
"New Port Huron Statement"
de Tom Hayden
a été
publié
par Avalon Publishing Group comme introduction à
“The
Port Huron Statement : The Visionary Call of the 1960s
Revolution” paru à l'automne 2005.
Ce texte a été reproduit par Truthdig le 10 avril 2006
Notes originales :
[1]
New York Times Book Review, 19 dec. 2004
[2]
New York Times, 5 Avril 2005
[3] Voir Hayden
et Flacks, “The Port Huron Statement at 40,” The Nation, 5/12
Août 2002; Hayden, “Rebel, A Personal History of the
Sixties,” Red Hen, 2003; Todd Gitlin, “The Sixties, Years of
Hope, Days of Rage,” Bantam 1987; Richard Flacks, “Making
History, The American Left and the American Mind,” Columbia, 1988;
James Miller, “Democracy Is In the Streets, From Port Huron to the
Siege of Chicago,” Simon and Schuster, 1987, 1994; et Kirkpatrick
Sale, "SDS," Random House, 1973.
[4]Ces
notions sont développées avec élégance
dans “Making History.” Flacks
Notes du traducteur
(a) Une recherche similaire en français
avec "déclaration de Port Huron" sur Google a eu
pour résultat l'affichage de 13 pages, dont 4 issues de
Freakence Sixties
Voir liens en français
ci-dessous.
(b) The Big Lebowski est un film américain réalisé par Joel Coen, sorti en avril 1998.
Liens en français
Students for a Democratic Society. Ou
le centre du réseau de la Nouvelle Gauche américaine
dans les années 1960
Caroline Rolland-Diamond - 12
octobre 2004
Centre
Pierre Renouvin.
L’activisme de la Nouvelle Gauche
comme projet de transformation de la société américaine
(1960-1965)
Frédéric ROBERT
Université
de Lyon III
Nouvelle Déclaration de Port Huron (1ère partie)
Par Tom Hayden
Ce que nous étions : Et l'avenir de la Déclaration de Port Huron
En dehors de Port Huron, Michigan., où un bosquet dense rejoint le clapotis des rives du Lac Huron, l'explorateur attentionné trouvera des canalisations rouillées et usées par le temps, ainsi que quelques pans de murs effondrés, les dernières traces du camp de travail où soixante jeunes gens mirent la touche finale à la Déclaration de Port Huron, le séminal "programme pour une génération" en 1962. Tout comme le camp disparu, les auteurs alors jeunes du texte, ainsi que moi-même, atteignons la dernière phase de notre vie. La mémoire est de la plus haute importance maintenant, car elle dessine les espoirs et les possibilités pour les générations futures C'est pour ces générations futures que la Déclaration de Port Huron des Students for a Democratic Society (SDS) est réédité dans sa version complète.
Certains souhaitent que notre héritage disparaissent avec les déchets dans ces canalisations. Loin des yeux, loin du coeur. Pour l'icône conservatrice Robert Bork, La Déclaration de Port Huron (DPH) était un document "d'humeur et d'aspiration menaçantes" en raison de sa certitude inébranlable que les mouvements utopistes, en interprétant mal la nature humaine, finissent mal. David Horowitz, un ancien radical des années 60s, qui s'est tourné vers la droite extrême, rejette la DPH comme "un effort délibéré pour sauver le projet communiste de son destin soviétique". Un autre ex-gauchiste, Christopher Hitchens, voit dans ses pages une réaction conservatrice "au gigantisme, à l'urbanisation et à l'anonymat", allant même jusqu'à faire le lien entre sa vision et celle d' Unabomber! [1] Des écrivains plus progressistes, tels que Garry Wills, E.J. Dionne et Paul Berman, voient la DPH comme une étincelle de vision réformiste qui s'est éteinte en raison de l'impatience et de l'extrémisme de la jeunesse. Des extraits de la DPH ont été publiés dans de nombreux manuels et une recherche sur internet renvoie à un grand nombre de références sur la "démocratie participative", son thème philosophique central. (a) Des mouvements populaires au Venezuela et en Argentine utilise aujourd'hui le terme de "démocratie participative" pour décrire leurs réunions populaires et les prises de contrôle des usines. L'historien Thomas Cahill écrit que l' ekklesia grecque était “la première démocratie participative de l'histoire du monde" et le modèle pour la première Eglise Catholique , "qui n'a permis aucune restriction à la participation : aucun citoyen et non citoyen, aucun grec et non grec, aucun patriarche ni femme soumise” [2] Dans la culture populaire moderne, la paternité de la DPH a été revendiquée par le hippie déjanté joué par Jeff Bridges dans “The Big Lebowski.” (b)
L'histoire de la convention de Port Huron de 1962 a été racontée maintes fois par ses participants et, plus tard, par des chercheurs, [3] et je n'y reviendrai que brièvement pour m'attacher davantage sur la signification de la déclaration elle-même. Les 60 jeunes, environ, qui se réunirent à Port Huron étaient en général militants pour les droits civiques, dans ses premières manifestations, pour la réforme des campus et au sein des mouvements pour la paix de l'époque. Certains, comme moi-même, étions des journalistes de campus, alors que d'autres étaient actifs dans des organisations étudiantes. Certains avaient participé à des actions de vigilance en soutien au mouvement des sit-in des étudiants du Sud . Plus d'un étaient motivés par leurs traditions religieuses. Mes ambitions d'adolescent étaient de devenir un correspondant à l'étranger, ce qui était une métaphore pour rompre l'apathie étouffante de l'époque. Au lieu de cela, je me suis retrouvé à réfléchir sur et à interviewer des paysans noirs du sud dépossédés ; des étudiants qui souhaitaient aller en prison, mourir même, pour leur cause ; le leader des droits civiques Martin Luther King Jr., alors qu'il manifestait lors de ma première convention démocrate; et le candidat John Kennedy, qui prononçait un discours sur la création du Peace Corps lors d'une soirée pluvieuse à Ann Arbor. Je fus captivé par l'époque dans laquelle je vivais et j'ai choisi d'aider à construire une nouvelle organisation étudiante, les Students for a Democratic Society, plutôt que de continuer le journalisme. Mes parents étaient stupéfaits.
Le SDS était l'invention fragile de Alan Haber, un étudiant de Ann Arbor, dont le père était dirigeant syndical lors du dernier gouvernement progressiste américain, celui du President Franklin Delano Roosevelt. Al était le lien vivant entre l'héritage flétrissant des mouvements de gauche radicaux qui avaient construit le mouvement ouvrier et le New Deal. Al sentait un nouvel esprit chez les étudiants en 1960, et m'avait recruté comme "secrétaire,” ce qui signifiait déménager avec ma femme à Atlanta , Casey, qui avait été une des dirigeante du mouvement des sits-in sur le campus d' Austin, Texas. En même temps que je participais au mouvement d'action directe, que je mobilisais un soutien à l'échelle national en écrivant et en prenant la parole sur les campus, j'apprenais que un plaidoyer passionné, fondé sur l'expérience personnelle, pouvait être une arme puissante.
Haber et d'autres dirigeants étudiants à travers le pays devenaient de plus en plus conscients de la nécessité de relier tous les problèmes qui pesaient sur notre génération —apathie, in loco parentis, droits civiques, guerre froide, la Bombe. Et ainsi, en décembre 1961, à 22 ans et frais sorti de prison, comme Freedom Rider à Albany, Ga., on me demanda de commencer à rédiger une ébauche de document qui exprimerait la vision à la base de notre action. Cela devait être un manifeste court, un outil pour le recrutement, peut-être 5 à 10 pages . Au lieu de cela, il s'est étalé sur une ébauche de 50 pages préparée pour la convention de Port Huron de mai 1962. Cette version fut débattue et reécrite, paragraphe par paragraphe, par ceux qui assistaient à cette réunoin de cinq jours à Port Huron et me fut retournée pour le polissage final. Vingt mille exemplaires furent polycopiés et vendus pour 35 cents .
La vision s'est développée à partir des expériences concrètes d'une génération. Rarement, si ce n'est jamais, des étudiants se considéraient eux-mêmes comme une force dans l'histoire ou, comme nous l'avons exprimé, “un organisme de transformation sociale.” Nous nous rebellions contre l'apathie et non seulement contre une seule forme d'oppression particulière. Nous étions motivés par l'exemple héroïque des jeunes noirs dans le Sud, dont la rebellion nous avait appris l'importance fondamentale de la race. Nous ne pouvions pas voter nous-mêmes et nous avions le statut juridique de pupilles sous tutelle des soins paternalistes de nos universités, mais comme jeunes hommes, nous pouvions être enrolés pour combattre dans des endroits que nous connaissions à peine, comme le Vietnam et le Laos. Les priorités de la nation était gelées du fait de la guerre froide. une course aux armements nucléaires permanente bénéficiant à ce que le President Eisenhower avait appelé le “complexe militaro-industriel", dont les appétits engloutissaient les ressources que nous considérions être dévolues aux crises des droits civiques et de la pauvreté, ou ce que John Kenneth Galbraith a nommé “la misère noire au milieu de l'abondance.”
L'apathie, suspections-nous, étaient ce que le gouvernement et les bureaucrates souhaitaient vraiment. L' apathie n'était pas notre faute, ni un accident, mais le résultat de l'ingénierie sociale par ceux qui dirigeaient les institutions, qui nous enseignaient, qui nous employaient, qui nous divertissaient, qui nous enrolaient, qui nous ennutyaient, qui nous controlaient, qui voulaient que nous acceptions l'absolue impossibilité d'une autre façon d'être . C'est pour cette raison que notre rhétorique mettait l'accent sur les "gens ordinaires" évoluant "en dehors de l'apathie" (le terme était de C. Wright Mills) afin de “faire l'histoire” [4] Puisque beaucoup d'entre nous avions émergé de vies apathiques (aucun de mes parents n'avaient de convictions politiques et j'ai suivi ma scolarité dans des écoles catholiques conservatrices) , nous avons commencé avec la prise de conscience que nous devions relater, non dénoncer, la vie quotidienne des étudiants et des communautés autour de nous, afin de reproduire le voyage hors de l'apathie à un niveau massif.
Nous avons choisi de mettre en avant les “valeurs” comme priorité première pour remettre en cause les conditions d'apathie et forger une nouvelle politique. Adhérer à des valeurs signifie faire des choix comme êtres humains moralement autonomes face à un monde qui claironne de toutes les manières possibles qu'il n'y avait pas d'autres choix , que le présent n'est qu'un tour d'essai pour le futur.
(2ème partie) L'héritage durable de la Démocratie Participative
