30 août 1965
The Students Voice
Les militants pour les droits
civiques devraient-ils
prendre position sur le Vietnam ?
par Howard Zinn
La question a fait une brusque apparition dans le Mouvement avec des réponses diverses. Le NAACP, à travers Roy Wilkins, a déclaré "Ne prenons pas position." La Urban League dit à peu près la même chose. Le CORE a de toute évidence un fort sentiment unitaire d'opposition à la politique américaine au Vietnam mais James Farmera fait pression sur l'organisation pour qu'elle garde le silence lors de sa récente convention. Le SCLC, à son dernier congrès annuel a montré un grand intérêt pour la question, avec James Bevel parlant de l'usage de la non-violence pour arrêter la guerre d'une manière ou d'une autre. Les militants de FOP de McComb sont venus avec des tracts contre la guerre et des personnes du SNCC ont participé à plusieurs manifestations à Washington contre la politique américaine.
Les militants dans le mouvement sont clairement déchirés et troublés et je voudrais initier une discussion au sein du SNCC sur cette question.
Laissez - moi commencer par inverser le problème. Supposez
qu'une des organisations pour la paix soit approchée
par un membre du Freedom Democratic Party et qu'il lui demande de
prendre position sur la question. Et supposez que cette organisation
réponde:"Et bien, nous sommes réellement avec
vous
mais nous ne voulons pas nous engager ouvertement parce que notre
objectif principal c'est la paix, pas les droits civiques. Nous
pensons que cela pourrait contrarier notre travail pour la paix si
nous nous embrouillions avec cette question."
Je pense que les gens
seraient indignés
et qu'ils auraient raison. Ils demandraient "TOUTE souffrance
humaine ne doit-elle pas être une préoccupation ?
La
guerre et la discrimanation ne sont-elles pas des maux jumeaux de la
société moderne? Qu'arrive t'il si tous les gens
de
bonne volonté se divisent entre de nombreuses organisations
séparées travaillant pour différentes
causes et
insistent pour ne se préoccuper que de leur propre cause
sans
aider les autres? "
La question n'est pas qu'un groupe pour les droits civiques abandonne ce qu'il est en train de faire en faveur de l'égalité raciale pour se tourner vers la question de la paix mondiale. Mais pourquoi ne pourrait-il pas continuer son travail principal et, en même temps, soutenir, autant qu'il lui est possible, des gens dans une autre partie du monde qui sont pauvres et opprimés? Je ne parle pas seulement du Vietnam, mais aussi de la République Dominicaine, de l'Afrique du Sud ou de tout autre endroit où il y a une situation d'injustice flagrante. Le Vietnam actuellement est le point critique du monde, tout comme le Mississippi était le point critique des Etats-Unis durant l'été 1964.
Les
militants du Mouvement sont peut-être les mieux placés pour
comprendre combien sont immoraux les agissements de notre nation au
Vietnam. L'une des raisons en est, comme l'a dit Bob Parris
récemment à Washington, non pas la connaissance
des
militants pour les droits civiques dans le domaine de la politique
étrangère, mais leur parfaite compréhension des Etats-Unis.Ils comprennent seulement
dans quelle
hypocrisie est enveloppée notre prétention
à
représenter le "monde libre" Ils savent tout ce
qu'ils ont enduré comme coups et attentats à la
bombe
avant que le gouvernement américain n'agisse pour passer une
législation en faceur des droits civiques, due depuis un
siècle ( et qui n'est encore que le premier petit pas vers
l'égalité.) Et donc, en toute franchise, les gens
du
Mouvement n'ont pas une grande foi en ce que dit le gouvernement.
Les
évènements au Vietnam deviennent plus faciles
à
comprendre à la lumière des récentes
expériences
dans le Sud. Par exemple le cri "dehors les agitateurs"
s'entend ici comme là-bas. De la même
façon que
les blancs du Sud trouvent difficile à croire que les noirs
soient insatisfaits par eux-mêmes, et attribuent donc leur
révolte à des éléments
extérieurs,
les Etats-Unis trouvent difficilement pensable que le paysan
vietnamien est vraiment en révolte contre la vieille
façon
de vivre, et en fait proter la cause sur des
...éléments
extérieurs venus des pays communistes. Mais il est vrai que
des éléments extérieurs soutiennent
les noirs du
Sud, et viennent même les aider. Et il est aussi vrai que des
nord vietnamiens sont venus au Sud pour aider les rebelles. mais ces
faits n'altèrent pas la question fondamentale : que dans les
deux cas, il existe un soulèvement intérieur
contre un
système oppressif. Le Président Johnson escamote ce
fait
principal avec ses discours concernant une "aggression" alors
que tous les gens combattant contre les Etats-Unis sont dans leur
propre pays et que les soldats américains en sont
à des
milliers de kilomètres.
Il existe une autre analogie intéressante entre la condition des noirs dans le Sud et la crise au Vietnam; dans les deux cas, il y a l'utilisation de mots spécifiques qui attisent la haine et distordent la réalité; Dans le Sud, le terme de "nègre" Il détruit l'individualité de l'être humain, basané, marron ou noir. In both situations, qui est un homme ou une femme, un fermier ou un professeur, qui est une personne UNIQUE, différente de toute autre personne au monde. Le mot "nègre" a pour but de gommer cette individualité, de mettre des millions de gens dans une catégorie inhumaine qui en font des objets de haine et de meurtre; En politique étrangère américaine, le mot est "communiste". Il est une couverture qui étouffe la complexité réelle du monde et l'individualité des êtres humains;
Un "communiste" en Russie n'est pas tout à fait semblable à un communiste en Yougoslavie, en Chine ou en Italie. Staline était un communiste qui utilisait le terrorisme contre ses opposants, et ses opposants sont aujourd'hui des communistes qui s'opposent à un tel terrorisme. Et à l'intérieur de chaque pays "communiste" il existe un large éventail d'opinions. Cependant les marines américains tirent sur des femmes et des enfants vietnamiens, nos avions détruisent les maisons de fermiers et leur stock de vivres. Tout cela est justifié par le terme de "communiste" alors que les faits indiquent que le combattant type vietcong est un paysan ordinaire fatigué d'être gouverné de façon moyennageuse.
Et donc, les jeunes gens dans le Mouvement peuvent voir à travers la situation vietnamienne avec une acuité que n'a souvent pas la classe moyenne intellectuelle. C'est pourquoi un nombre de militants du SNCC ont pris part à des manifestations contre la politique américaine au Vietnam. Le SNCC a toujours tiré vanité d'une honnêteté particulière de ne pas la jouer "sûre", de dire exactement ce qu'il pense devoir être dit. Devrait-il dire maintenant, en ce moment crucial, que LA LIBERTE MAINTENANT devrait être internationale ?
Décembre 2006
Source : http://www.crmvet.org/docs/snccviet.htm
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