La Démocratie Participative Des Années 1960 et du SDS Au Futur En Ligne.
par Michael Hauben
Les années 1960 étaient une époque où les gens à travers le monde luttaient pour davantage qu'un simple avis concernant les décisions dans leur société. L'émergence de l'ordinateur individuel à la fin des années 70 et au début des années 80 et la gestation plus longue de nouvelles formes de communications contrôlées par les individus via Internet et Usenet à la fin des années 80 jusqu'à aujourd'hui sont les descendantes directes des années 1960.
L'époque des années 1960 fut un moment spécial en Amérique. Des masses de gens prirent conscience de leur propre potentiel pour peser sur la manière dont le monde fonctionnait autour d'eux. Des gens se levèrent pour protester contre les manières de faire de la société échappant à leur contrôle, soit pour lutter contre la ségrégation raciale ou pour gagner de nouveaux droits pour les étudiants dans le fonctionnement de l'université. La "Déclaration de Port Huron" rédigée par les Etudiants pour une Société Démocratique - Students for a Democratic Society (SDS) - fut un document qui donna le ton à la décennie.
Dans les années 1970, quelques personnes directement impliquées dans la contestation étudiante poursuivirent leurs efforts pour donner plus de pouvoir aux gens en développant et en diffusant du matériel informatique accessible pour les individus. Le mouvement dans les années 1970 créa l'ordinateur individuel. A la moitié des années 1980, il obligea les sociétés informatiques à produire des ordinateurs à un prix abordable pour tous. Le nouveau moyen de communications Internet est né des recherches d'ARPANET commencées en 1969 et de Usenet né en 1979. Ces avancées dans le domaine des communications couplées avec l'accessibilité aux ordinateurs transforment l'esprit des années soixante 1960 en un objectif atteignable pour notre époque.
Le SDS et le besoin d'une démocratie participative
Les premiers membres du SDS dénonçaient un problème réel de la société américaine. Ils pensaient que les Etats-Unis étaient une démocratie qui n'avait jamais existé, ou plutôt qui s'était transformée en un système de représentation après la convention constitutionnelle. La société américaine est qualifiée de démocratie mais avait cessé d'être démocratique dès le tout début de la société américaine.. Le SDS considérait comme crucial le fait que les gens prennent part à la manière dont était gouvernée leur société. Les dirigeants du SDS avaient la conviction que les modèles démocratiques ne fonctionnaient pas dans les années 1960 pas plus qu'elles ne fonctionnent aujourd'hui. C'était un réel problème que les dirigeants et membres du SDS comprennaient intuitivement et travaillaient à transformer.
Une part importante du programme du SDS incluait la conviction qu'un media devait nécessairement rendre possible pour une communauté de citoyens actifs de discuter et de débattre les questions affectant leur vie quotidienne. Bien que non disponible dans les années 1960, un tel média existe aujourd'hui dans les années 1990. Les conditions pour la renaissance de la vision du SDS des années 1960 de faire naître une société plus démocratique existent maintenant à travers l'ordinateur individuel et le Net. Ces conditions seront un élément important dans la bataille pour le gain d'un contrôle populaire alors que nous approchons du prochain milllénaire.
La déclaration de Port Huron et les problèmes profonds de la démocratie américaine.
La Déclaration Port Huron constitua la fondation de la construction d'un mouvement pour la démocratie participative dans les années 1960. En juin 1962, une convention nationale du SDS s'est tenue dans un camp de l'UAW situé à Port Huron, Michigan. Le texte original de la Déclaration de Port Huron fut rédigé par Tom Hayden, qui était aussi le secrétaire du SDS . La déclaration exposait la critique de la société américaine faite par le SDS . La convention de Port Huron fut elle-même un exemple vivant et concret de démocratie participative.
La Déclaration de Port Huron était à l'origine conçu comme un manifeste, mais les membres du SDS changèrent d'avis pour l'appeler "déclaration". Elle était préfacée par une note d' introduction décrivant commentl elle devait être un document qui devrait se compléter et évoluer avec l'expérience:
"Ce document représente le résultat de plusieurs mois d'écriture et de discussions entre les membres, un document préparatoire et une révision par la convention nationale des Students for a Democratic Society réunie à Port Huron, Michigan, du 11 au 15 juin 1962.Il est présenté comme un document avec lequel s'identifie officiellement le SDS, mais aussi comme un document vivant ouvert à l'évolution suivant les périodes et les expériences. C'est un début, dans nos propres débats et apprentissage, dans notre dialogue avec la société."
(Port Huron Statement in Miller, p. 329)
Cette note est importante en ce qu'elle signifie que ce document du SDS ne définissait pas la solution définitive des problèmes de la société, mais qu'il faisait des suggestions qui seraient ouvertes à des expériences pour une meilleure approche. Cette ouverture d'esprit est un précurseur fondamental à la pratique de la démocratie participative, en demandant l'opinion de chacun et en considérant ces opinions sur un pied d'égalité.
Le premier problème sérieux inhérent à la société américaine identifié par la Déclaration de Port Huron est le mythe d'une démocratie qui fonctionne :
"Pour les américains concernés par le développement de société démocratiques, les mouvements anti-coloniaux et révolutionnaires dans les nations émergeantes posent de sérieux problèmes. Nous devons faire face à ces problèmes avec humanité; après 180 ans de gouvernement constitutionnel, nous luttons toujours pour la démocratie dans notre propre société.."
(Port Huron Statement in Miller, p. 361)
Ce manque de démocratie dans la société américaine contribue à une désillusion politique de la population. Tom Hayden et le SDS étaient profondément influencés par les écrits de C.Wright Mills, un philosophe qui était professeur à l'Université de Columbia jusqu'à sa mort au début de 1962. La thèse de Mill était que "l'idée de la communauté de publics" qui constitue une démocratie avait disparu en même temps que les gens s'éloignaient de plus en plus de la politique. Mills pensait que le désengagement des gens vis à vis de l'Etat entraînait le contrôle par une minorité qui dans les années 1960 n'étaient plus des représentants valables du peuple américain.. Dans son livre au sujet du SDS, "Democracy is in the Streets"(1), James Miller écrit:
"La politique est devenu un sport pour spectateurs. Le soutien des électeurs a até requis à travers des campagnes de publicité et non par une participation directe à travers des débats raisonnés. (...)." (Miller, p. 85)
De tels problèmes fondamentaux touchant la démocratie existent encore aujourd'hui à la moitié des années 1990. Dans la Déclaration de Port Huron, le SDS avait réussi à identifier et à comprendre les problèmes qui nous touchent encore aujourd'hui. C'est un premier pas nécessaire pour travailler à la recherche d' une solution. les étudiants impliqués dans le SDS avaient compris que les gens étaient fatigués des problèmes et qu'ils voulaient des changements dans la société. la déclaration de Port Huron avait été écrite pour répondre à ces préoccupations.:
"...n'ont-ils pas aussi démontré une envie de croire qu'il existe une alternative au présent, que quelque chose peut être fait pour changer la réalités dans les écoles, sur les lieux de travail, dans les démocraties, dans le gouvernement? C'est à cette envie, à la fois l'étincelle et le moteur du changement, que nous adressons ce présent appel. lLa recherche d'alternatives réellement démocratiques à la situation actuelle et un engagement dans la voie de l'expérimentation sociale avec eux est une entreprise humaine enrichissante, de celles qui nous touchent et qui, nous l'espérons, en touchent d'autres aujourd'hui."
(SDS, "The Introduction, Agenda for Change", p. 331)
En décrivant comment la séparation des gens et du pouvoir constitue le moyen de garder les gens désintéressés et apathiques, la déclaration de Port Huron explique:
"L'apathie est, d'abord, subjective -- l'impuissance ressentie par les gens ordinaires, la résignation devant l'énormité des évènements. Mais l'apathie subjective est encouragée par la situation objective américaine -- la séparation structurelle actuelle entre les gens et le pouvoir, la connaissance effective et les pinacles de l'éxécutif. De la même manière que l'université influence la façon de vivre des étudiants, les grandes institutons sociales créent les circonstances dans lesquelles le citoyen isolé essaira désespérément de comprendre le monde qu'il l'entoure et de se comprendre lui-même."
("The Society Beyond" in the Port Huron Statement, in Miller, p. 336)
La déclaration analyse la séparation individuelle d'avec la société et ses effets.:
"L'isolement même de l'individu --par rapport au pouvoir, à la communauté et à la possibilité d'aspirer à quoi que ce soit -- entraîne la naissance d'une démocratie sans citoyens. Avec la grande masse des gens phisiquement écartés et psychologiquement hésitants, respectueux des institutions démocratiques, ces dernières s'affaiblissentt et deviennent, à la manière d'un cercle vicieux, de moins en moins accessibles au petit nombre de ceux qui aspirent à une participation sérieuse dans les affaires de la société.. Le lien démocratique vital entre la communauté et ses dirigeants, entre les masses et les élites, a été si maltraité et perverti que des politiques désatreuses sont incontestées encore et toujours."
(Port Huron Statement in Miller, p. 336)
La Déclaration décrit comment les gens deviennent frustrés et cessent de considérer le système électoral comme quelque chose qui fonctionne. Le problème a perduré puisque nous avons maintenant le niveau le plus bas de tous les temps en ce qui concerne la participation aux élections nationales et locales..Dans un chapitre intitulé La politique sans Electeurs, la Déclaration explique:
"L' électeur américain est assailli de toute part par des pseudo-problèmes, par l'idée initiée par le système que rien de politique n'est sujet à la maîtrise de l'homme. Tourmenté par ses problèmes pratiques qui ne sont jamais résolus, mais victime de la conviction commune que la politique est un compromis mortellement lent entre des point de vues, il abandonne l'idée même de s'en inquiéter ."
(Port Huron Statement in Miller, p. 337)
Les étudiants du SDS ne laissaient pas décourager leurs efforts pour construire un avenir meilleur par ces réels problèmes. Il voulaient faire partie des forces qui vaincraient le problème. La déclaration de Port Huron exprime la conviction que l'homme est foncièrement bon et qu'il peut faire face aux problèmes décrits. Ceci est transmis dans le chapitre Valeurs de la Déclaration.
[...]
La démocratie participative
Ceux qui ont participé à la convention de Port Huron sont venus avec la conviction de l'importance de la démocratie participative. Cette conviction s'est manifestée de différentes façons. La convention elle-même a personnifié la démocratie participative à travers les discussions et les débats concernant le texte de la déclaration que plusieurs personnes expliquaient. La déclaration de Port Huron appelait à la mise en oeuvre de la démocratie participative comme manière de ramener les gens à prendre des décisions concernant le pays en général, et leur propre vie en particulier. . . Un des professeurs de Tom Hayden à l'Université duMichigan, Arnold Kauman, vint parler de ses idées et employa le terme de 'démocratie participative'
Miller écrit que dans un essai de 1960 , "Participatory Democracy and Human Nature", Kauman avait décrit une société où chacun de ses membres avait "une responsabilité directe dans les prises de décisions." The "La fonction principale qui justifie" la démocratie participative, cite Miller, "est et a toujours été , non le fait qu'elle protège ou donne une stabilité à une communauté, mais la contribution qu'elle peut offrir au développement des potentiels humains de réflexion, de sentiment et d' action. En cela, elle diffère, et diffère fondamentalement, d'un système représentatif incorporant toutes sortes de moyens institutionnels destinés à sauvegarder les droits de l'homme et de maintenir l'ordre établi." (Miller, p. 94)
"La participation" explique Kauman, "signifie à la fois l'initiative personnelle -- que les homme se sentent obligés d'aider à résoudre les problèmes de la société -- et une reconnaissance sociale -- que la société se sente obligée de trouver des moyens originaux pour maximaliser les possibilités de prises d'initiatives personnelles." (Miller, p. 95)
Un participant à la Conférence de Port Huron, Richard Flacks se souvient de Arnold Kauman prenant la parole à la convention, "A un moment, il a déclaré que notre boulot n'était pas de jouer le rôle du Président. Notre boulot était de mettre en avant nos propres perspectives. C'était la réelle signification de la démocratie -- poursuit tes propres perspectives, telles que tu les vois, sans essayer d'être un homme d'état qui comprend la totalité du problème " (Miller, p. 111)
Après avoir identifié la démocratie participative comme moyen pour arracher le contrôle des mains des corporations et bureaucraties gouvernementales, l'étape suivante était d'identifier les moyens pour mettre en place la démocratie participative. Dans le chapitre "Valeurs" de la Déclaration de Port Huron, les moyens proposés étaient une nouvelle forme de média qui aurait rendu cela possible:
"Comme système social, nous cherchons l'établissement d'une démocratie basée sur la participation des individus et gouvernée par deux idées centrales: que l'individu participe aux prises de décisions concernant la qualité et l'orientation de sa vie; la société est organisée de manière à encourager l'indépendance individuelle et offre les médias pour mettre en commun leur participation " (Port Huron Statement in Miller, p. 333)
D'autres au sein du SDS ont détaillé plus avant leurs conceptions de la démocratie participative en la décrivant comme des personnnes devenant plus actives et s'engageant davantage dans la vie publique. Miller décrit l'idée de la démocratie de Al Haber comme "un modèle, une autre façon d'organiser la société." L'accent était mis sur le passage à l'action. "C'était comment faire plutôt qu'une idéologie ou une théorie" " (Miller, pp. 143-144)
Tom Hayden, écrit Miller, conçoit la démocratie participative ainsi:
"D'abord, l'action; nous croyions dans l' action. Nous avions derrière nous une décennie de soi-disant apathie; nous émergions de l'apathie. Quel est le contraire de l'apathie ? La participation active. La citoyenneté. Faire l'histoire. En second, nous étions influencé directement par le mouvement pour les droits civiques, dans sa phase étudiante, qui croyait que, en s'engageant personnellement et en prenant des risques, il était ossible d'entrer dans l'histoire et de la changer après une centaine d'années de ségrégation. Et donc c'était cette notion de participation dans la société qui était important. Voter n'était pas suffisant. Une démocratie dans laquelle vous bénéficiez d'une citoyenneté apathique, nourri à la cuillère d'information émanant d'un média monolithique, votant périodiquement, était très insuffisante, une forme de démocratie déclinante. Et nous voulions, comme but ultime, rendre sa plénitude à l'être humain , en devenant un acteur de l'histoire plutôt qu'un simple objet passif. L'idée de démocratie participative était notre préoccupation centrale, pas seulement comme une fin en soi mais comme un moyen de changement." (Miller, p. 144)
Une autre membre du SDS, Sharon Jeffrey comprenait "Participative" comme signifiant "impliqué dans la prise de décisions." Elle poursuivait, "Et je veux absolument être impliquée dans des décisions qui vont affecter ma vie! Comment pourrais-je laisser quelqu'un prendre une décision me concernant sans y être impliquée?" (Miller, p. 144)
Il est important de considérer la valeur qu représente la démocratie participative comme une conception commune à la fois aux dirigeants et aux membres du SDS. Bien que la déclaration de Port Huron contenait d'autres critiques et analyses, sa contribution majeure fut de mettre en avant la nécessité d'impliquer plus activement les citoyens des Etats-Unis dans le fonctionnement politique quotidien pour corriger quelques dérives que la passivité avait autorisé à voir le jour. Richard Flacks résume cela dans son article, "On the Uses of Participatory Democracy":
"La phrase la plus fréquemment entendu pour définir la démocratie participative est que 'les hommes doivent intervenir dans les décisions qui affectent leur vie.'; en d'autres termes, les démocrates favorables à la participation considèrent sérieusement l'homme comme citoyen: et ce faisant, ils cherchent à étendre la conception de la citoyenneté au delà de la sphère politique conventionnelle de toutes les institutions. Une autre façon de présenter ces valeurs clés est l'affirmation suivante:chaque homme est responsable de l'action des institutions dans lesquelles il est partie prenante ...." (Flacks, pp. 397-398)
Les besoins de la communauté d'une démocratie participative.
Les dirigeants du SDS ont lutté pour créer des formes de démocratie participative au sein de sa structure et de son organisation, comme prototype et force dirigeante du mouvement de protestation étudiant et de la société en général. Al Haber, l'étudiant de l'Université du Michigan qui fut le premier représentant national du SDS, décrit le besoin d'un système de communication pour construire la fondation du mouvement:
"Le défi devant nous est d'évaluer et de développer les alternatives radicales à la société inadaptée d'aujourd'hui, et de développer un système de communication institutionnalisé qui donnera une perspectiveà nos actions immédiates. Nous aurons alors la base de travail pour un mouvement radical étudiant aux Etats-Unis.." (Sale, p. 25)
Il avait compris que la société dans son ensemble était le dernier sujet à aborder. Il était nécessaire de commencer à une échelle plus petite, parmi les éléments de la société qui devenaient plus actifs dans les années soixante, c'est à dire les étudiants. Haber souligna cette idée :
"Nous n'avons pas une telle situation [inter-action dans une communauté donnée] en Amérique. Peut-être, à travers les étudiants, commençons nous à en approcher à gauche. C'est maintenant la tâche majeure qui se présente au libéraux, radicaux, socialistes et démocrates. C'est une tâche dans laquelle le SDS devrait jouer un rôle majeur." (Miller, p.69)
La déclaration de Port Huron définit la 'communauté' ainsi:
"Les relations humaines devraient inclure la fraternité et l'honnêteté. L'inter dépendance humine est une réalité contemporaine; .... Des liens personnels entre l'homme et l'homme sont nécessaires.'" (SDS, p. 332)
Avant son engagement à plein temps avec le SDS, Hayden avait écrit un article pour le Michigan Daily décrivant combien la prise de décision démocratique était la première étape nécessaire vers la création d'une communauté. L'intérêt de Hayden était tourné vers l'université quand il écrivait, "Si les prises de décisions sont le seul travail de quelques-uns plutôt que la participation de beaucoup, l'aliénation envers le complexe de l'université se manifestera parce que l'université ne sera que cela : un complexe et non une communauté." Néanmoins, ce sentiment a persisté dans la pensée de hayden et d'autres, concernant la comunauté et la démocratie à l'échelle du pays dans son entier". (Miller, p. 54)
Ce sentiment au sujet de la communauté est présent dans la conclusion de la Déclaration de Port Huron. elle appelle au partage communautaire des problèmes, afin de les considérer comme des problèmes publiques et non privés. La seule chance de les résoudre ensemble, c'est en communiquant et en partageant ces problèmes au sein de la communauté. Le SDS appelait la nouvelle gauche à "transformer la complexité moderne en questions qui peuvent être comprises et ressenties comme proches par chaque être humain." La déclaration continue, "On doit mettre en forme les sentiments d'impuissance et d' indifférence, afin que les gens prennent conscience des sources politiques, sociales et économiques de leurs ennuis personnels et s'organisent pour transformer la société....'" (Port Huron Statement, p. 374 of Miller)
La théorie de la démocratie participative était attirante. Néanmoins, c'est la pratique choisie de donner la parole à chacun à l'intérieur du SDS qui a rendu compréhensible à tous la notion de démocratie participative. La Convention de Port Huron fut un vrai exemple concret de combien ces principes étaient rafraîchissants et capables de ramener les citoyens américains à la politique. La communauté créée au sein des membres du SDS éclaira ce nouvel esprit. Les écrits de C. Wright Mills parle de "ces petits cercles clairsemés de citoyens face à face discutant de leurs affaires publiques." Les espoirs de Al Haber de voir cela se passer parmi les étudiants se concrétisèrent à Port Huron. Les membres du SDS virent cela comme une preuve d u bien fondé des espoirs de Mills concernant la démocratie. Cela devait être le premier exemple de beaucoup d'autres rassemblements et réunions du SDS . Richard Flacks souligna ce qui rendit Port Huron si spécial. Il y découvrit une "découverte mutuelle de communion de pensées." Flacks continue "On se sentait isolés auparavant, parce qu'ion avait en nous ces idées politiques et ces valeurs, et puis soudain, on découvrait non seulement qu'elles était partagées par d'autres, mais la possibilité de créer maintenant quelque chose ensemble." C'était également excitant parce que , "c'était notre truc: nous étions là à ses débuts." (Miller, p. 118)
Les moyens du changement
Les membres du SDS ont réussi plusieurs choses. D'abord, ils ont clairement identifié les problèmes cruciaux de la démocratie américaine Ensuite, ils ont élaboré une théorie du changement . Tout ce qui restait à faire étaient de trouver les moyens pour rendre manifeste ce changement. Ils découvrirent comment opérer des changements dans leurs propres vies et coomment ces changements affectaient le monde autour d'eux.. Néanmoins, quelque chose de plus était nécessaire pour transformer toute la société américaine.
Al Haber avait compris que ce quelque chose de plus était un système de communication ouvert ou un média que les gens pourraient utiliser pour communiquer. Harber et Hayden comprirent que le SDS devait être, "un réseau national de communications" (Miller, p. 72)
Bien que beaucoup de persones firent entendre leur voix et entraînèrent des effets réels sur le monde durant les années soixante, les changements structurels définitifs ne furent pas réalisés. Les vrais problèmes mentionnés plus haut persistèrent durant les années 1970 et après. Un réseau public national, et même international, de communications avait besoin d'être construit pour que continue à se faire entendre la voix de la population.
Des membres du SDS l'avait partiellement compris, et avaient mis en avant les points suivants dans la Déclaration de Port Huron dans le chapitre "Vers une Démocratie Américaine":
"Des mécanismes d' association volontaire doivent être créés, à travers lesquels l'information politique puisse être communiquée et la participation politique encouragée."
"L'allocation de ressources doit être basée sur les besoins sociaux . Un vrai 'secteur public' doit être créé et sa nature débattue et planifiée." (PHS, in Miller, p. 362)
Le réseau international public de communications - ou le Net
Ce réseau et les moyens pour y accéder ont commencé à se développer vers la fin des années soixante. Deux dates marquantes de son histoire se situent en 1969 quand le premier noeud ARPANETfut installé et en 1979 quand Usenet apparut. Les deux constituent des expériences pionnières dans l'utilisation des ordinateurs pour faciliter la communication humaine d'une façon radicalement différente de ce qui existait déjà comme réseaux publics de communications, tels les réseaux téléphoniques ou de télévision.. L'ARPANET, qui était un prototype de l' Internet d'aujourd'hui, et Usenet, qui continue à se développer et à s'etendre à travers le monde, font partie du Net, ou des réseaux modiaux de communications par ordinateurs. Une autre étape iportante vers le développement d'un réseau international de communication fut le mouvement de l'ordinateur individuel, du milieu à la fin des années 1970. Ce mouvement créa l'ordinateur individuel et permit, par son prix, aux individus d'acheter les outils nécessaires pour se connecter à ce réseau public.
Cependant, il ne suffit pas que soit créé le réseau. Le SDS avait compris que "la démocratie et la liberté n'arrivent pas par magie, mais plongent leurs racines dans l'expérience historique; elles ne peuvent pas toujours être revendiquées par toutes les sociétés à n'importe quel moment, mais doivent être nourries et aidées." (SDS, Port Huron Statement, in Miller, p. 361)
Les participants aux projets ARPANET, Internet et Usenet comprirent cela intuitivement, et bâtirent un réseau à vocation d'échanges de connaissance dès le départ. Puisque Usenet avait été créé pour les étudiants, qui n'avaient pas accès à ARPANET, comme une possibilité de communiquer de la même manière, ceux-ci vinrent à lui en masse. Dans "Culture and Communication: The Interplay in the New Public Commons", Michael Hauben écrit que l'utilisateur en ligne fait partie d'une culture mondiale et le considère comme un citoyen du monde. Ce citoyen du monde est est net citoyen ou un Netizen. Le monde qu'il a développé est basé sur l'effort communautaire de mettre en place une communauté coopérative. Ceux qui sont devenus des Netizens ont acquis plus de contrôle sur leur propre vie et sur le monde qui les entoure. Cependant, l'accès à ce monde necessite d'être élargi de façon à avoir le plus grand effet possible sur le plus gran nombre possible de personnes. En outre, en même temps que des efforts se développent pour rendre le Net plus commercial, quelques-une de ses valeurs importantes sont remises en cause. .
Un récent discours que j'avais été invité à prononcer dans le cadre d'une conférence sur "La Revolution du Netizen et l' Infrastructure Régionale d' Information " à Beppu, au Japon, aide à mettre en perspective le monde du Netizen en lien avec les idées de démocratie participative,
"Les Netizens ne sont pas simplement des personnes qui se connectent, et particulièrement des personnes qui se connectent pour des raisons personnelles de profit. Ce ne sont pas des personnes qui viennent sur le réseau en considérant le Net comme un service. Ce sont plutôt des gens qui ont compris que faire du Net une communauté et un lieu de ressources régénérantes et vivantes demandait un effort et une action de la part de chacun là où il se trouve Les Netizens sont des gens qui ont décidé de consacrer du temps et des efforts pour faire du Net, cette nouvelle partie de notre monde, un endroit meilleur." (Hauben, Hypernetwork '95 speech)
Le Net est un outil technologique et de développement social qui est dans l'esprit théorique clairement développé par les Students for a Democratic Society. Cette conception pourrait aider dans la lutte pour conserver le Net comme un bien public non commercial (Felsenstein). Ce médium de masse fournit les outils nécesaires pour faire de la démocratie participative une réalité. Il est important maintenant de diffuser l'accès à ce medium à tous ceux qui comprennet son utilité. .
Le Net apporte du poids à la vie des gens parce qu'il est un forum public. La diffusion en public de problèmes et de préoccupations réels aide à leur solution et rend ceux qui en sont responsables redevables devant la collectivité. Le Net est le vecteur public des huées et des scandales populaires. Il est aussi une sacrément bonne façon pour les gens de communiquer au sujet de leurs centres d'intérêts communs et d'enter en contact avec des gens ayant des idées similiares ou différentes.
Le manque de contrôle des gens sur les évènements ayant trait à la vie quotidienne était une préoccupation permanente chez les contestataires des années soixante. La déclaration de Port Huron avance cette raison pour justifier les réformes réclamées par le SDS Le chapitre intitulé "La société au-delà " note que "les américains se retirent de la vie publique, de tout effort collectif, pour s'occuper de leurs propres affaires." (PHS, in Miller, p. 335)
Hayden se fait l'écho de C. Wright Mills quand il écrit, "L'expérience que nous avons, c'est la nôtre, pas celle de quelqu'un d'autre ou dont nous avons hérité." Hayden continue, "Nous continuons de croire que les gens ont besoin de contrôler, ou d'essayer de contrôler, leur travail et leur vie. Sinon ils ont sans épaisseur, sans la conscience subjective et créative d'eux mêmes qui est la racine du sentiment de liberté et de sécurité." (Miller, p. 262)
Le désir d'un plus grand contrôle des gens sur leur vie quotidienne était un objectif commun dans les années soixante. Mario Savio, actif dans le Free Speech movement de Berkeley, "pensait que les étudiants, qui payaient l'université pour les éduquer, devraient avoir le pouvoir d'influer sur les décisions qui concernaient leur vie universitaire ." (Haskins and Benson, p. 55) Ce désir était aussi une motivation partagée dans le mouvement de l'ordinateur individuel.
Le mouvement de l'ordinateur individuel
Le mouvement de l'ordinateur individuel a pris la relève immédiatement après la mort des mouvements de protestation des années soixante. Les partisans les plus enthousiastes des ordinateurs voulaient fournir aux gens l'accès au pouvoir informatique . Des personnes à travers les Etats-Unis récupérèrent des circuits ou des infrastructures pour travailler à la confesction un mini-ordinateur personnel que seules auparavant pouvaient se payer de grandes sociétés ou des institutions éducatives. Des revues, comme Creative Computing, Byte et Dr. Dobbs' Journal, et des clubs, comme le Homebrew Club, formèrent des communautés coopérativesde gens travaillant ensemble pour résoudre les problèmes techniques posés par la construction d'un ordinateur personnel bon marché .
Plusieurs pionniers du mouvement de l'ordinateur personnel participèrent au dixième anniversaire de la revue Creative Computing . Ci-dessous quelques-une de leurs remarques:
"Les personnes impliquées avaient une vision, des gens qui étaient obstinément cramponnés à l'idée que l'ordinateur offrirait aux individus des avantages jusqu'alors réservés seulement aux grandes corporations. ..." (Leyland, p. 111)
"Le pouvoir de l'ordinateur était conçu pour les gens. Au début des années soixante-dix, le culte de l'ordinateur a vu le jour à travers le pays. Sol Libes sur la côte Est et Gordon French sur la côte Ouest organisaient les fans à travers des clubs...." (Terrell, p. 100)
"Nous ne savions pas grand chose de ce qui est considéré aujourd'hui comme avéré, mais nous avions un sentiment d'aventure et d'excitation. Le sentiment que nous étions des pionniers d'une ère nouvelle dans laquelle de petits ordinateurs libèreraient tout le monde de l'esclavage de la vie quotidienne. Le sentiment que nous étions secrètement en train de prendre le contrôle sur l'information et le pouvoir jalousement gardés par les 500 propriétaires de plusieurs millions de dollars d' IBM . Le sentiment que le monde ne serait plus jamais tout à fait le même lorsque les "fans d'ordinateurs" auraient réussi " (Marsh, p. 110)
"Il y avait le fort sentiment [au Homebrew Club] que nous étions subversifs Nous étions subversifs par rapport à la façon dont les grandes sociétés avaient organisé les choses. Nous dérangions le système, en imposant nos nouveautés à l'industrie.J'étais étonné que nous puissions continuer à nous réunir sans que des gens arrivent avec des baïonnettes pour nous arrêter."
Le Net et la conclusion
Le développement d'Internet et de Usenet est un investissement dans un courant puissant pour faire de la démocratie participative une réalité. Ces nouvelles technologies présentent l'avantage de surmonter les obstacles empêchant la mise en place de la démocratie directe. Les forums de communication en ligne rendent aussi possible les discussions nécessaires pour identifier les problèmes fondamentaux d'aujourd'hui. Une critique est qu'il serait impossible de réunir le corps politique en une seule fois . Le Net permet une réunion qui a leu à un moment donné pour chaque personne plutôt que toutes à la fois.. Les groupes de discussion sur Usenet sont des forums de discussion où des questions sont soulevées et où les gens peuvent laisser des commentaires au moment où cela leur convient, plutôt que à un moment et en un lieu particuliers.. Les gens peuvent se connecter à un forum de discussion à partir de leur propre ordinateur ou à partir d'ordinateurs accessibles au public à travers le pays. la discussion a lieu à partir d'un lieu et à un moment précis , alors que les partcipants peuvent être dispersés. Les groupes de discussions Usenet et les listes d'envoi prouvent que les citoyens peuvent à la fois vaquer à leur travail quotidien et participer à des discussions qui les intéressent sans que cela ne soit incompatible avec leurs emploi du temps quotidien.
Une autre critique était que les gens ne seront pas capables de discuter pacifiquement . Les discussions en ligne ne présentent pas les mêmes caractéristiques que celles en face à faces. Comme les gens se connectent à la discussion lorsqu'ils le souhaitent, ils peuvent se consacrer pleinement à leur participation à la discussion . Alors que dans une réunion traditionnelle, les participants doivent réfléchir rapidement à leur réponse. en outre, les discussions en ligne permettent à tous de prendre la parole alors que des réunins avec un temps limité permettent seulement à quelques-uns de s'exprimer. Les réunions en ligne permettent à chacun de faire part de ses opinions à travers un message, qui est ensuite accessible à tous les autres qui le lisent et participent à la discussion
Ces nouvelles technologies de la communication ont le potentiel pour la mise en place d'une démocratie directe dans un pays, dès le moment où les ordinateurs et les infrastructures de communications sont installées. Des avancées futures vers un gouvernement plus responsable sont possibles à travers elles. En même temps que l'avenir est discuté et plannifié, il sera aussi possible d'utiliser ces nouvelles technologies pour aider les citoyens à participer au gouvernement.. Les netizens observent des institutions gouvernementales variées à travers différents groupes de discussions et listes d'envoi par le biais du réseau mondial de communications. Les opinions des gens et leurs critiques concernant leur gouvernement respectif sont diffusées sur les réseaux non censurés pour le moment.
Ces réseaux peuvent revitaliser le concept démocratique de "Réunion de la Cité" via la communication et discussion en ligne. Les discussions impliquent l'interaction des gens . Voter n'implique que les opinions isolées d'un individu sur une question et ensuite son action à travers le vote privé. Dans une société où les gens vivent ensemble, il est important que les gens communiquent entre eux au sujet de leur situation afin de mieux comprendre le monde à partir d'un point de vue le plus large possible. .
Les personnes engagées dans le SDS, le mouvement de l'ordinateur individuel et les pionniers du développement du Net avaient compris qu'ils écrivaient une page d'histoire. Cet esprit les a aidé à aller plus loin dans le dur combat nécessaire pour amener le mouvement à maturation. L' invention de l'ordinateur individuel fut une étape qui a rendu possible pour les gens d'accéder aux moyens pour se connecter au Net. L' Internet a tout juste commencé à émerger comme un outil disponible au public. Il est important que la combinaison entre ordinateur individuel et le Net soit étendu et rendu largement accessible à bas coût ou gratuitement aux gens à travers le monde. Il est important de comprendre la tradition d'où vient ces développements, pour comprendre réellement leur valeur pour la société et pour les rendre largement accessibles. Avec mon espérance liée à ce nouveau média public de communication, j'encourage les gens à rejoindre la lutte qui continue dans la grande tradition radicale américaine.
(1) Miller James. Democracy in the Streets. Simon and Schuster. New York. 1987
Source : http://www.columbia.edu/~hauben/CS/netdemocracy-60s.txt