"Déclaration d'Indépendance à l'égard de la guerre du Vietnam" 

Extraits

Par le Révérend Martin Luther King, Jr.

Après avoir reçu le Prix Nobel de la Paix en 1964, Martin Luther King avait exprimé plusieurs fois sa préoccupation au sujet du Vietnam. Mais il avait adopté une position médiane entre les organisations représentant le mouvement.

Ce discours fut prononcé la première fois le 4 avril 1967 à la Riverside Church de Manhattan devant trois mille personnes et répété le15 avril, toujours à New York, lors d'une marche entre Central Park et les bureaux des Nations Unies.

Cette prise de position fut dénoncé par l'éditorialiste noir du New York Times, Carl Rowan,, ainsi que par des représentants de l'establishment noir. Il fut bien évidemment qualifié de "traître" par les milieux conservateurs.

http://coursesa.matrix.msu.edu/~hst306/documents/king.html


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Je viens sur cette estrade pour pour un playdoyer passionné pour mon pays bien aimé. Ce discours ne s'adresse pas à Hanoi ou au Front.National de Libération. pas plus qu'à la Chine ou à la Russie.

Il n'est pas non plus destiné à sous estimer l'ambigüité de la situation dans son ensemble et le besoin d'une solution globale pour la tragédie du Vietnam. Ce n'est pas non plus une tentative pour faire passer le Nord Vietnam ou le Front National de Libération pour des paragons de vertue, pas plus que pour sous estimer le rôle qu'ils peuvent jouer dans la résolution positive du conflit. Même si ils peuvent tous les deux avoir, la vie et l'histoire offrent des témoignages éloquents au fait que les conflits ne sont jamais résolus sans un échange confiant entre les deux parties.

Ce soir, cependant, je ne souhaite pas parler avec Hanoi et le FLN mais plutôt avec mes compatriotes américains, qui, avec moi, portent la responsabilité la plus grande pour mettre fin à un conflit qui a coûté un prix élevé sur les deux continents.

Puisque je suis un prêcheur de métier, je suppose que vous ne serez pas surpris que j'ai sept grandes raisons pour associer le Vietnam dans le champ de ma vision morale.. Il y a pour commencer un rapport évident et très facile à établir entre la guerre au Vietnam et la lutte que moi, et d'autres, menons en Amérique. Il y a quelques années de cela, il y eut un moment de clarté dans cette lutte. Il a semblé qu'il y avait une promesse réelle d'espoir pour les pauvres, blancs et noirs réunis, à travers le Poverty Program. Puis survint l'escalade au Vietnam, et j'ai vu ce programme brisé et eviscéré comme si il était devenu le jouet politique inutile d'une société rendue folle par la guerre, et j'ai su que l'Amérique n'investirait jamais les fonds et l'énergie nécessaires pour la réhabilitation des pauvres aussi longtemps que leVietnam con tinuerait à drainer les hommes, les talents et l'argent comme un aspirateur démoniaque et destructeur. J'étais alors de plus en plus obligé de voir la guerre comme un ennemi des pauvres et de l'attaquer en tant que tel.

Peut-être que la prise de conscience la plus tragique de la réalité survint lorsqu'il devint clair pour moi que la guerre ne se contentait pas de dévaster les espoirs des pauvres dans le pays. Elle envoyait aussi leurs fils, leurs frères et leurs maris combattre et mourir dans des proportions extraordinairement élevées par rapport au reste de la population. Nous prenions de jeunes noirs , estropiés par notre société, et nous les envoyions à 10 000 kilomètres de là pour garantir des des libertés en Asie du Sud Est dont ils ne bénéficient pas eux même dans le sud-ouest de la Géorgie ou dans Harlem Est. Nous avons été placés de manière répétée devant l'ironie cruelle de regarder sur nos écrans des jeunes garçons noirs et blancs tuer et mourir ensemble pour un pays où il ne leur était pas permis de s'assoir côte à côte dans les mêmes écoles. Nous les avons vue, dans une même solidarité brutale, mettre le feu aux huttes d'un pauvre village, mais nous réalisons qu'ils ne vivraient jamais dans le même block à Detroit. Je ne pouvais pas rester silencieux devant une si cruelle manipulation des pauvres.

Ma troisième raison provient de mon expérience dans les ghettos du Nord durant ces trois dernières années et notamment, ces trois derniers étés. En marchant parmi les jeunes gens en colère, rejztés et désespérés, je leur ait dit que les cocktails Molotov et les fusils ne résoudraient pas leurs problèmes. J'ai essayé de leur offrir ma plus profonde compassion tout en conservant ma conviction que le changement social le plus significatif vient à travers l' action non violente. Mais, demandaient-ils, et le Vietnam? Ils demandaient si notre pays n'utilisaient pas lui-même une dose massive de violence pour résoudre ses problèmes, pour apporter les changements qu'il souhaitait. Leurs questions ont fait mouche, et j'ai su que je ne pourrai jamais plus élever ma voix contre la violence des opprimés dans les ghettos sans avoir auparavant parlé haut et clair au plus grand pourvoyeur de violence du monde aujourd'hui - mon propre gouvernement.

Pour ceux qui me posent la question , "N'êtes-vous pas un dirigeant du Mouvement pour les Droits Civiques?" et, par là même pensent m'exclure du mouvement pour la paix, j'ai la réponse suivante : En 1957 , lorsqu'un groupe d'entre nous créa la Southern Christian Leadership Conference, nous choisîmes comme devise "Pour le salut de l'âme de l'Amérique." Nous étions convaincus que nous ne pouvions pas limiter notre vision à certains droits du peuple noir, mais que nous devions au contraire affirmer notre conviction que l'Amérique ne serait jamais libre ou sauvée avant que les descendants des ses esclaves ne soient libérés des chaînes qu'is portent encore.

Maintenant, il doit être absolument clair que quiconque se préoccupant de l'intégrité et de la vie de l'Amérique aujourd'hui ne peut ignorer la présente guerre. Si l'âme de l'Amérique était empoisonnée, l'autopsie, en partie, révèlerait le mot "Vietnam." L'âme de l'Amérique ne sera pas sauvée aussi longtemps que le pays détruira les espoirs des hommes à travers le monde.

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Notre gouvernement pense que le peuple vitnamien n'est pas "prêt" pour l'indépendance.et nous sommes encore une fois les victimes de l'arrogance mortelle de l'Ouest qui a empoisonné l'atmosphère internationale depuis si longtemps. Avec cette opinion tragique, nous rejetons un gouvernement révolutionnaire souhaitant l'auto détermination et un gouvernement qui n'a pas été établi par la Chine (pour laquelle les vietnamiens ne montrent pas un grand amour) mais par des forces de toute évidence indigènes, parmi lesquelles quelques-unes communistes. Pour les paysans, ce nouveau gouvernement est synonyme de réelle réforme agraire, un de leur plus important besoin dans leur vie quotidienne.

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Que pensent les paysans lorsque nous nous allions avec les propriétaires terriens et que nous refusons de transformer en actes nos nombreux discours concernant une réforme agraire ? que pensent-ils alors que nous essayons nos dernières armes sur eux, tout comme les allemands ont essayé leurs nouveaux médicaments et tortures dans les camps de concentration en Europe? Où sont les racines du Vietnam indépendant que nous prétendons construire ?

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Rendu à ce point, je voudrais qu'il soit clair que, tout en essayant d'être le porte parole des sans voix du Vietnam et en essayant de comprendre les arguments de ceux que nous appelons l'ennemi, je suis tout aussi concerné par nos propres troupes qui se trouvent là-bas. Parce qu'il m'apparaît que ce à quoi nous les soumettons au Vietnam dépasse le simple processus de brutalité inhérent à toute guerre ou se font face deux armées qui cherchent à se détruire. Nous ajoutons le cynisme au processus de mort, car nos troupes doivent réaliser, après un court laps de temps, qu'aucune de ces choses pour lesquelles nous prétendons combattre n'a a moindre réalité. Très vite, elles doivent comprendre que leur gouvernement les a envoyé dans un conflit entre vietnamiens, et les plus perspicaces, comprennent certainement que nous sommes du côté des plus puissants tout en créant un enfer pour les pauvres.

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Je voudrais suggérer cinq points concretsque notre gouvernement devrait immédiatement appliquer pour commencer le long et difficile processus de sortie de ce cauchemar:

1. La fin des bombardements au Sud et au Nord Vietnam.

2. La déclaration unilatéral d'un cessez-le-feu dans l'espoir qu'une telle initiative créera une atmosphère de négociations.

3.Une initiative immédiate pour prévenir l'ouverture d'autres champs de bataille en Asie du Sud-Est, en restreignant notre déploiement en Thaïlande et notre interférence au Laos.

4. Accepter de manière réaliste le fait que le Front de Libération National bénéficie d'un soutien substantiel au Sud Vietnam et doit, par conséquent, jouer un rôle significatif dans des négociations sérieuses et dans tout gouvernement futur au Vietnam.

5. Fixer une date d'un retrait de toutes les forces étrangères du Vietnam selon les Accords de Genève de 1954

En même temps, nous-mêmes, dans les églises et les synagogues devons continuer notre tâche, tout en pressant notre gouvernement de se désengager d'un conflit déshonorant. Nous devons nous préparer à accompagner nos paroles avec des actions, en cherchant tous les moyens originaux de protestation possibles.

En conseillant les jeunes hommes en ce qui concerne le service militaire, nous devons clarifier le rôle de notre pays au Vietnam et leur présenter l'alternative de l'objection de conscience. je suis heureux de dire que c'est maintenant la voie choisie par plus de 70 étudiants de mon Alma Mater, le Morehouse College, et je la recommande à tout ceux qui pense que la cause américaine défendue au Vietnam est déshonorante et injuste. De plus, j'encourage tous les pasteurs en âge du service militaire à renoncer à l'exemption que leur offre leur ministère pour demander un statut d'objecteurs de conscience. Chaque homme, aux convictions humanistes, doit décider de la façon de protester qui lui convient le mieux, mais nous devons tous protester.

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Décembre 2006

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