapport de 107 pages destinés au quartier général et remis le 3 septembre 1970. Quelques semaines après, Hoover eleva le statut du WPP à celui des organisations militantes les plus dangereuses d'Amérique, et attira sur lui l'attention du Procureur Général de Nixon, John N. Mitchell.
Les informations concernant les "ultra-radicales" White Panthers étaient des nouvelles bienvenues pour l' Administration Nixon cet automne-là. Les élections législatives, les plus conflictuelles depuis des années, étaientd'une actualité brûlante. Espèrant renverser la majorité démocrate au Congrès, Nixon assumait un rôle primordiale dans la campagne électorale, prononçant des discours hautement partisans et associant les démocrates avec les hippies, Black Panthers, et radicaux de type Charles Manson. Obsédés par l'idée d'obtenir plus de renseignements concernant les radicaux, Nixon demanda au FBI de Hoover de resserer les mailles du filet de COINTELPRO contre le Mouvement, et la liste des "Dix les plus recherchés" du Bureau fut élargie à seize, avec neuf places occupées par des radicaux du Mouvements.
La situation connut son apogée le 9 Septembre 1970, quand des écoutes téléphoniques pour raison de "sécurité nationale" -- furent installées sans autorisation de justice -- dans la communauté du WPP de Ann Arbor; l'opération continuera jusqu'au 26 janvier 1971. Le 22, Nixon, Mitchell, Hoover, et le représentant du Congrès du Michigan Gerald Ford, eurent une discussion au sujet des White Panthers lors d'une réunion à la Maison Blanche. Trois jours après, la Sous Commission pour la Sécurité Intérieure de la Commission Sénatoriale pour la Justice recueillit le témoignage concernant le WPP du Sergent Clifford Murray de la police d'état du Michigan.Très rapidement, le spectre entier des agences gouvernementales US (FBI, CIA, DIA, NSA, et NSC) enquêtait activement au sujet du groupe. L' Administration était intéressé par le groupe pour d'autres raisons que son activisme. En se servant du procès fédéral pour conspiration contre la CIA du WPP comme d'un test, le Département de la Justice essayait d'obtenir de la part de la Cour Suprême d'un jugement déclarant inconstitutionnel le projet d'écoutes téléphonique connu sous le nom de "Mitchell Doctrine" Celle-ci assurait que le Président possédait le "pouvoir constitutionel inhérent " pour mettre sous écoutes "des radicaux sur le sol national " sans l'autorisation de la justice, si lui, et lui seul, pensait qu'ils représentaient une menace pour la sécurité intérieure. En fin de compte, une Cour Suprême, comprenant plusieurs juges nommés par Nixon vota à l'unanimité (8-0) contre cette doctrine en juin 1972, dans la célèbre décision U.S. v. U.S. District Court (également connu sous le nom de "Keith"). Le cas du WPP fut par conséquent abandonné, comme le furent beaucoup d'autres procès fédéraux pour conspiration impliquant des groupes du Mouvement, et basés sur des écoutes électroniques gouvernementales illégales
Libéré de prison, Sinclair et Plamondon revinrent à Ann Arbor et crèerent le "Rainbow People's Party," une organisation de base non-militante, dont les activités reflétaient l'entrée du Mouvement dans le courant dominant de la politique après 1970. Le cas de possession de marijuana de Sinclair attira l'attention tardive, mais vive, de la Cour Suprême du Michigan , qui rejeta le statut draconien de l'état concernant l'herbe? La tendance nationale de dépénalisation de la marijuana durant les années soixante dix doit beaucoupaux deux ans et demi que John Sinclair a passé derrière les barreaux dans le Michigan.
Les White Panthers représentent un exemple parlant d'un groupe contre culturel des années soixante qui a évolué vers une organisation politique militante. Leur métamorphose était dûe à une combinaison de facteurs comprenant: (1) l'environnement conservateur unique en songenre du sud-est du Michigan, particulièrement sa police inflexible, souvent répressive qui a réagi de manière exagérée au radicalisme culturel; (2) le succès considérable du groupe dans sa recherche de soutien populaire, via la musique du MC-5 et sa propagande en faveur de la culture de la jeunesse, qui ont imprégné la direction du WPP d'une attitude "nous pouvons nous isoler de tout"; (3) les talents d'organisation des dirigeants du groupe qui leur ont permis , par des moyens comme la presse underground et autres outils, de rester bien informer des tendances dans le Mouvement-- et aussi de les rendre prédisposés à présenter les attraits d'une organisation politique militante après les émeutes de Chicago; et (4) l'acharnement du guvernement U.S. à persécuter et emprisonner la direction du groupe, et qui fournit ainsi la preuve dont avait besoin le WPP pour se convaincre que le mythe révolutionnaire qu'il avait lui-même créé avait un fondement dans la réalité.
Jusqu'à quel point les aspirations révolutionnaires des White Panthers étaitent-elles réelles? La réponse dépend du sens que l'on donne à "révolutionaire." Si l'on en juge d'après les standards de l'époque, la révolte armée du modèle très envié de Che Guevara, le WPP, à la possible exception de Plamondon, à failli dans sa mise en pratique du Mythe du White Panther comme Mouvement du radicalisme. En fin de compte, la plupart du message du White Panther se confinait à une posture semblable à celle des Yippies. Cependant, l'assaut culturel formulé par Sinclair et appliqué par le WPP -- la campagne de propagande impliquant des journaux alternatifs, des disques de musique rock et des concerts-- avaiy un potentiel révolutionnaire réel (ce qui, plus que tout autre facteur, explique pourquoi Sinclair se voyait régulièrement refusé l'obtention d'une caution). Avant l'emprisonnement de Sinclair et le départ de MC-5, les White Panthers possédait à la fois les moyens et le message pour radicaliser des millions de jeunes Baby Boomers.
Le WPP avait-il une stratégie pour faire autre chose que de fare phantasmer les jeune. Ou son but principal était-il, comme les Yippies, de seulement radicaliser la jeunesse et d'attendre Armageddon pour déclencher l' "action dans les rues"? Sinclair admet qu'à l'époque il avait "une vision de changement immédiat, violent et apocalyptique". Cependant, durant la période turbulente entre 1968 et 1971, de telles visions n'étaient pas rares, à la fois au sein du Mouvement et parmi la police, le FBI et le Département de la Justice. La stratégie du White Panther Party commença avec le but de faire adopter au plus de jeunes possible toutes les facettes du nouveau style de vie contre culturel, y compris ses implications politiques (comme la probabilité de la réaction/répression de la police et comment y répondre). A partir de là, le WPP pensait politiser plus avant la contre culture en y injectant un contenu politique -- les doctrines et les messages de groupes radicaux commes les Black Panthers et les Yippies -- par l'intermédiaire de leur message d'avant garde, inspiré du rock and roll. Et en adoptant un cadre politique qui était, selon les termes de Sinclair, "perdant et plus disjoncté" que celui de leurs contemporains les plus doctrinaires de la Nouvelle Gauche, les White Panthers pensaient qu'ils pourraient atteindre les millions de jeunes délaissés qui, autrement, n'auraient pas répondu au message politique radical. Pour Sinclair, le recrutement de ce segment vaste et toujours plus nombreux de la population était un pré-requis pour réussir une véritable révolution de masse aux Etats-Unis.
La fait que la vision utopiste des White Panthers de Sinclair puisse apparaître comme celle d'un maniaque ou comme largement infondée trois décennies plus tard n'enlève rien à sa signification. Comme l'a déclaré Theodore Roszak, la contre culture en Amérique dans les années soixante a peu de modèles historiques dans la rebellion et l'organisation extrêmiste sur lesquels s'appuyer, comme le firent leurs pairs européens. Les radicaux contre culturels américains, ajoute-t'il, ont adopté des positions "plus flexibles, plus expérimentales, et. . . . plus bizarres en apparence" que tous leurs prédécesseurs historiques. (9) En déclarant que la musique rock, la marijuana et "baiser dans les rues" apporterait la révolution, les White Panthers écrivirent un nouveau chapitre de l'utopie radicale américaine. Ils s'inspirèrent d'un modèle pré-rock d'hédonisme beatnik, y ajoutèrent le LSD, la marijuana, et une musique électrique énergisante, et conclurent que le fait de libérer les jeunes des inhibitions sociales traditiionnelles ferait naître une nouvelle culture.
La saga des White Panthers contient une bonne dose d'ironie. La plus grande d'entre elle est le fait qu'un groupe de "freaks," de la contreculture, qui, à la recherche d'une authenticité radicale, a créé un "Mythe White Panther" largement fictif-- est seulement parvenu en fin de compte à se voir qualifier par l'Administration Nixon comme le résumé de la menace sur la "sécurité nationale ",et à se trouver embrouillé dans un cas d'école constitutionnel. Il est difficile d'être en désaccord avec l'affirmation réfléchie de Sinclair: "Le Gouvernement . . . . aurait du nous payer pour ce que nous avons fait!"
Notes de l'auteur
(1) Sinclair a aussi été profondément touché par une interview de Huey Newton en 1968, dans lequel le dirigeant Black Panther mentionnait que les blancs devaient soutenir le BPP en organisant leurs propres cadres révolutionnaires.
(2) Une autre caractéristique du WPP de la première heure, en paralèle avec le modèle Yippie, était la tentative de d'attirer les médias "straight" (commerciales). Sinclair espérait recruter la jeunesse américaine à la fois par la couverture médiatique conventionnelle et alternative du WPP, générée par sa propre machine de propagande, de la même façon que les Yippies avait attiré la couverture par la presse internationale par le biais du Festival of Life deChicago. Sinclair avait aussi appris des Yippies qu'il y avait une relation directe entre le niveau de sensationnalisme dans le message presse/média et celui de la couverture. Les premiers communiqués de presse des White Panther et leur propagande était intentionnellement exagérés: "si tu le rendais assez outrageant,"se rappelle plus tard Plamondon "les agences de presse le prend."
(3) Gitlin, The Sixties
(4) SAC, New York à Hoover, 31 Décembre 1968, 62-112678-2. Ce document, ainsi que des centaines de pages supplémentaires concernant le WPP materials que l'auteur a obtenu via le Freedom of Information Act (FOIA), n'ont pas été entièrement publié, grâce à deux exceptions du FOIA dont le FBI a largement abusé, sous le Titre 5 du Code U.S.: section 552, sous-sections (b)-7-c et (b)-7-d.. L'appel de l'auteur a réussi, mais au moment de mettre sous presse, les documents n'avaient pas encore été rendus publics, prétendument par la faute de "retards"
(5) Il existait aux Etats-Unis et à travers un nombre estimé entre quinze et vingt sections pleinement opérationnelles du WPP , et plus de cinquante" tribus potentielles". Cette estimation provient de plusieurs sources dont un rapport du FBI , daté du 23 Octobre 1970, intitulé "RE: White Panther Party (WPP) Convention Nationale 23-25 Septembre 1970," 22-23, Sinclair Red Squad Files
(6) Durant le premier semestre de 1970, des discussions ont eu lieu entre le WPP et le YIP concernant une éventuelle fusion. Cependant cette fusion ne fut jamais officialisée A un moment de ces discussions, David Sinclair exprime sa frustration comme suit: " . . . 'fusion' n'est pas le terme correct, en premier lieu, car on ne peut pas vraiment faire fusionner un parti politique avec une image . . . . le fait est qu'il existe des différences fondamentales entre nous et notre politique et celle d' Abbie [Hoffman] et de Jerry [Rubin] et leurs partisans."
(7) Marnell arriva à la communauté duWPP durant l'été 1970, et montra bientôt le comportement classique de l'agent provocateur. Prétendant qu'il avait eu une expérience decombat au Vietnam, il dirigeait des cours réguliers d' "auto-défense armée" auprès des membres du WPP. Il fuyait les appareils photos et ne permettait pas que son nom apparaisse dans aucune des publications du WPP. Après avoir été viré par le WPP, Marnell essaya de tremper l'avocat Leonard Weinglass dans des complots pour faire évader Sinclair de prison.
(8) Selon le rapport du FBI, le matériel trouvé en possession du groupe incluait une liste d'adresses détaillée de contacts underground, les plans du rez-de-chaussée d'une banque du nord Michigan et une lettr recommandant l'enlèvement de Gerald Ford et/ou Spiro Agnew pour demander une rançon politique. Ce dernier documen tétait en fait une lettre anonyme envoyée à la section du WPP de Detroit -- une autre tactique largement employée par le COINTELPRO du FBI contre les groupes radicaux
(9) Theodore Roszak, The Making of a Counter Culture.
Copyright©2001
From
IMAGINE NATION - The American Counterculture of the 1960s and
'70s
(section two 'Cutural Politics' chapter 5 The White Panthers'
"Total Assault On The Culture") by Jeff A. Hale / Peter
Braunstein (editor) & Michael William Doyle (editor).
