Rapport final de la Commission Church (1) 

sur les activités de renseignements et les droits des américains

Livre II  AVRIL 1976
Extraits

Source : http://www.icdc.com/~paulwolf/cointelpro/churchfinalreportIIa.htmI. 


INTRODUCTION ET RESUME

La résolution à l’origine de cette commission a attaché une grande importance au fait de savoir si les activités de renseignement menacent "les droits des citoyens américains."

[…]

B. Les Questions

Quelles agences gouvernementales ont été impliquées dans l’espionnage intérieur?

Combien de citoyens ont été les cibles des activités de renseignements gouvernementales?

Quels critères ont déterminé l’ouverture d’enquêtes et quand celles –ci se sont-elles terminées?

Où les cibles se situent-elles sur le spectre entre ceux qui ont commis des actes criminels violents et ceux qui ont seulement cherché à s’opposer pacifiquement à la politique du Gouvernement?

Jusqu’à quel degré les informations collectées, incluant des détails intimes sur la vie personnelle des cibles, ou sur leurs opinions politiques, ont-elles été diffusées et utilisées pour blesser les personnes ?

Quelles actions, outre la surveillance, ont-elles été entreprises par les services de renseignements, telles que les tentatives de dislocation, de discrédit, ou de destruction de personnes ou de groupes à l’encontre des cibles de cette surveillance?

Les agences de renseignements ont-elles été utilisées pour servir les buts politiques de Présidents, d’autres personnalités haut placées, ou des agences de renseignements elles-mêmes?

Comment les agences ont-elles répondu aux ordres internes ou aux pressions excessives de leurs supérieurs ? Jusqu’à quel point les agences de renseignements ont-elles découvert ou ignoré les corps étrangers chargés de les surveiller?

Les agences de renseignements ont-elles agi hors la loi? Quelle a été l’attitude de celles-ci vis à vis du respect de la loi ?

Jusqu’à quel point l’Exécutif et le Congrès ont-ils contrôlé et demandé des comptes aux agences de renseignements ?

En règle générale, comment le système fédéral de contrôle et d’équilibre des pouvoirs a-il fonctionné pour contrôler les activités de renseignements

C. Résumé des problèmes principaux

La réponse à toutes ces questions est dérangeante. De trop nombreuses personnes ont été espionnées par trop d’agences gouvernementales et trop d’ informations ont été collectées. Le Gouvernement a souvent entrepris la surveillance secrète de citoyens sur la base de leurs opinions politiques, même si ces opinions ne présentaient aucune menace de violence ou d’actes illégaux au service d’une puissance étrangère. Le Gouvernement, opérant en premier lieu par le biais d’informateurs secrets, mais également par des techniques d’intrusion tells que les enregistrements, les écoutes par microphone, les ouvertures discrètes du courrier et les infractions de domiciles, a rassemblé une vaste collection de renseignements concernant la vie privée associative et les opinions de citoyens américains. Des enquêtes sur des groupes jugés potentiellement dangereux – et même concernant des groupes suspectés d’association avec des organisations jugées potentiellement dangereuses -- ont continué pendant des décades, malgré le fait que ces groupes ne s’engagent pas dans des actions illégales. Des groupes et des individus ont été harcelés et dispersés du fait de leurs opinions politiques et leur façon de vivre.  Des enquêtes ont été basées sur de vagues standards dont l’ampleur rend la collecte excessive inévitable. Des techniques répugnantes et vicieuses ont été employées – incluant des tentatives anonymes pour briser des mariages, disloquer des réunions, faire mettre à l’index des personnes dans leur milieu professionnel, et susciter la rivalité entre des groupes au risque de provoquer des morts. Les agences de renseignements ont servi les objectifs personnels et politiques de présidents et de hautes personnalités. En même temps que les agences commettaient des excès en réponse aux pressions exercées par de hautes personnalités de l’Exécutif et du Congrès, elles entreprenaient parfois des actions illégales qu’elles cachaient ensuite aux officiels qu’elles avaient le devoir de tenir informés.

Les officiels gouvernementaux – y compris ceux dont le devoir est de veiller au respect de la loi –ont violé ou ignoré la loi pendant de longues périodes et ont plaidé et défendu  leur droit de violer cette loi.

Le système constitutionnel de contrôle et d’équilibre des pouvoirs n’a pas fonctionné de façon adéquate pour contrôler les activités de renseignements . jusqu’à récemment, l’Exécutif n’a pas délimité le champ des activités autorisées ni établi des procédures pour superviser les agences de renseignements . Le Congrès n’a pas réussi à exercer une surveillance suffisante n’utilisant que rarement les droits dont il était doté. La plupart des conclusions des agences de renseignements n’ont jamais atteint un tribunal, et quand des cas ont été jugés, les tribunaux se sont montrés peu enthousiastes à s‘en saisir.

Chacun de ces points sont brièvement développés ci-dessous et décrits en détails plus substantiels dans les paragraphes suivant du rapport.. 1. Le nombre de personnes affectées par les activités de renseignements intérieurs

Les agences de renseignements des Etats-Unis ont enquêté auprès d’un grand nombre de citoyens et d’organisations nationales. Le quartier général  à lui seul a ouvert plus de 500,000 dossiers de renseignements intérieurs, auxquels il faut ajouter les dossiers ouverts par les Bureaux Locaux du  FBI . Le FBI a ouvert  65,000 de ces dossiers intérieurs pour la seule année de 1972 . En fait, un nombre plus substantiel d’individus et de groupes sont sujets à la surveillance que ne l’indique le nombre de dossiers, puisque par nature chaque dossier de renseignements contient des informations sur plusieurs personnes ou groupes, et cette information est aisément retrouvable au travers de l’Index Général de Noms du FBI.

Le nombre d’américains et de groupes nationaux pris dans le filet du renseignement intérieur est mieux illustré par les statistiques suivantes:

-- Près d’un quart de million de lettres de première classe ont été ouvertes et photographiées aux Etats-Unis par la CIA dans la période 1953-1973, produisant un index informatisé de près d’un million et demi de noms.

-- Au moins 130 000 lettres de première classe ont été ouvertes et photographiées par le FBI entre 1940 et 1966 dans huit villes américaines.

-- Quelques 300 000 individus ont été répertoriés dans le système informatique de la CIA et des dossiers séparés ont été créés pour environ 7 200 américains et pour plus de 100 groupes nationaux durant le déroulement de l’opération CHAOS de la CIA (1967-1973)

-- Des millions de télégrammes privés envoyés des Etats-Unis, à travers le pays ou de l’étranger ont été obtenu par la National Security Agency entre 1947 et 1975, grâce à un accord secret passé avec trois compagnies de télégraphes des Etats-Unis

-- Environ 100 000 américains furent les sujets de dossiers de renseignements créés par l’Armée des Etats-Unis entre mi 1960 et 1971.

-- Des dossiers de renseignements concernant plus de 11 000 individus et groupes ont été créés par le Internal Revenue Service entre 1969 et 1973 et des enquêtes sur les revenus ont été décidées davantage sur des critères politiques que sur des bases fiscales

-- Au moins 26 000 individus étaient cataloguées sur une liste du FBI de personnes devant faire l’objet d’une rafle en cas de "situation d’urgence nationale".

2. Trop d’informations ont été collectées pendant trop longtemps

Les agences de renseignement ont collectés une vaste somme d’informations au sujet de details intimes de la vie privée de citoyens et de leur participation à des activités politiques pacifiques et légales. Les cibles des actions de renseignements ont inclus des adhérents politiques de droite comme de gauche, allant du militant au simple sympathisant . Des enquêtes ont été dirigées contre des défenseurs des droits raciaux et des droits des femmes, des partisans déclarés de la non violence et de l’harmonie entre les races, des politiciens établis, des groupes religieux et des partisans de nouveaux styles de vie. Le large échantillon de citoyens et de groupes ciblés et l’étendue excessive des informations collectées sont illustrés par les exemples suivants:

(a) Le "Women's Liberation Movement" a été infiltré par des informateurs qui ont collecté des documents au sujet de la politique du mouvement, de ses dirigeants et de ses membres. Un rapport inclus le nom de chaque femme ayant assisté à des réunions et un autre déclare que chaque femme présente à la réunion a décrit "comment elle se sentait opprimée sexuellement ou autrement ". Un autre rapport conclu que l’objectif du mouvement est de "libérer les femmes de l’existence monotone menée comme mère et épouse "mais recommande néanmoins que la collecte de renseignements soit poursuivie.

(b) Un dirigeant proéminent des Droits Civiques et conseiller du Dr. Martin Luther King, Jr., fut le sujet d’une enquête sur la suspicion qu’il pourrait être un " sympathisant" communiste. Le bureau local du FBI a conclu qu’il ne l’était pas . Le Bureau a ordonné que l’enquête soit poursuivie d’après la théorie "coupable jusqu’à ce qu’il prouve être innocent:"

"Le Bureau n’est pas d’accord avec l’avis exprimé du bureau local selon lequel- - - - - - - - -n’est pas sympathisant du Parti. Bien qu’ il n’y ait pas d’évidence pour dire que - - - - - - - - - soit communiste , il n’ y en a pas non plus pour dire qu’il est  anti-communiste. "

[…]

d) Quelques enquêtes sur les activités légales de groupes pacifiques ont continué pendant des dizaines d’années .. Par exemple, le NAACP (2) a été le sujet d’une enquête  pour déterminer si il "avait des relations avec  le Parti Communiste". L’enquête s’est poursuivie pendant plus de vingt cinq ans, bien que rien n’ait été trouvé pour contredire un rapport rédigé durant les premières années de l’enquête, soulignant que le NAACP avait "une forte tendance " à "se tenir à l’écart des activités communistes." De la même façon, le FBI a admis que le Socialist Workers Party n’a commis aucun acte criminel. Pourtant le Bureau a poursuivi une enquête concernant le Socialist Workers Party pendant plus de trente ans, sur la base de sa rhétorique révolutionnaire – qui, concède le FBI ne comporte aucune trace d’incitation à la violence – et concernant ses liens internationaux revendiqués. Le Bureau a fréquemment utilise ses informateurs pour collecter des informations au sujet des opinions politiques des membres du SWP, y compris celles concernant " l’engagement U.S.en Angola," "le prix des aliments," "les sujets raciaux," "la guerre du Vietnam," et leurs efforts pour soutenir des candidats extérieurs au SWP à des postes politiques.

[…]

(g) A la fin des années1960 et au début des années 1970, des groupes d’étudiants ont été l’objet d’une étroite surveillance. En 1970 le FBI a ordonné des enquêtes sur chaque membres des Students for a Democratic Society et sur chaque "syndicat d’étudiants noirs et groupes similaires, sans tenir compte de leur implication présente ou passée dans des désordres." Des dossiers ont été ouverts concernant des milliers de jeunes hommes et femmes afin que, comme l’a expliqué l’ancien directeur du renseignement au FBI, les informations puissent être utilisées en cas de candidature à un travail gouvernemental.

Dans les années 1960 les agents du Bureau ont reçu l’ordre d’augmenter leurs efforts pour discréditer les manifestants étudiants de la "Nouvelle Gauche" par le biais de moyens incluant la publication de photographies ("naturellement les plus odieuses devront être utilisées "), en utilisant la "désinformation" pour signaler de façon erronée aux membres l’annulation d’évènements et l’écriture de lettres de "dénonciation" aux parents des étudiants.

[…]

3. Action secrète et utilisations de moyens malhonnêtes.

(a) Action.secrète – En plus d’ excès non dissimulés dans la recherché de renseignements, notre enquête à découvert des actions secrètes dirigées contre des citoyens américains et l’utilisation de moyens techniques de surveillance illégaux et malhonnêtes pour collecter l’information. Par exemple:

(i) Le COINTELPRO du  FBI – programme de contre espionnage –était destiné à "démanteler" des groupes et à "neutraliser" des individus estimés être des menaces pour le sécurité intérieure. Le FBI a eu recours à des techniques de contre espionnage en partie parce que ses chefs croyaient que les lois en vigueur ne pouvaient pas contrôler les activités de certains groupes dissidents et que les décisions des tribunaux avaient lié le mains de la communauté du renseignement.. Quelle que soit l’opinion que l’on a au sujet des positions politiques des groupes pris pour cibles, beaucoup des techniques employées par le FBI étaient indiscutablement dégradante pour une société libre. Les techniques du COINTELPRO incluaient:

-- Des attaques anonymes concernant les opinions politiques des personnes cibles de façon à pousser leur employeur à les renvoyer;

-- Des lettres anonymes aux épouses des personnes cibles dans le but de détruire leur mariage;

-- L’obtention via l’ IRS de la déclaration de revenues de la personne cible suivi de la tentative de provoquer une enquête fiscale dans le but express de dissuader un dirigeant dissident d’assister à la Convention Nationale Démocrate;

-- L’étiquetage anonyme et mensonger de membres de groupes réputés être violents comme informateur gouvernemental, les exposant ainsi à une exclusion ou à une agression physique;

-- Conformément aux instruction d’utiliser la "désinformation" pour mettre en échec des manifestations, l’emploi de moyens tels que la diffusion de faux ordres sur la même fréquence que celle utilisée par les marshalls pour le contrôle de ces manifestations et la reproduction et le remplissage mensonger de formulaires de demande d’hébergement pour des personnes assistant à des manifestations, provoquant par conséquent "de longs et inutiles voyages pour localiser ces adresses ";

-- l’envoi d’une lettre anonyme à un chef de gang de rue de Chicago (décrit comme " ayant un penchant pour la violence") déclarant que les Black Panthers avaient l’intention "de le buter". La lettre avait été suggérée parce qu’elle "pouvait intensifier . . . l’animosité"et obligerait le chef de gang à "entreprendre une action de représailles".

(ii) A partir de "fin 1963" jusqu’à sa mort en 1968, Martin Luther King, Jr., a été la cible d’une campagne intense de la part du Federal Bureau of Investigation pour le "neutraliser" comme dirigeant du mouvement pour les droits civiques. Pour reprendre les termes de l’homme en charge de la "guerre" du FBI contre le Dr. King, "Tous les coups étaient permis."

Le FBI a rassemblé des informations au sujet des projets et des activités du Dr. King par le biais d’un programme intensif de surveillance, employant à peu près toutes les techniques de collectes de renseignements à la disposition du Bureau dans le but d’obtenir des informations concernant les "activités privées du Dr. King et de ses conseillers " pour les utiliser afin de "les discréditer complètement "

Le programme destine à détruire le Dr. King comme dirigeant du mouvement pour les droits civiques incluait des efforts pour le discréditer auprès des personnalités de l’ Exécutif, des dirigeants du Congrès, des chefs d’état étrangers, des ambassadeurs américains, des églises, des universités et de la presse.

Le FBI a envoyé par courrier au Dr. King une cassette audio enregistrée à partir de microphones caches dans ses chambres d’ hôtels, ce qu’un agent a certifié être une tentative pour détruire le mariage du Dr. King. La cassette enregistrée était accompagnée d’une note que le Dr. King et ses conseillers ont interprété comme une menace de diffuser celle-ci a moins que le Dr. King ne se suicide.

La nature extraordinaire de la campagne pour discréditer le Dr. King est mise en évidence par deux documents:

-- A la Marche sur Washington d’août 1963, le Dr. King a parlé au pays de son "rêve" "que tous les enfants de Dieu, Noirs et Blancs, Juifs et Gentils, Catholiques et Protestants, pourront se prendre par la main et chanter les paroles du vieux spiritual noir, "Enfin libres! Enfin libres! Dieu Tout-Puissant, merci, nous sommes enfin libres!"

La Domestic Intelligence Division du Bureau a conclu que ce "discours démagogique" faisait du Dr. King le "dirigeant Nègre le plus dangereux et le plus significatif du pays" Peu après, et au moment où le Dr. King était nommé "Homme de l’Année" par le Time magazine, le FBI a décidé de "le faire tomber de son piédestal", de réduire à néant son influence," et de sélectionner et promouvoir son propre candidat  pour "assumer le rôle de dirigeant du peuple Nègre ."

-- Au début de1968, la direction du Bureau a expliqué aux homes de terrain le Dr. King devait être détruit parce qu’il était vu comme un "messie" potentiel qui pourrait "unifier et électriser" le  "mouvement nationaliste noir ". Effectivement, pour le FBI il représentait une menace potentiel parce qu’il pouvait "abandonner son 'obédience' supposée aux doctrines blanches libérales (non-violence) ."

En résumé, un homme non-violent devait être secrètement attaqué et détruit pour s’assurer qu’il n’abandonnerait pas sa non-violence.

(b) Moyens illégaux et malhonnêtes. -- La surveillance, sur laquelle nous avons enquêté n’était pas seulement très excessive par son ampleur et son fondement dégradant pour les actions de contre renseignement, mais elle était aussi souvent menée par des moyens illégaux et malhonnêtes. Par exemple :
[…]

(2) De 1947 jusqu’à Mai 1975, la NSA a reçu des millions de câbles de la part de compagnies internationales de télégrammes , envoyés par des citoyens américains avec l’idée raisonnable qu’ils resteraient dans le domaine privé.

[…]

(5) Des perquisitions sans mandat ont été menées par des agences de renseignement depuis la Seconde Guerre Mondiale . Pendant les seules années 1960, le FBI et la CIA ont réalisé des centaines d’infractions de domiciles. Dans certains cas, ces infractions avaient pour but d’installer des microphones; dans d’autres, de voler des documents, comme des listes de membres d’organisations jugées "subversives" par le Bureau.

(6) La technique de surveillance la plus efficace a été l’informateur. Dans un échantillon de cas d‘actions de renseignement intérieur pris au hasard, 83% d’entre eux impliquent des informateurs et 5% une surveillance électronique. Des informateurs ont été utilisés contre des groupes pacifiques, respectueux des lois ; ils ont collecté des informations au sujet d’activités et d’opinions personnelles et politiques. Pour garder leur crédibilité dans des groupes réputés violents, les informateurs ont été impliqués eux-mêmes dans des actions violentes. Ce phénomène est bien illustré par un informateur au sein du Klan. Il était présent lors du meurtre d’un militant des droits civiques dans le Mississippi et a par la suite aide à résoudre le crime et à faire condamner les coupables . Auparavant, cependant, alors qu’il remplissait son devoir pour lequel le payait le Gouvernement, il avait "battu sévèrement des gens, était monté à bord de bus et frappé des personnes, était allé dans des restaurants et les [des noirs] avait frappé avec des gourdins, des chaînes et des pistolets." Bien que le FBI demande à ses agents de donner la consignes aux informateurs de ne pas s’impliquer dans des actes violents, il était toléré que, au sein du Klan, "il ne pouvait pas être à la fois un bon informateur et se conduire comme un ange."

[…]

5. Déficiences dans la responsabilité et le contrôle

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Il y a eu, en résumé, un manquement clair et permanent de la part de ceux qui étaient responsables du contrôle de la communauté du renseignement et de la garantie de sa déontologie. Il y a eu, de la même façon, un manquement clair et permanent de la part des agences de renseignement pour informer pleinement sa hiérarchie au sujet de ses activités et pour respecter les directives de cette hiérarchie.

6. L’impact défavorable de l’activité malhonnête de renseignement

[…]

Le Comité a observé de nombreux exemples de l’impact des opérations de renseignements Parfois, le tort causé était clairement apparent -- destruction de mariages, perte d’amis ou de travail. Parfois, les attitudes des responsables publics et gouvernementaux dans leur prises de décisions politiques concernant des sujets vitaux furent influencés par des renseignements faussés. Mais le tort fondamental a été causé aux valeurs de la liberté et du respect de la vie privée que notre Constitution cherche à protéger et que les activités de renseignement ont violé sur une large échelle.

[…]

(c) La distorsion de l’information pour influencer la politique gouvernemental et l’opinion publique

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Concernant certains sujets cruciaux, les agences de renseignement intérieur ont rapporté les "faits" de manière à conduire à de fausses impressions.

Par exemple, la Domestic Intelligence Division du FBI a d’abord qualifié d’ "échec évident" les essais supposés des communistes pour influencer le mouvement pour les droits civiques . sans aucune évolution significative dans la situation factuelle, le Bureau est passé de la conclusion de la Division à celle du témoignage public devant le Congrès du Directeur Hoover, qualifiant l’influence communiste sur le mouvement des droits civiques comme d’une "importance vitale."

[…]

7. Coût et résultat.

Le renseignement intérieur coûte cher. Nous avons déjà parlé du coût des activités illégales et malhonnêtes du renseignement en terme de torts causes aux victimes,  d’atteintes aux valeurs constitutionnelles et de dommages causés au processus démocratique lui-même.. Le coût en dollars est tout aussi significatif. Par exemple, le FBI a budgété pour l’année fiscale 1976 plus de 7 millions de dollars pour son programme d’informateurs pour la sécurité intérieure, plus du double de ce qu’il dépense pour les informateurs contre le crime organisé. Le budget cumulé du FBI pour le renseignement concernant la sécurité intérieure et pour le contre espionnage étranger est d’au moins 80 millions de dollars. A la fin des années 1960 et au début des années 1970, lorsque le Bureau fut rejoint par la CIA, l’armée  et la NSA dans la collecte d’informations concernant le mouvement pacifiste et les militants noirs, le coût étaient substantiellement plus élevé.

A part les excès décrits ci-dessus, l’utilité de beaucoup d’activités de renseignement intérieur, comme servant le but légitime de protection de la société, peut être mis en question.. Des enquêtes de renseignement correctement menées concentrées contre des agents de puissances étrangères hostiles et des terroristes violents peuvent produire des résultats significatifs. Le Comité a examiné des cas où le FBI a découvert des agents  "illégaux" de puissances étrangères engagés dans des activités d’espionnage clandestin en violation des lois fédérales. Des informations conduisant à la prévention de violences sérieuses ont été acquises par le FBI grâce à l’infiltration d’informateurs dans des groupes terroristes et par la mise en fichiers de personnes impliquées activement dans de tels groupes. Cependant, les programmes les plus importants de surveillance et de renseignement intérieur n’ont produit, de façon surprenante, que peu de retours utiles, compare à leur étendue. Par exemple :

-- Entre 1960 et 1974, le FBI a mené plus de 500 000 enquêtes distinctes concernant des personnes ou groupes classes dans la catégorie "subversive", justifiées par la possibilité qu’ils pourraient avoir l’intention de renverser le Gouvernement des Etats-Unis. Pourtant pas un seul individu ou groupe n’a été poursuivi depuis 1957, pour violation des lois qui interdisent le projet ou les appels à renverser le gouvernement, et qui sont les fondements légaux les plus souvent avancés dans le cadre des enquêtes menées par le FBI.

-- Une étude récente menée par le General Accounting Office a estimé que sur quelques 17 528 enquêtes de renseignement intérieur menées par le FBI en 1974, seules 1.3 pour cent  d’entre elles ont conduit à des poursuites et des inculpations et que seulement dans "environ 2 pour cent" des cas la reconnaissance de toute activité -- légale or illégale – a été obtenue

[…]


(1) Du nom du sénateur Frank Church de l'Idaho (NDT)

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