

La lecture des archives électroniques du FBI est un voyage inégalable au pays de la bureaucratie kafkaïenne et paranoïaque
COINTELPRO est un acronyme (COunter INTELligence PROgram') ou Programme de Contre-Espionnage.
Le programme qui était à l’origine dirigé contre le Parti Communiste américain (CPUSA. 1956-71) fut étendu à de nombreuses organisations telles que le Socialist Worker's Party (1961-69), la "Nouvelle Gauche" (1968-71) – parmi laquelle les Students for a Democratic Society et le Student Nonviolent Coordinating Committee) -, le "Black Nationalist-Hate Group" (1967-71), dont les Black Panthers , et le "White Hate Group" (1964-71) , dont le Ku Klux Klan (tout en collaborant avec lui pour certains programmes) Etaient visés également les groupes indépendantistes Porto-Ricains et le American Indian Movement (AIM).
Le Rapport Church critique le manque de précision des appellations des programmes, comparées à leur contenu véritable.
Ainsi, l’organisation non-violente Southern Christian Leadership Conference est cataloguée comme "Black Nationalist-Hate Group", tout comme le SNCC et la plupart des groupes d’étudiants noirs.
Quand à la Nouvelle Gauche, aucune personne du FBI, interrogée par les membres du Comité, n’a été capable d’en donner une définition, si ce n’est "plus ou moins une attitude.". On y trouve pêle-mêle le SDS, l’ Interuniversity Committee for Debate on Foreign Policy, le Antioch College , la New Mexico Free University et autres universités "alternatives" , des journaux underground , ou encore des étudiants protestant contre la censure sur leur campus et qui arborent des badges avec le mot de quatre lettres.sous prétexte qu’ils "montrent un manque de respect évident pour la moralité établie et la décence."
Le Programme concernant le Parti Communiste des USA englobait des organisations non communistes ou des membres du mouvement pour les droits civiques , suspectés d’être sous influence communiste ou tout simplement n’apparaissant pas comme anti-communistes.
Le Cointelpro s’intéressait également à des personnes aussi dangereuses que Rudolph Nereyev, le célèbre danseur étoile russe, réfugié à l’Ouest en 1961, qui a droit à 160 pages, ou John Lennon, (248 pages) accusé d’avoir donné 75,000$ à un groupe prévoyant de causer des troubles durant la Convention Nationale Républicaine de 1972.
COINTELPRO fut découvert en 1971 lors d’un vol par effraction dans un bureau local du FBI en Pennsylvanie par un groupe de radicaux qui s’appelaient la Citizens Commission to Investigate the FBI. Plusieurs dossiers ou enregistrements furent saisis et divulgués auprès d’agences de presse et de membres du Congrès.
Des documents supplémentaires furent rendus publics par la suite, notamment en 1976 par le
Select Committee to Study Governmental Operations with Respect to Intelligence Activities of United States Senate, appelé communément " Committee Church " du nom de son président Frank Church, sénateur de l’Idaho.
Les méthodes de renseignements sont tout aussi classiques qu’imaginatives : Infiltrations par indics ou agents provocateurs, intimidations (lettres de menaces, vols par effractions dans les domiciles privés ou locaux d’organisations), propagande, harcèlement juridique, fausses accusations, meurtres….
Il reste néanmoins des millions de pages de documents non publiés et beaucoup de document publiés sont entièrement censurés.
L’inénarrable chef du FBI, Hoover, assure avoir mis un terme aux programmes de COINTELPRO en 1971, et le FBI assure que aucune action semblable n’a été entreprise depuis.
Il est tout aussi certain que de pareilles choses n’ont jamais existé en France.
Première
Edition : Avril 2005
Mise à jour:
Novembre
2006
