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Stonewall
was a riot
Michael Bronski
By courtesy of Michael Bronski
Tx Michael
Michael Bronski, (né en 1945 ) est écrivain et historien. Militant de longue date du mouvement de libération gay, il est l’auteur notamment de Culture Clash: The Making of Gay Sensibility South End Press 1984 et éditeur d’une anthologie Flashpoint: Gay Male Sexual Writing 1996.
Il écrit pour de nombreux journaux et revues comme The Los Angeles Times,, The Village Voice, Gay Community News, The Boston Globe, Radical America, Z Magazine...
Il est professeur au Dartmouth College.

(1) Allusion à l’accusation des républicains envers Barak Obama d’être proche de Bill Ayers, un ancien membre du Weather Underground, qu’il avait connu à Chicago.
Allen Young a répondu à cet article de Michael Bronski A Response to Michael Bronski The Rag Blog / 27 Juin 2009
Tout en reconnaissant le travail fait par les premières organisations homosexuelles, Young conteste la "suggestion faite par Bronski que ‘Ces groupes ont changé complètement le discours public concernant l’homosexualité dans le pays entier’ [qui] est parfaitement absurde, une éxagération qui ne peut être étayée par des faits. La vérité est que ces groupes ont eu un impact minime dans quelques grandes villes et pratiquement aucun impact partout ailleurs"
Young ne partage pas non plus le pessimisme de Blonsky sur l’évolution du mouvement et son idée d’un "modèle" des années soixante:
"Je suis beaucoup plus incliné à célébrer, qu’à me mettre en pétard ou à me lamenter sur le fait que le mouvement de libération gay est mort. Il est, selon moi, bien vivant et bien portant, en se passant heureusement de la tonalité radicale déplacée et en fin de compte futile qui semble tant manquer à Michael Bronski . Je me souviens avoir chanté en 1970, “Soyons de gauche, soyons gays, allons prendre les fusils,” imitant un chant des Black Panther de l’époque. Ridicule, honteux, même!Le mouvement gay fait des progrès aujourd’hui sans la rhétorique ou les analyses ds années 1960 et j’en suis heureux"
Son analyse du Gay Liberation Front diffère de celle de Bronsky
"Le GLF a introduit quelque chose de plus imporatnt politiquement et psychologiquement que la "colère" sur laquelle se focalise Bronski .Pour nous la clef était “sortir des chiottes” Nous avions cela sans cesse à l’esprit. Noos avons beaucoup utilisé notre chant optimiste mémorable “En dehors des chiottes et dans les rues !” . Marcher dans les rues tout en chantant de manière provocatrice était quelque chose que le vieux mouvement homophile ne faisait pas et n’était pas particulièrement à l’aise face à cette idée....la fin de la crainte et du secret. ... est notre plus grande victoire"

C’était
juste une autre nuit chaude
et lourde vers la fin juin.
Les rues de Greenwich Village
étaient emplies d’hommes se promenant, de jeunes
des rues, de
vendeurs de drogues, de musiciens essayant de se faire quelques
billets auprès d’un maigre public . Mais quand la
police de New
York City's Finest a lancé un raid sur la Stonewall Inn dans
les
premières heures du 28 juin 1969, quelque chose
d’extraordinaire
est arrivé.
Les raids de police sur les bars gays de la ville
ont toujours été monnaie courante, mais cette
nuit-là était
différente. Cette nuit là, les gens rendirent les
coups étaient en
colère. Peut-être parce que
l’icône gay Judy Garland était
morte deux jours auparavant, ou parce que la chaleur avait
déteint
sur tout le monde. Ou peut-être parce que les gays ne
pouvaient plus
en supporter davantage. Mais cette nui-là et les deux nuits
suivantes, Christopher Street a été emplie de
gays, ainsi que des
autochtones plus hétéroclites du quartier,
chahutant, narguant,
et provoquant de temps à autres des escarmouches avec la
police.
C’était la naissance d’une nouvelle
époque pour la vie homo.
Mais ce que fut cette nouvelle époque est sujet à
débat.
Stonewall, ou plus exactement le mythe de Stonewall, est
devenu une part intrinsèque de notre histoire.
C’est un jalon et
une référence de la liberté et de la
révolution gay mais il est
devenu un jalon pesant pour nous avec son fardeau historique.
Avons-nous, en tant que communauté, accordé un
tel poids incroyable
à Stonewall, et transformé en une histoire
sentimentale
d’affirmation de soi singulière, que nous avons
finalement
déformé sa signification réelle ou
supposée? Peut-être que, si
nous comprenions vraiment la complexité de Stonewall
– la
repensions dans l’enchevêtrement
compliqué de l’histoire de la
fin des années 1960 dont elle a été
trop souvent séparée --
nous pourrions voir cela pour ce que ce fut réellement et
mieux
comprendre notre relation à cet
évènement .
Ma propre
relation à Stonewall est compliquée. A
l’époque, j’étais un
jeune étudiant de 20 ans dans une université de
l’autre côté de
la rivière à Newark, New Jersey. La fameuse nuit,
j’étais à New
York probablement pour manger un hamburger et une critique de
cinéma
d’art et d’essai . Le lendemain, j’ai
entendu parler de la
première émeute, mais je me figurais que
c’était une affaire à
un coup et n’ai jamais pensé que
l’énergie serait entretenue –
bien que largement atténuée – pendant
les deux nuits suivantes.
Mais même si l’évènement ne
ressemblait pas à ceux qui font la
une des journaux, et si personne n’appelait cela une
émeute;
c’était légèrement plus
qu’une échauffourée avec la police,
le genre de chose qui arrive tout le temps dans les rues de la ville
chaude.
Bien que plusieurs semaines après
l’évènement je
deviendrai très engagé dans le nouveau mouvement
de libération,
Stonewall n’avait pas une grande signification pour moi
à
l’époque. Ni, je dois le dire, grand chose
aujourd’hui. A
l’université de Dartmouth en mars dernier
– où je donne des
cours comprenant “Introduction à
l’étude sur les gays,
lesbiennes, bisexuels et transsexuels” -- je me suis
retrouvé à
passer un cours entier à essayer de convaincre les
étudiants à
accorder moins d’importance aux émeutes de
Stonewall et de les
mettre en perspective.
Ce n’est pas si facile. Certains
étudiants pensent que Stonewall était tout
simplement la première
parade de la gay pride avec des chars et une
après-fête (Je ne sais
pas pourquoi ils pensent que le mot "émeute" y figure)
D’autres imaginent des combats de rues à grande
échelle et, une
fois, un étudiant m’a demandé combien
de gays étaient morts à
Stonewall Inn. Leurs camarades les mieux informés
comprennent
l’échelle relativement modeste de
l’évènement mais présument
que ses échos furent ressentis immédiatement
– le cri aigu
entendu à travers le monde .
Pour comprendre Stonewall nous
devons replacer ces actes courageux de théâtre de
rue et de pouvoir
de rue dans une perspective historique plus large. Le premier acte
que j’ai fait comprendre à mes
étudiants c’est que au moins 20
ans avant Stonewall le pays avait vu l’expansion
d’un mouvement
homophile énergique. La Mattachine Society,
fondée par Harry Hay en
1950, fut la première organisation pour le droit des gays
aux U.S.A,
suivie cinq ans plus tard par les Daughters of Bilitis lesbiennes,
fondées par Del Martin et Phyllis Lyon. La Society of
Individual
Rights fut fondée à San Francisco en 1964, et la
North American
Conference of Homophile Organizations est née en 1966.
Ces groupes ont changé complètement le discours public concernant l’homosexualité dans le pays entier. Sans ces groupes homophiles rien ne serait arrivé en 1969 et les années suivantes auraient été possibles. En faisant l’éloge de Stonewall, comme nous le faisons, nous effaçons trop souvent le travail profondément important réalisé par ces groupes pendant près de deux décennies. Stonewall était, dans un sens, à la fois la continuation de ce travail et une rupture d’avec lui, en extirpant l’idée même de l’homosexualité du domaine du privé pour le monde public de la rue et utilisant la colère, et non la raison, comme élan.
Le second point que j’essaie de faire
comprendre à mes étudiants est que sans la prévalence de
l’opposition à la guerre du Vietnam, sans le mouvement de
libération des femmes, sans les Black Panthers, les Young Lords, et
le mantra de la contre culture' “sexe, drogues et rock and roll,”
il n’y aurait pas eu d’émeutes à Stonewall. Il n’y aurait
pas eu de mouvement de libération des gays (au moins de la manière
où cela s’est déroulé en 1969.) Les homos – et souvenez-vous
qu’ils ont été aidés par les gens de la rue dans le Village,
femmes et hommes que nous appellerions aujourd’hui sans abris –
ont manifesté violemment à Stonewall parce que tout le monde le
faisait ; ils ont protesté parce que tout le monde protestait . Les
émeutes de Stonewall étaient en parfaite synchronisation avec les
folles, frénétiques, rageuses et, oui, parfois insouciantes actions
politiques de la fin des années 1960. -- comprenant des attentats à
la bombe par des groupes contre la guerre comme le Weather
Underground, comme on nous l’a rappelé si fréquemment durant la
dernière campagne électorale (1)
Le mouvement de libération
des gays ne s’est pas créé à partir de groupes à but non
lucratif collectant de l’argent et faisant du lobbying pour faire
voter des lois. C’était un mouvement parti de la base, une vague
de fond de femmes et d’hommes qui étaient parvenues au point de
rupture. Le plus important groupe de militants gays à se constituer
après Stonewall fut le Gay Liberation Front – un nom emprunté au
Woman's Liberation Front, qui l’avait lui-même emprunté au Front
de.Libération.Nationale vietnamien, qui se réclamait lui-même de
l’esprit et du nom du Front de.Libération.Nationale algérien qui
avait combattu la domination française en Afrique du Nord.. Le
slogan “gay is good” était dérivé de “black is beautiful.”
Le pouvoir gay a émergé naturellement du pouvoir noir.
Ce n’est pas que nous copions
d’autres mouvements, mais nous nous considérions comme une partie
d’une lutte plus large La libération gay était possible parce
que la culture dans son ensemble était transformée et transfigurée.
Considérant les transformations énormes qui avaient lieu en
résultat de ces mouvements, il s’agissait réellement de la
seconde Révolution Américaine . Il s’agissait d’une rupture
décisive et la situation qui s’ensuivit était différente pour
les gays, les femmes, les gens de couleur, et les jeunes. Cela peut
apparaître différemment aujourd’hui-- ou du moins pas
systématiquement –mais l’Amérique a changé durant ces années
et toujours en mieux.
Mais même en écrivant ceci, je sais
que certains détails manquent. Même si toutes ces connections sont
vraies – même si elles ont été oubliées dans la plupart des
souvenirs de Stonewall – elles manquent des détails concrets et
ressemblent à une rhétorique radicale. Alors regardons avec
exactitude ce qui s’est passé les cinq années avant Stonewall,
et qui, avec l’important travail qu’a réalisé le mouvement
homophile, a préparé le terrain pour cet remarquable événement.
Comme Bob Dylan le chantait en 1964, “Les temps Changent,” et
lorsque l’on regarde en arrière les changements politiques et
culturels massifs survenus, il est impossible d’imaginer que
Stonewall n’étaient pas inévitable.
En mars 1964, Cesar
Chavez et le syndicat des ouvriers agricoles appelent au premier
boycott national du raisin de Californie alors qu’au même moment
l’Université de Californie de Berkeley ferme son campus en réponse
à la demande des étudiants de leur droit de parole contre la guerre
du Vietnam. Plus tard, le même mois, la Court suprême autorise la
contrôle des naissances pour les couple mariés. En réponse à la
colère croissante du mouvement pour les droits civiques, le Congrès
vote le Civil Rights Act en juin. Malgré ces engagements mineurs
envers la justice l’année suivante s’ouvre avec une vague de
violence.
En février 1965, Malcolm X est assassiné et le
Congrès vote le Voting Rights Act garantissant une protection
fédérale pour l’inscription sur les registres électoraux . Août
voit les premières émeutes vraiment sérieuses à Los Angeles où
au moins 1 000 bâtiments dans le quartier de Watts sont pillés,
incendiés ou détruits. Comme si le monde n’était pas assez fou,
Timothy Leary, un professeur de Harvard, presse les américains
de “turn on, tune in, drop out” -- la révolution de la drogue atteint les rues.
En 1966, des émeutes raciales
détruisent de larges secteurs de Chicago et rois adolescents
afro-américains sont tués par la Garde Nationale. La situation ne
fait qu’empirer en 1967 avec des émeutes de grande ampleur à
Detroit et Newark, ainsi qu’avec de sérieuses confrontations dans
33 autres villes, faisant 66 tués des laissant 10 000 sans abris de
plus. Les manifestations contre la guerre s’intensifient alors que
les USA envoient près d’un demi million de soldats au Vietnam,
beaucoup d’entre eux étant des afro-américains des quartiers
déshérités. Sur le front intérieur, CBS présente une émission
innovante d’informations intitulée “Les Homosexuels,” où,
pour la première fois, des gays parlent ouvertement de leur vie à
la télévision. En Novembre, la Oscar Wilde Bookshop ouvre sur
Mercer Street dans Greenwich Village – la première librairie gay
au monde.
En avril 1968, l’assassinat de Martin Luther King
entraine des émeutes à travers tout le pays , faisant 39 tués et
des milliers de blessés. Robert Kennedy est assassiné deux mois
plus tard. Au milieu de tout cela, les gays deviennent plus visibles
lorsque la pièce de théâtre révolutionnaire de Mart Crowley The
Boys in the Band est jouée pour la première fois à Broadway.
La libération des femmes devient de plus en plus visible lorsque des
féministes organisent une manifestation mssive lors de l’élection
de Miss Amérique en septembre. Dans le contexte de ce soulèvement,
il est parfaitement compréhensible qu’une Amérique effrayée
élise à la présidence le républicain Richard Nixon en novembre.
Ce n’était réellement qu’une
question de temps avant que les gays soient suffisamment en colère
pour commencer à rendre les coups. Depuis mars 1969, le New York
Police Department avait durci ses raids périodiques dans les bars
gay; et celui du 28 juin au Stonewall était une simple routine.
Après trois nuits d’agitation, des femmes et des hommes ont
commencé à s’organiser et, quelques semaines plus tard, fut
annoncée la formation du Gay Liberation Front. Le groupe était une
conséquence directe, et importante, des émeutes de Stonewall.
Mais
Stonewall ne représente pas la fin de cette histoire nationale,
seulement un petit moment . Deux mois après la naissance du Gay
Liberation Front, les Students for a Democratic Society organisèrent
leurs plus grandes manifestations nationales. Les actions de
protestations contre la guerre du Vietnam s’intensifièrent à
travers le pays et , en novembre, un quart de million de manifestants
marchèrent sur le Pentagone. Pour le moins inconcevable 10 ans plus
tôt. La société américaine était en pleine révolte contre le
racisme l’oppression des femmes, la répression sexuelle et la
politique étrangère insensée qui détruisaient des vies aux
Etats-Unis et à l’étranger. Est-ce une surprise, qu’au milieu
des années 1970, il existait déjà plus de 300 groupes locaux
indépendants du Gay Liberation Front à travers le pays ? Ce
n’était pas seulement parce que la libération gay était une idée
mûre à cette époque, mais plutôt parce que, dans ce contexte de
luttes diverses pour un changement social massif, c’était une idée
inévitable.
Ce qui a été incroyable en ce qui concerne le
Gay Liberation Front, et ce qui manque si cruellement à nos
mouvements gays aujourd’hui, c’est qu’il se considérait comme
un mouvement radical généraliste.
Il était concerné par
la fin des guerres à l’étranger, le combat contre le racisme et
l’obtention de la liberté du contrôle des naissances pour les
femmes , de la même façon qu’il combattait l’homophobie. Les
membres du Gay Liberation Front comprirent aussi qu’ils étaient
obligés, sur un point de vue pragmatique aussi bien que
philosophique, de travailler en coalition avec d’autres mouvements.
Pour moi, jeune homo qui avait déjà
travaillé avec les Students for a Democratic Society et avait été
impliqué dans les questions de droits civiques et de droits des
femmes, la libération gayfut une révélation qui rassemblait toutes
mes centres d’intérêts politiques et émotionnels.
La
vision du Gay Liberation Front liait la liberté des gays à celle de
tous les autres groupes opprimées. C’est une vision que n’avait
adopté aucun groupe homophile auparavant et qu’aucun des groupes
pour les droits des gays qui ont suivi n’ont compris ni repris.
C’est une leçon que le mouvement pour le droit des gays devrait
apprendre aujourd’hui.
L’ importance de Stonewall ne
réside pas dans une vision sentimentale, comme une sorte de
coming-out collectif, mais dans la place unique que l’évènement
occupe dans la panoplie de mouvements, d’évènements, d’émeutes,
de manifestations d’actions politiques de révoltes sociales, de
mauvais comportements et de poussées de colère qui caractérisèrent
la seconde moitié des années 1960. De toutes les manières;,
célébrons le 40ème anniversaire de Stonewall ce lois-ci mais
souvenons-nous aussi qu’il ne s’agit pas seulement de l’égalité
pour les gays; il s’agit d’une vision plus large pour le
changement et la justice sociale que les Etats-Unis ont connu à un
moment de notre vie.
octobre 2009
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