Abbie Hoffman

30 novembre 1936 –12 avril 1989



Procès des Sept de Chicago

ABBIE HOFFMAN: Mon nom est Abbie. Je suis orphelin de l’Amérique. […]

MR. WEINGLASS: Où résidez-vous?

Abbie Hoffman: Je vis à Woodstock Nation.

MR. WEINGLASS: Pouvez-vous dire à la Cour et au jury où cela se trouve?

ABBIE HOFFMAN: Oui.  C’est une nation de jeunes gens aliénés. Nous sommes porteurs d’un état d’esprit de la même façon que les Sioux portaient en eux la nation là où ils allaient. C’est une nation dédiée à la coopération et non à la compétition, à l’idée que les gens ont des moyens d’échange meilleurs que la propriété et l’argent, qu’il doit y avoir d’autres bases aux relations humaines. C’est une nation dédiée à --

LA COUR: Seulement où, c’est tout.

ABBIE HOFFMAN: C’est dans mon esprit et dans celui de mes frères et soeurs. Ce n’est pas une propriété ou un lieu matériel mais plutôt des idées et certaines valeurs. Nous croyons en une société -

LA COUR: Non, nous voulons un lieu de résidence, si il en a un, un lieu de travail s’il en a un. Rien de philosophique ou au sujet de l’Inde, monsieur. Seulement où vous vivez, si vous avez un endroit où vivez. Vous avez parlé de Woodstock.  Dans quel état se situe Woodstock?

ABBIE HOFFMAN: Dans un état d’esprit, dans le mien et dans l’esprit de mes frères et soeurs. C’est une conspiration. Actuellement, la nation est retenue prisonnière dans les pénitenciers des institutions d’un système décadent.

MR. WEINGLASS: Pouvez-vous indiquer votre âge à la Cour et au jury?

ABBIE HOFFMAN: J’ai 33 ans. Je suis un enfant des sixties.

MR. WEINGLASS: Où êtes-vous né?

ABBIE HOFFMAN: Psychologiquement, en 1960.

MR. SCHULTZ: Objection, si La cour est d’accord.

MR. WEINGLASS:Quelle est votre date de naissance?

ABBIE HOFFMAN:. 30 Novembre1936

MR. WEINGLASS: Entre votre date de naissance le 30 Novembre1936 et le 1 Mai 1960, que s’est il passé dans votre vie?

ABBIE HOFFMAN: Rien.  Je crois que l’on appelle cela l’éducation américaine.

MR. SCHULTZ: Objection.

LA COUR: Objection retenue.

ABBIE HOFFMAN: Huh.


Livres par Abbie Hoffman 

Revolution for the Hell of It  -1968
Dial Press, Inc.
Pocket Book Edition 1970

Woodstock Nation: A Talk-Rock Album - 1969
Random House, New York 

Steal This Book  – 1971 Pirate Editions, Inc., New York Edition en ligne http://www.tenant.net/Community/steal/steal.html#0.00.0

Vote! - 1972
Abbie Hoffman, Jerry Rubin et Ed Sanders
Warner Paperback Library, New York

To America with Love: Letters from the Underground - 1976
Abbie Hoffman et Anita Hoffman
Stonehill Publishing, Inc.

Soon to be a Major Motion Picture - 1980
Berkley Books, New York
Introduction par Norman Mailer
 
Square Dancing in the Ice Age - 1982
South End Press, Boston

Steal this Urine Test - 1987
Abbie Hoffman et Jonathan Silvers
Penguin Books, New York

The Best of Abbie Hoffman - 1989
Four Walls Eight Windows, New York
Avant propos par Norman Mailer, Préface et édition par Daniel Simon
Sélections de passages de Revolution for the Hell of It, Woodstock Nation et Steal this Book. Ainsi que des textes inédits .
 

Au sujet de Abbie Hoffman

Steal This Dream - Larry Sloman  - Extraits du livre en ligne http://www.randomhouse.com/boldtype/0798/sloman/excerpt.html







                                                                    

Jonathan Rieder l’a appelé un "Groucho Marxiste," dans le New York Times Book Review:

Jonah Raskin, auteur d’une biographie de Hoffman (1) dit de lui :

"La réalité objective n’existait pas pour Hoffman qui conseillait à ses compagnons de "transformer leur vie en une forme d’art, un théâtre de l’âme."

Abbie Hoffman est étudiant à la Brandeis University jusqu’en 1958 et obtient une maîtrise de psychologie à l’Université de Californie de Berkeley en 1960. Après avoir abandonné une carrière en psychologie clinique, il milite dans le Student Non-Violent Coordinating Committee (SNCC) en 1963, et travaille en Georgie, dans le Mississippi et en Nouvelle-Angleterre. En 1966, il crée Liberty House, une chaîne de vente au détail de produits de la Poor People’s Corporation dans le Mississippi.

Arrêté après la Convention Nationale Démocrate de Chicago  pour conspiration et incitation à l’émeute, il joue un rôle actif dans la théâtralisation du procès des Sept de Chicago

Cofondateur des Yippies, il ne s’attire pas que des sympathies dans les milieux contre culturels et contestataires US.

La façon d’agir de Abbie fut une source de discorde avec les Diggers. Lui et jerry Rubin se rendirent sur la côte Ouest, dans une sorte de voyage d’études sur le groupe.

Peter Coyote parle de ces relations difficiles, à cette époque, et des désaccords avec les Yippies en général, et Abbie en particulier :

"Abbie était et reste un ami proche, mais aussi un de ceux avec qui j’ai eu, et les Diggers également, des désaccords profonds. Un matin, il a réveillé Peter Berg, pilonnant sa porte de coups de poings et criant avec son accent nasillard Nouvelle Angleterre "Petah, Petah, je parie que tu penses que je t’ai tout piqué, naaan? " Ce qui était indiscutable. Berg a ouvert la porte , le fixe d’un regard douloureux pendant un moment puis lui dit d’une voix ensommeillée "Non, Abbie. Je pense que j’ai donné un bon outil à un idiot.”

Tout en étant un être merveilleux, il ne semblait pas comprendre (délibérément ou non ) les implications les plus profondes de ses actes et avaient tendance à vivre sa vie comme un événement médiatique, dépensant une attention et une énergie ruineuse à “révolutionner” les masses à travers les médias. ” (2)

Pas d’accord, mais un brin admiratif devant son opiniâtreté:

"…pendant toutes ses longues et solitaires années de cavale, Abbie est resté un militant engagé – travaillant avec les communautés locales, faisant bouger et organisant ( avec de grands risques personnels) les gens pour les défendre contre les dégradations de l’environnement. Il n’a jamais abandonné sa volonté de changements et il a mon respect pour cela. Il a toujours eu mon amour. ” (2)

Peter Berg, autre Digger, l’a accusé d’utiliser les gens comme "extras dans une pièce de théâtre policière".

A Woodstock en 1969, Hoffman interrompt les Who sur scène pour essayer de protester contre l’emprisonnement de John Sinclair de The Zombies. Il se fait violemment expulser par le guitariste des Who, Pete Townshend.

Arrêté en 1973 pour vente de drogues et menacé d’une condamnation à la prison à vie, Abbie Hoffman entre dans la clandestinité avec l’aide de Raskin et prend l’identité de Barry Freed. Période qu’il décrit ainsi :

A: Ensuite, j’ai fait une erreur stupide. C’était en 1973. Nous expérimentions alors toutes les drogues possibles. Pour savoir ce qui était nocif, pour faire le tri entre les substances bonnes à prendre et les produits dangereux, nous pensions que nous devions tout essayer. Et la police m’a coincé. Ce n’était pas très difficile. J’étais bien sûr coupable aux yeux de la loi. J’aurais pu prendre le risque d’un grand procès où nous aurions défendu nos idées mais, à l’époque, sous l’administration Nixon, nos chances d’avoir un procès équitable étaient quasiment nulles. Je risquais d’être condamné à la prison à perpétuité. J’ai préféré disparaître, changer de nom et plonger dans la clandestinité.

D: Tu as disparu…

A: J’ai changé de vie. J’en avais peut-être envie sans le savoir. J’étais peut-être fatigué de ce personnage d’Abbie Hoffmann, ce personnage public, qui ne me ressemblait plus ; je souhaitais peut-être disparaître. Je l’ai fait. J’ai tout changé dans ma vie. Pendant un an, j’ai appris à parler sans agiter mes mains, à ne pas dévisager les gens en me promenant dans la rue… Je suis vraiment devenu un autre homme.

D: Ca a été dur?

A: Terrible…Vraiment terrible…C’est très difficile d’être toujours en cavale. Personne ne peut aimer cela. On est coupé de tout: de son pays, de sa famille, de ses amis. On devient étranger à soi-même, c’est atroce! J’ai craqué plusieurs fois. Ce sont les années les plus dures de ma vie. (3)

Pendant six ans, il continuera à militer sous cette couverture, et fait sa réapparition publique en 1980 où il purgera une courte peine de prison. Après quoi, il s’engagera dans différentes causes comme la législation sur les drogues et les questions d’environnement. Mais le contexte a changé. Quelques compagnons de route ont emprunté d’autres voies, et parmi les plus proches d’entre eux, Jerry Rubin. Il s’en explique à Daniel Cohn-Bendit

D: Dis-moi, toi et Jerry Rubin, vous étiez comme deux frères dans le mouvement yippie. On disait toujours "Abbie Hoffmann et Jerry Rubin", certains disaient même "Abbie Rubin et Jerry Hoffmann" tant vous étiez proches.

A: C’est vrai. Notre analyse de la société, notre intelligence de la réalité, nos propositions étaient presque identiques.

D: Et pourtant aujourd’hui, quand je viens aux Etats-Unis, je vous retrouve face à face, au cours d’un débat public où vous vous affrontez avec une grande âpreté. Tu lui dis qu’il est un antidémocrate, qu’il est proche des pires réactionnaires, qu’il adhère à une idéologie aux relents fascistes, et lui te réponds que les combats des années 60 sont désormais sans objet.

Voilà ce que vous vous dites, et il y a de la haine entre vous. Pourquoi t’imposes-tu ces débats publics?

A: Parce que nous avons divorcé. (Sourire)

Abbie Hoffman se suicide en avril 1989


(1) For the Hell of It: The Lives and Times of Abbie Hoffman
Jonah Raskin (1996)  University of California Press
http://www.metroactive.com/papers/sonoma/02.13.97/bk-raskin-9707.html

(2) The Free-Fall Chronicles: Playing For Keeps http://www.diggers.org/freefall/forkeeps.html

(3) Nous l’avons tant aimé la révolution Dany Cohn-Bendit  Ed du Seuil 1986 p23

(4) ibid p 25


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