Les Graines des Années Soixantes. T. Leary. 

Lettre de prison de Timothy Leary, intitulée “Seeds of the Sixties”. Cette lettre fut reproduite dans Changing My Mind Among Others: Lifetime Writings Selected and Introduced by the Author (Prentiss Hall, 1982)


Larges extraits


NdT 

(1) Au printemps 1966, le Senate Subcommittee on Juvenile Delinquency, sous la présidence de Thomas Dodd, un démocrate conservateur, entreprend à Washington, DC, une nouvelle série d'auditions sur le "problème du LSD "

Il dénonce la notion d'expansion de la conscience comme un alibi à la défonce et les "pseudo intellectuels qui prônent l'usage des drogues à la recherche de quelques libertés de l'esprit imaginaires et de plus hautes expériences psychiques".

Il est soutenu par un panel de scientifiques et d'experts divers qui dénoncent pêle-mêle les tendances psychotiques et comportements curieux, avec brusques poussées agressives, le retrait à se retirer des activités productives, la 'théorie des domino. L'usager commence par la marijuana, puis le LSD ab=vant que de passer à l'héroïne.

Quelques représentants de la contre culture naissante furent entendus par le sous-comité. Timothy Leary - à l'époque sous la menace d'une peine de 30 ans de prison et 30 000 $ d'amende pour avoir tenté de faire pénétrer de la marijuana aux Etats-Unis - proposa un moratorium d'un an et déclara toujours avoir été contre l'usage indiscriminé des substances psychédéliques. Il avertit qu'une législation répressive conduirait à une situation pire que celle de l'époque de la prohibition dans les années 1920 et 1930, avec l'apparition d'un marché noir sans contrôle de la qualité et de la pureté des produits vendus. Il proposa la mise en place de séminaires d'informations à destination des étudiants

Arthur Kleps fut beaucoup plus virulent. "Nous ne sommes pas des toxicomanes, ni des criminels , nous sommes des hommes libres et nous réagirons aux persécutions de la façon dont ont toujours réagi les hommes libres "

Allen Ginsberg parla de son expérience personnelle et de l'effet positif du LSD sur des personnes saines. Il dénonça l'hystérie médiatique sur les dangers des substances psychédéliques et avertit que les lois dépressives créeraient plus de problèmes qu'elles n'en résoudraient en suscitant un climat d'ignorance et de peur.

Rien n'y fit. Le LSD sera déclaré illégal

Octavio Paz dans Alternating Current.

"Nous sommes maintenant en mesure de comprendre la vraie raison de la condamnation des hallucinogènes et pourquoi leur usage est puni. Les autorités ne se comportent pas comme si elles voulaient juguler un vice dangereux mais comme si elles voulaient contrôler la dissidence. Parce que c'est une forme de dissidence qui est en train de s''étendre, la prohibition prend la proportion d'une campagne contre une contagion spirituelle, contre une opinion. Ce dont font preuve les autorités, c'est du zèle idéologique.: elles punissent une hérésie, pas un crime."

Voir Acid Dream 

(2) 544-541 av. J.-C. - 480 av. J.-C. ? Ses thèses seront combattues par presque tous les philosophes dogmatiques, car elles nient le principe d'identité et abolissent le raisonnement purement logique.

Héraclite: la pensée déliée
http://hermes.gunnm.org/article.php3?id_article=21





Source :

http://web.archive.org/web/19990302020615/
www.intrepid.net/~friartuc/seeds.htm













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En janvier 1960, j'ai été invité à rejoindre l'Université d' Harvard pour initier un nouveau programme alors intitulé Modification du Comportement - Behavior Change . J'étais convaincu que la maladie mentale pouvait être guérie; que des limites drastiques sur l'intellect humain et les fonctions émotionnelles étaient causés par des états d'esprit rigides; une empreinte statique et des circuits neuraux conditionnés qui créaient et entretenaient des états de perception de la réalité artificiels et déréglés;

Je croyais que le système nerveux était un réseau électrique bio-chimique capable de recevoir et de créer des séries changeantes de réalités adaptatives si et lorsque la clé chimique d'altération de la conscience était trouvée et employée dans le contexte d'une théorie adéquate.

Dans la zeitgeist de Salk, Fleming, Pauling, je croyais que le produit chimique adéquat utilisé de façon correcte était le traitement.

Pour simplifier, je croyais que l'être humain ne savait pas se servir de son cerveau, que le circuit statique, répétitif et conditionné connu comme l'état d'esprit normal était lui-même la source du "mal-être" et que le rôle d'un psychologue-neurologue était de découvrir le produit chimique neural pour changer cet état d'esprit , par exemple, en permettant la perception de nouvelles réalités et de nouvelles séquences conditionnées. Nos expériences premières à Harvard suggéraient que le LSD pouvait être la drogue adéquate.
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Les résultats de ces expériences sur le LSD et autres substances psychédéliques nous conduisirent à la conclusion que des produits neuro chimiques organiques pourraient être utilisés comme instruments pour étudier le système nerveux, pour libérer le cerveau des limites de l'esprit, pour apprendre aux êtres humains à développer d'autres circuits neuraux (de nouveaux états d'esprit) pour la réception et la transmission.

Les implications de ces conclusions pour la liberté humaine pouvaient être d'une portée considérable.Une nouvelle science était définie. J'ai suggéré le nom de Neurologie : la compréhension et le contrôle du système nerveux par l'individu lui-même.
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En 1960-63, nous avons expérimenté ces théories dans une série d'études objectives sur la réhabilitation carcérale, la psychothérapie psychédélique et la modification de la personnalité. Nous avons abaissé le taux de récidives de 90%.. Nous avons démontré une amélioration psychométrique qualitative dans la personnalité. Nos sujets partageaient notre enthousiasme mais pas les autorités médicales. Nous étions assez naïfs pour être surpris que beaucoup d'administrateurs ne voulaient pas vraiment éliminer les pathologies dont ils avaient la gestion.
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A cette époque (1963) j'ai quitté Harvard, abandonnnant le rôle de scientifique académique et conventionnel et je suis devenu, sans le savoir, un "shaman". Ce changement de rôle s'est accompli lentement, avec hésitation, de manière exploratoire et non sans timidité. En premier lieu une étude poussée de l'étude des religions a révélée que les plantes psychédéliques avaient été utilisées dans les grandes cultures génératrices de philosophie du passé : Egypte, Perse, Inde, Chine et Grèce - toujours pour les rites d'initiation au passage de l'âge adulte, à la vie spirituelle et pour la formation des shamans, prophètes, et des prêtres qui jouaient des rôles cérémoniaux publics colorés et apparemment nécessaire. En même temps, j'ai entrepris une formation personnelle en techniques Vedanta Hindou, Tantra Bouddhiste et Taoiste techniques pour comprendre les flux de diverses énergies. J'ai fait le "pélerinage obligatoire" en Inde

En 1963, nous avons ouvert des centres de formation à l'expansion de la conscience, commencé un journal scientifique et entrepris des tournées de conférences pour communiquer les résultats de nos recherches.
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Notre Fondation Castalia de Millbrook, New York, était visitée par des musiciens, des peintres, des techniciens du son et de la lumière. Les nouveaux modes d'art que nous avons développé (basés sur la capacité du système nerveux à recevoir, synthétiser et transmettre des présentations accélérée, compressées et multi-medias) se sont vues appropriées depuispar les milieux du cinéma et de la télévision commerciale.

Tout ce travail d'éducation a connu un énorme succès. Des millions d'américains ont plus ou moins accepté les "grandes lignes philosophiques"; la croyance selon laquelle l'ego et la "Réalité Sociale " sont des fictions neurales, des groupes de connections synaptiques, des paranoïas consensuelles. Ce qui pourrait être qualifié de nominalisme néo-radical caractérisait cette philosophie révolutionnaire, un détachement invisible, implicite, amusé, parfois pieux, par rapport aux conventions de réflexes sociaux et aux craintes qu'elles sont destinées à induire. Un rejet général "hip" de la politique partisane, de la guerre, de la violence, du service militaire, du racisme (blanc et noir), de l'esclavagisme du carrièrisme, de l'hypocrisie érotique, du sexisme, des religions institutionnelles, des orthodoxies locales concernant l'habillement,le comportement l'art. Un rejet aussi de la grandiloquence de l'esprit, y compris du sien, et de la platitude de la philosophie hippie elle-même. Un signal d'espoir et de liberté était envoyé à travers le monde. Des poètes dans les prison d'Union Soviétique et la jeunesse partout dans le monde l'entendaient.

Le retour de bâton inévitable face à ce nouveau message sur le pouvoir de l'individu a commencé en 1966 quand différents centres de pouvoir ainsi que le Congrès (1) commencèrent à envisager des lois pour criminaliser le LSD et des drogues similaires. Durant cette année-là, j'ai témoigné devant deux commissions du Congrès, les pressant pour que le contrôle de toutes les drogues altérant la perception - mind-changing - soit alloué à la profession médicale, supervisée par les organismes de santé fédéraux et régionaux. J'avais prédit que si le contrôle des drogues était géré par les agences de maintien de l'ordre, il en résulterait un marché noir plus irrationnel et plus étendu que du temps de la prohibition et l'apparition d'une énorme bureaucratie policière répressive. Et qui, en réalité, voulait cela ?

Ma position politique d'alors n'était en aucun cas radicale ou isolée ... Le milieu médical et scientifique (soutenu par les Kennedy) demandait que les drogues soient gérées par le Département de la Santé, de l'Education et des Affaires Sociales, alors que les défenseurs de la loi et de l'ordre politisaient l'affaire et se prononçaient pour le département de la Justice. L'Histoire pourrait bien démontrer que la seconde grande catastrophe de l'ère Johnson fut la décision de placer le contrôle de la drogue sous l'autorité de la police. Le L.S.D. fut déclaré illégal et la plupart des scientifiques les plus au fait sur la question de la drogue commencèrent à quitter de façon durable les responsabilités gouvernementales. Une autre guerre contre l'hérésie avait été déclarée.

A cette époque, la "nouvelle conscience" devint une question politique.liée de façon indissoluble avec la paix, la libération sexuelle, la réforme de l'éducation, l'égalité raciale l'écologie et la fin du service militaire. Je suppose que les manifestations politiques étaient inévitables. Alors j'ai rejoint le circuit. Paix, amour et libère ton esprit, disions-nous.
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Avec d'autres porte-paroles dissidents, je me suis opposé à la guerre et ait défendu la marijuana et le L.S.D. contre des calomnies non scientifiques. Nous avons averti contre le danger de l'héroïne et les abus concernant la drogue, dûs à la mauvaise information et à son interdiction. Je ne me faisais pas l'avocat de la drogue (personne n'avait à le faire) mais d'une approche rationnelle, scientifique et philosophique de celle-ci.

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La vraie révolution des années soixante fut neurologique. L'émergence d'une philosophie nouvelle n'arrive qu'à de rares carrefours de l'histoire. Les changements politiques, sociaux et économiques suivent des changements dans la conception de la nature humaine. La révolution des consciences des années soixante a remis en cause chaque institution et principe moral sur lesquels notre société est fondée.

Cette remise en cause systématique des orthodoxies conduit inévitablement à la contre-réforme de Nixon, la tentative de ré-imposer la vieille autorité par des mesures policières. mais l'histoire des Inquisitions nous apprend que les questions philosophico-culturelles ne peuvent pas être encadrées par des lois,, malgré les procès en hérésie, les lois pompeuses, les tactiques d'espionnage des informateurs-provocateurs et de la police secrète.

Une seconde réaction à l'effondrement de l'autorité est le sentiment de solitude existentielle. Une fois que vous avez accepté que votre système nerveux crèe, selon le principe d'Héraclite (2), votre propre réalité, quel panneau indicateur, quelle boussole suivre, quel objectifs nouveaux ? Les différences, l'individualisme et l'optimisme utopique des années soixante furent écrasés par la renaissance de vieux dogmes
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Je crois qu'une nouvelle philosophie sera créée par ceux qui sont nés après Hiroshima et qui changera de façon drastique la condition humaine. Elle aura les caractéristiques suivantes : 1. Elle sera scientifique par essence et science fiction par le style 2. Elle sera basée sur l'expansion de la conscience, la compréhension et le contrôle du système nerveux et produira un saut quantitatif en matière d'efficacité intellectuelle et d'équilibre émotionnel. 3. Politiquement, elle mettra en avant l' individualisme, la décentralisation de l'autorité, une tolérance de vie et de laissez-vivre, des options locales et un libertarisme occupe-toi-de-tes-affaires 4. Elle continuera la tendance vers l'expression sexuelle libre et une acceptation plus honnête, plus réaliste à la fois de l'égalité et de la différence magnétique entre les sexes. le symbole mythique religieux ne sera plus un homme sur la croix mais un couple homme-femme unie dans une communion de l'amour. 5. Elle recherchera la révélation et une Intelligence Supérieure non pas à travers des riruels formels adressés à une déité anthropomorphique, mais à travers des procédés naturels, comme le système nerveux, le code génétique, et, à l'extérieur, par la tentative d'établir des communications extra-planétaires. 6. Elle inclura des procédures neurologoco-psychologiques techniques et pratiques pour comprendre et gérer les indices de l'union-immortalité implicites dans le processus de mort 7. La tonalité émotionnelle de la nouvelle philosophie sera hédoniste, esthétique, sans crainte, optimiste et aimante.

Nous traversons actuellement une période passive de préparation et d'attente. Chacun sait que quelque chose va se passer. La graine des années soixante a pris racine sous le sol. La floraison est à venir.

Amitiés

Timothy Leary

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mars 2009