"New
Port Huron Statement"
de Tom Hayden
a été
publié
par Avalon Publishing Group comme introduction à
“The
Port Huron Statement : The Visionary Call of the 1960s
Revolution” paru à l'automne 2005.
Ce texte a été reproduit par Truthdig le 10 avril 2006
Notes originales :
[53] Une exception à
cette règle est la National Organization for Women (NOW), qui
s'est arrangée pour équilibrer les pôles
catalytiques et bureaucratiques depuis ses origines en 1965. Une
autre en est le Sierra Club. Dans les deux cas, les membres de base
ont joué un rôle clef dans l'énergie alimentant
les rouages organisationnels.
[54] Tous les chiffres sont tirés
de Zinn, pp. 490-492.
[55] Les Pentagon Papers alors secrets citent des conseilers de l'administration "cette désaffection croissante accompagnée comme elle le sera certainement, par une défiance accrue vis à vis du service militaire et une agitation urbaine croissante, du fait de l'idée que nous négligeons les questionsde politique intérieure, fait courir de grands riques de provoquer une crise domestique sans précédent" Dans ses mémoires, le Président Nixon a écrit "bien que j'ai publiquement continué à ignorer la polémique contre la guerre qui faisait rage… je savais, cependant, qu'après toutes les manifestations et le moratoire, l'opinion publique américaine serait sérieusement divisée par la guerre" Notez que ces préoccupations étaient basées uniquementt sur des calculs de coût/avantage, et non sur des bases morales ou politiques. Zinn, pp. 500, 501.
[56] John Markoff, “What the Dormouse Said, How the Sixties Counterculture Shaped the Personal Computer Industry,” Viking, 2005. Voir la critique dans le New York Times , 7 mai 2005.
Notes du traducteur
(a) Voir à ce sujet sur Freakence Sixties
"La
Démocratie Participative Des
Années 1960 et du SDS Au Futur En Ligne." par
Michael Hauben
Nouvelle Déclaration de Port Huron (4ème partie)
Par Tom Hayden
Le SDS n'a pas été capable de survivre à la décennie en tant qu'organisation . Pour partie, l'ethos même de la démocratie participative était en conflit avec l'objectif, partagé par certains à Port Huron, de construire une organisation permanente de la Nouvelle Gauche. Il y avait non seulement un turnover annuel de la population des campus, mais les militants du SDS s'étaient engagés par principe à quitter l'organisation au bout de deux ou trois ans pour laisser la place à une nouvelle direction . En même temps, il semblait que de nouveaux mouvements radicaux explosaient partout, amoindrissant la capacité de toute organisation isolée comme le SDS, d'en définir les contours, de coordonner même, l'ensemble. Les autorités universitaires, les ervices de renseignements et la police, alternèrent des statégies de cooptation, de contre espionnage et de coercition. Le SDS s'est désintégré en sectes marxistes rivales, ce qui était inimaginable pour nous en 1962, et ces groupes ont dévoré l'organisation mère en 1969. (Je discuterai le fait que l'un d'entre eux, le Weather Underground, était un authentique descendant de la génération de Port Huron, en se rebellant contre l'échec de notre réformisme tel qu'il le percevait)
Mais ce serait une erreur fondamentale que de juger l'idée participative des années 60 à travers une histoire organisationnelle. Le SDS, qui a suivi le SNCC, était une organisation catalytique et non pas bureaucratique. Les deux groupes ont catalysé plus de changements sociaux dans leur durée de vie de sept ans que beaucoup d'organisations non gouvernementales respectables et bien établies n'ont accompli en des dizaines d'années. [53] A défaut d'autre chose, les années 60 furent un succès pour les notions de mouvements démocratiques décentralisés dont la Déclaration de Port Huron fut le chantre. Des slogans comme “Laissez le peuple décider” étaient sincères. La dynamique puissante des années 60 n'aurait pas pu être "exploitée" par aucune structure seule; au lieu de cela, la pulsation était exprimée par d'innombrables réseaux de base innovateurs, apparaissant ou disparaissant, basés sur l'initiative volontaire. Le résultat fut une vaste transformation des attitudes populaires lorsque les années 60 entrèrent dans la pensée dominante.
Dans cette perspective, le mouvement a survécu à ses formes organisées, comme le cela fut le cas pour le SDS. Lorsque tout processus organisationnel devenait dysfonctionnel (des réunions nationales du SDS commençaient à attirer 3 000 participants, par exemple), l'énergie du mouvement flottait au-dessus des blocages structurels, laissant la coquille organisationnelle aux chamailleries des factions. Par exemple, l'année même où le SDS s'effondra, il y eut des millions de personnes dans les rues pour le Moratoire sur le Vietnam et à l'occasion du premier Jour de la Terre. Dans les premiers six mois de 1969, sur la base d' informations concernant seulement 232 des 2 000 campus américains, plus de 200 000 étudiants étaient impliqués dans des manifestations., 3 652 d'entre eux avaient été arrêtés et 956 mis à pied ou renvoyés En 1969-70, selon le FBI, 313 occupations de bâtiments eurent lieu. Au Vietnam, il y eut 209 “fraggings” [attentats à la grenade] par des soldats en 1970. L'opinion publique était passée de 61% de soutien à la guerre du Vietnam en 1965 à 61% d'opposants en 1971. [54] Les objectifs à l'origine du SDS recevait un soutien de la majorité alors que l'organisation était devenue trop fragmentée pour en tirer bénéfice.
Losqu'un mouvement est sur le déclin, aucune organisation ne peut le ressusciter. Ce n'est pas pour nier l'importance cruciale de s'organiser, ni la probité de l'organisateur, ni celle de la construction d'une "société civile" constituée de réseaux innombrables. Mais c'est pour suggérer une différence capitale entre mouvements et institutions. Le jugement sur une époque ne dépend pas seulement du nombre de cartes de membres ou de résultats d'élections, mais dans les changements de la conscience, des normes de la vie quotidienne et de l'action politique publique qui résultent de l'impact de ces mouvements sur la pensée dominante Tout ce que nous considérons comme allant de soi —le vote des locataires, la semaine de travail de cinq jours, l'eau potable, le Premier Amendement, les négociations collectives, les relations inter-raciales - est le résultat de luttes farouches par des mouvements radicaux d'antan pour légitimer ce qui était auparavant considéré comme anti-social ou criminel. En ce sens, les effets des mouvements conçus à Port Huron, et la réaction violente contre eux, sont profonds, encore perceptibles et contestés.
D'abord, la démocratie américaine est en effet devenue plus participative, un acquis des années 60. Plus de corps constitués ont eut voix au chapitre et ont joué un plus grand rôle qu'auparavant. Le processus politique est devenu plus ouvert. Les mécanismes répressifs ont été dénoncés et restreints. La culture dans son ensemble est devenue plus tolérante.
En second lieu, il y a eu des changements structurels ou institutionnels qui redistribuèrent l'accès à la politique et le pouvoir politique. La ségrégation Jim Crow prit fin dans le Sud et 20 millions de noirs obtinrent le droit de vote. le vote à 18 ans affranchit 10 millions de jeunes, additionnellement. La discrimination positive en faveur des femmes et des gens de couleur a fait naître de nouvelles oportunités dans l'éducation, en politique et sur les lieux de travail. l'institution des primaires a permis à des millions d'électeurs de choisir leurs candidats. De nouvelles séparations des pouvoirs ont été imposées à une présidence impériale. Deux présidents, Lyndon Johnson et Richard Nixon, ont été renvoyés.
Troisièmement, de nouvelles questions et de
nouveaux corps constitués ont été reconnus par
les milieux politiques : la loi sur le droit de vote, la loi sur
l'air pur et l'eau potable, la loi sur les espèces en danger,
l'Agence pour la Protection de l'Environnement, les lois sur la santé
et la sécurité en milieu de travail, les lois de
défense des consommateurs, des initiatives sur la
non-discrimination et la discrimination positive, le mouvement pour
les droits des handicapés et bien d'autres. Une myriade de
mouvements identitaires comprenant le American Indian Movement (AIM),
le Black Panther Party et leYoung Lords Party, exprima des sentiments
identitaires indépendants et modifia le discours officiel.
Quatrièmement, la
guerre de Vietnam a pris fin et le modèle de la Guerre Froide
contesté. Sous la pression de l'opinion public, le Congrès
a supprimé les budgets militaires pour le Sud Vietnam et le
Cambodge. Le scandale du Watergate, qui a ses origines dans la
répression de Nixon des voix pacifistes, conduisit à
une démission du président. Les Etats-Unis mirent un
terme à la conscription. L'administration Carter pronoça
une amnistie pour les déserteurs de l'époque du
Vietnam. Avec le Vietnam et le Chili, les droits de l'homme furent
reconnus comme partie intégrale de la politique de sécurité
nationale. Les relations avec le Vietnam ont été
normalisées sous la présidence de Bill Clinton, un
ancien militant sous l'ère de McCarthy et McGovern, et grâce
à l'action du sénateur John Kerry, un ancien dirigeant
des Vietnam Veterans Against the War. [55]
Cinquièmement, la prise de conscience des années 60s a donné naissance à de nouvelles technologies, y compris le PC. Je me souviens d'avoir vu mon premier ordinateur en tant qu'étudiant du troisième cycle à l'université du Michigan en 1963; il semblait aussi grand que la pièce et mon conseiller en études, lui-même un radical, avait prophétisé que toutes nos communications deviendraient totalement décentralisées avec des ordinateurs de la taille d'une main. "Ce n'est pas une coincidence," écrit un analyste industriel, "si, durant les années 60 et le début des années 70, au plus fort des manifestations contre la guerre du Vietnam, du mouvement pour les droits civiques et de l'expérimentation répandue des drogues psychédéliques, l'ordinateur personnel a fait son apparition dans une poignée de laboratoires privés et publics, et grâce au travail d'un petit groupes de fans de LSD, d'insoumis au service militaire, de sympathisants des communautés, et pour le dire crûment, de freaks.hippies aux cheveux longs [56] Alors qu'il est de bon ton de dire que le rêve technologique a échoué, il ne fait aucun doute que Internet a propulsé la communication et la solidarité parmi des mouvements de protestation à l'échelle planétaire comme jamais auparavant, et avec comme résultat, un processus démocratique plus participatif et décentralisé.(a)
Les années soixante cependant n'ont pas fini de faire des vagues. Face à leur impact progressiste, s'est manifestée de manière continuelle et toujours plus vive, une réaction violente pour limiter, si ce n'est pour éliminer, les réformes sociales, raciales, environnementales et politiques de cette époque. L'ancien président Clinton, un fin observateur de notre culture politique, a déclaré que les années 60 reste la fracture fondamentale traversant la politique américaine jusqu'à nos jours et le meilleur révélateur pour savoir si l'on est démocrate ou républicain. Il est importantde noter que la révolte des années 60 fut un phénomène mondial, qui a produit une "génération 68 durable" qui partage le pouvoir dans des pays comme l'Allemagne, la France, le Mexique, le Brésil, l'Argentine, l'Uruguay, L'Irlande du Nord, l'Afrique du Sud, et la Corée du Sud., pour n'en citer que quelques-uns.
Les mouvement sociaux commencent et finissent dans la mémoire. Le fait que nous nommions “nouvelle”gauche montrait que nos racines radicales avaient été sectionnées par le McCarthyisme et la Guerre Froide et que le projet de construire une alternative partait de zéro. Les mouvements sociaux se déplacent de marges mystérieuses vers le courant dominant, deviennent majoritaires puis sont sujets à de furieux débats puisés dans la mémoire. Les années 60 sont encore un sujet contesté dans les écoles, les médias et dans le monde politique, précisément parce que le rétablissement de leur signification est importante pour les mouvements sociaux à venir et parce que la suppression ou la distorsion de la mémoire est vitale pour les programmes conservateurs. Nous approchons du 50ème anniversaire de tous les évènements significatifs des années 60, y compris de la Déclaration de Port Huron. L'étape finale des années soixante, celle de la mémoire et des musées, est en cours.
